Que signifie l’article 507 dont parlent les ultras du PSG et de l’Union Berlin en soutien aux ultras marocains ?
Le 9 avril dernier, en pleine rencontre de Ligue des champions opposant le Paris Saint-Germain à Aston Villa, les ultras parisiens brandissaient une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Article 507 : Mort de la botola – Coupable de vivre ultras ».

Une semaine plus tard, ce sont les « Wuhle Syndikat », ultras de l’Union Berlin, qui leur emboîtent le pas en affichant un message : « 507, kriegt euch nicht klein, stark bleiben. Ultras aus Marokko ! ». Traduction : « 507, ne vous laissez pas abattre, restez forts. Ultras du Maroc ! »

Mais quel est donc ce fameux article 507 qui suscite une mobilisation au-delà des frontières marocaines ?
L’article 507 figure dans le Code pénal marocain. Il prévoit la réclusion à perpétuité pour tout individu commettant un vol avec port d’arme, même dissimulée, et ce, y compris en l’absence de circonstances aggravantes ou de victimes. Il s’applique également si une arme est retrouvée dans un véhicule utilisé pour commettre l’infraction ou pour s’enfuir.
La question qui se pose alors est de savoir quel est le rapport entre un article qui sanctionne le port d’arme durant l’infraction de vol et les ultras du Maroc ?
Les ultras casablancais (« Green Boys » et « Eagles » de la Curva sud, supporters du Raja, et « Winners » de la Curva nord, supporters du Wydad) se sont exprimés à ce sujet à plusieurs reprises, via des actions de dénonciation, s’estimant être les plus concernés. Selon eux, cet article (ainsi que l’article 509 du même Code) est utilisé de manière abusive et disproportionnée, comme un outil de répression ciblée.
À noter que l’article 509, moins souvent cité, sanctionne quant à lui les coupables de vols commis dans certaines circonstances d’une réclusion de dix à vingt ans.
Une mobilisation inédite
Depuis des mois, voire des années, les ultras casablancais, pourtant historiquement rivaux, s’unissent pour dénoncer cet usage qu’ils jugent injuste.
Récemment, les ultras ont communément expliqué les raisons du boycott du dernier derby casablancais à travers un communiqué détaillé. Parmi les six raisons évoquées, la quatrième concerne le recours à l’article 507.
Ils affirment que « les membres de leurs groupes sont confrontés à des peines sévères, en raison de l’application injuste de l’article 507″. Ils indiquent, dans ce communiqué commun, que « des jeunes, au début de leur vie, ont été lourdement condamnés à 10 ou 15 ans de prison, et ce, même en l’absence de victimes ».
Concrètement, les ultras ne demandent pas l’abrogation de cet article, mais en appellent à une utilisation plus équitable, fondée sur des faits objectifs, sans que l’appartenance à un groupe ultra ne joue en défaveur des mis en cause. Ils exhortent les autorités à mener de véritables enquêtes, plutôt que de les bâcler, avant d’engager des poursuites contre des jeunes risquant de passer plus d’une décennie derrière les barreaux.
Dans un communiqué daté du 20 mars, à l’occasion du 76ᵉ anniversaire du Raja Club Athletic, les ultras de la Curva sud (Green Boys et Eagles) affirment que « […] le simple fait d’appartenir à un groupe ultra peut être utilisé pour imputer à des individus des charges entraînant des peines allant jusqu’à dix ans ou plus […] ».
Pourtant, les trois ultras casablancais tentent depuis plusieurs années d’organiser leurs rangs à l’écart de la violence.
« En tant que groupes, nous nous efforçons également, dans toutes les régions, d’éliminer les comportements antisportifs qui ne représentent ni nos principes ni nos valeurs. Les résultats de ces campagnes sont désormais visibles sur le terrain, et chacun est responsable à ce niveau », indiquent les trois ultras de Casablanca dans le communiqué commun publié à la suite de la décision du boycott du dernier derby.
Et d’ajouter : « Les autorités concernées sont tenues d’agir pour trouver des solutions de fond, au lieu de recourir à des jugements préétablis et à une enquête bâclée. Les comportements condamnables ternissent le mouvement ultra dans son ensemble, et sont une conséquence inévitable de l’absence d’espaces de loisirs et de culture ».
« Le jeune, dès son premier contact avec la rue, ne trouve que les ultras comme exutoire à son énergie, faute d’alternatives. La criminalité est une réalité inévitable, et sa présence n’est pas conditionnée par celle des ultras ou leur absence », souligne-t-on de même source.
« Passion sans violence »
Ensemble, ils ont récemment organisé des actions symboliques, telles que les banderoles dans les stades, les messages devant les tribunaux de Casablanca et la prison locale de Aïn Sebaâ, dans le cadre d’une « campagne » placée sous le slogan « شغف بلا شغب » (passion sans violence).

Quelques années plus tôt, précisément en janvier 2019, ils se sont liés par un « pacte d’honneur » dont le but est de limiter les débordements. À travers ce « pacte », les ultras de Casablanca ont interdit les graffitis, le port d’armes blanches, les attaques ciblant les domiciles des membres, et instauré des règles de respect entre membres.
Malgré ces efforts, la répression se durcit et, selon eux, une mécanique s’installe : rixe = ultras = article 507 = lourde peine.
Quelques jours avant le dernier derby, chaque groupe a déployé, dans les gradins de différents stades, une partie d’un message fort. Reconstitué, ce message donne :

« هبت ريح ظلم و ظلام، أعجزت لسان الحق عن الكلام » : « Un vent d’injustice et d’obscurité a soufflé, réduisant la voix de la vérité au silence » ;
« ضاعت حينها العدالة في درب الأوهام » : « la justice s’est alors perdue sur le chemin des illusions » ;
« واستوى في الميزان جناة وشباب همام » : « et dans la balance, les criminels et les jeunes courageux sont devenus égaux ».
Des mots puissants qui résonnent bien au-delà des stades. En Allemagne, en France, et partout où les valeurs du mouvement ultra sont partagées.