Cinq ans de prison ferme et 500.000 DH d’amende pour le propriétaire d’une villa à Marrakech. Il a été condamné pour avoir “capturé et enregistré délibérément des images de personnes sans leur consentement” ; “trafic de boissons alcoolisées” ; “mise à disposition des lieux non accessibles au public, sachant qu’ils seront utilisés pour la prostitution et la débauche”.
L’individu, un Marocain, également détenteur de la nationalité française, est propriétaire d’une villa luxueuse à Marrakech qu’il louait régulièrement via la plateforme Airbnb.
“L’affaire a éclaté après plusieurs plaintes déposées par des voisins et des touristes”, apprend Médias24 auprès d’une source judiciaire.
Le parquet a interjeté appel
Selon la même source, “une enquête a permis de découvrir que la villa était équipée de caméras dissimulées dans plusieurs pièces, y compris des espaces privés comme les salles de bain. La justice a également ordonné la fermeture définitive du lieu et condamné le propriétaire à une amende de 500.000 dirhams. Il a aussi été ordonné de procéder à la destruction du matériel à caractère pornographique ainsi que des boissons alcoolisées retrouvées sur place. Le parquet a interjeté appel”.
Selon les informations recueillies par Médias24, le jugement émane du tribunal de première instance de Marrakech. Il date du lundi 14 juillet, sachant que le dossier a été enregistré au tribunal le 28 juin.
Sept personnes se sont constituées parties civiles, dont six sont des ressortissants étrangers alors que la septième est de nationalité marocaine.
Les éléments retrouvés dans ce dossier correspondent au récit partagé sur les réseaux sociaux par une citoyenne américaine. Elle a même récolté des centaines de milliers de vues pour ses vidéos TikTok au sujet de cette mésaventure.
Une victime raconte
Dans un témoignage détaillé et publié en plusieurs parties dès le 28 juin, elle raconte avoir séjourné dans cette villa luxueuse avec son compagnon et des amis. Mais au bout de deux jours, elle a découvert la présence d’une caméra cachée qui a fait fuir tout le groupe d’amis, après avoir porté plainte.
Elle décrit une villa élégante, avec une femme de ménage présente chaque jour de 9 h à 17 h, et un agent de sécurité qui vit sur place, dans la cave. “Pour entrer, il faut appeler le propriétaire, qui contacte l’agent de sécurité. Ce dernier est le seul à pouvoir ouvrir la porte”. Ce dispositif de contrôle leur a paru bizarre sans pour autant éveiller leurs soupçons.
Après avoir passé la journée dans une piscine à l’extérieur, le groupe d’amis rentre pour se préparer rapidement à ressortir pour dîner. C’est là que la touriste américaine découvre un détail troublant. Alors qu’elle était en train de se doucher, elle remarque un cadre photo positionné face à la douche, sans porte. Ce cadre, représentant un petit chien, n’était pas là la veille ni même le matin. Son compagnon le confirme. En l’observant de plus près, ils découvrent une carte SD et des boutons de commande à l’arrière du cadre. En y braquant le flash, ils distinguent clairement l’objectif d’une caméra.
Le groupe d’amis dépose plainte
Le groupe descend à l’étage et partage la découverte avec ses amis. L’une des amies affirme alors avoir vu un cadre identique dans la salle de bain de sa chambre la veille. Pour en avoir le cœur net, elle consulte une vidéo prise le jour de leur arrivée. Sur ces images, le cadre apparaît bien, placé face à sa baignoire. Le groupe d’amis conclut que le cadre a été déplacé.
Dans ses vidéos, la touriste américaine fait part de sa conviction. Pour elle, le propriétaire a profité de leur absence pour entrer dans la villa et déplacer le cadre.
Après avoir découvert la caméra, un de ses amis, le seul Marocain du groupe, se rend aussitôt au commissariat pour porter plainte. Entre-temps, le reste du groupe se cache pour se faire discret. “À ce moment-là, mon compagnon reçoit un message du propriétaire dans lequel il demande ‘est-ce que tout va bien ?’. Cela prouve qu’il savait que nous savions”, déclare la touriste américaine.