Joint par Médias24, Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association nationale des producteurs des viandes de volailles (APV), estime que cette situation était prévisible. En effet, dans un article précédent, le président de l’APV, joint par nos soins, nous avait confirmé, fin juin, que les fortes chaleurs feraient grimper le prix du kilogramme de 10%, voire de 20%.
Un poussin qui devait atteindre 2,3 kg ne dépasse plus 2 kg
Deux phénomènes expliquent cette situation. Le premier a trait au taux de mortalité. Il est plus important que d’habitude dans les élevages. D’autre part, une perte de performance des volailles.
« Un poussin qui devait atteindre 2,3 kg ne dépasse plus 2 kg« , nous indique Abderrahmane Ryadi. « Les pertes vont jusqu’à 20% dans certaines régions », déplore-t-il.
« Chaque été, la chaleur pèse sur la production », rappelle notre interlocuteur, « mais cette année, l’épisode [caniculaire, ndlr] est plus précoce et plus brutal que d’ordinaire. Ces températures de 40 °C ou de 44 °C arrivent d’habitude vers fin juillet, et non pas fin juin. Cette fois, la chaleur est arrivée brusquement et les élevages n’ont pas eu le temps de s’adapter ».
« Face à ces conditions, de nombreux éleveurs préfèrent écouler leurs stocks plus tôt, par crainte de manquer d’eau pour refroidir leur volaille, ou de voir leurs poulets périr ».
Jusqu’à 32 DH/kg dans les magasins et 36 DH/kg dans certaines grandes surfaces
D’après le secrétaire général de l’APV, « les prix, qui avaient chuté à 13 DH/kg départ ferme dans certaines régions il y a quelques jours, sont repartis à la hausse, atteignant 16,50 DH, voire 16,75 DH/kg pour le poulet vif, sortie ferme ».
« Chez le consommateur, le kilogramme peut atteindre entre 30 et 32 DH dans les magasins, et jusqu’à 36 DH dans certaines grandes surfaces ».
« La demande, elle, reste encore modérée. Elle devrait s’accentuer en août, avec le retour des Marocains résidant à l’étranger (MRE), les vacances et les fêtes ».
Quid des prochains jours ? « Tout dépend des événements climatiques », souligne notre interlocteur.
« Les pics de chaleur surviennent normalement vers fin juillet et durant le mois d’août. Nous avons à présent déjà dépassé un premier pic, mais l’on ignore encore si c’est celui de juillet qui a été avancé ou s’il y en aura d’autres encore durant le mois en cours ».
« Aujourd’hui, à part les villes côtières, les chaleurs atteignent jusqu’à 44 °C à l’intérieur du Royaume, ce qui impactera davantage le secteur ».
Dans les prochains jours, les températures vont atteindre jusqu’à 47 °C dans certaines régions, selon une nouvelle alerte météo.
L’eau devient un facteur limitant pour les éleveurs
La filière reste donc dans l’incertitude. Si d’autres vagues de chaleur surviennent, les prix pourraient continuer à grimper. D’autant que l’eau devient un facteur limitant pour les éleveurs, confrontés à la sécheresse et à des restrictions croissantes sur les forages. « Les autorisations pour creuser des puits ne sont presque plus octroyées », d’après Abderrahmane Ryadi.
« Les éleveurs n’ont plus assez d’eau pour rafraîchir leurs volailles. Ainsi, lorsqu’une vague de chaleur est annoncée, ils commencent à liquider leurs poulets dès qu’ils atteignent 1,8 kg ou 1,9 kg, au lieu des 2,3 kg en temps normal », poursuit-il.
« Certains éleveurs anticipent. Au lieu d’introduire 60.000 poussins dans leurs fermes en hiver, ils réduisent leurs effectifs à 40.000 pour limiter les risques en période de forte chaleur ».
« L’offre est donc contrainte. On n’a plus la flexibilité d’expansion des années passées. Le moindre risque climatique impacte directement la production », conclut le secrétaire général de l’APV.