Selon Abdelouafi Laftit, la révision des listes électorales est également une réponse structurelle aux griefs formulés par les chefs de parti, ces derniers réclamant un assainissement en profondeur avant d’entamer le prochain cycle démocratique.
Le ministère s’appuie pour cela sur un dispositif hybride, mêlant un traitement de données informatisé au niveau central et des commissions locales de vérification. Ces commissions, dont l’impartialité est officiellement portée par la présidence de magistrats, ont rendu leurs arbitrages lors de la période s’étendant du 5 au 9 janvier.
La logique comptable derrière la radiation de 1,4 million d’inscrits
L’ampleur de la manœuvre administrative est illustrée par une donnée comptable majeure : la radiation de 1.400.000 noms des registres électoraux. L’administration justifie cette purge massive par la nécessité de corriger les distorsions entre les listes et la réalité sociologique du pays. Le pivot de cette opération est la notion de résidence effective, un critère qui a servi de socle pour exclure les citoyens dont l’inscription ne correspondait plus à leur lieu d’habitation réel.
Ce phénomène est présenté par l’exécutif comme une conséquence inévitable de la forte mobilité géographique et des grands programmes de relogement urbain.
Au-delà de ces mouvements de population, les commissions ont procédé au retrait systématique des personnes décédées, s’appuyant sur les données de l’état civil, ainsi qu’aux radiations liées à la perte de capacité électorale pour des motifs judiciaires ou administratifs, sans oublier la correction d’erreurs matérielles liées à la Carte nationale d’identité électronique.
Un corps électoral de 16,5 millions de citoyens
Sur le plan des flux d’adhésion, l’exercice de révision annuelle fait apparaître l’enregistrement de 382.170 nouveaux électeurs. La répartition de ces nouvelles inscriptions souligne l’ancrage progressif des outils digitaux, avec 254.740 demandes traitées via le portail électronique contre 127.430 dépôts physiques auprès de l’administration territoriale.
À ce stade du calendrier, le Maroc dispose d’un corps électoral consolidé de 16.500.000 inscrits.
Le fichier est composé de 54% d’hommes et de 46% de femmes, un déséquilibre qui persiste malgré les discours sur la parité. Géographiquement, le centre de gravité électoral confirme son basculement vers les zones urbaines qui concentrent 55% des inscrits, tandis que le milieu rural en conserve 45%.
La technologie comme instrument de régulation
L’un des points les plus significatifs de l’analyse ministérielle concerne la sécurisation du système d’information contre les pratiques d’influence électorale. Le ministère a pris ses distances avec les critiques portant sur la fiabilité de sa plateforme, arguant que les interruptions de service étaient des mesures de sécurité préventives.
L’administration assume ici un rôle de régulateur technique face au risque d’inscriptions groupées factices. Pour neutraliser les intermédiaires politiques, des verrous numériques ont été instaurés, limitant à 10 le nombre d’inscriptions par adresse IP et à 5 par adresse e-mail. Cette barrière technologique est présentée comme l’unique garant du caractère strictement personnel et individuel de l’acte d’inscription, empêchant ainsi toute tentative de gestion centralisée des votants par des groupes d’intérêt.
Perspectives et dispositifs de contrôle à l’approche du scrutin
La suite du calendrier électoral est désormais suspendue à la publication d’un décret ministériel fixant une période de révision exceptionnelle. Cette fenêtre de 30 jours est perçue comme la dernière étape critique pour tenter de corriger le déficit de participation des jeunes.
Le gouvernement prévoit d’accompagner ce mouvement par une campagne de communication intensive, cherchant à transformer la présence numérique des citoyens en engagement formel sur les listes.
Dans l’intervalle, l’administration maintient ses outils de contrôle citoyen, notamment via le service SMS 2727, qui permet à chacun de vérifier son maintien ou son éviction des listes à la suite du processus de radiation.
Cette gestion administrative, présentée comme une recherche de perfection technique, place désormais les partis politiques devant leurs responsabilités : celle de mobiliser une base de données électorale dont l’administration affirme avoir garanti la sincérité.