Campagne céréalière : des pluies salvatrices, mais un verdict attendu en février-mars

Après sept années consécutives de sécheresse, les pluies abondantes de décembre 2025 et janvier 2026 ont permis de combler rapidement le déficit hydrique. Les réserves des barrages ont, pour la première fois depuis 2019, franchi le seuil des 9 milliards de mètres cubes, tandis qu’une végétation hivernale prometteuse s’installe.

Cette saison rompt avec le scénario de l’an passé, marqué par des pluies tardives (fin février-début mars 2025) qui avaient lourdement impacté les rendements céréaliers de la campagne 2024-2025. L’espoir renaît désormais de voir la production céréalière s’approcher des performances de la saison agricole 2020-2021, qui avait atteint un niveau record de 103,2 millions de quintaux.

Un nouveau rapport actualisé sur la conjoncture céréalière au Maroc a été récemment publié par le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), statuant sur les projections de la saison agricole en cours.

Évolution du couvert végétal au sud de Casablanca.

Une hausse des importations à l’automne, tirée par les incertitudes du début de saison

Lors de la dernière saison, le Maroc a produit 44 millions de quintaux de céréales, ce qui représente une hausse de 39% par rapport à la campagne 2023-2024, marquée par une sécheresse sévère. La production de la saison précédente reste toutefois bien inférieure à celle d’une année de bonne récolte, ce qui contraint le pays à se tourner davantage vers l’importation.

Concernant les importations de blé, les incertitudes en début de saison ont conduit à une augmentation de 14% des volumes importés entre juillet et octobre 2025, afin de reconstituer les stocks de sécurité. Durant cette période, l’origine des importations a significativement évolué ; les achats en provenance de Russie ont chuté de 66% et ceux d’Ukraine de 87%, tandis que les importations depuis les pays européens, notamment la France, ont augmenté de plus de 55%.

De leur côté, les importations d’orge ont chuté de 48% sur la période de début de campagne (juillet à octobre 2025) par rapport à la même période de l’année précédente.

En revanche, l’exportation du blé, sous forme de couscous et de pâtes, a augmenté de 10% en glissement annuel pour la période allant de juin à octobre. Le Sénégal et la Guinée affichent des hausses de 38% de leurs importations, le Sénégal devenant la première destination sur cette période.

Malgré l’amélioration, la prudence reste de mise jusqu’aux prochaines pluies de février

En s’appuyant sur les relevés satellitaires, l’évaluation estime que l’indice de végétation au sol reste inférieur à la moyenne (2001-2024) et qu’il nécessite encore des précipitations pour le développement des cultures. C’est pourquoi les pluies de février et mars 2026 seront décisives.

Évaluation des indices de végétation relatifs aux cultures du Maroc (données du satellite Modis).

Ces précipitations sont d’autant plus importantes que les semis de blé et d’orge ont été retardés et, dans certaines régions, n’ont été achevés qu’à la mi-janvier 2026. Ce délai devrait logiquement entraîner une augmentation des superficies céréalières, qui sont estimées à environ 4,5 millions d’hectares selon les premiers chiffres. La superficie définitive pourrait toutefois varier en fonction de la distribution des pluies et du nombre d’agriculteurs ayant semé tardivement.

Bien que ne dépassant pas la moyenne, la lecture temporelle de l’évolution des conditions de culture indique que les précipitations durant la mi-décembre et début janvier ont permis d’atteindre les conditions d’une saison moyenne, alors que la situation automnale était nettement au-dessous de la moyenne et était parallèle à l’évolution de la saison 2023-2024 marquée par le pic de la sécheresse.

Par rapport à la saison précédente, ce pic des conditions de cultures n’a été atteint qu’à partir de la mi-mars et début avril pour atteindre les conditions moyennes en mai 2025.

Évolution phénologique : les céréales profitent de conditions hivernales typiques

Les céréales d’hiver (blé, orge) se trouvent actuellement au milieu de leur cycle, dans les phases clés du tallage et de la montaison.  Cette étape devrait s’achever d’ici fin janvier pour laisser place, entre février et mars, aux phases d’épiaison et de maturation.

Le stade de la montaison, particulièrement exigeant en eau, se déroule sous d’excellents auspices. Plusieurs zones agricoles, notamment à vocation céréalière, affichent un cumul pluviométrique supérieur à la normale. À titre d’exemple, la région de Nouasseur (environs de Casablanca) enregistre un excédent dépassant les 100 millimètres.

