Espèce autrefois répandue à travers le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Europe du Sud, l’ibis chauve (Geronticus eremita) ne survit aujourd’hui à l’état sauvage que dans deux zones du Maroc : le parc national de Souss-Massa et la région de Tamri. Considéré comme l’un des oiseaux les plus menacés au monde, il bénéficie d’efforts de conservation intenses menés au niveau national.
L’ibis chauve a occupé une place importante dans les cultures anciennes. En Égypte, il était connu sous le nom d' »oiseau d’Horus ». Des ibis momifiés ont été retrouvés dans des tombes, témoignant de son statut sacré. Symbole du lien entre l’homme et la nature, l’ibis chauve rappelle la responsabilité humaine dans la préservation de la biodiversité.
Reconnaissable à sa tête nue rouge cerise, son plumage noir aux reflets métalliques et son long bec recourbé, l’ibis chauve mesure entre 70 et 80 cm pour une envergure de 125 à 135 cm. Il vit en colonies et se nourrit d’insectes, scorpions, petits reptiles ou amphibiens, mais aussi de graines, ce qui en fait le seul échassier à avoir ce régime alimentaire. Il joue un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes steppiques et agricoles, en régulant les populations d’insectes et en contribuant à la dispersion des graines.
Un déclin historique et des menaces persistantes
Après avoir disparu de la majeure partie de son aire d’origine, l’espèce est aujourd’hui classée « en danger » sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En 2024, on dénombrait environ 708 ibis adultes, dont 150 couples reproducteurs, concentrés uniquement au Maroc, selon les dernières statistiques de l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF).
Les principales menaces à sa survie sont la perte d’habitat liée à l’agriculture et à l’urbanisation, la chasse illégale, l’utilisation de pesticides, les changements climatiques et le dérangement humain, notamment durant la période de reproduction.
Le Maroc joue un rôle déterminant dans la survie de l’espèce, considérée comme protégée par la loi depuis 1996. Le parc national de Souss-Massa constitue son principal refuge, offrant des sites de nidification et d’alimentation adaptés. Des programmes de suivi réguliers sont mis en place pour surveiller les populations et l’état des habitats.
Un plan d’action national structuré
Pour assurer la sauvegarde durable de l’ibis chauve, un Plan d’action national a été mis en œuvre autour de plusieurs axes :
- Protection des habitats vitaux, notamment à Tamri, en limitant les projets d’infrastructures et l’expansion agricole près des zones sensibles.
- Réduction des perturbations humaines, par la création de zones calmes et la formation des communautés locales.
- Amélioration du succès de reproduction, grâce à la restauration des nids, la gestion des prédateurs et le suivi annuel des colonies.
- Renforcement des connaissances scientifiques, à travers le suivi par balises satellites, la cartographie des habitats et les études sur la génétique et la mortalité.
- Réduction des facteurs de vulnérabilité, avec la création d’une population captive à Ifrane et le développement de nouvelles colonies.
Un programme de réintroduction à Ifrane
Disparu de cette région au début des années 1980, l’ibis chauve fait l’objet d’un programme de réintroduction dans le parc national d’Ifrane. Ce projet vise à rétablir l’espèce dans son aire historique et à constituer un réservoir génétique pour renforcer les populations sauvages.
Trois sites ont été évalués avec l’appui d’experts marocains (GREPOM) et internationaux (Zoo de Jerez, projet Erémita). Le site de Bakrit a été retenu pour ses conditions écologiques favorables : mosaïque de prairies, zones steppiques et falaises propices à la nidification.
Les études confirment la disponibilité de ressources alimentaires suffisantes tout au long de l’année. Le projet prévoit également la construction d’une volière, de structures techniques, d’un centre d’interprétation et de plateformes d’observation, précise l’ANEF.
Grâce à ces efforts coordonnés, la population sauvage de l’ibis chauve connaît aujourd’hui une stabilité encourageante. Le programme d’Ifrane marque une nouvelle étape dans la politique de conservation du Maroc, alliant protection du patrimoine naturel et engagement durable envers cette espèce emblématique.