Le continent africain est très riche en métaux précieux comme l’or, l’argent, le platine et dont le potentiel n’est pas, à ce jour, pleinement découvert. Aujourd’hui, plusieurs pays africains ont revu leurs politiques minières pour développer le potentiel non découvert alors que d’autres pays ont récemment décidé de nationaliser leur secteur minier afin de profiter pleinement de ses ressources envers ses peuples.

De même, certains pensent que le Maroc est un pays riche en ressources minières mais que les métaux précieux sont exploités dans le plus grand secret. C’est du moins une thèse parfois rencontrée sur les réseaux sociaux.

En réalité, le Maroc est un pays avec une grande histoire et un savoir-faire minier. Le secteur compte actuellement sur l’activité phosphatière qui domine d’une année à l’autre, le chiffre d’affaires du secteur minier par rapport aux autres minerais exploités (une part entre 80 et 90 % du chiffre d’affaires annuel du secteur minier).

Au-delà de la domination claire des phosphates, l’or vert du Maroc, quel est le vrai potentiel du royaume en métaux précieux ? Existe-t-il un potentiel caché ?

Le potentiel de l’or au Maroc

L’âge d’or minier du Maroc remonte au siècle dernier, marqué par la découverte de la mine de Tata, qui a permis d’accroître significativement la production aurifère du pays et ce, jusqu’à sa fermeture. En 2002, la production d’or d’Akka avait atteint son apogée avec un record de 2,6 tonnes. Cependant, par la suite, les réserves se sont progressivement épuisées, entraînant un déclin de la production.

Carte montrant la répartition des indices d’or au Maroc (source: ministère de la Transition énergétique).

Par la suite, Managem, pour préserver son activité, a reconverti l’activité vers le traitement des scories, produisant jusqu’à ce jour du cuivre de cette région qui était auparavant la capitale de l’or au Maroc.

Quant à la mine de Tiouit, actuellement la seule mine d’or en activité au Maroc, elle se limite au retraitement des haldes. Sans nouvelles perspectives d’exploitation minière, elle ne peut produire que des quantités modestes d’or.

La difficulté à découvrir de nouveaux gisements d’or au Maroc s’explique par deux facteurs principaux : des raisons scientifiques et la faiblesse des investissements.

L’or, présent en quantités très limitées et souvent dispersé en faibles concentrations dans les roches, est un métal rare. C’est cette rareté qui explique pourquoi l’or demeure un actif monétaire de base pour les banques centrales et un moyen de préserver le patrimoine face à l’inflation et aux crises économiques.

En matière d’investissements, les projets d’exploration aurifères sont plus risqués que ceux portant sur d’autres ressources minérales. Au Maroc, cette réalité est d’autant plus vraie que les gisements d’or économiquement viables sont rares, ce qui rend les investisseurs réticents à s’engager dans ce type de projets.

À ce jour, le seul projet avancé d’exploration d’or est celui de Tichka, porté par la compagnie Stellar Gold. La société canadienne vient de lancer un programme de forage destiné à confirmer en profondeur les résultats prometteurs obtenus lors de la précédente campagne de tranchées, notamment des teneurs de 4,55 g/t d’or sur 15 mètres (au niveau de la tranchée 2B).

L’or de Tichka se trouve principalement dans des filons de quartz-ankérite-arsénopyrite orientés nord-est, ainsi que dans des filons-couches de diorite. Sa présence est contrôlée par des failles majeures et des structures conjuguées, ce qui montre une déformation cassante de la roche.

Malgré cette potentialité, le défi réside dans le fait d’assurer la viabilité économique du projet, surtout que des investissements sont nécessaires, tels qu’une usine de traitement pour séparer et extraire l’or contenu dans les roches par les processus convenus.

Après le succès d’Aya Gold & Silver, la société Mx2 Mining a été créée pour développer les ressources aurifères au Maroc et en Mauritanie.

MX2 Mining s’apprête à lancer l’exploration du gite d’Amizmiz, un projet aurifère au potentiel important situé aux environs de Marrakech. Selon les estimations initiales, le site renfermerait 819.769 tonnes de minerai avec une teneur moyenne de 12,98 g/t d’or, représentant un potentiel d’environ 340.000 onces d’or (soit près de 10,6 tonnes).