Évolution du cumul pluviométrique à la station de Nouasseur du 28 décembre 2025 au 26 janvier 2026.

Le développement des cultures est également favorisé par une humidité des sols qui affiche une nette amélioration par rapport à la même période de l’année précédente.

Comparaison de l’évolution de l’humidité du sol par rapport à l’année dernière.

Au 22 janvier 2026, les relevés satellitaires mettent en évidence une forte anomalie positive d’humidité, oscillant entre 40% et 70% dans le nord-ouest du Royaume. Ce scénario rompt radicalement avec celui de l’an passé où, à la même date, des valeurs positives exceptionnelles n’étaient constatées que dans le Sud-Est en raison de pluies localisées, tandis que les régions de l’Atlantique nord subissaient des anomalies négatives de -30% à -40%, et que le reste du pays accusait des baisses allant jusqu’à -15%.

Comparaison de l’évolution du stress d’évaporation par rapport à l’année dernière.

Ces indicateurs favorables sont corroborés par les relevés d’évapotranspiration. Les données satellitaires mensuelles montrent des anomalies positives maximales indiquant que les gains hydriques (apports d’eau) l’emportent désormais sur les pertes (évaporation de l’eau et transpiration des plantes). Ce bilan hydrique positif diffère radicalement de la situation de l’année précédente, où les pertes l’emportaient largement sur les gains.

A Casablanca-Settat, la campagne agricole retrouve des couleurs grâce aux précipitations

À l’instar de plusieurs régions du Royaume, Casablanca-Settat a bénéficié de précipitations significatives qui ont redonné un nouvel élan à la campagne agricole.

Avec une moyenne régionale atteignant 186,8 mm à la date du 25 décembre, ces pluies, bien que marquées par des disparités territoriales, traduisent une amélioration notable de la situation pluviométrique.

Elles laissent par la même occasion entrevoir des perspectives encourageantes pour l’ensemble des filières agricoles. Ces précipitations ont concerné l’ensemble des provinces de la région, avec des niveaux variables selon les territoires. 

« La province de Benslimane s’est particulièrement distinguée en enregistrant le cumul le plus élevé, atteignant 306 mm », précise un communiqué de la direction régionale de l’agriculture Casablanca-Settat.  

Globalement, les volumes enregistrés représentent une hausse significative de 196 % par rapport à la même période de la campagne agricole précédente, qui n’avait totalisé que 63 mm, et une augmentation de 18 % comparativement à une campagne agricole normale (158 mm).

Hassain Rahaoui, directeur régional de l’Agriculture à Casablanca-Settat, a souligné que ces pluies constituent un démarrage encourageant de la campagne agricole actuelle.

« Elles renforcent l’optimisme des agriculteurs quant à la résilience des terres face aux effets de la sécheresse et confirment le rôle stratégique du secteur agricole comme levier du développement économique et social », assure-t-il.

Ces apports hydriques ont également favorisé l’amélioration des réserves en eau des barrages et des nappes phréatiques, avec des retombées directes sur les activités agricoles et pastorales.

Sur le plan des réalisations agricoles, les superficies labourées ont atteint, à la date du 25 décembre, environ 948.729 hectares, soit 94 % du programme arrêté :  

– Les céréales d’automne occupent 676.268 hectares, répartis entre le blé tendre, le blé dur et l’orge, représentant près de 77 % des objectifs fixés ; 

– Les cultures fourragères, quant à elles, ont dépassé 74.575 hectares, soit 81 % du programme ; 

– La mise en place des légumineuses alimentaires se poursuit sur une superficie de 45.000 hectares.

9.000 ha de betterave sucrière et 17.440 ha de cultures maraîchères d’automne

Par ailleurs, le programme de la betterave sucrière a été entièrement réalisé sur plus de 9.000 hectares, principalement dans les provinces d’El Jadida et de Sidi Bennour, qui affichent également une forte dynamique en matière de cultures maraîchères, notamment la pomme de terre. 

À l’échelle régionale, les superficies consacrées aux cultures maraîchères d’automne ont atteint 17.440 hectares, dépassant ainsi les prévisions initiales, tandis que la mise en œuvre du programme de maraîchage d’hiver, portant sur plus de 16.300 hectares, est en cours.

Les retombées positives de ces précipitations s’étendent à l’ensemble des filières agricoles et pastorales.

