Comme pour les céréales et d’autres filières agricoles, les pluies qui se poursuivent depuis plusieurs semaines au Maroc ont produit des effets globalement positifs. Mais elles ont aussi engendré de nouvelles contraintes, notamment dans les zones intérieures du pays, en matière d’approvisionnement en intrants.

Contactée par Médias24, l’Association des producteurs de viandes de volailles (APV), relevant de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), nous fait le point sur le secteur.

Un soulagement sur le coût de l’eau

« Les dernières précipitations ont été particulièrement bénéfiques pour la recharge des nappes phréatiques », nous explique notre source à l’APV. « Dans plusieurs régions, les professionnels constatent un retour de l’eau dans les puits, mettant fin à une situation devenue financièrement intenable ces dernières années ».

« Avant les pluies, les éleveurs étaient contraints de recourir massivement aux citernes, avec des coûts oscillant entre 800 et 1.000 DH, pouvant atteindre jusqu’à 1.500 DH dans certaines zones », souligne l’APV.

« La fin de cette dépendance représente donc un soulagement significatif pour les exploitations avicoles, pour lesquelles l’eau constitue un intrant indispensable et quotidien ».

Le froid et l’accès à la paille, de nouveaux fardeaux pour les élevages

Toutefois, si la pression liée à l’eau s’est atténuée, un autre fardeau est venu s’y substituer, notamment dans les zones intérieures, à savoir le froid. « Les basses températures obligent les éleveurs à recourir davantage au chauffage des bâtiments d’élevage afin de garantir le bien-être et la croissance des volailles », nous explique-t-on.

« Cette situation a entraîné une hausse notable de la consommation de gaz, augmentant mécaniquement les coûts de production ».

« Pour de nombreux opérateurs, cette charge supplémentaire vient en partie compenser les économies réalisées sur l’eau ».

Les pluies ont également perturbé l’accès à certains intrants essentiels, notamment la paille, utilisée dans les structures d’élevage, ajoute notre source au sein de l’APV. « Dans plusieurs zones agricoles, les champs sont impraticables, rendant la collecte et le transport de la paille difficiles ».

« Dans certaines régions, des personnes se sont retrouvées bloquées, tandis que les opérateurs ayant encore accès à cette ressource ont augmenté les prix. Le coût de la balle de paille est ainsi passé à 40 DH, voire 42 DH, contre un prix de 7 à 12 DH en temps normal et un peu plus de 25 DH en période de sécheresse.  « Cette hausse impacte directement les charges des éleveurs », déplore notre interlocuteur.

Une amélioration sanitaire notable

Sur le plan sanitaire, les pluies ont eu un effet plutôt positif, d’après l’APV. L’humidité et le renouvellement de l’air ont contribué à réduire la propagation de certaines maladies avicoles transmissibles, améliorant ainsi les conditions d’élevage.

« Cette baisse de la pression sanitaire s’est traduite par une diminution des dépenses en médicaments vétérinaires, un poste de coût non négligeable pour les producteurs ».

Une alimentation toujours chère et insuffisante

Toutefois, malgré ces aspects positifs, la question de l’alimentation animale demeure problématique. Les prix restent élevés et les volumes disponibles sont jugés insuffisants par les professionnels.

Selon notre source, cette tension est aggravée par des perturbations logistiques au niveau des ports, d’autant que la majorité des matières premières entrant dans la composition des aliments destinés au secteur avicole sont importées. D’après un avis du Conseil de la concurrence sur le secteur, publié en décembre 2024, au moins 90% des tourteaux de soja et de maïs proviennent de l’étranger.

« Ce mois-ci [janvier 2026, ndlr], une mauvaise marée a ralenti le déchargement des matières premières importées, avec des délais pouvant atteindre quatre à cinq jours avant leur arrivée aux usines d’aliments composés ».

« Lorsque nous contactons les industriels, ils nous expliquent que les matières premières restent parfois bloquées en raison de la houle, ce qui retarde l’approvisionnement des usines ».

Une situation jugée anormale par l’Association. Le risque est d’autant plus préoccupant que si ces conditions de mauvaise mer se prolongent pendant une quinzaine de jours, l’alimentation des volailles pourrait être compromise, avec des conséquences graves sur l’ensemble de la chaîne de production.

« La filière avicole représente plus de 55% de l’apport en protéines animales pour les Marocains. Plus de la moitié des protéines animales consommées au niveau national proviennent ainsi de l’aviculture, ce qui en fait un pilier de la sécurité alimentaire ».

« Le gouvernement devrait donc intervenir afin d’aménager des quais portuaires capables de résister à la houle. L’objectif est d’éviter à l’avenir des ruptures d’approvisionnement susceptibles de fragiliser un secteur aussi stratégique », conclut notre interlocuteur à l’APV.