La Bourse de Paris a sérieusement souffert lundi (-2,66%) de l’exacerbation de la crise en Ukraine, tout comme ses voisines européennes, les valeurs les plus exposées à la Russie payant le prix fort.

L’indice CAC 40 a reculé de 117,21 points à 4.290,87 points, effaçant ainsi tous ses gains des 10 derniers jours.

Sur les autres places européennes, le décrochage a également été patent, Fancfort perdant 3,44% et Londres 1,49%, tout comme l’Eurostoxx en recul de 3,02%.

La Bourse de Paris a été affectée dès l’ouverture par la crainte d’une possible escalade militaire et d’une intervention russe.

« Face au durcissement du discours côté européen et l’absence de signes de relâchement côté russe, les marchés payent un lourd tribut et en particulier les places européennes », a souligné Alexandre Baradez, un analyste de IG.

« Ce n’est pas encore la panique, mais le mouvement est quand même très marqué » et « plus la situation perdure et plus les risques de déstabilisation des marchés sont prononcés », selon lui.

Les places financières, très sensibles à « toutes les sources d’incertitude » vont donc « rentrer dans une zone de volatilité », a-t-il poursuivi.

Dans le cas de l’Ukraine, « au-delà du côté purement géopolitique » et de la proximité géographique « vient s’ajouter la dimension liée aux matières premières pour lesquelles l’Ukraine est un centre stratégique », a-t-il estimé.

L’Ukraine s’est déclarée dimanche « au bord de la catastrophe » à la suite de la « déclaration de guerre » de la Russie et semblait perdre rapidement le contrôle de la Crimée, poussant les Occidentaux du G7 à faire bloc contre Moscou et conduisant l’Union européenne à réfléchir à d’éventuelles sanctions.

Dans un tel contexte, faute d’un « signal fort et tangible les risques d’emballement des marchés sont très importants car une situation telle que celle-ci peut durer des mois », a encore observé M. Baradez.

En outre, « à l’aversion pour le risque » qui frappe en premier lieu les actions, « s’ajoute un mouvement de prise de bénéfices » après les niveaux de valorisation « très élevés » atteints récemment par les indices ce qui accentue encore le décrochage, selon lui.

Cette baisse du marché parisien « intervient au moment où le CAC 40 est sur ses plus hauts depuis 2008 », a aussi rappelé Renaud Murail, gérant chez Barclays Bourse en estimant que pour l’instant ces tensions géopolitiques « ne sont pas suffisantes pour justifier un retournement de tendance » et faire plonger durablement les indices boursiers.

Sur le front des indicateurs, les nouvelles ont par contre été plutôt encourageantes, sans réussir pour autant à inverser les tendances. L’activité manufacturière dans la zone euro a ainsi vu sa croissance légèrement ralentir en février, mais moins que prévu, tandis qu’aux Etats-Unis les dépenses des ménages aux Etats-Unis, celle de construction et l’activité manufacturière ont aussi augmenté plus qu’anticipé.

Sur le marché parisien, aucune valeur du CAC 40 n’a progressé et les groupes les plus exposés à la Russie ont enregistrés de très fortes baisses, à l’image de Société Générale (-5,43% à 45,75 euros), Renault (-5,41% à 68,3 euros) ou, hors CAC, Tarkett (-7,28% à 29,45 euros).

Plus généralement, les titres les plus dépendants de la conjoncture ont été sanctionnés, comme ArcelorMittal (-4,10% à 11 euros) et Saint-Gobain (-4,67% à 41,47 euros).

En revanche, les valeurs plus défensives, moins dépendantes des mouvements du marché, ont un peu mieux résisté. L’Oréal a ainsi perdu 1,67% à 120,7 euros.

Total a également moins reculé (-1,72% à 46,22 euros) grâce à la hausse des cours du pétrole.

Air France-KLM a souffert pour sa part (-3,42% à 9,66 euros) d’un abaissement de recommandation par Crédit Suisse.

Vivendi a perdu 1,67% à 20,37 euros alors que CANAL+ a acquis une participation de 60% dans Studio Bagel, chaîne humoristique française sur YouTube.

Eurofins s’en est bien sorti (+0,02% à 211,85 euros) après avoir réalisé en 2013 un bénéfice net de 72,2 millions d’euros, en hausse de 9,5%, et estimé que la perspective pour 2014 est « positive ».

Wendel a lâché 3,40% à 105,2 euros. La société a investi 152 millions de dollars supplémentaires dans la société IHS holding, l’un des principaux fournisseurs d’infrastructures de télécommunications en Afrique, à l’occasion de sa récente augmentation de capital.

Enfin, Soitec a poursuivi sa hausse (+4,41% à 2,37 euros) après s’être envolé vendredi grâce à une note du courtier Exane-BNP Paribas.

Euronext (CAC 40)