Selon le portail des marchés publics espagnols, le montant alloué aux études de faisabilité du tunnel de Gibraltar, qui seront réalisées par l’entreprise publique Ineco, s’élève désormais à seulement 1,6 million d’euros (17 millions de DH), contre les 2,4 millions d’euros (24,8 millions de DH) prévus initialement, rapporte le média espagnol Europa Sur.
L’étude comprend l’analyse physique, fonctionnelle et financière du projet, poursuit la même source. « Cela implique d’évaluer la faisabilité de creuser le sous-sol marin, de projeter la demande de trafic de passagers et de marchandises, et d’étudier différents scénarios de retour économique ».
Pour l’instant, deux points du littoral espagnol sont envisagés comme possibles terminaux d’accès au tunnel : les environs d’Algésiras, avec sa connexion ferroviaire et son port d’intérêt stratégique, et la côte proche de Tarifa, la ville la plus méridionale d’Europe. De l’autre côté du détroit, le tracé se dirigerait vers les environs de Tanger.
L’option privilégiée depuis des années envisage une connexion de 38,5 kilomètres, dont 27,7 km sous-marins, au moyen de deux tunnels ferroviaires creusés sous le fond marin, dans une zone à haute complexité géologique en raison de la présence de flyschs et d’une activité sismique.
C’est pourquoi le projet est soumis à une révision approfondie, avec la collaboration de Herrenknecht, entreprise allemande leader mondial des machines tunnelières, qui analyse la faisabilité technique du tracé, notamment dans sa section la plus critique : le Seuil de Camarinal, où un creusement complexe par TBM (Tunnel Boring Machines-Tunneliers) est prévu. « Ce rapport devra être prêt en juin 2025 », ajoute le média espagnol.
Bien que les premières études du tunnel datent des années quatre-vingt, l’initiative a pris un nouvel élan avec l’amélioration des relations bilatérales entre l’Espagne et le Maroc, après la visite du président Pedro Sánchez à Rabat en avril 2022. Lors de la réunion de haut niveau tenue en 2023, la ministre de l’époque, Raquel Sánchez, avait qualifié le projet de « stratégique » pour les deux pays.
Il s’agit d’une infrastructure qui s’inscrit dans la vision de faire du détroit un axe prioritaire du corridor euro-méditerranéen, connectant les réseaux de transport européens avec l’Afrique du Nord et au-delà. Cette dimension géopolitique a conduit le gouvernement espagnol à commander des études supplémentaires.
En novembre 2024, la location de quatre sismomètres pour plus de 480.000 euros a été effectuée pour poursuivre l’analyse du fond marin. Le contrat avait été attribué à l’entreprise Tekpam Ingeniería, basée à Guadarrama (Madrid), spécialisée dans les services de sismologie et de télécommunications.
Un Eurotunnel hispano-marocain ?
L’un des modèles dont s’inspire le projet est l’Eurotunnel, qui relie la France et le Royaume-Uni, construit dans les années quatre-vingt sous la Manche. Cette infrastructure, gérée par une société privée avec participation d’entreprises, est un précédent technique et financier clé pour la connexion entre l’Europe et l’Afrique.
En ce sens, l’étude d’Ineco comprend également une évaluation de la rentabilité financière, qui sera élaborée à partir de projections de revenus provenant des redevances ferroviaires, des paiements pour services logistiques, des revenus des activités commerciales dans les terminaux et des activités complémentaires comme l’interconnexion électrique ou la fibre optique. L’objectif est de déterminer si l’infrastructure peut être rentable en combinant ressources publiques, financement européen et participation privée.