Alors que l’ONHYM s’apprête à évoluer vers un statut de société anonyme, le secteur de l’exploration connaît un ralentissement par rapport à l’année précédente. Cette situation ne résulte pas de performances négatives, mais du fait que plusieurs projets d’exploration, notamment gaziers, ont atteint leur maturité.

Malgré ce contexte, le Maroc s’apprête à démarrer une production initiale de 100 millions de mètres cubes sur le gisement de Tendrara, dont la mise en service est prévue entre fin 2025 et début 2026 au plus tard.

L’aboutissement du champ de Tendrara est le fruit d’un développement ayant requis plus d’une décennie de travail, ainsi que de l’accompagnement continu de l’ONHYM, qui a facilité le déroulement des travaux d’exploration, notamment les campagnes de forage.

Cette période de résultats positifs, marquant l’aboutissement de près de vingt années d’efforts soutenus, constitue une opportunité idéale pour rechercher de nouveaux partenariats capables de libérer le potentiel de ressources additionnelles, notamment gazières.

Le bilan d’exploration en 2025

Durant cette année, les opérations de forage se sont limitées au puits Mou-5 réalisé par la compagnie britannique Predator Oil & Gas en mars 2025, sans découverte de gaz naturel.

De leur côté, l’entité énergétique nouvellement créée Mana Energy et Sound Energy prévoyaient de forer deux puits d’exploration sur les licences de Tendrara et Anoual, mais n’ont pu le faire cette année. Ces deux puits sont essentiels pour accroître les réserves certifiées et faciliter le passage à la phase 2 du projet Tendrara.

Concernant le champ Anchois, la compagnie Chariot a annoncé un nouveau plan prévoyant la séparation de ses activités d’exploration énergétique amont de ses activités d’énergies vertes. Dans le cadre de ce plan, qui sera finalisé avant fin 2025, Chariot étudie un redimensionnement du champ pour en permettre une exploitation rapide, économique et efficiente.

Par ailleurs, l’année 2025 a vu le départ de Genel Energy, qui a décidé de ne pas renouveler sa licence offshore de Lagzira arrivée à échéance en juin 2025, et de ne pas entamer la première période de prolongation, bien qu’elle fût proche d’une nouvelle découverte pétrolière.

Le puits Banasa-1 que Genel envisageait de forer se situe en effet dans un réservoir au potentiel élevé, à proximité d’un forage réalisé en 2014 qui avait déjà révélé la présence de pétrole, bien qu’en quantité non commerciale.

Malgré de fortes probabilités de découvrir un gisement plus important, Genel n’a pas réussi à trouver de partenaire financier pour son projet de forage du puits Banasa-1, malgré le mandat confié à un cabinet de promotion pétrolière pour trouver un partenaire financier.

Les statuts actuels des blocs d’exploration pétrolière

Si les découvertes récentes s’avèrent prometteuses, avec la mise en production imminente de Tendrara, le dernier permis de recherche officialisé remonte à juillet 2024, signé avec le major pétrolier Esso.

Plusieurs permis n’ont à ce jour pas été renouvelés, notamment ceux en onshore de Haha, précédemment développés par une entreprise sino-pakistanaise, ainsi que les blocs offshore de Dakhla et Boujdour. Aucune décision officielle n’a été communiquée concernant leur passage d’un contrat de reconnaissance à un permis de recherche.

À vrai dire, la conjoncture actuelle indique que la majorité des compagnies pétrolières se tournent vers l’Afrique de l’Ouest, où d’importants réservoirs ont récemment été découverts, notamment en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Mauritanie, au Sénégal et en Angola.

Face aux projets ayant confirmé la présence de gaz à Tendrara, Anchois et Guercif, et qui ont atteint leur maturité, il est désormais essentiel d’insuffler une nouvelle dynamique à l’exploration. Pour leur part, les opérateurs actuels attendent avec impatience un rôle renforcé de l’ONHYM, notamment dans le financement des projets pétroliers permettant un partage de risque plus avancé qu’auparavant.

Des résultats d’exploration prometteurs au Maroc

Par rapport aux périodes précédentes, les recherches cumulées par le va-et-vient de plusieurs opérateurs, dont une grande partie sont des majors d’exploration, ont permis de mieux mettre à découvert des centaines de prospects importants de pétrole et de gaz et de prouver l’existence du gaz et du pétrole au Maroc (pétrole au large de Lagzira, gaz du Gharb, gaz de Tendrara, gaz d’Anchois, gaz de Guercif…).

Cependant, leur présence peut se heurter à des défis techniques comme ce fut le cas dans la licence onshore de Loukos (présence de l’eau) et de Guercif (endommagement d’une formation).

Récemment, la dernière communication de Predator a été mal interprétée, laissant penser qu’il s’agissait d’un retrait imminent de la compagnie, alors qu’en réalité, cette junior d’exploration cotée à la Bourse de Londres manque de liquidités pour financer des phases de développement plus avancées.

Dans les prochains mois, Predator doit certifier les ressources de Guercif via un rapport technique actualisé à l’intention des repreneurs potentiels. Cette expertise synthétisera l’ensemble des découvertes réalisées, incluant les ressources gazières identifiées dans les quatre puits forés ainsi que la présence confirmée d’hélium.

Predator estime que son actif est passé de l’absence de ressources gazières identifiées à l’évaluation de ressources contingentes, avec un potentiel de hausse selon ses dernières estimations, et considère ainsi que le moment est venu de monétiser ce projet.

Flashback : l’essor accéléré du secteur après la création de l’ONHYM en 2005

La création de l’ONHYM, en 2005, issue de la fusion de l’ONAREP et du BRPM, a conduit à une accélération rapide de l’exploration pétrolière au Maroc. Le pays, qui ne comptait que cinq permis de recherche et huit licences de reconnaissance (phase de recherche initiale) en 1999, est passé à plus de 110 permis de recherche à fin septembre 2008.

Évolution des blocs d’exploration pétrolière au Maroc de 1999 à 2008.

Sur la période 2005-2025, l’ONHYM a capitalisé une expertise significative en matière de promotion et d’exploration pétrolière (auparavant elle a développé par ses propres moyens plusieurs blocs onshore et des milliers de kilomètres de sismique 2D en onshore et offshore), contribuant à démontrer le potentiel du sous-sol marocain en hydrocarbures, là où certains doutaient initialement de sa viabilité.

Cette impulsion a notamment favorisé l’exploration offshore, avec la réalisation de 45 puits d’exploration, ouvrant la voie à la découverte du champ gazier d’Anchois, identifié pour la première fois en 2009 puis confirmé en 2021.

Les débuts s’étant avérés prometteurs, le changement de statut imminent de l’ONHYM est perçu comme une opportunité pour relancer l’exploration pétrolière en capitalisant sur les efforts antérieurs qui ont déjà porté leurs fruits dans le secteur des hydrocarbures et également des mines.

En plus du segment d’exploration, un rôle stratégique est attendu de l’ONHYM, celui du chantier du gazoduc Afrique-Atlantique (GAA) qui permettra de révolutionner, grâce au flux de gaz naturel, le développement socio-économique de 13 pays africains et de 3 pays africains enclavés du Sahel.