Entre menaces d’isolement et main tendue, l’Occident cherchait lundi une solution diplomatique avec la Russie, accusée par l’Ukraine d’avoir choisi la guerre, alors que des commandos armés pro-russes ont pris de fait le contrôle de la Crimée.
Moscou a désormais un « contrôle opérationnel complet » sur la Crimée, a estimé dimanche à Washington un responsable américain, sous couvert de l’anonymat.
A Moscou, la Bourse chutait de près de 10% à la mi-journée et le rouble plongeait à des records historiques de faiblesse à l’ouverture des marchés financiers, qui paniquaient face à l’un des plus graves conflits entre l’Occident et la Russie depuis la chute du mur de Berlin en 1989.
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a pour sa part annoncé sa venue mardi à Kiev pour réaffirmer le « soutien fort des Etats-Unis à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». Il sera précédé par le numéro deux de l’ONU, Jan Eliasson.
Les Etats-Unis ont annoncé lundi qu’ils demandaient l’envoi « immédiat » en Ukraine d’observateurs de l’OSCE (Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe) pour tenter de « veiller au respect de l’intégrité territoriale ».
Dans des conversations téléphoniques avec la chancelière allemande Angela Merkel, Vladimir Poutine a assuré dimanche que la réponse de la Russie à « la menace constante d’actes violents de la part des forces ultranationalistes (…) était totalement adaptée ». Il a néanmoins accepté la création d’un « groupe de contact » pour entamer « un dialogue politique » sur l’Ukraine.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon va rencontrer lundi à Genève le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pour discuter de la situation en Ukraine.
A Kiev, le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague et son homologue grec, Evangelos Venizelos, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE, doivent s’entretenir avec les nouvelles autorités, après la destitution le 22 février du président Viktor Ianoukovitch.
Dimanche, les dirigeants des pays les plus industrialisés, condamnant la « claire violation » de la souveraineté de l’Ukraine par Moscou, ont annoncé la suspension de leurs préparatifs en vue du sommet du G8 à Sotchi (Russie) en juin.
– « La Russie ne veut pas la guerre » –
L’Otan a, elle, appelé Moscou et Kiev à rechercher une « solution pacifique » à la crise à travers le « dialogue » et le « déploiement d’observateurs internationaux », selon son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen.
« La Russie ne veut pas la guerre avec l’Ukraine », a répondu dimanche soir le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Grigori Karassine, pour qui le feu vert donné par le Parlement à l’armée russe pour intervenir en Ukraine est avant tout destiné « à ramener à la raison de nombreuses personnes » et montrer le sérieux de Moscou.
Lundi, Moscou a affirmé avoir obtenu le soutien de la Chine, soulignant « la large concordance de vues » des deux pays sur la situation en Ukraine.
Mais le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski a prévenu que Moscou subira « de graves conséquences » pour son intervention en Crimée, peu avant une nouvelle réunion d’urgence à Bruxelles des ministres européens des Affaires étrangères, alors que sur le terrain, la situation s’est brutalement aggravée.
– Mainmise des pro-Russes en Crimée –
La situation restait tendue en Crimée entre les deux camps, même si aucun affrontement n’a été rapporté dans cette péninsule russophone du sud de l’Ukraine qui abrite la flotte russe de la mer Noire.
La base militaire de Perevalne, qui abrite une unité des gardes-côtes ukrainiens, à 20 kilomètres de Simféropol, a été cernée par des centaines d’hommes armés de fusils automatiques, a constaté l’AFP. Selon le ministère ukrainien de la Défense, qui a estimé leur nombre à un millier, les assaillants voulaient contraindre les gardes-côtes à rendre leurs armes.
Plusieurs sites stratégiques de la péninsule, bases militaires, aéroports ou bâtiments officiels ont fait l’objet de blocages par des hommes en armes, dont l’uniforme ne porte aucun signe distinctif mais que les observateurs assimilent à des soldats russes.
Coup dur pour les autorités de Kiev, l’amiral Denis Berezovski, commandant en chef de la marine ukrainienne, nommé il y a quelques jours par le président par intérim Tourtchinov, a annoncé dimanche qu’il prêtait allégeance aux autorités locales pro-russes de Crimée.
Des hommes armés et cagoulés bloquaient lundi matin l’entrée au QG de la marine ukrainienne à Sébastopol pour empêcher le nouveau commandant nommé par Kiev d’y accéder.
L’Ukraine s’est déclarée dimanche « au bord du désastre » à la suite de la « déclaration de guerre » de la Russie et semblait perdre rapidement le contrôle de la Crimée, où des soldats agissant pour le compte des autorités locales assiègent les militaires ukrainiens dans leurs casernes.
« Si le président (russe Vladimir) Poutine veut être le président qui a commencé une guerre entre deux pays voisins et amis, il est tout près d’atteindre son objectif. Nous sommes au bord du désastre », avait prévenu dimanche le Premier ministre, Arseni Iatseniouk. « Ce n’est pas une menace, c’est en fait une déclaration de guerre à mon pays », a-t-il ajouté, s’exprimant en anglais, comme pour mieux se faire entendre de la communauté internationale.
Le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, a de son côté répété dimanche que Kiev espérait parvenir à une solution « pacifique » à la crise. Mais un autre haut responsable a parallèlement annoncé la mobilisation des réservistes ukrainiens afin d’assurer « la sécurité et l’intégrité du territoire ».
A Kiev, environ 50.000 personnes se sont rassemblées dimanche sur le Maïdan, la place de l’Indépendance. « Nous ne nous rendrons pas ! », ont-ils scandé à l’adresse de la Russie. Certains portaient des pancartes proclamant : « Poutine, touche pas à l’Ukraine ! »