Près de cinq ans après la légalisation du cannabis à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles, le Maroc franchit une étape majeure dans la structuration de la filière.

À Chefchaouen, au cœur du Rif, une unité à vocation pharmaceutique entièrement dédiée au cannabis légal est en cours de réalisation. Porté par la société familiale marocaine « Cannablanca », ce projet, agréé par la Commission nationale de l’investissement, marque un tournant dans la montée en gamme de la production nationale et, surtout, dans la valorisation de la variété locale Beldya.

Avec un investissement de 145 millions de DH, ce projet ambitionne de positionner le Maroc sur la chaîne de valeur mondiale du cannabis à usage pharmaceutique, en conformité avec les standards internationaux GMP (Good Manufacturing Practices), qui assurent la qualité, la sécurité et la traçabilité des produits, notamment dans le secteur pharmaceutique.

 La première unité pharmaceutique marocaine dédiée à 100% à la valorisation de cannabis

Pour rappel, le Maroc a légalisé en 2021 l’usage du cannabis à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles, à travers un dahir portant promulgation de la loi 13-21, encadrant la culture, la transformation et l’exportation du cannabis légal. Cette réforme visait plusieurs objectifs, dont l’assainissement d’une activité historiquement informelle, l’amélioration des revenus des agriculteurs, la création de la valeur ajoutée locale et l’intégration du Royaume dans un marché mondial en forte croissance.

Depuis, les autorités ont multiplié les autorisations accordées aux coopératives agricoles, aux transformateurs et aux opérateurs industriels. Toutefois, la majorité des projets restait jusqu’ici concentrée sur la production de matière première. L’unité de Cannablanca vient combler un maillon stratégique encore manquant dans la filière pharmaceutique.

« Implantée sur une superficie d’environ 2 hectares, dans la commune territoriale de Laghdir, province de Chefchaouen, l’usine est quasiment intégrée au milieu des champs de cannabis », nous apprend-on. « Elle est aujourd’hui à près de 80% d’avancement et devrait entrer progressivement en activité, par étapes, pour atteindre sa pleine capacité à l’horizon fin 2026″.

Il s’agit, selon nos informations, de la première unité pharmaceutique au Maroc dédiée à 100% au cannabis légal, conçue comme un laboratoire pharmaceutique répondant aux exigences internationales.

« Cannablanca a d’ailleurs déposé une demande de licence pharmaceutique auprès des instances compétentes en matière de médicaments », ajoutent nos sources. « Si cette autorisation est accordée, l’unité pourra produire des médicaments marocains à base de cannabis, en plus de l’exportation de matière première notamment, destinée à un usage pharmaceutique ».

200 à 300 emplois directs et indirects à la clé

L’ambition de la société porteuse de ce projet est de mettre à niveau la variété locale Beldya selon les standards pharmaceutiques internationaux, tout en développant la production de CBD, destinée à un usage pharmaceutique.

« L’unité disposera de deux lignes de production et fonctionnera sur la base de contrats avec des coopératives agricoles, en indoor comme en outdoor« .

« La capacité de production globale de l’usine ne pourra toutefois être déterminée qu’au démarrage effectif de l’activité, puisqu’elle dépend directement des volumes fournis par les coopératives partenaires », soulignent nos interlocuteurs.

Mais au-delà de l’outil industriel, Cannablanca entend jouer un rôle central dans la structuration de l’écosystème régional. « L’unité devrait générer entre 200 et 300 emplois directs et indirects, tout en desservant l’ensemble de la région de Chefchaouen ».

L’objectif de Cannablanca est stratégique. La société ambitionne « d’exporter des produits conformes aux standards pharmaceutiques internationaux, tout en posant les bases d’une industrie pharmaceutique marocaine du cannabis médical ».

Une phase pilote lancée avant la mise en service de l’usine

« Si l’exportation de matière première constitue une première étape, Cannablanca ambitionne également de développer des produits médicaux finismade in Morocco’« .

Et nos sources d’ajouter : « À terme, l’unité proposera également des prestations industrielles aux opérateurs du secteur. Ces derniers pourront y traiter leurs récoltes (extraction, transformation ou autres), dans une infrastructure respectant les normes GMP pharmaceutiques », condition indispensable pour l’accès aux marchés internationaux.

Le projet a déjà obtenu bon nombre d’autorisations requises, notamment l’acceptation environnementale, et a été validé par la Commission nationale de l’investissement, ce qui confirme son caractère stratégique. Son financement est assuré principalement par les investisseurs eux-mêmes, en dehors des mécanismes de subvention publique.

Une phase expérimentale a été lancée l’année dernière avec deux coopératives, couvrant près de 40 hectares, et impliquant 60 à 70 agriculteurs. Cette phase pilote visait à tester les processus agricoles et industriels, l’usine n’étant pas encore opérationnelle.