Les autorités ont annoncé qu’un total de 1.418 personnes avaient été arrêtées à ce stade pour avoir pris part à des rassemblements interdits par les autorités, confrontées à une contestation inédite depuis le mouvement de Gezi, parti de la place Taksim d’Istanbul, en 2013.

Un tribunal d’Istanbul a ordonné mardi le placement en détention provisoire de sept journalistes turcs, dont un photographe de l’Agence France-Presse, accusés de participation à des rassemblements illégaux.

Le photographe de l’AFP, Yasin Akgül, a fait valoir lors de sa garde à vue qu’il n’avait fait que couvrir la manifestation à laquelle il est accusé d’avoir pris part à Istanbul.

L’ONG Reporters sans Frontières (RSF) a condamné une « décision scandaleuse (qui) reflète une situation gravissime en cours en Turquie ».

Au total, 979 manifestants se trouvaient mardi en garde à vue, tandis que 478 personnes avaient été déférées devant des tribunaux, a annoncé le ministre turc de l’Intérieur, Ali Yerlikaya.

« La tête haute »

Face à la contestation qui se poursuit, le gouvernorat d’Ankara, la capitale, a prolongé mardi jusqu’au 1er avril inclus une interdiction de manifester. Les autorités ont pris une décision similaire à Izmir, troisième ville du pays et bastion de l’opposition, jusqu’au 29 mars.

Une même interdiction est en vigueur depuis six jours à Istanbul, où plusieurs dizaines de milliers de personnes l’ont de nouveau bravée lundi soir pour converger devant le siège de la municipalité.

La police y a dispersé avec violence les manifestants aux alentours de minuit, selon un journaliste de l’AFP.

Özgür Özel, le chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force de l’opposition à laquelle appartient le maire emprisonné d’Istanbul, a appelé à un nouveau rassemblement mardi soir.

Signe de l’onde de choc déclenchée par l’arrestation pour « corruption » de M. Imamoglu, des manifestations ont eu lieu la semaine passée dans au moins 55 des 81 provinces du pays, selon un décompte de l’AFP.

M. Özel, qui a appelé lundi soir à faire front au « fascisme », s’est rendu mardi matin à la prison de Silivri, en lisière d’Istanbul, où sont incarcérés depuis dimanche le maire de la ville et 48 co-accusés, parmi lesquels deux maires d’arrondissements également membres du CHP.

« J’ai rencontré trois lions à l’intérieur. Ils sont debout, la tête haute (…), tels des lions », a-t-il déclaré à la presse à la sortie de la prison.

 Boycott

Le Conseil de l’Europe, qui doit débattre mardi de la situation en Turquie, a dénoncé un « recours disproportionné à la force » lors des manifestations dans le pays et appelé les autorités à respecter leurs obligations en matière de droits de l’homme ».

Mardi après-midi à Istanbul, des groupes d’étudiants avaient commencé à se rassembler à Istanbul, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Sur l’un des campus de l’Université technique d’Istanbul (ITU), Adanil Güzel, 19 ans, a affirmé à l’AFP que des professeurs menaçaient les étudiants grévistes.

« Ils promettent de rajouter des points à ceux qui participent aux examens, » a déclaré l’étudiante en économie.

Le CHP a lui appelé au boycott d’une dizaine d’enseignes turques réputées proches du pouvoir dont une célèbre chaîne de cafés: « Le café on peut le faire nous-mêmes », a lancé M. Özel.

« Cessez de troubler la paix de nos concitoyens par vos provocations », a déclaré lundi soir le président Erdogan en s’adressant à l’opposition lors d’un discours télévisé.