« Elles ont permis d’améliorer l’humidité des sols, de créer des conditions favorables aux semis et à la germination, et d’encourager l’élargissement des superficies consacrées aux cultures bour de saison, notamment les céréales, les légumineuses et les cultures fourragères destinées à l’alimentation du cheptel », précise Hassain Rahaoui. 

Ces pluies ont également favorisé la régénération des parcours naturels et contribué à réduire la pression sur les aliments du bétail, allégeant ainsi les charges financières des éleveurs. 

Concernant les cultures irriguées, les récentes pluies devraient améliorer la croissance des cultures maraîchères d’automne et d’hiver, grâce à l’augmentation de la biomasse végétale et à la réduction temporaire des besoins en irrigation. 

Elles permettront également de limiter la pression sur les ressources en eau souterraines, de renforcer l’approvisionnement des marchés locaux et de contribuer à une relative stabilité des prix. 

Les arbres fruitiers bénéficieront eux aussi de ces apports hydriques, avec des perspectives d’amélioration de la productivité par rapport aux saisons précédentes marquées par un déficit pluviométrique prolongé.

La Chaouia prépare le grand basculement hydrique grâce à l’interconnexion Bouregreg–Oum Er-Rbia

La Direction de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole du ministère de l’Agriculture a lancé un appel d’offres international pour la réalisation d’un schéma directeur de développement de l’irrigation dans la région agricole de la Chaouia.

La situation est critique dans ce bassin où le barrage Al Massira, l’un des plus importants du Maroc, est presque à sec après sept années de sécheresse consécutives.

Vital, ce schéma directeur doit ouvrir la voie à l’irrigation et cela se fera en même temps que l’exécution du projet d’interconnexion entre les bassins de Bouregreg et d’Oum Er-Rbia, prévu d’être lancé avant décembre 2025.

Un canal, non loin du barrage Al Massira.

Avec un coût global de 3,6 millions de dirhams, la mise en œuvre de ce schéma directeur devra intervenir dans un délai total de sept mois suivant l’attribution du projet.

L’objectif affiché dans le bassin de la Chaouia est de passer d’un bassin structurellement déficitaire à un bassin excédentaire. Cela permettra d’envisager le développement de l’irrigation sur de nouvelles terres.

Sur le plan concret, le schéma d’aménagement devrait définir les zones disposant d’un potentiel agro-socioéconomique pour l’aménagement hydroagricole à partir des ouvrages d’interconnexion.

Dans cette région historiquement vouée à la céréaliculture, ce schéma directeur devra identifier les zones d’agriculture pluviale (Bour) à haut potentiel qui pourraient bénéficier d’une irrigation de complément.

Concernant les zones irriguées situées près des grands réservoirs existants, le schéma étudiera celles qui sont susceptibles d’être renforcées ou réalimentées en eau.

Parallèlement, il évaluera, dans les zones d’irrigation privée, les mesures de sauvegarde ou de réalimentation possibles.

Ainsi, la superficie des terres susceptibles de bénéficier du projet d’interconnexion dans la Chaouia est globalement estimée à 250.000 hectares. Cette superficie sera répartie théoriquement comme suit : la Haute Chaouia (140.000 ha), la Basse Chaouia au niveau de la nappe de Berrechid (50.000 ha), et la zone d’El Gara-Nfidfikh (60.000 ha).

À l’issue de cette étude, trois projets prioritaires seront montés, totalisant une superficie de l’ordre de 80.000 ha, correspondant à des zones de très hauts potentiels sélectionnées sur la base des résultats techniques et économiques.

Pour chaque projet, l’étude devra calculer la rentabilité financière et économique sur des périodes de 20 et 30 ans, et prévoir un format adapté aux standards utilisés par les principaux bailleurs de fonds internationaux pour la préparation des documents de financement de projets d’investissement publics.

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http://medias24.com/2023/11/25/al-massira-un-barrage-dont-il-ne-reste-que-le-nom-2/

 

L’ombre des sept ans de sécheresse plane sur le lancement de la campagne agricole

Dans sa dernière intervention devant la Chambre des représentants, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, a alerté sur le risque d’une nouvelle année de sécheresse, la huitième consécutive.

Sans épisode pluvieux conséquent, les conditions actuelles ne montrent aucun signe d’amélioration. Les réserves des barrages dépassent à peine le tiers de leur capacité, en raison d’une rareté des précipitations et de températures toujours supérieures aux normales de saison pour un mois d’octobre.

