Le 18 juillet, le tribunal de première instance de Marrakech tiendra la première audience d’une affaire qui oppose Me Mohamed El Ghalloussi, avocat et président de l’Association marocaine de protection des deniers publics, à Me Younes Benslimane, avocat, député du Rassemblement national des indépendants (RNI), et ancien vice-président de la commune de Marrakech sous les couleurs du PJD.

L’affaire trouve son origine dans une sortie médiatique de Me El Ghalloussi, lors de laquelle il évoque un « dossier de soupçons de corruption impliquant l’ancienne équipe municipale de Marrakech », et notamment « une opération immobilière liée à la gare routière de Hay El Azouzia, projet dont le coût s’élève à 120 millions de dirhams ».

Selon Mohamed El Ghalloussi, « ce dossier est entaché d’irrégularités graves ». Il fait aujourd’hui l’objet d’un procès en cours pour “dissipation de deniers publics”, “usage de documents falsifiés” et “cession illégale de biens publics”, porté par l’Association nationale des droits humains devant la chambre des crimes financiers à la cour d’appel de Marrakech.

Mais c’est la manière dont le nom de Younes Benslimane a été publiquement cité dans ce contexte qui a provoqué sa colère. Il reproche à son confrère d’avoir “violé le secret de l’instruction” et d’avoir “diffusé de fausses allégations dans le but de nuire à sa réputation”.

Une plainte avec citation directe a ainsi été déposée auprès du président du tribunal. Selon le député, Mohamed El Ghalloussi l’a accusé d’avoir cédé deux terrains municipaux à des fins douteuses en déclarant publiquement : “On cherche la bonne affaire”, faisant explicitement référence à son rôle d’ancien vice-président de la commune de Marrakech.

Une tentative de médiation sans lendemain

Contacté par Médias24, Me Younes Benslimane affirme avoir tenté une médiation : “Je l’ai appelé pour lui demander des preuves. Je lui ai dit que s’il en avait, je démissionnerais du barreau et de la vie politique. Il a nié m’avoir cité explicitement et m’a promis un rendez-vous pour en discuter, mais n’a jamais donné suite ».

« Le bâtonnier de Marrakech a été saisi, étape nécessaire avant de porter plainte contre un confrère. Devant lui, Mohamed El Ghalloussi a reconnu son erreur et présenté ses excuses. Mais je lui ai demandé des excuses publiques. Je ne veux pas d’excuses entre quatre murs”, ajoute notre interlocuteur.

« N’ayant pas obtenu d’excuses publiques », le député explique à Médias24 avoir décidé de porter plainte contre Mohamed El Ghalloussi. Chose faite, dès obtention de l’autorisation auprès du bâtonnier de Marrakech.

Dans cette plainte, il l’accuse d’avoir “divulgué le secret professionnel” :  “C’est parce qu’il parle publiquement d’un dossier qui est sous secret d’instruction”, nous explique-t-il.

Et d’ajouter : “Je le défie de publier la plainte qu’il a mentionnée, car, en tant que plaignant, je n’y suis pas autorisé. On verra alors qu’il n’y a pas matière à tout ce bruit. Ce n’est qu’une citation directe, une procédure ordinaire que tout citoyen aurait pu engager. Cela n’a absolument rien de politique”.

L’Association de protection des deniers publics, présidée par Mohamed El Ghalloussi, n’est pas du même avis. Elle a réagi via un communiqué publié le 3 juillet (fac-similé ci-dessous) et y dénonce une tentative de pression. “Cette plainte vise à intimider l’association. Elle ne fera que renforcer notre détermination à dénoncer la corruption”, peut-on y lire.

Par ailleurs, l’association rappelle que Me Benslimane a déjà été condamné à un an de prison avec sursis et 20.000 dirhams d’amende pour blanchiment d’argent, et qu’il est toujours poursuivi dans une autre affaire relative aux irrégularités de la COP22.

“Ce dossier ne lui donne pas le droit de me diffamer dans un autre dossier”, souligne Younes Benslimane.

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Communiqué de l’Association de protection des deniers publics