“Cela relève de la vie privée”, scande Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice, lors de son passage au Parlement, ce lundi 3 novembre.
Selon lui, la question du divorce est “mal comprise”. Il estime que les comparaisons statistiques qui évoquent une hausse du nombre de séparations manquent de perspective.
“Avant la réforme de 2004, quand une femme voulait divorcer, elle devait passer vingt ans devant les tribunaux. C’était un calvaire”, rappelle l’ancien avocat et membre de l’équipe chargée du pilotage de la réforme de la Moudawana. “Avec l’introduction du divorce pour discorde, les femmes ont enfin obtenu la liberté de mettre fin à un mariage quand elles le souhaitent”.
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Pour Abdellatif Ouahbi, la société doit cesser de voir le divorce comme une infraction. “Le divorce, c’est la décision de deux personnes qui, un jour, ont choisi de s’unir et qui, un autre jour, décident de se séparer. Pourquoi en faire une affaire administrative ?”, interroge-t-il.
Le ministre estime que le débat devrait plutôt s’orienter vers les causes réelles du divorce (économiques, sociales ou relationnelles), tout en rappelant que cela relève avant tout de la vie privée.
“Deux adultes qui décident de se marier ou de divorcer, en quoi cela nous concerne ? Pourquoi vouloir s’immiscer dans leurs choix ?”, poursuit-il.
Il a également relativisé les chiffres souvent présentés comme alarmants. “Si l’on compare avec l’Égypte ou la Tunisie, on verra que la situation du Maroc n’est pas la plus en hausse”.
Indemnités, une question épineuse
Sur la question des indemnités versées après divorce, le ministre a reconnu que le sujet a fait l’objet de débats au sein même de la commission chargée de la réforme du Code de la famille. Mais selon lui, des changements majeurs sont en préparation pour supprimer les injustices flagrantes.
“Une femme qui a vécu vingt ans avec son mari, qui a deux enfants, reçoit parfois 1.000 DH par mois. Et, en parallèle, elle ne peut même pas leur changer d’école, demander ou retirer leurs passeports, ni même voyager avec eux à l’étranger”, dénonce le ministre.
“Tout ce que je demande pour la femme, c’est qu’on lui rende justice. Elle vote comme l’homme, mais n’a pas encore les mêmes droits que lui après le divorce”, conclut-il.