S’appuyant sur le cadre onusien, le président de la région Laâyoune-Sakia El Hamra estime que la région Guelmim-Oued Noun n’est pas concernée par l’initiative marocaine d’autonomie adoptée par le Conseil de sécurité comme base de solution au conflit du Sahara.
Cette position a suscité plusieurs réactions négatives, notamment celle de Mustafa Salma, qui a affirmé qu’il est nécessaire de suivre une logique de continuum tribal plutôt qu’une approche simplement administrative.
Le débat actuel sur l’identification des populations sahraouies n’est pas nouveau
Réfugié à Nouakchott après avoir rompu avec le polisario dont il était un cadre dirigeant, Mustafa Salma s’est dit opposé à cette exclusion de la région Guelmim-Oued Noun.
Dans des déclarations à Médias24, il explique que le Maroc a présenté cette initiative après qu’il était devenu évident qu’un référendum sur l’autodétermination était impossible en raison de l’absence de consensus sur la définition du terme « Sahraoui ».
« Sachant que les Sahraouis vivent dans les territoires des provinces du Sud, objet de la résolution et dans ses environs, soit au nord à Guelmim-Oued Noun, à l’est dans les camps de Tindouf et enfin au nord de la Mauritanie, la solution reposera nécessairement sur un consensus de toutes les populations sahraouies disséminées », estime l’ancien chef de la police du polisario pour qui le débat actuel n’a rien de nouveau.
Pour lui, il s’agit d’une simple répétition de ce qui s’était passé lors des négociations à huis clos entre les délégations durant le processus d’identification qui n’a abouti à aucune solution à ce jour.
Mieux intégrer les populations originaires de Guelmim-Oued Noun dans la gestion publique de Laâyoune
Qualifiant le débat actuel de dialogue de sourds en raison de la multiplicité des parties impliquées dans ce dossier aux niveaux local, régional et international et de la divergence de leurs intérêts, Mustafa Salma insiste sur le fait qu’il n’y a pas de problème de limites ou frontières entre les trois régions du Sahara et qu’en fait, c’est un conflit d’intérêts politiques et personnels sans aucun lien avec les tribus.
Tout en affirmant que Sidi Hamdi Ould Errachid, qui préside le conseil régional de Laâyoune-Sakia El Hamra, est une personne très respectée, notre interlocuteur se dit cependant farouchement opposé à « la politique familiale » de son parti à Laâyoune, où, malgré le fait que plus de 50% de sa population soit originaire des tribus de la région Oued Noun, les Tekna, cette majorité n’est toujours pas représentée dans les mandats électifs.
Et de rappeler que si le nombre de Sahraouis recensés en 1975 par l’Espagne ne dépassait pas 50.000 personnes réparties entre Laâyoune, Smara, Dakhla et Boujdour, cette population a été multipliée par 13 en dépassant 670.000 habitants en 2024 dans les régions Sakia el-Hamra et Oued Ed-Dahab.
Une question qui devra être tranchée par l’ONU
S’il reconnaît ne pas savoir comment un consensus pourra être dégagé entre les trois régions du Sud, notre interlocuteur affirme qu’il faut distinguer les considérations internationales et intérieures en ajoutant que le dossier du Sahara ne sera résolu que par l’accord des parties sous l’égide des Nations unies, car il ne s’agit pas d’une affaire intérieure marocaine qui est régie par des lois et des considérations locales.
Sur les conséquences de l’exclusion de la région Guelmim-Oued Noun du plan d’autonomie, Salma explique que le problème actuel de division du peuple sahraoui remonte en réalité au tracé colonial des frontières de la région. Ce dernier n’avait pas tenu compte des facteurs sociaux et en particulier du continuum humain.
« Les colonisateurs ont divisé les tribus et, après l’indépendance, les Sahraouis se sont retrouvés avec des nationalités marocaine, espagnole, mauritanienne et algérienne, c’est donc à l’ONU de trouver une solution à notre différend concernant leur héritage », conclut Mustafa Salma.