La saison écoulée (2024-2025) a bénéficié d’une amélioration relative des précipitations, principalement grâce aux pluies tardives de février et mars 2025. Celles-ci ont permis de sauver la saison agricole et de porter les réserves des barrages aux environs de 40% en mai 2025. Cependant, malgré ses bénéfices, cette saison est restée déficitaire par rapport à la moyenne pluviométrique habituelle de 200 mm.

C’est pourquoi nous retraçons l’évolution de deux saisons, l’une pluvieuse et l’autre de sécheresse, pour illustrer le fort impact du climat sur le pays. En cette période d’expectative, cette comparaison montre à quel point une seule saison pluvieuse peut effacer les impacts d’une série successive d’années de sécheresse.

La sécheresse de la saison 1994-1995 au Maroc et ses répercussions

Les années 1981, 1992, 2001, 2017, ainsi que les années récentes 2023 et 2024, figurent parmi les plus sèches de l’histoire moderne du Maroc. Cependant, la sécheresse de la saison 1994-1995 a eu un impact particulièrement catastrophique sur l’économie nationale et le monde rural, marquant l’aboutissement d’une série de quatre années consécutives de sécheresse débutée en 1991.

Durant cette saison, la production céréalière s’est effondrée, passant de 96,2 millions de quintaux à seulement 17,6 Mq. Les légumineuses ont connu également une baisse tout aussi dramatique, avec une production tombant de 2,76 Mq à 874.000 q. Ces chiffres représentent respectivement une chute de la production d’environ 82% pour les céréales et de 68% pour les légumineuses par rapport à la saison agricole 1993-1994.

La région de Chaouia, pourtant réputée pour ses bonnes récoltes céréalières, a enregistré un déficit pluviométrique ne cumulant durant la saison 1994-1995 que 183 mm.

Bien que le cumul annuel de 1995 puisse apparaître acceptable dans les statistiques, cette donnée est trompeuse : la majorité des précipitations est en réalité survenue en décembre 1995, appartenant déjà à la saison agricole 1995-1996. Une comparaison avec les sécheresses récentes (2023-2024 et 2024-2025) révèle des cumuls annuels similaires, mais des conséquences socio-économiques nettement plus graves durant la saison 1994-1995.

En plus d’enregistrer la production agricole la plus faible depuis l’indépendance du Maroc, cette période a été marquée par une diminution drastique des réserves des grands barrages, qui atteignaient à peine 26,9% de la capacité totale en décembre 1995.

Cette sécheresse a particulièrement affecté le barrage Al Massira, le plus grand réservoir du pays à cette époque. Ses niveaux ont chuté de façon alarmante : de 19,7% de sa capacité en 1992, à 17% en 1993, puis à 14% en 1994, pour finalement atteindre un niveau critique de 11,2 % en décembre 1995.

De même, les réserves du barrage Idriss Iᵉʳ ont subi une forte diminution, frôlant l’épuisement. Sa capacité est passée de 22,6% en 1992 à 9,4% en 1994, pour chuter encore à 7,2% en décembre 1995.

Impact de la succession de quatre sécheresses successives sur les retenues du barrage d’Al Massira.

La saison 1995-1996, une aubaine après une série de sécheresses consécutives

La saison 1995-1996 est considérée comme la plus pluvieuse au Maroc depuis 1961, avec des précipitations annuelles approchant les 350 mm en moyenne nationale. Plusieurs villes ont enregistré des cumuls exceptionnels : Casablanca (694 mm), Tanger (1323 mm), Fès (586 mm), Kénitra (922 mm) et Marrakech (336 mm)…

Évolution du couvert végétal dans la région de Rabat entre 1995 et 1996.

Par exemple, dans la ville de Casablanca, la saison a commencé avec des précipitations dont l’intensité a augmenté dès octobre 1995. Après avoir enregistré seulement 11 mm en octobre, les précipitations ont relativement augmenté, avec un cumul de 60 mm en novembre, puis ont progressé davantage en décembre 1995 et janvier 1996, pour atteindre respectivement 92,8 mm et 312 mm (soit le maximum de la saison). Les mois allant de février à mai ont connu des précipitations moindres, comprises entre 64 et 10 mm.

Durant cette saison pluvieuse de 1996, la station de Nouaceur, située dans la périphérie de Casablanca, a enregistré des précipitations sur 82 jours pour des cumuls supérieurs à 1 mm. Cette fréquence pluviométrique se décompose en 41 jours avec plus de 5 mm de précipitations, et 19 jours ayant dépassé le seuil de 10 mm.

