Les provinces du Sud ont beaucoup changé en vingt ans. Ce n’est plus seulement un territoire lointain et désolé. Les récentes données du haut-commissariat au Plan (HCP) y montrent une croissance rapide, un niveau de vie élevé, une pauvreté faible… mais aussi un marché du travail sous forte tension.

Selon les résultats du RGPH 2024, le taux d’urbanisation est passé de 70% à 79,8% entre 2004 et 2024 dans les provinces du Sud, alors qu’il n’a progressé que de 55,1% à 62,8% pour l’ensemble du pays. Cela signifie que ces régions se remplissent et se densifient autour de leurs villes, avec des effets directs sur le logement, l’emploi et la consommation.

Les indicateurs du niveau de vie dans les provinces du Sud

En ce qui concerne la croissance économique, les provinces du Sud se distinguent nettement. En termes réels, la croissance annuelle moyenne entre 2014 et 2023 atteint 5,9%, plus du double de la moyenne nationale qui se limite à 2,4%.

En 2023, le PIB par habitant atteint 64.016 DH dans les provinces du Sud, contre 40.508 DH au niveau national. Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche un PIB par habitant de 89.533 DH, soit plus du double de la moyenne nationale. Laâyoune-Sakia El Hamra suit avec 69.069 DH, et Guelmim-Oued Noun atteint 47.121 DH.

Ce niveau de richesse se reflète dans la consommation des ménages. Les dépenses de consommation finale dans les régions du Sud passent de 17,9 MMDH en 2014 à 27,8 MMDH en 2023, soit une hausse de 55% en dix ans.

Avec un tel niveau de dépense et de richesse, on s’attend à une réduction nette de la pauvreté. C’est exactement ce que montrent les chiffres de la pauvreté multidimensionnelle. En 2024, la région Laâyoune-Sakia El Hamra affiche un taux de 2,4%, le plus bas du pays. Dakhla-Oued Ed-Dahab suit avec 2,5%, et Guelmim-Oued Noun enregistre un taux plus élevé, à 5,3%. Toutefois, ces valeurs restent nettement en dessous de la moyenne nationale, qui s’établit à 6,8%.

Même constat pour la vulnérabilité à la pauvreté, c’est-à-dire la part de personnes proches du seuil de pauvreté. En 2024, Laâyoune-Sakia El Hamra présente le taux de vulnérabilité le plus faible du pays avec 1,3%. Dakhla-Oued Ed-Dahab et Guelmim-Oued Noun s’établissent respectivement à 4,7% et 5,3%, alors que la moyenne nationale est de 8,1%.

Non seulement la pauvreté est faible, mais la proportion de ménages susceptibles de basculer en situation de privation en cas de choc reste limitée.

Éducation et santé

Pour l’année scolaire 2023-2024, les trois régions du Sud comptaient 228.458 élèves inscrits dans l’enseignement général, du primaire au secondaire qualifiant. Le taux de scolarisation des enfants de 6 à 11 ans demeure très élevé, à 96,4% en 2024 pour l’ensemble des provinces du Sud.

Le taux de scolarisation des 6-11 ans dans la ville de Dakhla s’élève à 93,8% en 2024, le plus bas des trois régions du Sud, alors même que la région est parmi les plus riches. Cela peut s’expliquer par la forte présence d’une communauté étrangère, majoritairement subsaharienne, dont l’effectif est passé de 553 personnes en 2014 à 5.361 en 2024.

Une partie de ces enfants ne fréquentent pas le système scolaire marocain, ce qui fait mécaniquement baisser le taux de scolarisation calculé. L’indicateur n’est donc pas seulement le reflet de l’offre scolaire, mais aussi de la composition démographique.

En parallèle, la lutte contre l’analphabétisme enregistre des progrès significatifs. Le taux d’analphabétisme des personnes de 10 ans et plus, dans les trois régions du Sud, recule de 27,1% en 2014 à 19,7% en 2024. Les écarts entre hommes et femmes restent importants, mais se réduisent. Le taux d’analphabétisme féminin passe de 36,5% à 26,9%, et celui des hommes de 18% à 13%.

Pour la santé, à l’échelle nationale, le nombre d’établissements de soins de santé primaires est passé de 2.865 en 2017 à 3.065 en 2024, pour un ratio moyen de 12.016 habitants par établissement. Dans les provinces du Sud, ce ratio tombe à 6.998 habitants par établissement, soit presque deux fois mieux.

Les trois régions disposent de 12 hôpitaux publics, avec une capacité totale de 954 lits. Le ratio habitants par lit hospitalier y est de 1.099, contre 1.307 au niveau national.

Là où les provinces du Sud restent en retrait, c’est sur le nombre de médecins. En 2025, on compte un médecin pour 2.021 habitants dans ces régions, contre un médecin pour 1.307 habitants au niveau national. Laâyoune-Sakia El Hamra s’en sort le mieux avec un médecin pour 1.577 habitants, Guelmim-Oued Noun et Dakhla-Oued Ed-Dahab tournent autour d’un médecin pour 2.493 à 2.500.

Depuis 2020, le secteur privé prend aussi de la place. Alors qu’il n’y avait aucune clinique privée avant cette date, en 2024 leur nombre s’élève à quatre, avec plus de 200 lits, en plus d’un nombre croissant de cabinets privés et de laboratoires.

Un marché du travail qui ne suit pas la dynamique économique

Le constat change lorsqu’on passe au marché du travail. En 2024, les trois régions du Sud comptaient 372.000 actifs âgés de 15 ans et plus. Le taux d’activité était de 45,7%, au-dessus de la moyenne nationale. Entre 2017 et 2024, la population active des trois régions du Sud a augmenté de 9,7%. Chez les hommes citadins, la participation à augmenté de 69,1% à 70,8%.

Chez les femmes citadines, elle progresse de 15,8% à 16,6%. On voit donc une population plus présente sur le marché du travail, y compris les femmes, même si le décalage hommes-femmes reste important.

Le problème est que l’emploi ne suit pas au même rythme. Le taux d’emploi dans les trois régions du Sud baisse de 40,7% à 35,5% entre 2017 et 2024, une chute un peu plus marquée que celle observée à l’échelle nationale.

Dakhla-Oued Ed-Dahab fait figure d’exception avec un taux d’emploi de 53% en 2024, alors que Laâyoune-Sakia El Hamra et Guelmim-Oued Noun ne dépassent pas 32,6% et 30,8% respectivement.

Cette tension se lit directement dans le chômage. Entre 2017 et 2024, le taux de chômage des trois régions du Sud bondit de 13,1% à 22,2%, soit une hausse de 8 points. Sur la même période, le taux national passe de 10,2% à 13,3%, avec une hausse de 3,1 points.