La 5e édition du Power-to-X, se tenant les 1ᵉʳ et 2 octobre 2025, est l’occasion non seulement de nouer de nouveaux projets, mais aussi de discuter et d’évaluer l’efficacité de la stratégie énergétique verte marocaine.
Dans ce contexte d’incertitudes internationales, où plusieurs projets d’hydrogène sont progressivement mis à l’arrêt, il est plus sage d’examiner dès maintenant la stratégie marocaine afin d’éviter de reproduire les erreurs d’autrui.
Dans cette logique, Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du commerce, a souligné dans son discours les points d’amélioration nécessaires pour relancer efficacement notre objectif de devenir un hub régional de production d’énergie verte.
« L’année dernière, j’étais très confiant. Je pensais que le « Power-to-X » était le « Power-to-Jobs« , c’était clair. C’est l’avenir, nous allons avoir beaucoup d’investissements, nous allons changer le monde, nous allons avoir des bateaux qui utilisent du méthanol, nous allons avoir des avions qui utilisent du SAF, nous allons avoir beaucoup d’ammoniac vert qui circule partout ».
En l’absence de résultats concrets à ce jour, il est important de présenter les projets, mais il est surtout important de savoir où nous en sommes réellement. Ryad Mezzour a soulevé plusieurs questions légitimes et logiques. « Un an plus tard… Alors, quelle est la suite ? Où allons-nous ? Quels sont les marchés ? Quels sont les consommateurs ? Nous sommes toujours tous ensemble à discuter de la manière de produire, de la technologie. Où est le consommateur ? Y a-t-il des consommateurs ici ? Des offtakers ? Des contrats ? Des nouvelles à ce sujet ? Non, pas encore« .
Actuellement, l’hydrogène vert peine à se concrétiser en raison de son coût encore supérieur à celui de l’hydrogène gris. Dans le cas du Maroc, il existe un écart de 25% à 30% que les avancées technologiques doivent combler.
Le ministre estime que, malgré la forte dynamique actuelle au Maroc, les choses n’avancent pas assez rapidement en suivant strictement les règles établies. Il serait donc plus opportun d’envisager une nouvelle vision permettant de concrétiser ces projets d’hydrogène à court terme.
« La technologie ne doit pas être en mesure de préciser les règles. La technologie doit juste essayer de transformer cette molécule au meilleur prix possible, essayer de capturer le carbone au meilleur endroit possible, que ce soit au Maroc, dans le Sud, le Centre, le Nord, ailleurs, où que nous puissions le capturer ».
« Être le meilleur vous fait avoir une véritable offre énergétique sans compter sur personne d’autre dans le monde. Et c’est ce que nous devons faire. Ensemble. Car nous serons ici l’année prochaine à nous demander : qu’en est-il du réseau ? qu’en est-il du pipeline ? qu’en est-il de la technologie ? et toujours sans consommateurs », a-t-il ajouté.
Le message que Ryad Mezzour a voulu transmettre est clair, il faut aller droit au but, à travers une approche inédite qui permettra de redonner un nouvel élan au déploiement des projets d’hydrogène au Maroc sans trop attendre. » Nous avons besoin de la molécule, alors faisons la molécule. Voyons le moyen le plus efficace de fournir la molécule, même si nous devons transporter de l’électricité pour la fournir et la transformer ailleurs. Mais faisons-le ».
« Faisons le modèle économique en utilisant notre capacité à fournir de l’énergie renouvelable au meilleur prix, ici, et en la transformant en une molécule… Je suis sûr que nous aurons la meilleure offre que personne ne pourra rejeter « .
Il a également insisté sur le fait que la productivité et la compétitivité doivent primer avant la couleur de l’hydrogène. « Ce sera plus vert que le gris, un peu plus gris que le vrai vert, mais ce sera du méthanol, ce sera de l’hydrogène, et ce sera compétitif. Et c’est tout ce qui compte au final ».
Cette nouvelle vision devrait se concrétiser en trois étapes pour avoir le meilleur produit au meilleur prix. Le Maroc doit avancer étape par étape : devenir productif, puis devenir compétitif, puis devenir durable.
« Je suis arrivé à la conclusion qu’au final, en économie, il faut avoir le meilleur produit au meilleur prix. Et c’est ce que nous devrions faire. Et ensuite, nous verrons où cela doit s’inscrire en termes de règles et en termes d’incitations… Et rendons-le disponible dès que possible, car le monde est en demande d’énergie. Et nous sommes prêts« .
Le Maroc doit également exploiter toutes ses ressources sans complexe pour atteindre un prix de production très bas. « Fournissons ce beau mélange que nous avons dans cette région, en utilisant toutes les ressources disponibles, sans aucun complexe… Produisons-le à 1,5 dollar, à 1,3, à 1,4 par kilogramme, nous serons donc compétitifs, nous serons une alternative. Et nous pouvons le faire ».
« C’est possible si nous nous libérons les esprits et si nous sortons des sentiers battus, un peu en dehors des règles actuelles imposées pour une couleur typique d’hydrogène. Alors, utilisez votre propre couleur, utilisez votre propre cerveau, utilisez vos propres règles, dans votre propre continent. Et je suis sûr que nous aurons la meilleure offre jamais vue », a conclu Ryad Mezzour.