Comparée aux trois dernières années (2023, 2024 et 2025), la région de Casablanca a enregistré en 1995 un nombre de jours de précipitations plus élevé pour les cumuls compris entre 1 et 5 mm. En revanche, cette même année 1995 est inférieure pour les précipitations supérieures à 10 mm par rapport aux années 2024 et 2025. Quant à l’année 2023, elle détient un record de faiblesse avec seulement trois jours de fortes pluies enregistrés à Nouaceur.

De même, la ville de Tanger a enregistré, durant l’année 1996, quatre mois et demi (4,5 mois) de précipitations supérieures à 1 mm, 77 jours de précipitations supérieures à 5 mm, et 60 jours de précipitations supérieures à 10 mm. S’il est vrai que l’année 1996 a connu un grand écart, la comparaison des dernières années avec l’année 1995 en termes de jours de pluie indique que, malgré la sécheresse de 1995, les jours de pluie cumulant entre 1 et 5 mm sont plus nombreux par rapport à ces trois dernières années d’accentuation de la sécheresse. En revanche, les jours de pluie cumulant des valeurs supérieures à 10 mm ont été inférieurs par rapport aux années 2024 et 2025, mais relativement supérieurs par rapport à 2023.

L’intensité de cette année pluvieuse a provoqué une inondation du fleuve Sebou, dont les berges sont restées immergées pendant des mois. De leur côté, les réserves des principaux barrages de l’époque se sont renflouées après une série d’années de sécheresse entre 1991 et 1994.

Impact de l’inondation de l’oued Sebou en 1996.

C’est ainsi que le taux de remplissage global des retenues des principaux barrages du Maroc a bondi, passant de seulement 26,1% au 31 décembre 1995 à 83,1% au 31 décembre 1996.

Cette amélioration notable a profité à l’ensemble des grandes infrastructures hydrauliques du Royaume. Dans la région de Settat, le barrage Al Massira a connu une métamorphose spectaculaire, son taux de remplissage bondissant de 11,2% à 83,3%. Une tendance similaire a été enregistrée au barrage Idriss Iᵉʳ, à Taounate, où le taux est passé de 7,2% à 74,5%. Quant au barrage Al Wahda, la plus grande retenue du Maroc alors nouvellement mise en service, il a affiché dès sa première année d’exploitation un taux de 47,5%, confirmant d’emblée son rôle stratégique dans la sécurité hydrique du Maroc.

Évolution des retenues du barrage Al Massira entre septembre 1995 et septembre 1996.

 

Comparaison des retenues du barrage Idriss Iᵉʳ entre décembre 1995 et décembre 1996.

Grâce à l’amélioration significative des précipitations, le secteur agricole a enregistré une saison record subséquente. La production céréalière a bondi de 17,6 Mq à 100,9 Mq, représentant une multiplication par près de 5,7. De même, la production des légumineuses a triplé, passant de 874.000 q à 2,7 Mq, tandis que le cheptel ovin a également bénéficié de ces conditions favorables, augmentant de 1,1 million de têtes.

Est-il possible de capitaliser sur la réversibilité rapide du stress hydrique ?

En se référant aux années 1996 et 1994, un épisode pluvieux dès novembre, qui s’intensifie en décembre et janvier, pourrait permettre une bonne saison 2025-2026. Les précipitations des mois de septembre et d’octobre, bien qu’intéressantes, ne permettent pas, à elles seules, de statuer sur la saison agricole.

L’espoir réside désormais, dans les prochains mois, dans la survenue d’un épisode pluvieux généralisé pour mettre fin à une succession de sept années de sécheresse.

Il est de plus en plus évident que les effets du réchauffement climatique s’installent rapidement, se manifestant par des épisodes extrêmes de plus en plus aigus et des précipitations de plus en plus rares et soudaines. Durant la saison dernière, les précipitations étaient principalement dues à l’occurrence de dépressions coupées qui devraient devenir très fréquentes dans la région, selon les modélisations climatiques.

La réversibilité du stress hydrique est un fait établi qui nous oblige à revoir en profondeur notre modèle de gestion de l’eau. Notre pays est passé de cinq épisodes de sécheresse entre 1940 et 1979 (40 ans) à dix épisodes entre 1980 et 2002 (22 ans).

