La médiation bancaire avant l’action judiciaire. Pour une banque, cette règle est une obligation légale sur certains cas de crédits impayés. Elle concerne précisément les emprunteurs licenciés ou victime d’une « situation sociale imprévisible ».

Prévue par la loi édictant les mesures de protection des consommateurs (article 111), cette disposition a été confortée par un récent jugement du tribunal de première instance de Marrakech. Les juges ont débouté un établissement bancaire d’une action en paiement initiée contre une emprunteuse défaillante. Motif : la banque n’a pas prouvé l’activation d’une médiation pour régler amiablement le dossier avant de saisir la Justice.

Le jugement remonte à mai 2023. Il s’agit d’une décision d’irrecevabilité. Le juge ne s’est pas prononcé sur le fond du litige (le bien-fondé de la créance). Le tribunal a estimé « prématuré » sa saisine par la banque, qui pourra revenir à la charge après l’observation de l’article 111.

Que dit cet article ? « Si le défaut de paiement des échéances résulte d’un licenciement ou d’une situation sociale imprévisible, l’action en paiement ne peut être formée qu’après une opération de médiation. »

Cette procédure doit débuter « durant l’année suivant la date à laquelle l’emprunteur est déclaré défaillant« . À défaut, la banque est frappée de forclusion sur le droit de réclamer des intérêts de retard. Entendez : le principal n’est pas concerné par la forclusion.

Dans le cas d’espèce, la défaillance semble remonter à 2021. L’emprunteuse, une couturière, a stoppé le règlement de ses mensualités (crédit immobilier) suite à l’arrêt de son activité, impactée par la pandémie du Covid-19. Résultat : une dette de plus de 160.000 DH. La banque a également réclamé des intérêts de retard.

Comment la couturière a-t-elle convaincu le tribunal ? En insistant sur la corrélation entre sa défaillance et une situation sociale imprévisible résultant de la pandémie. Cette corrélation a été reconnue par une décision judiciaire datant de juin 2021. La cour d’appel a octroyé à l’intéressée un délai de grâce de 6 mois où ses obligations vis-à-vis de la banque ont été suspendues.

La position de la cour d’appel ainsi que l’attestation de chômage produite par le caïd, établissent « la situation sociale imprévisible », estime le tribunal de Marrakech. Et de préciser qu’il s’agit d’un « événement matériel pouvant être prouvé de différente manière ».

La défense de l’emprunteuse a eu le réflexe de soulever cet argument, qui a fait mouche. Mais le tribunal aurait pu invoquer « d’office » cette disposition « d’ordre public ». C’est ce qui ressort d’un arrêt de la Cour de cassation daté de décembre 2017 (dossier commercial n° 1580/3/3/2015).