2023 est visiblement la pire année boursière pour Maroc Telecom. L’ex-star de la Bourse de Casablanca a déjà perdu le 21 février son rang de première capitalisation de la place, devancée par Attijariwafa bank. Vendredi 5 mai, la valeur régresse d’un palier qui lui accordait plusieurs privilèges au sein du marché : perdant 6% de sa valeur sur cette séance, le titre descend sous la barre des 10% dans la composition du MASI.

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A l’heure où ces lignes sont écrites, les données de la Bourse de Casablanca montrent qu’IAM ne représente plus que 9,76% de l’indice, pour une capitalisation flottante de 13,39 milliards de dirhams. Loin, très loin d’Attijariwafa bank qui reste aujourd’hui la seule valeur dépassant ce seuil symbolique de 10% dans l’indice, avec un poids de 18,62%.

Les gérants qui calquent l’indice, obligés de réduire leur voilure sur IAM

Et cette descente sous ce seuil ne sera pas sans conséquence, comme nous l’explique un gérant de portefeuille casablancais, car la réglementation oblige les OPCVM et les différents fonds de gestion à ne pas s’exposer à plus de 10% de la valeur de leur portefeuille sur des titres dont le poids dans le MASI n’est pas supérieur à 10%.

Une circulaire de l’AMMC avait accordé une exception pour les titres IAM et Attijariwafa bank du fait de leur poids considérable dans l’indice, autorisant les gérants à aller jusqu’à 20%.

Mais avec cette baisse, ceux qui sont encore exposés à plus de 10% sur l’action IAM devront revoir l’allocation de leur actif. Ce qui risque d’engendrer un mouvement vendeur sur le titre, accentuant davantage la chute qu’il a entamée depuis 2020.

« Le poids du titre dans les portefeuilles baisse en principe mécaniquement, puisque sa valeur tombe au fur et à mesure de son évolution sur le marché. Mais plusieurs gérants qui croyaient que ce mouvement était passager continuaient d’acheter Maroc Telecom pour rester dans la même allocation. Surtout que ce qui intéresse le plus les investisseurs dans Maroc Telecom, c’est le rendement sur dividendes. Ce sont ces gérants qui seront obligés aujourd’hui de vendre le titre », précise notre source du marché.

Le titre a perdu la moitié de sa valeur depuis 2020

Maroc Telecom perd son attrait d’antan qui faisait d’elle un des meilleurs placements d’Afrique. Leader de son marché historique, avec des ramifications en Afrique subsaharienne, elle était perçue depuis sa première cotation en 2004 comme une poule aux œufs d’or, en raison de sa politique de distribution de dividendes extrêmement généreuse.

En effet, Maroc Telecom avait habitué le marché à distribuer tous ses bénéfices annuels (pay out de 100%), assurant un excellent rendement aux porteurs du titre. Mais depuis 2020, cette tendance a changé, avec un payout de 63% en 2020 , 75% en 2021 et 70% pour l’exercice 2022.

En cause : les lourdes amendes qui ont frappé l’opérateur télécom, faisant fondre ses bénéfices. D’abord en 2020, avec l’amende de 3,3 MMDH prononcée par l’ANRT pour « abus de position dominante », en lien avec le processus de dégroupage de la boucle locale.

Une lourde sanction suivie en juin 2022 par une seconde amende de 2,4 MMDH de l’ANRT pour « pratiques discriminatoires contre les concurrents ».

Des épisodes mal vécus par le marché qui a vite sanctionné le titre, lui faisant perdre la moitié de sa valeur depuis 2020. Et la chute libre se poursuit cette année encore, l’action ayant lâché plus de 18% depuis le début de 2023, cotant aujourd’hui à 79,49 dirhams. Car les déboires réglementaires de Maroc Telecom ne sont pas finis, l’opérateur étant toujours sous le coup d’une procédure judiciaire initiée par son concurrent Wana. Elle risque de lui coûter pas moins de 6,8 MMDH, montant que lui réclame le troisième opérateur du marché au titre de dédommagements contre des pratiques de concurrence déloyale.

Le conflit avec Wana pèse lourd sur la valeur en bourse

Le dossier qui entre dans sa phase finale, avec la livraison imminente de l’expertise technique demandée par le tribunal de commerce de Rabat, sera bouclé, selon les bruits du marché, cette année. Ce qui contribue lourdement à cette pression que subit le titre. Autre dommage anticipé par le marché : le risque Orange.

« Orange a pour l’instant de bonnes relations avec Maroc Telecom. Mais si Orange voit que Inwi a gagné son procès avec gros dédommagement financier en bonus, il n’hésitera pas à ester lui aussi Maroc Telecom en justice. Le marché anticipe aussi ce risque« , nous confie un acteur de la place.

Mais ceci est le scénario le plus pessimiste, ajoute notre source, qui espère que ce conflit entre Wana et l’opérateur historique sera résolu à l’amiable.

« Maroc Telecom a toujours ignoré ce risque réglementaire. Mais avec les deux amendes prononcées par l’ANRT, surtout celle de 2022, l’opérateur réalise plusieurs progrès sur le terrain pour en finir avec ce problème de dégroupage et donner accès aux deux autres opérateurs à son infrastructure. L’opérateur fait donc montre de bonne foi, et il n’est pas exclu que le conflit avec Wana soit réglé sans passer forcément par un jugement », analyse notre interlocuteur.

Si ce scénario se réalise, la valeur, qui a encore de bons fondamentaux, va à coup sûr retrouver de la couleur en bourse. Et remonter à ses niveaux d’avant-2020.

Dans une récente note de recherche, Attijari Global Research estime d’ailleurs que la baisse subie par le titre est disproportionnée, et qu’il reste toujours une bonne valeur de fond de portefeuille. Les analystes d’Attijari estiment en effet qu’à ce niveau de cours (près de 80 dirhams), la valeur représente une belle opportunité d’investissement au vu de son prix peu élevé et de ses perspectives qui restent solides. Ce que confirme notre source du marché, mais à condition, nous dit-elle, que l’opérateur négocie bien sa sortie de crise avec Wana et règle une fois pour toutes ses déboires réglementaires avec ses concurrents.