Par rapport aux épisodes de sécheresse précédents, la série actuelle de sept années consécutives est la plus longue depuis l’indépendance du Maroc. Elle est également plus intense en termes de diminution de la pluviométrie, l’année 2023 étant considérée comme la plus faible en termes de précipitations enregistrées.

Dans la même veine, le modèle agricole nécessite d’être revu à la loupe afin de l’adapter au mieux à ces changements dont personne ne peut nier les effets. Il se peut qu’une année pluvieuse revienne, mais cela ne serait pas suffisant pour compenser le déficit.

Plusieurs experts suggèrent, face à la récurrence des sécheresses et au retard des pluies, qu’un report du calendrier agricole permettrait une meilleure adéquation avec le nouveau régime pluviométrique. Cette hypothèse mérite cependant une étude scientifique rigoureuse pour en évaluer les avantages et les limites, et pour déterminer le calendrier optimal le cas échéant.

L’évaluation à mi-parcours de la stratégie Génération Green, si elle est conduite avec rigueur, pourrait apporter des réponses à ces questions cruciales. Elle devrait définir un futur modèle agricole marocain, durable, rentable, générateur de développement socio-économique, et surtout, résilient face aux effets des changements climatiques.

L’agriculture marocaine cartonne à l’export : +211% en une décennie

Entre 2014 et 2024, le secteur agricole marocain a connu des évolutions contrastées, marquées par des hausses et des baisses successives de sa valeur ajoutée. En revanche, cette instabilité n’a pas concerné les exportations agricoles, qui sont restées globalement orientées à la hausse tout au long de la période.

Si, intuitivement, on peut s’attendre à ce que la croissance de l’un accompagne celle de l’autre, la réalité statistique nuance cette perception et oblige à interroger la nature exacte de leur relation. Est-ce un couplage stable ? Une simple coïncidence conjoncturelle ? Ou, au contraire, une dissociation révélatrice de changements structurels dans l’économie agricole marocaine ?En dix ans, les exportations agricoles ont progressé trois fois plus vite que la valeur ajoutée du secteur.Entre 2014 et 2024, la valeur ajoutée agricole est passée de 98,9 MMDH à 160,3 MMDH, affichant une progression globale de plus de 61,9% sur dix ans. Cette croissance est loin d’être linéaire, marquée par des à-coups significatifs reflétant l’exposition structurelle du secteur aux aléas climatiques.

À l’inverse, les exportations agricoles ont enregistré une croissance plus régulière, s’élevant de 13 MMDH à 40,6 MMDH à la même période, soit une progression de 211,5%, trois fois supérieure à celle de la valeur ajoutée.

Ce simple écart de rythme interpelle. Il signale, d’une part, un renforcement manifeste du positionnement du Maroc sur les marchés extérieurs, mais interroge surtout la stabilité du lien entre richesse agricole produite et richesse agricole exportée. Plus précisément, dans quelle mesure la croissance des exportations résulte-t-elle d’une hausse de la production réelle ?

Exportations agricoles : une trajectoire qui échappe à la production

Les données annuelles révèlent une relation instable entre la valeur ajoutée agricole et les exportations. En 2016, par exemple, la valeur ajoutée chute à 105,5 MMDH, en recul par rapport à 2015 (121,3 MMDH), tandis que les exportations augmentent, passant de 16,3 MMDH à 17,7 MMDH. Soit un gain des exportations de 1,4 MMDH, alors même que la valeur ajoutée agricole a reculé de 15,8 MMDH.

Entre 2014 et 20124, les exportations agricoles ont augmenté trois fois plus vite que la production.
La hausse des exportations agricoles est régulière ; elle est décorrélée de celle de la production agricole.

Cette dissociation suggère que les exportations ne dépendent pas strictement du volume total de la production agricole intérieure. Autrement dit, un choc négatif sur la VA ne se traduit pas automatiquement par une contraction des flux exportés.

Plusieurs hypothèses peuvent être formulées à ce sujet. D’abord, il est possible que la part destinée à l’export soit relativement isolée des aléas qui affectent la production nationale globale, notamment grâce à une concentration des exportateurs sur des filières plus résilientes (agrumes, primeurs, cultures sous serre, etc.). Ensuite, les stocks et la contractualisation internationale peuvent aussi expliquer cette déconnexion temporaire.La croissance de la richesse agricole semble se traduire directement en puissance exportatriceLorsque la valeur ajoutée agricole augmente, les exportations suivent naturellement la même trajectoire, dans un mouvement presque mécanique.