Ce gisement se caractérise par une minéralisation aurifère de type stratiforme oxydée, typiquement encaissée dans des formations calcaires, comme l’ont confirmé les études géologiques antérieures. Les travaux préliminaires ont révélé une bonne continuité de la minéralisation, ce qui renforce l’intérêt économique du projet. Pour valider les potentialités d’Amezmiz en profondeur, la prochaine étape sera un programme de forage, suivant le principe minier bien connu : « forer pour connaître » (drill to know).

Le Maroc, leader africain de la production d’argent

La mine d’Imiter est le fleuron de l’industrie argentifère marocaine. C’est la plus grande mine d’argent en Afrique qui contribue de manière significative et continue à la position du Maroc en tant que premier producteur d’argent depuis 1951.

Carte montrant la répartition des indices miniers d’argent au Maroc (données ministère de la Transition énergétique).

En 2024, la découverte de 600 tonnes supplémentaires à Imiter devrait prolonger sa durée de vie de 12 ans, en attendant la confirmation de nouveaux horizons miniers capables d’augmenter davantage les réserves d’Imiter.

En termes de production, l’année 2025 s’annonce prometteuse pour le Maroc. Grâce à la montée en puissance de la mine de Zgounder d’Aya, la production nationale d’argent devrait doubler. Au premier semestre 2025, la mine de Zgounder a produit 2,1 millions d’onces d’argent (1,06 million au premier trimestre et 1,04 million au second). Les équipes ont résolu les défis techniques de fin de semestre, ce qui rend l’objectif de dépasser 5 millions d’onces pour l’année (environ 155 tonnes) largement réalisable.

Outre ces deux mines, les potentialités argentifères du Maroc sont nombreuses et réparties géographiquement, comme en témoignent les nombreux projets d’exploration en cours. À ce jour, Aya Gold & Silver mène le projet d’exploration d’argent le plus avancé au Maroc avec le gîte polymétallique de Boumadine, au sud de Tinejdad.

Dans le gite polymétallique de Boumadine, l’estimation des ressources minérales de Boumadine, précédemment publiée par Aya Gold & Silver, met en évidence un potentiel polymétallique de 15,1 millions d’onces d’argent, 449.000 onces d’or, 145.000 tonnes de zinc et 44.000 tonnes de plomb.

Les pierres du Maroc, trésor de la joaillerie

Le Maroc possède une grande richesse minéralogique, reflet de sa longue et diverse histoire géologique. L’améthyste marocaine, qui compte parmi les gemmes produites dans le pays, est réputée mondialement pour sa qualité, sa couleur violette intense et ses cristaux qui peuvent dépasser 10 carats. Ses caractéristiques uniques, comme ses zones de couleur intenses et ses inclusions d’hématite en forme d’aiguilles, lui ont valu le nom de « rose du Maroc » sur le marché international. Ces inclusions rougeâtres rappellent par ailleurs la couleur du safran, cultivé non loin des gisements, à Taliouine.

Vue d’un spécimen d’améthyste marocain qui se distingue par ses intrusions de couleur hématique semblables au safran de Taliouine.

Le principal gisement d’améthyste du Maroc est celui de Bou Addi. L’exploitation est artisanale, utilisant seulement la main ou la pioche pour récupérer la gemme dans les meilleures conditions possibles.

Une autre pierre utilisée en bijouterie est le jaspe, que l’on trouve notamment dans la commune de Mirleft, au niveau du gite de Sidi Abdellah. Souvent de couleur beige avec des veines brun foncé, sa valeur est moindre et dépend principalement de l’intensité de sa couleur, de la beauté de ses motifs ou de la qualité de sa taille. Toutefois, certaines variétés, comme le jaspe impérial ou le jaspe de Madagascar, sont plus rares et atteignent par conséquent des prix plus élevés.

Exemple du jaspe marocain.

Ce qu’il faut retenir :

  • Les métaux précieux exploités au Maroc restent à ce jour modestes, portés principalement par l’extraction minière argentifère.

  • Cependant, le potentiel marocain, soutenu par de nombreux indices d’argent et d’or, révèle que le pays demeure sous-exploré.

  • Un investissement minier accru pourrait ouvrir la voie à des découvertes majeures et inattendues.

  • La production aurifère, quant à elle, pourrait être renforcée par un encadrement institutionnel des prospecteurs artisanaux, à l’instar du modèle mauritanien.