CMI France, le groupe de M. Kretinsky, et Pierre-Edouard Stérin « ont décidé d’un commun accord de suspendre leurs discussions sur la cession de Marianne », a annoncé à l’AFP l’actuel propriétaire du titre.
« Ils se retrouveront le 21 juillet pour statuer définitivement sur le sort de ces discussions », a précisé CMI France au premier jour d’une grève de 24 heures reconductible. Elle a été votée par la rédaction jeudi après une rencontre infructeuse avec Denis Olivennes, président du conseil de surveillance de CMI France.
« Nous faisons grève pour demander un arrêt total des négociations », a commenté auprès de l’AFP la journaliste Margot Brunet, membre de la société des rédacteurs (SRM) de Marianne, avant une probable assemblée générale.
« Or ce n’est pas le sens d’une suspension », a-t-elle ajouté, redoutant une manoeuvre destinée à repousser la décision « à un moment où le contexte politique sera plus calme et où la vente fera moins de bruit ».
– « Entreprise partisane » –
Jeudi, la rédaction a exprimé à l’unanimité son rejet du rachat par Pierre-Edouard Stérin, au lendemain d’un article du Monde lui prêtant des accointances politiques avec le RN.
Dans son enquête, le quotidien avance que plusieurs candidats aux élections législatives LR favorables à l’alliance avec le RN sont issus de la « galaxie Stérin ». Ils sont notamment liés au Fonds du bien commun, l’entreprise philanthropique du milliardaire de 50 ans, qui est à la tête du fonds d’investissement Otium Capital.
Le Monde cite aussi un autre article du magazine Challenges, selon lequel M. Stérin et le numéro 2 d’Otium, François Durvye, ont racheté en novembre pour 2,5 millions d’euros la propriété familiale des Le Pen à Rueil-Malmaison, via une société civile immobilière.
« Ce qui apparaissait comme un engagement idéologique individuel se révèle être une entreprise partisane », avait estimé jeudi la SRM, demandant à CMI France de « se mettre en quête de nouveaux acquéreurs en mesure d’assurer l’indépendance éditoriale de Marianne et (sa) pérennité économique ».
La rédaction a ainsi fait volte-face par rapport à un précédent vote. Le 21 juin, elle avait décidé à 60,3% de ne pas s’opposer au rachat du titre par M. Stérin, 104e fortune française et patron de Smartbox (coffrets cadeaux), en négociations exclusives depuis mi-mai avec CMI France.
Ce premier scrutin devait permettre la poursuite de négociations sur « les garanties d’indépendance » proposées par le milliardaire catholique conservateur et libéral sur le plan économique.
Mais 40% des salariés s’opposaient déjà « par principe à Pierre-Edouard Stérin », insiste Margot Brunet, selon qui « l’article du Monde a fait office de bascule ».
« Tous nos articles », telles des enquêtes sur la gauche ou des faits de société, seraient « marqués par le doute » si M. Stérin devait posséder l’hebdomadaire, souligne la journaliste, craignant également que certaines sources « ne répondent plus ».
– Challenger –
Dans le projet de M. Stérin, l’ancien ministre et entrepreneur Arnaud Montebourg était pressenti pour présider le futur conseil d’administration de l’hebdomadaire créé en 1997 par les journalistes Jean-François Kahn et Maurice Szafran.
Son profil de gauche souverainiste semblait correspondre à la ligne éditoriale de Marianne alliant souverainisme, laïcité et critique des élites, et dont la directrice de la rédaction est Natacha Polony.
Parallèlement aux négociations exclusives avec M. Stérin, un challenger a fait une autre offre de reprise pour Marianne: l’entrepreneur Jean-Martial Lefranc, 62 ans, qui a fait carrière dans les jeux vidéo et avait repris le groupe de presse jeunesse Fleurus en 2009.
M. Lefranc a formulé une offre de cinq millions d’euros, allié à d’autres investisseurs, parmi lesquels Henri de Bodinat, Joan Beaufort et Philippe Corrot (cofondateur de l’entreprise d’e-commerce Mirakl).
Son profil est plus « rassurant » car « c’est un homme qui connaît la presse », estime Margot Brunet. Mais, « pour l’instant, (son offre) ne nous paraît pas assez solide financièrement », a-t-elle déploré.