L’année 2021 en offre une illustration nette : la valeur ajoutée agricole passe de 117,1 MMDH à 144 MMDH, soit une hausse de près de 27 MMDH, et dans le même temps, les exportations agricoles grimpent de 27,6 MMDH à 31,2 MMDH.

Une corrélation robuste mais non mécanique

L’examen de la relation entre la valeur ajoutée agricole et les exportations agricoles fait apparaître une corrélation forte, mais non mécanique.

Concrètement, un modèle de régression linéaire simple permet d’estimer que la valeur ajoutée agricole explique environ 71% de la variation annuelle des exportations agricoles entre 2014 et 2024.

Ce pourcentage reste important et élevé. Il signale qu’une grande partie de la dynamique des exportations s’ancre directement dans la capacité du secteur agricole à générer de la valeur ajoutée.Chaque milliard de valeur ajoutée agricole génère en moyenne 402 MDH d’exportationsLa relation estimée est claire : chaque milliard de dirhams supplémentaires de valeur ajoutée agricole s’accompagne, en moyenne, de 402 millions de dirhams d’exportations agricoles supplémentaires. L’élasticité est donc positive, significative et économiquement non négligeable.

Ce résultat quantifie empiriquement ce que l’intuition économique suggère : plus un secteur agricole est productif, plus il est capable d’exporter.

Cependant, il serait excessif d’interpréter cette corrélation comme une équation rigide. D’abord parce qu’un peu moins de 30% de la variation annuelle des exportations reste inexpliquée par la valeur ajoutée agricole.

Ces écarts (les 30%) traduisent la complexité d’un secteur à la croisée de plusieurs dynamiques : la demande mondiale, les prix à l’exportation, la compétitivité des chaînes logistiques, les stratégies commerciales des groupes exportateurs et, bien sûr, les conditions climatiques locales.

Ensuite, la répartition de la valeur ajoutée entre production destinée au marché intérieur et production orientée vers l’export n’est pas homogène. Certaines années, comme 2016 ou 2022, montrent que des fluctuations de la VA n’induisent pas systématiquement des variations proportionnelles des exportations.

Cela signifie que la croissance de la richesse agricole ne se traduit pas toujours, instantanément, par une croissance équivalente des flux à l’export.

Autrement dit, la dynamique des exportations agricoles n’est pas seulement un effet de l’amplitude de la production intérieure, mais un reflet du degré de sophistication du secteur. Plus un secteur s’intègre dans les chaînes globales de valeur, plus il devient capable d’absorber des chocs de production sans nécessairement en répercuter l’effet sur les volumes exportés.

Cela vaut particulièrement pour les produits à haute valeur commerciale, ainsi que pour les filières qui bénéficient de subventions à l’export, de programmes publics d’accompagnement comme ceux du Plan Maroc vert ou de Génération Green, et d’une stratégie de branding territorial.

Sécheresse, prix, subventions : les agriculteurs dénoncent la récupération politique

Face aux critiques et idées reçues, les représentants des principales filières ont livré leurs chiffres, rectifié certaines affirmations et défendu une vision responsable de l’agriculture nationale. Les agriculteurs en avaient certainement gros sur le cœur, puisque l’événement a été manifestement organisé dans des délais courts. Il faut dire que l’agriculture et la sécheresse ne font pas bon ménage, et le thème revient de plus en plus souvent dans le discours politique à l’approche des élections de 2026.

Dans la partie consacrée aux questions-réponses, plusieurs thématiques ont été évoquées, clarifiées et analysées.

L’agriculture, un enjeu stratégique à protéger des surenchères politiques

Pour Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), l’agriculture ne peut plus être l’otage de considérations politiciennes.

« Il est temps de cesser de se servir de l’agriculture pour régler des comptes politiques. Il s’agit d’un secteur stratégique, qui dépasse les différends temporaires et qui nécessite un traitement national responsable », affirme-t-il avec fermeté.

Concernant le sujet des subventions à la filière tomate, Rachid Benali tient à rétablir les faits. Selon lui, en cette année 2025, les subventions accordées à la culture de la tomate n’ont couvert que 2.735 agriculteurs.

« Pour la campagne 2023-2024, les mesures d’appui ont bénéficié à 3.849 agriculteurs, couvrant une superficie totale de 11.900 hectares de tomates, soit une moyenne de 3 hectares par bénéficiaire. Pour la saison 2024-2025, 2.735 agriculteurs ont été concernés, avec une superficie totale de 11.170 hectares, ce qui équivaut à une moyenne de 4 hectares par exploitant », précise-t-il.

