« Afin d’être prêts pour l’échéance de 2030 qui va mobiliser tout notre parc de transport touristique, les professionnels veulent se doter d’une vision commune de développement et d’une force de syndication et de mobilisation institutionnelle », nous explique le président de la Fédération nationale du transport touristique (FNTT). Rachid Bouamara expose les besoins prioritaires du métier de transporteur après avoir identifié les faiblesses structurelles.

Identification des faiblesses sectorielles

Dominé par les TPME qui pratiquent la location d’agréments, le secteur du transport touristique est doté au niveau structurel de faibles avantages compétitifs par rapport aux acteurs internationaux.

En effet, la présence croissante d’acteurs informels occasionne une concurrence déloyale à l’égard des acteurs professionnels qui manquent d’alternatives pour rentabiliser leur parc de véhicules destinés au transport touristique, qui est limité au transport de personnel ou alors de voyageurs.

Au niveau représentatif, l’absence de dialogue et de communication entre les différents acteurs de l’écosystème touristique et entre les sociétés de transport est aggravée par le fait que seulement 8% des sociétés de transport touristique sont membres de la Confédération nationale du tourisme (CNT) à travers la FNTT.

En termes de capacités financières, la sous-capitalisation des acteurs induit un déséquilibre financier et un endettement, avec une trésorerie déficitaire qui se traduit par l’incapacité d’honorer les dépenses urgentes, les redevances fiscales, la masse salariale et enfin le remboursement des crédits.

À ces lacunes, il faut ajouter une faible maturité managériale chez la majorité des acteurs, la rareté des profils formés dans les métiers du transport touristique tels que des commerciaux multilingues et des chauffeurs professionnels, une absence de canaux digitaux pour répercuter l’expérience client, un référencement insuffisant auprès des plateformes internationales de réservation et, enfin, un manque de promotion marketing et une invisibilité sur les réseaux sociaux.

Trois axes de développement recommandés par l’étude stratégique

Après avoir recensé les problématiques auxquelles est confronté le secteur, une étude financée par le Groupement interprofessionnel d’aide au conseil (GIAC) a initié une stratégie permettant de repositionner la filière, en sollicitant l’appui institutionnel, les acteurs et l’interprofession.

Face à un marché réduit qui dépend surtout des flux B2B, avec une prépondérance d’acteurs fragiles et un faible accompagnement des acteurs dynamiques, trois axes d’intervention ont été recensés pour développer le secteur du transport touristique avant le Mondial 2030.

Le premier consistera à réviser le cadre réglementaire pour élargir le marché avec la réingénierie du business model qui permettra de diversifier les activités de transport de personnel et de voyageurs, en y ajoutant les événements liés au tourisme d’affaires M.I.C.E. (Meetings-Incentives-Conventions-Events).

Pour cela, il faudra alléger la contrainte réglementaire, faciliter les processus administratifs, revoir les critères d’accès à la profession avec de nouvelles barrières pour éviter la prolifération d’acteurs informels et, enfin, instaurer un contrôle pour limiter la concurrence déloyale.

En deuxième lieu, l’étude préconise de renforcer les capacités des acteurs professionnels et de soutenir leurs plans d’extension avec des mesures financières, fiscales, et relatives aux organismes sociaux pour alléger la pression sur la trésorerie.

Sans compter des plans de restructuration financière et de pérennisation avec, par exemple, des reports d’échéances de crédits bancaires qui devront être proposés aux acteurs menacés de liquidations forcées ou de saisies exécutoires de leur parc de véhicules.

Rappelant l’absence de dialogue entre l’écosystème du tourisme et les sociétés de transport affiliées à la FNTT, l’étude estime également nécessaire d’améliorer les capacités de mobilisation de l’interprofession vis-à-vis des pouvoirs publics et de tous les acteurs de la chaîne de valeur touristique.

À ces recommandations devront s’ajouter une nécessaire amélioration de la qualité des véhicules et de leur personnel, une diversification des services proposés, une meilleure communication des transporteurs et de nouvelles mesures de sécurité permettant de rassurer les touristes transportés.