Dans son communiqué, le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (FOMC) juge que, même si l’inflation reste au-dessus de la cible, le danger le plus préoccupant devient désormais un affaiblissement du marché du travail.
Le diagnostic macroéconomique derrière la décision
L’économie américaine continue d’afficher une croissance modérée, mais les créations d’emplois ont ralenti et le taux de chômage a légèrement augmenté depuis le début de l’année. Autrement, les risques se sont déplacés vers le marché de l’emploi.
S’agissant de l’inflation, elle a remonté par rapport aux premiers mois de l’année et demeure quelque peu élevée par rapport à la cible de la Fed, fixée à 2%.
Certes, la Fed ne déclare pas la victoire sur l’inflation, mais admet que prolonger indéfiniment un régime de forte restriction monétaire ferait peser un risque croissant sur le marché du travail.
La baisse du taux directeur de 25 pb s’inscrit précisément dans cette logique de gestion des risques. En ramenant la fourchette cible entre 3,5 et 3,75%, le FOMC desserre légèrement le frein monétaire sans basculer dans un mode expansionniste.
À ce niveau, compte tenu d’une inflation toujours supérieure à 2%, le taux réel anticipé reste positif et la politique monétaire demeure restrictive. Il ne s’agit pas d’un retour à la normale comparable aux années 2010, mais d’un ajustement graduel et marginal destiné à limiter la probabilité d’un atterrissage brutal au moment où l’économie commence à montrer des signes de fatigue sur le marché du travail.
Par ailleurs, la Fed envoie aussi un signal d’assouplissement par son bilan. Elle annonce qu’elle va acheter des bons du Trésor de courte maturité pour maintenir un niveau élevé de liquidités dans le système bancaire. Par ce geste, elle montre qu’elle ne veut pas durcir les conditions financières par le canal du bilan, au moment même où les taux restent dans une fourchette restrictive (3,5 à 3,75%) et où les baisses opérées demeurent limitées et prudentes.
Une décision largement anticipée
La décision n’a pas eu d’impact significatif sur les prix des actifs. Même constat pour les principales matières premières. Cela montre à quel point la baisse était non seulement anticipée, mais déjà intégrée dans les cours.
La trajectoire de désinflation amorcée précédemment, la modération progressive de la croissance et les signaux de ralentissement du marché du travail avaient déjà conduit les investisseurs à intégrer un scénario d’assouplissement graduel.
En revanche, la trajectoire future de la politique monétaire reste volontairement floue. Le communiqué, à la différence de certaines phases passées où la Fed laissait entrevoir un calendrier implicite, ne précise rien.
Les questions demeurent donc ouvertes quant à la poursuite des baisses, à la cadence possible de ces ajustements, au degré de tolérance à une inflation légèrement supérieure à la cible et au niveau de ralentissement de l’activité et de l’emploi que la Fed jugerait acceptable pour préserver sa crédibilité face à l’inflation.
Il convient de noter que la Fed reste une banque centrale de tradition mainstream, avec un cadre de pensée plutôt néoclassique, même si ses outils de stabilisation conjoncturelle doivent beaucoup à l’héritage keynésien. En pratique, cette pensée tolère une hausse temporaire du chômage qu’un dépassement durable de l’inflation.