Lors de la 13ᵉ Réunion de haut niveau tenue le jeudi 4 décembre à Madrid, les relations maroco-espagnoles ont franchi une nouvelle étape. Les deux pays ont signé 14 accords couvrant plusieurs domaines stratégiques, ouvrant ainsi de nouveaux axes de coopération.

Cependant, la réunion s’est conclue sans aucune mention explicite des deux villes occupées, Sebta et Melilia. Seul le point 62 de la déclaration finale y fait référence de manière indirecte, dans le cadre de la coopération entre les administrations douanières des deux pays.

Quant aux îles Canaries, elles sont restées en dehors des discussions officielles. Ce silence peut s’expliquer par la volonté des deux parties d’éviter toute tension, dans un contexte marqué par une coopération renforcée et un partenariat qualifié d’historique, notamment à l’approche de l’organisation conjointe de la Coupe du monde 2030.

La délimitation des frontières maritimes demeure toutefois l’un des dossiers les plus sensibles. Rabat revendique son droit à fixer ses frontières maritimes et conteste l’interprétation espagnole de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. La zone concernée, située à l’ouest des Canaries, s’étend sur près de 350 milles marins, dont une bande de 200 milles où les eaux territoriales marocaines et canariennes se chevauchent.

En effet, cette zone dispose d’un sous-sol particulièrement riche en tellurium, en cobalt et autres minerais rares essentiels à l’économie mondiale. Ces ressources stratégiques alimentent une forme de compétition silencieuse entre Rabat et Madrid, à un moment où la révolution technologique et l’avènement de la 5ᵉ génération industrielle renforcent la valeur géopolitique des métaux critiques.

Dans un contexte où le contrôle de ces ressources conditionne largement l’influence économique des États dans les années à venir, d’autres acteurs internationaux pourraient être tentés d’intervenir dans ce dossier sensible. Les États-Unis, première puissance économique mondiale et allié stratégique du Maroc, suivent de près les évolutions liées aux minerais critiques.

À Washington, ces ressources sont considérées comme vitales pour la sécurité économique américaine, d’autant que la rivalité commerciale et technologique avec la Chine s’intensifie. Pékin détient aujourd’hui une position dominante sur l’extraction et le raffinage des minerais rares, ce qui pousse les États-Unis à sécuriser de nouvelles sources d’approvisionnement, notamment dans les zones stratégiques telles que l’Atlantique et le flanc méditerranéen.

Dans ce contexte, le Maroc pourrait bénéficier d’un avantage stratégique dans les futures négociations. La position du Royaume, allié fiable des États-Unis, contraste avec les relations parfois tendues entre Washington et le gouvernement de Pedro Sánchez, en particulier durant l’administration Trump. Cette configuration géopolitique renforce la marge de manœuvre de Rabat sur un dossier où les enjeux économiques, technologiques et sécuritaires ne cessent de croître.

La seule mention de la question maritime a été faite en dehors du communiqué commun, dans une déclaration de Nasser Bourita. Dans un entretien accordé à l’agence EFE, le ministre a appelé à des « solutions imaginatives » à certains des principaux points de désaccord entre Madrid et Rabat, tels que la demande du Maroc de gérer l’espace aérien du Sahara et les discussions en cours sur la délimitation de la frontière maritime dans la zone située au sud-ouest des îles Canaries et à l’ouest du Sahara.

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