Après le lancement de l’Offre Maroc l’année dernière, le pays est entré dans la phase d’exécution de son ambition hydrogène, concrétisée par la sélection des premiers investisseurs et le lancement de projets. Alors que les technologies peinent à se dimensionner (à atteindre l’échelle industrielle), le gouvernement a fait le choix de ne pas rester à l’écart en avançant étape par étape, tout en partageant le risque avec les investisseurs sélectionnés.
Aujourd’hui, plusieurs de ces projets avancent, couvrant différents produits énergétiques, dont la production d’ammoniac vert, de carburants industriels et d’acier décarboné. Cependant, l’évolution rapide des technologies impose de garder un œil sur ce qui se passe ailleurs. C’est là l’intérêt stratégique de cet événement, qui positionne également le Maroc comme destination de choix en tant que hub énergétique régional.
Leila Benali : il faut accélérer nos partenariats et les concrétiser
Lors de son allocution à la 5ᵉ édition du World Power-to-X Summit qui a débuté ce mardi 1ᵉʳ octobre 2025 à Marrakech, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, a rappelé le contexte international actuel très particulier qui remet en cause l’intérêt pour les énergies nouvelles et où prolifèrent des discours sceptiques sur le climat.
« Notre transition énergétique, qui est avant tout une transformation de notre modèle économique et de notre modèle social, pour créer plus d’emplois et réaliser le développement local et la justice sociale de manière plus durable », a déclaré Leila Benali.
Afin d’accélérer notre transition énergétique, Benali compte sur le développement d’une trilogie :
- Le gaz naturel.
- La création d’un pôle d’excellence en recherche et développement,
- Le positionnement du Royaume en tant que porte d’entrée unique pour le commerce de l’énergie verte et le commerce des minerais critiques et stratégiques.
« Nous ne pouvons pas parler sérieusement de l’hydrogène, du Power-to-X, si nous ne sommes pas crédibles dans la construction de notre infrastructure gazière. Et nous considérons l’infrastructure de gaz naturel – et non seulement les pipelines et les ports – comme un prérequis essentiel pour une économie verte », a expliqué Leila Benali.
« Nous prévoyons de lancer un appel d’offres formel pour une unité flottante de GNL dans le port de Nador West Med, ainsi que pour le développement de pipelines reliant les centres d’approvisionnement et de demande, avant la fin de l’année 2025 », a précisé Mme la Ministre.
Concernant les résultats de l’appel à manifestation d’intérêt lancé en avril 2025, Benali a indiqué que plus de 50 acteurs de diverses géographies et de divers profils y ont répondu : des compagnies pétrolières internationales (IOCs), des entreprises venant de l’Est comme de l’Ouest, des acteurs de l’infrastructure et des entreprises de construction intéressées par le marché marocain.
« Un petit appel à l’action de ma part aux gouvernements, en général : nous devons accélérer nos partenariats et les mettre en œuvre. Nos investissements dans les infrastructures, les pipelines, les voies maritimes et les interconnexions : nous devons avancer vite, aussi vite que nos objectifs climatiques l’exigent, et aussi vite que nos populations l’exigent. Appel à l’action aux financiers et à l’industrie : nous devons vraiment passer à l’action maintenant, au-delà des projets pilotes, vers la mise en œuvre de portefeuilles bancables, avec un partage équitable des risques et des rendements justes et réalistes », a souligné Mme Benali.
« Aux chercheurs et aux innovateurs : continuez l’excellent travail que vous accomplissez, mettez à l’échelle les technologies éprouvées, dé-risquez ce qui arrive ensuite, et transférez plus rapidement les percées vers le marché. À notre jeunesse, à notre talent et à notre forte présence ici : saisissez ce moment. Nous avons besoin de votre créativité, de votre ingéniosité, et de votre liberté de pensée pour nous aider à gérer les risques dans ce secteur », a conclu la ministre de la Transition énergétique.
L’IRESEN, pilote de l’innovation Power-to-X au Maroc
L’IRESEN (Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles) est le seul organisme public qui soutient la recherche appliquée et l’innovation au service de l’État dans le domaine de la transition énergétique. Il développe des projets pilotes dans le secteur émergent du Power-to-X, permettant ainsi à l’État de tester différentes technologies. Lors de son mot d’ouverture, Samir Rachdi, DG de l’IRESEN est revenu sur le bilan de la R&D au sein de son institut.
« À une échelle préindustrielle, avec nos partenaires stratégiques, l’UM6P et l’OCP, nous continuons à développer la plateforme Green H2A, notre installation pilote de montée en gamme et de démonstration, où la construction avance sur une unité de démonstration d’ammoniac vert capable de produire 4 tonnes par jour d’ammoniac vert, alimentée par une capacité électrique de 4 mégawatts, et dont la mise en service est prévue pour l’année prochaine », a déclaré Samir Rachdi.
« Tournés vers l’avenir, nous nous préparons également à l’avenir des e-carburants et de l’e-méthanol. Avec le soutien substantiel du ministère fédéral allemand du Développement et de la Coopération (BMZ) et de la KfW, nous avons lancé une étude de faisabilité pour une unité de démonstration « Power-to-Liquid » qui sera mise en service en 2028. C’est une étape vers l’intégration du Maroc dans les corridors maritimes verts via les combustibles marins synthétiques et décarbonés qui en résulteront », a annoncé M. Rachdi.