N’ayons pas peur des superlatifs, car la performance le mérite. Trois sportifs marocains, nageurs en eau libre, viennent de parcourir en quatre jours (autant d’étapes), la distance de 100 km dans la lagune de Dakhla. Et ce, à l’occasion de la Marche verte. Un exploit sportif de niveau international.

Les trois sportifs en question sont Dino Sebti, Nadia Benbahtane et Sébastien Desflandre. Tous trois sont déjà adeptes de la nage en eau libre, avec des parcours connus comme le détroit de Gibraltar, le détroit de Bonifacio, les Glénans… Tous sont actifs dans ce domaine.

100 km à la nage dans la lagune de Dakhla pour célébrer la Marche verte : un exploit sportif majeur

Nager 100 km en eau libre en 4 jours (soit 25 km par jour) est incontestablement un exploit sportif majeur, même pour un nageur expérimenté. C’est l’équivalent de 4 marathons de natation (25 km est la longueur d’un marathon aquatique officiel). Les nageurs d’élite, participant à un circuit mondial tel que la Coupe du monde de la FINA (Fédération internationale de natation, devenue World Aquatics) disputent des épreuves de 10 km par jour, et rarement deux jours de suite.

25 km par jour pendant 4 jours d’affilée, cela nécessite un mental solide, une endurance physique et une organisation bien calibrée. La dépense énergétique quotidienne pour 25 km de nage correspond à 6.000 jusqu’à 10.000 kcal (kilocalories) par jour. C’est l’équivalent de trois traversées de la Manche en une semaine (34 km par étape).

La performance de nos trois nageurs n’est donc pas inédite, mais c’est un exploit qui les place parmi l’élite en termes d’endurance. Il faut dire que la Marche verte le vaut bien.

Comment l’idée a germé

La lagune de Dakhla fait 25 km de longueur. Il y a deux ans, à l’occasion du 48e anniversaire de la Marche verte, Sébastien Desflandre et Dino Sebti avait lancé la « Nage verte » qui consistait à parcourir la lagune sur toute sa longueur d’une traite.

100 km à la nage dans la lagune de Dakhla pour célébrer la Marche verte : un exploit sportif majeur

Cette année, à l’occasion du 50e anniversaire, l’idée a germé de réaliser quelque chose de plus fort, par exemple 50 km. Dino Sebti raconte la suite :

« Un jour, dans une discussion (comme souvent pleine d’idées un peu folles) avec Sébastien, on se demandait quel défi serait à la hauteur du 50e anniversaire de la Marche Verte.
Il y a deux ans, on avait déjà nagé 25 km d’un coup à Dakhla, lors de la 1re édition nommée La Nage verte : 7 h 30 dans l’eau, la peau fripée mais le cœur fier. Alors, naturellement, j’ai proposé de faire 50 km cette fois, pour ce 50e anniversaire : logique, non?!
Et là, Sébastien me regarde et me dit :
— Non. Faisons 100 km.
— T’es sûr ?
— Oui et en 4 jours.
Un “oui” tellement convaincant qu’on a embarqué Nadia dans cette douce folie. Elle aussi a dit banco.
Les entraînements ont suivi : plus de deux mois et demi, à raison de 6 km par jour. Autant dire qu’on connaissait la piscine et la mer devant le CCC Sun Beach par cœur ! ».

Aucun challenge n’est impossible

Le défi a débuté le 1er novembre et s’est achevé le 4 novembre. Puis, ils ont organisé une cérémonie symbolique le 6 novembre, date anniversaire de la Marche verte. Les conditions météorologiques les avaient en effet obligés à avancer le challenge.

Les temps réalisés montrent à quel point le défi était de taille, voire surhumain :

« Jour 1 : 25 km en 8h30.
Jour 2 : 25 km en 8h31.
Jour 3 : 26 km en 9h30, avec le vent et les courants ligués contre nous.
Jour 4  : Miracle : la nature, après nous avoir bien testés, décide enfin d’être clémente ! Courant favorable, mer et vent calme, et là… on explose tout : 1er 10 km en 1h55, mieux que le record du monde (1h59), mais avec des conditions météo favorables.
Et les 25 derniers km en 5h12 ! »

Voici l’histoire en quelques phrases. Dino Sebti en tire la conclusion « qu’aucun challenge n’est impossible ».

Divers sponsors les ont accompagnés: BOA, CTM, Somagec pour la partie mission scientifique ; Ocean Vagabond, WDC et Open Water Event.

Une lagune à préserver

L’édition de la « Nage verte cette année s’est déroulée également sous le signe de la préservation de l’intégrité écologique de la baie de Dakhla. Cette dernière s’étend sur 400 km².

« Elle abrite un écosystème lagunaire d’une grande richesse, refuge de plusieurs espèces marines menacées, notamment des grands dauphins (Tursiops truncatus), des lamantins, des oiseaux migrateurs, ainsi qu’une diversité notable de mollusques et poissons », nous explique Dino Sebti. Cette zone est soumise à de grandes pressions humaines telles que le développement touristique, l’urbanisation, la pêche, l’aquaculture intensive… Des espèces menacées de mégafaune marine y sont régulièrement observées.