Le bénéfice net a bondi de 51% en 2024 à 3 milliards d’euros en données ajustées. En données consolidées, le motoriste a enregistré une perte de 667 millions, contre un bénéfice de 3,44 milliards d’euros en 2023, liée à sa couverture financière contre les fluctuations des taux de change.

Cette perte « complètement virtuelle » « n’entraîne aucune conséquence, il n’y a pas d’impact +cash+ », a estimé auprès de l’AFP Pascal Bantegnie, le directeur financier de Safran, y voyant « un non-sujet pour les investisseurs ».

Le chiffre d’affaires s’est établi à 27,3 milliards d’euros, en hausse de 18% par rapport à l’année précédente, tandis que le flux de trésorerie a atteint 3,2 milliards d’euros, « au-dessus de nos attentes », et que la rentabilité a progressé à 15,1% contre 13,6% en 2023, a énuméré Olivier Andriès, directeur général de Safran.

« Safran publie à nouveau cette année d’excellents résultats, les meilleurs que le groupe ait jamais enregistrés » dans un « environnement encore mouvant » et en dépit des difficultés « persistantes de la chaîne d’approvisionnement », s’est-il félicité.

Le groupe a embauché l’an dernier 18.000 personnes dont 6.000 en France et fait des efforts de féminisation: il compte 22% des femmes dirigeantes contre 12% en 2020.

Satisfaire avionneurs et compagnies aériennes

La chute de 10% des livraisons de moteurs Leap -conformément aux prévisions- à 1.407 unités en 2024 n’a pas noirci le tableau financier de Safran qui maintient son ambition d’augmenter en 2025 de 15% à 20% la fourniture de cet engin phare.

En décembre, « un jalon important » a été franchi concernant ce « moteur préféré des compagnies aériennes » avec la certification de la nouvelle aube de turbine haute pression dont la durée de vie sera deux fois plus longue dans les « environnements sévères », comme en cas de présence de sable ou de particules fines dans l’air, a rappelé M. Andriès, soulignant que les défaillances des aubes impliquent la dépose de moteurs pour réparation.

« Comme on desserre la contrainte côté compagnies aériennes, cela nous permettra d’accompagner plus vite et plus fort les avionneurs », a-t-il ajouté.

Fabriqué par Safran et l’Américain GE dans le cadre de leur coentreprise CFM, Leap équipe tous les Boeing 737 MAX et environ 60% des Airbus A320neo -les modèles les mieux vendus des deux avionneurs- ainsi que les avions chinois COMAC C919.

Malgré la grève chez Boeing, Safran avait continué en 2024 à livrer des Leap à l’avionneur qui en possède une centaine en stock.

Ce qui ne va pas profiter à Airbus, les moteurs pour les deux leaders mondiaux n’étant pas « interchangeables » et les deux avionneurs affichant toujours une forte demande de moteurs pour assurer leur montée en cadence, celle de Boeing étant bien repartie début 2025, a détaillé Olivier Andriès.

Il a affiché un optimisme prudent concernant sa chaîne d’approvisionnement en assurant que « le nombre de fournisseurs critiques dans le rouge » baissait.

« La situation se détend, mais ce n’est pas encore le ciel bleu », a-t-il dit.

Safran vend ses moteurs à perte et tire le gros de ses marges des services après-vente et de l’entretien.

Ce modèle économique est une source de tensions permanentes notamment avec Airbus qui accuse régulièrement Safran de privilégier les compagnies aériennes. Fin 2024, M. Andriès a toutefois souligné avoir exceptionnellement donné la priorité à Airbus afin d’aider le géant européen à atteindre ses objectifs de production.

Soutenues par la forte dynamique du trafic aérien, les activités de services pour moteurs civils ont encore cru de 25% en 2024. La partie « purement service » grimpe de 38% « du fait de l’impact croissant des contrats de service à l’heure de vol du Leap » et la partie pièces de rechange, de 17%.

Safran a dévoilé en octobre un plan d’investissements d’un milliard d’euros et de recrutement de 4.000 personnes pour étendre son réseau de maintenance à l’international.

Le groupe avait inauguré à cette occasion un centre à Bruxelles et annoncé que de nouveaux centres seraient inaugurés d’ici 2026 au Maroc, en Inde, au Mexique et en France.