Sur la période 2010-2024, la dette du Trésor a connu une transformation d’ampleur, aussi bien dans son volume que dans sa structure.
En quinze années, le stock global de la dette est passé de 384,6 à 1.082 MMDH, soit une augmentation de 181%.

Cette progression, dépassant largement le double, témoigne du fait que les besoins de financement de l’État n’ont cessé de croître dans un contexte marqué par la succession de chocs exogènes, de réformes coûteuses, d’un rythme de croissance économique insuffisant et parfois de déficits budgétaires élevés.
Besoins de financement du Trésor (2011-2024)
Un autre angle essentiel d’analyse réside dans l’examen des flux nets annuels de dette. C’est-à-dire les variations annuelles de l’encours, qui traduisent le recours effectif à l’endettement d’une année à l’autre. En d’autres termes :
flux nets = nouveaux emprunts – remboursements de dettes
Sur la période 2011-2024, ces flux nets oscillent fortement, entre un minimum de 24,7 MMDH en 2019 et un maximum de 85,3 MMDH en 2020.

Plus en amont, les années 2012 et 2013 avaient déjà enregistré des flux nets particulièrement élevés, à 62,8 et 60,6 MMDH respectivement. Les flux se sont ensuite stabilisés autour de 30 à 40 MMDH par an entre 2014 et 2019, avant l’envolée pandémique de 2020.
Les années récentes (2021–2024) révèlent une nouvelle tendance. Un plateau élevé de recours à la dette, avec plus de 60 MMDH de flux nets par an en moyenne.
Cela s’explique notamment par la montée en charge des dépenses : investissements publics, généralisation de la protection sociale, aides directes et revalorisations salariales dans le secteur public.
Quand l’endettement évolue plus vite que la croissance économique
Dire que la progression de la dette est inquiétante ou non reste arbitraire si elle n’est pas mise en perspective avec l’évolution du PIB nominal. Sans cette comparaison, l’analyse demeure abstraite, car ce qui importe au fond, c’est le ratio d’endettement.
Une dette de 1.082 MMDH à fin 2024 n’aurait rien d’alarmant si le PIB s’élevait, par exemple, à 3.000 MMDH. Ainsi, le ratio dette/PIB serait alors de 36%, un niveau parfaitement soutenable.Entre 2010 et 2024, la dette a progressé de 181%, tandis que la croissance nominale n’a augmenté que de 86,9%En effet, entre 2010 et 2024, le PIB nominal est passé de 854,5 MMDH à 1.596,8 MMDH, soit une croissance cumulée de 86,9%. Ce rythme reste très en deçà de celui du stock de dette. De ce fait, le ratio dette/PIB est passé de 45% en 2010 à 67,7% sur la même période.
Le creusement de cet indicateur n’est pas un simple artefact comptable. Il traduit une réalité fondamentale : la capacité de production de richesse du pays n’a pas suivi le rythme de l’endettement public.
Il convient d’ailleurs de rappeler que plusieurs travaux économiques empiriques ont mis en évidence un seuil critique autour de 90% du PIB, au-delà duquel la dette publique commence à peser dangereusement sur la croissance.
Gouvernements successifs et trajectoire de la dette
Entre 2012 et 2021, période correspondant aux deux mandats du gouvernement conduit par le PJD, le stock de la dette du Trésor est passé de 430,9 à 885,3 MMDH, soit une hausse absolue de près de 454,4 MMDH en dix ans. Ce niveau traduit un recours structurel à l’endettement dans un contexte marqué par une succession de chocs, dont les sécheresses récurrentes et la crise du Covid, entre autres.
Si certaines années ont connu un ralentissement du recours à la dette (2015-2019), l’effort budgétaire s’est considérablement intensifié en 2020 face aux impératifs sanitaires, sociaux et économiques liés à la pandémie.
Depuis 2022, le nouveau gouvernement dirigé par le RNI a poursuivi une trajectoire d’endettement dynamique, avec un encours qui atteint 1.082 MMDH en 2024. En trois années, la dette s’est alourdie de près de 197 MMDH, un rythme annuel moyen plus élevé que sous les mandats précédents. Toutefois, sur ces 1.082 MMDH à fin 2024, 885 MMDH représentent un stock hérité des mandats précédents.
Ce recours soutenu s’explique par les engagements pris par le Maroc, notamment en matière d’investissements et de politiques économiques et sociales.
Par ailleurs, il convient de rappeler que le ratio dette/PIB a commencé à diminuer depuis 2022, passant de 71,5% à 67,7% à fin 2024 sous l’effet de l’amélioration du PIB.