Le secteur marocain de la bijouterie demeure sous pression en ce début de 2026. Les contraintes structurelles restent inchangées, en particulier le décalage entre les exigences des fournisseurs et la réglementation des changes au Maroc.

Cette situation continue de restreindre l’accès à la matière première et, par ricochet, d’alimenter l’informel ainsi que des hausses de prix injustifiées.

Importation d’or : une contradiction non résolue

Le marché international de l’or fonctionne avec des exigences élevées en matière de sécurisation financière. Les fournisseurs étrangers exigent généralement entre 80% et 90% du montant de la commande avant expédition, une pratique standard dans un secteur exposé à une forte volatilité des prix.

Cependant, cette pratique entre en contradiction avec la réglementation des changes au Maroc, laquelle n’autorise, sauf autorisation exceptionnelle accordée au cas par cas, qu’un acompte plafonné à 30%, sous des conditions strictes.

Dans le même sens, et dans le cadre des efforts de réforme du secteur, la Fédération marocaine des bijoutiers a saisi les différentes parties prenantes, notamment l’Administration des douanes, afin d’obtenir une autorisation exceptionnelle.

Cependant, la nouvelle Instruction générale des opérations de change (IGOC) 2026 ne prévoit aucune exception spécifique en faveur des importateurs d’or.

Contacté par Médias24, Driss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers, indique que la nouvelle réglementation n’apporte pas d’amélioration au cadre.

« Beaucoup d’opérateurs essaient aujourd’hui d’importer par des voies normales, mais ils se heurtent toujours au même problème, le décalage entre la réglementation marocaine et les exigences des fournisseurs étrangers. Malheureusement, la nouvelle réglementation n’apporte pas de solution à cette difficulté », explique-t-il.

« Nous sommes face à une contradiction structurelle. Les fournisseurs exigent 80% d’avance, alors que le cadre marocain ne le permet pas. C’est ce décalage qui alimente l’informel ».

L’absence d’exception pour l’or favorise le recours à l’informel

Faute de pouvoir importer directement, une large majorité des bijoutiers s’approvisionnent via des intermédiaires opérant en dehors des circuits réguliers. Ces canaux imposent leur propre tarification et introduisent une prime de risque qui se répercute sur les prix finaux.

« Aujourd’hui, l’écart entre le prix international et le prix national peut dépasser 100 dirhams par gramme, soit 100.000 DH par kilo. Cette différence ne correspond pas à une valeur ajoutée réelle, mais au coût de l’informel », souligne le président de la Fédération.

« Le recours à des voies officieuses d’importation entraîne des marges anormalement élevées, qui finissent par être supportées par le consommateur. Dans le contexte actuel, marqué par des prix de l’or à des niveaux inédits et par des marges excessives, la demande risque de se contracter. Le secteur continuera donc à souffrir« .

Par ailleurs, selon Driss El Hazzaz, un consensus avait émergé autour d’un traitement exceptionnel du secteur, permettant aux importateurs de se regrouper au sein d’une entreprise d’importation et de régler une part élevée des factures avant livraison.

« Nous avions obtenu des accords de principe avec les administrations concernées. Des projets de création de sociétés d’importation étaient en cours, et les choses avançaient », indique-t-il.

La publication du nouveau texte a toutefois dissipé ces attentes. Le nouveau texte consolide le cadre existant, mais ne prévoit aucune exception sectorielle spécifique pour l’or. Les autorisations demeurent possibles, mais uniquement sur une base strictement ponctuelle et au cas par cas.

« La problématique est connue et largement documentée, mais elle n’a pas été intégrée dans la réforme. Aujourd’hui, le projet de création d’une entreprise d’importation, tout comme les tentatives visant à orienter le secteur vers davantage de formalisation, semblent s’être évaporés », déplore notre interlocuteur.

« Tant que l’importation directe restera juridiquement et économiquement impraticable, l’informel continuera d’imposer ses règles », conclut le président de la Fédération marocaine des bijoutiers.