Le groupe Delattre Levivier Maroc (DLM) avait été placé en liquidation judiciaire il y a tout juste une année [9 janvier 2023, ndlr], après avoir été jugé incapable d’honorer ses engagements dans le cadre de son plan de continuation accordé en février 2022, qui devait s’étaler sur dix ans.

Un événement qui a fait officiellement basculer le groupe dans la faillite.

Démantèlement en cours

Une année plus tard, le groupe coté, suspendu à la bourse depuis début novembre 2022, est en voie de démantèlement. Sa dernière communication financière relayée sur l’AMMC est celle du T2-2022, où le chiffre d’affaires reculait de 44% à 33,5 MDH sur une année glissante. L’endettement s’affichait alors à fin juin 2022 à 272 MDH.

Le tribunal de commerce de Casablanca a entamé la liquidation des biens de l’entreprise.

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19/04/202101/11/2022

Source: medias24.com

Les actifs situés à Tit Mellil, où DLM a établi sa principale usine, ont été placés en vente pour une mise à prix de 44 MDH pour le matériel et de 4,8 MDH pour un lot de ferraille inoxydable. Il faut compter un minimum de 5,1 MDH pour le matériel basé à Jorf Lasfar et de 1,6 MDH pour celui de Khouribga, selon les annonces judiciaires publiées par le tribunal de commerce de Casablanca.

La chute de l’ancien fleuron de la construction métallique a été causée par plusieurs facteurs, notamment des dossiers concernant des marchés sur lesquels le groupe coté était positionné.

Une chute qui laisse sans recours les petits porteurs

DLM se portait bien et réalisait un gros chiffre d’affaires, avec des contrats très consistants. Mais plusieurs litiges ont conduit le groupe à des difficultés de trésorerie, puis à la chute.

Cela a notamment été le cas avec un sous-traitant étranger qui avait obtenu un marché au Maroc. Contacté, un actionnaire du groupe explique, que « DLM a travaillé pour des sous-traitants sud-coréens. Ces opérateurs étrangers ne travaillent pas au Maroc, donc ils recourent à des sous-traitants. Ce groupe sud-coréen a eu des litiges avec son client marocain et, par la suite, le cas est parti en arbitrage. Une procédure qui prend des années. De fait, DLM s’est retrouvé dans une situation où le groupe sud-coréen ne l’a pas payé, car lui-même n’avait pas été payé du fait du conflit entre les deux parties ».

Dans un autre cas, le groupe DLM s’est retrouvé dans un litige avec une multinationale, suivi d’un recours à l’arbitrage. Début 2019, DLM s’est vu accorder une indemnisation de 74 MDH suite à une sentence arbitrale prononcée le 19 octobre 2018 par la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris (CCI), portant sur l’exécution d’un contrat de sous-traitance au Maroc.

Cette chute a également laissé pour compte de nombreux petits actionnaires. Notons qu’à fin novembre 2022, le flottant en bourse du groupe était de 24,67%. Les petits porteurs vont maintenant se retrouver avec très peu ou pas de recours, et sont dans le risque de perdre la totalité de leurs investissements sur la valeur.

Dans un précédent article, un juriste spécialisé en difficulté d’entreprises expliquait à Médias24 que « rien ne protège les petits porteurs a priori, l’investissement boursier impliquant des risques. Les seules voies qu’il leur reste sont une action pénale pour banqueroute contre le chef d’entreprise ou, sur le plan civil, un recours en comblement du passif contre le dirigeant. Il reste à prouver, dans le premier cas, que ce dernier a effectivement organisé son insolvabilité et, dans le deuxième, qu’il est coupable de fautes de gestion ».

Le reste des actionnaires n’est pas mieux loti. En effet, il faut rappeler que le produit de la vente des biens de DLM ira d’abord aux créanciers. Le reliquat, si toutefois il y a en a, ira aux actionnaires.