À l’occasion de la Journée mondiale de la population, célébrée chaque année le 11 juillet, le haut-commissariat au Plan (HCP) et le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) ont présenté, à Rabat, l’édition 2025 du Rapport mondial sur l’état de la population, intitulé « La véritable crise de la fécondité : la quête du libre arbitre en matière de procréation dans un monde en mutation ».
Loin d’alerter sur une simple baisse mécanique des naissances, le rapport propose une lecture radicalement différente de la situation démographique mondiale, et met en lumière une réalité préoccupante. Dans de nombreux pays, dont le Maroc, la question centrale n’est pas le nombre d’enfants qui naissent, mais le nombre de personnes qui n’ont pas pu fonder la famille qu’elles désiraient.
Le Maroc illustre à bien des égards les mutations démographiques que connaît le monde. Depuis 1982, le taux de fécondité y a fortement chuté, passant de 5,5 à 1,97 enfants par femme en 2024. Ce chiffre est désormais en dessous du seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1.Seuls trois des quatorze pays étudiés dépassent le seuil de remplacementUne telle évolution inscrit le Maroc dans une dynamique comparable à celle observée dans une majorité de pays, y compris en développement. Dans l’échantillon de quatorze pays étudiés par l’enquête, seuls trois pays (l’Indonésie, l’Afrique du Sud et le Nigeria) affichent encore des niveaux de fécondité supérieurs au seuil de remplacement.
À l’autre extrémité, la Corée du Sud atteint un taux historiquement bas de 0,8, considéré comme un niveau critique.
Au Maroc, cette baisse ne signifie pas que les femmes et les hommes ne souhaitent plus avoir d’enfants. Bien au contraire. Le rapport montre qu’une part importante de la population adulte ne parvient pas à réaliser ses aspirations familiales.
L’enquête révèle que 33% des personnes marocaines âgées de plus de 50 ans estiment ne pas avoir eu le nombre d’enfants qu’elles désiraient. Parmi elles, 47% identifient comme cause principale des contraintes financières. Ces chiffres suggèrent que les choix reproductifs sont souvent bridés par des conditions économiques.Au Maroc, 51% des répondants rapportent une grossesse non intentionnelleLe rapport met également en évidence d’autres facteurs qui entravent l’autonomie reproductive. Au Maroc, 51% des personnes interrogées déclarent avoir vécu une grossesse non intentionnelle, contre 31% en moyenne dans les autres pays étudiés.
Ce taux est révélateur d’un accès encore partiellement restreint à l’information, aux services de santé sexuelle et reproductive, ou à des dispositifs de planification familiale efficaces et disponibles pour toutes les catégories sociales.
Environ 37% des personnes marocaines disent ne pas avoir pu avoir un enfant au moment souhaité, un chiffre largement supérieur à la moyenne de 23% observée dans les treize autres pays de l’échantillon.
Quand la peur de l’avenir devient un frein démographique
Un autre élément marquant du rapport réside dans la perception de l’avenir. Environ 20% des personnes interrogées au Maroc déclarent avoir réduit leurs projets familiaux à cause de l’incertitude : instabilité financière et avenir économique incertain.
La peur de l’avenir devient un frein démographique. La parentalité, qui fut longtemps perçue comme un projet naturel ou allant de soi, se voit désormais soumise à des arbitrages complexes où entrent en jeu la sécurité de l’emploi, les perspectives sociales et le degré de confiance dans les institutions.
Le FNUAP insiste, dans ce contexte, sur l’urgence de repenser les politiques publiques relatives à la famille et à la reproduction. L’objectif ne doit pas être de manipuler les taux de fécondité à travers des incitations financières ou des discours natalistes culpabilisants, mais de restaurer le droit fondamental de chacun à décider librement du nombre d’enfants qu’il souhaite avoir, du moment, et de l’espacement entre les naissances.
Cela suppose des conditions de vie dignes, un accès universel aux services de santé reproductive, la garantie de congés parentaux équitables, des horaires de travail compatibles avec la vie familiale, des logements abordables et des politiques de soutien actives à la parentalité.
La véritable crise de la fécondité, selon l’organe onusien, est une crise d’options, une crise de choix, une crise de confiance dans le futur. C’est le résultat d’un écart croissant entre les aspirations individuelles et les réalités socioéconomiques.
Cette approche repose sur une lecture fine du coût d’opportunité de la parentalité : de nombreuses personnes, en particulier parmi les jeunes adultes, auraient souhaité avoir des enfants mais n’en ont pas eu l’occasion, non par choix, mais parce que les conditions pour y parvenir n’étaient pas réunies. Les contraintes évoquées sont d’abord d’ordre financier, liées à la précarité des revenus, au coût élevé du logement ou à l’instabilité professionnelle.