Les campagnes de démolition concernent des propriétés situées à Sania Gharbia et à Douar Laskar, aux environs du quartier L’Océan, dans la capitale Rabat. Leur position urbaine est stratégique près de la corniche et à proximité immédiate de l’océan Atlantique. Les propriétés en question sont généralement dans un état quelconque, voire délabré ou menaçant ruine.

Plusieurs propriétaires ont affirmé avoir accepté de vendre leurs biens à un prix que certains jugent bien inférieur à la valeur réelle de ces propriétés, compte tenu de la position stratégique du quartier. D’autre part, la situation des locataires est encore plus préoccupante : dans une ville où l’offre immobilière est limitée et les loyers déjà élevés, ils risquent de ne pas trouver d’alternatives abordables. Dans la pratique, ceux qui ont accepté de quitter -qu’ils soient locataires ou propriétaires- se sont vu offrir des logements neufs mais dans des zones très éloignées telles que Tamesna.

Deux conférences de presse ont eu lieu il y a quelques jours à ce sujet : celle de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) en début de semaine et celle de la maire de Rabat ce vendredi 14 mars 2025. Deux conférence de presse, deux lectures différentes des événements.

La conférence de presse des conseilelrs FGD de Rabat

Pour la Fédération de la gauche démocratique, un parti d’opposition au sein du Conseil de Rabat, il s’agit d’opérations d’expropriations qui ne respectent pas la procédure: publications, enquête publique, opposition éventuelle des concernés etc… Une procédure prévue par la loi mais qui est très longue. SOn objectif est de protéger les droits des gens.

Les orateurs de la FGD ont donc critiqué « le manque de transparence et de respect des procédures dans le processus d’expropriation dans le quartier de L’Océan ». Farouk Mahdaoui, élu FGD au Conseil, a estimé que ces opérations de démolition ne respectent pas les procédures légales d’expropriation pour utilité publique et ne justifient pas clairement l’intérêt public. Il a exprimé la crainte que les propriétés expropriées finissent entre les mains d’entités étrangères ou de sociétés privées. Mahdaoui a appelé les résidents concernés à s’unir pour recourir au tribunal administratif pour contester et annuler cette campagne.

Pour la mairie de Rabat, il s’agit de ventes de gré à gré

Du côté du conseil de la ville de Rabat, une conférence de presse (vidéo ci-dessous) présidée par Fatiha Moudni, présidente du conseil de la commune de Rabat, a été organisée ce vendredi 14 mars 2025 au siège de la commune. Le sujet était le nouveau plan d’aménagement. Pour elle, il n’y a aucune lien entre le nouveau plan d’aménagement et les actuelles opérations de relogement qui sont des ventes de gré à gré avec relogement dans des appartements neufs.

Le quartier de l’Océan devrait par ailleurs connaître d’importantes transformations visant à développer l’attractivité de la ville et à améliorer la qualité de vie de ses habitants dans un timing de préparation à l’organisation de la Coupe du monde 2030. Ce projet s’intègre également dans le concept « Rabat Ville Lumière« , qui ne se limite pas au littoral, mais s’étend à un périmètre plus large à l’intérieur de Rabat, pour renforcer le paysage économique, social et architectural de la capitale et résoudre le problème des habitations menaçant ruine.

La conférence de presse de la mairie de Rabat

Les opérations de démolition se poursuivent actuellement au niveau de Sania Gharbia, dans le quartier de L’Océan. Les propriétaires invités à la conférence ont affirmé avoir vendu leurs biens à la direction des domaines de l’État dans un cadre de consensus général et de plein gré. Les prix se sont établis entre 10.000 DH par mètre carré pour les biens non immatriculés et 13.000 DH par mètre carré pour les biens immatriculés.

D’après ces témoignages, certains propriétaires ayant des locataires ont négocié avec ces derniers des indemnités allant jusqu’à 45.000 dirhams pour quitter, tandis que d’autres locataires ont traité directement avec les autorités.

De son côté, la maire de Rabat a affirmé que l’opération ne relève pas d’une expropriation pour utilité publique prévue par le plan d’aménagement ou d’une décision communale, mais d’une transaction entre vendeurs et acquéreur (l’État), dans le cadre d’un accord consensuel. Concernant les locataires, la présidente de la commune de Rabat a souligné qu’ils vivaient déjà dans des logements insalubres et menaçant ruine et que leur situation est en cours de résolution, dans le cadre d’une opération de relogement.

Les démolitions effectuées à ce jour concernent les propriétés pour lesquelles un accord a été conclu avec les propriétaires et ne relèvent pas des procédures d’expropriation annoncées dans le nouveau plan d’aménagement. Les élus de la majorité, présents à la conférence aux côtés de la présidente de la commune de Rabat, ont ajouté que le prix de vente proposé était largement supérieur à la valeur proposée par le marché immobilier, compte tenu de l’état dégradé des logements et du nombre élevé de propriétés non immatriculées.