L’hiver dur et prolongé aux Etats-Unis marque son empreinte sur l’économie américaine mais ne devrait pas faire dérailler à ce stade le cours de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed), a affirmé jeudi la présidente de la Fed, Janet Yellen.
Lors de sa seconde audition à deux semaines d’intervalle devant le Congrès américain, Janet Yellen a estimé que les dures conditions hivernales jetaient un froid sur la reprise.
« Nous avons constaté des données économiques quelque peu affaiblies depuis un mois à six semaines », a noté la nouvelle présidente de la Fed. « Il y a eu les chiffres de l’emploi, relativement faibles, avec des créations d’emplois en dessous des attentes », a-t-elle ajouté signalant aussi un ralentissement sur le marché immobilier, dans les dépenses des ménages et la production industrielle.
« Maintenant, je crois qu’il est clair que le temps inhabituellement froid a joué un rôle pour une grande part », a poursuivi Mme Yellen, assurant que la Fed resterait « très attentive aux signaux indiquant si la reprise se poursuit comme prévu ».
– « Pas de conclusion hâtive » –
Les créations d’emplois de janvier (113.000) et de décembre (75.000) ont été très décevantes, alors que la première économie mondiale avait créé 194.000 emplois de plus qu’elle n’en a détruit chaque mois en moyenne en 2013.
Pour janvier également, les ventes de logements anciens, qui représentent 80% des transactions immobilières, sont tombées à leur plus faible niveau en 18 mois. Le froid et les tempêtes à répétition ont également affecté les départs de chantiers immobiliers en recul de 16%.
Un des moteurs de la consommation, les ventes au détail, sont dans le rouge depuis deux mois tandis que la production manufacturière a marqué le pas pour la première fois depuis l’été (-0,8%).
Ce ralentissement pourrait encore peser sur les données économiques du mois de février, où le mauvais temps s’est encore prolongé.
Cela pourrait-il conduire la Fed à faire une pause dans la réduction de son aide à l’économie, se sont interrogés les sénateurs. « Je ne veux pas tirer de conclusion hâtive », a affirmé Mme Yellen tout en répétant que les achats d’actifs de la Fed « n’étaient pas prédéterminés » mais qu’il faudrait « un changement significatif » pour faire dévier la politique monétaire de son cap.
– Vers une continuité de la politique de la Fed –
Confiante en la reprise de l’économie, la Fed a commencé en décembre à réduire progressivement ses injections de liquidités dans le système financier qui se situent actuellement à 65 milliards de dollars par mois et devraient se tarir « vers l’automne ». « Ce que nous devons faire dans les prochaines semaines c’est essayer de mieux évaluer ce qui relève du mauvais temps et ce qui relève d’un ralentissement », a-t-elle conclu.
Les propos de Mme Yellen ont été interprétés comme un signal de continuité de la politique monétaire de la Fed. « La Fed semble avoir mis la barre haut pour une éventuelle modification de la réduction de son aide et nous prévoyons qu’elle continuera à réduire ses achats d’actifs », résumait Michael Gapen, analyste chez Barclays Research.
Mme Yellen a par ailleurs rappelé que le marché de l’emploi et l’inflation (1,1%, selon l’indice PCE) étaient bien en-dessous des objectifs de la Fed. Dans ces conditions, il y a « une ample marge pour continuer à promouvoir le plein emploi » et conserver les taux d’intérêts proches de zéro « bien après » le déclin du taux de chômage à 6,5%, a assuré Mme Yellen.
Elle a aussi redit que le taux de chômage actuellement de 6,6% n’était pas « un indicateur suffisant de la santé du marché de l’emploi » mentionnant plutôt un taux de 13% qui inclut les travailleurs qui ont renoncé à chercher un emploi et ceux qui travaillent à temps partiel faute de trouver mieux.