La FISA défend un secteur autonome et exportateur

Dans le même sens, et en réponse à une question sur le mécanisme de formation des prix dans la filière avicole, Youssef Alaoui, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), apporte les précisions suivantes.La filière avicole n’a bénéficié d’aucune subvention, pas même d’un seul dirham« Le secteur des volailles, qu’il s’agisse des poulets ou des œufs, n’a jamais bénéficié de la moindre subvention. Pas un seul dirham, ni pour l’alimentation ni pour quelque autre aspect lié à la filière. Il est donc inacceptable qu’un responsable vienne aujourd’hui accuser les producteurs d’augmenter indûment leurs marges. Où étaient-ils lorsque nous vendions à perte pendant la pandémie de Covid, avec un coût de production de 12 dirhams le kilo et des ventes à seulement 6 dirhams ? Qu’on laisse les producteurs tranquilles ! Il ne faut pas politiser la question des prix », explique-t-il.

« Et comment peut-on admettre qu’un responsable affirme que seuls deux producteurs de tomates ont bénéficié de subventions ? Même si ce n’est pas mon domaine, c’est tout simplement invraisemblable. Ce que nous demandons, c’est qu’on nous laisse exercer notre métier en paix », poursuit Youssef Alaoui.

Sur le volet exportation, le président de la FISA précise que le secteur dispose d’une capacité de production de 9 millions de poussins par semaine.

« Pour revenir à la filière avicole, nous avons atteint l’autosuffisance et nous sommes désormais en mesure d’exporter. Sur une production hebdomadaire de 9 millions de poussins, un million est exporté, et cela sans aucune subvention, ni pour la production ni pour le transport », précise-t-il.

Importations de bétail : un levier de stabilité selon l’ANOC

Dans le même sujet des subventions, cette fois-ci concernant les importations de bétail, Abderrahmane Majdoubi, président de l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC), tient à clarifier la position des éleveurs nationaux.

Selon lui, les aides publiques à l’importation n’ont en rien porté atteinte aux marges des éleveurs locaux. Bien au contraire, elles ont permis de relativiser les tensions sur le marché des viandes rouges et de préserver le cheptel national.

« Nous représentons les éleveurs marocains et ne sommes pas concernés par les mécanismes de subvention à l’importation, qui relèvent d’une autre responsabilité. Certes, il y a bien eu des importations de bétail en 2022, 2023 et 2024, mais loin de nuire aux éleveurs, elles ont permis d’apaiser la pression sur le cheptel national, dans un contexte de demande accrue. Il fallait répondre à un besoin réel de viande rouge, et dans ce cas, l’importation était une nécessité », affirme-t-il.

Il souligne également que l’abandon exceptionnel des mesures protectionnistes, notamment la taxe douanière de 200%, s’inscrivait dans une logique de gestion de crise.

« Il s’agissait d’une mesure exceptionnelle, dans une conjoncture elle aussi exceptionnelle, pour permettre aux importateurs de rester compétitifs et de garantir un approvisionnement suffisant en viande rouge. Cette décision a été prise dans l’intérêt du consommateur », conclut-il.

Subventions agricoles : un effort massif en faveur des petits exploitants

Sur la question des subventions en faveur des petits agriculteurs, Rachid Benali, président de la Comader, rappelle les efforts considérables engagés par l’État en leur direction. Selon lui, les dispositifs de soutien sont loin de bénéficier uniquement aux grandes exploitations.Dans le cadre du PMV, le système de goutte-à-goutte est subventionné à 100% pour les petits agriculteurs« Le système de goutte-à-goutte, bien que coûteux, est entièrement subventionné à 100% pour les petits agriculteurs disposant de moins de 5 hectares. Pour les exploitations moyennes et grandes, le taux de subvention est respectivement de 80% et 60% », précise-t-il.

Il rappelle également l’ampleur du programme de plantation d’arbres fruitiers, notamment dans le cadre du Plan Maroc vert, qui a permis la mise en culture de plus de 250.000 hectares.

« Dans le cadre du Plan Maroc vert, un vaste programme de plantation a permis de mettre en terre plus de 250.000 hectares d’arbres, notamment des agrumes, des oliviers et d’autres espèces fruitières. Par ailleurs, grâce aux différentes formes de subvention, toujours dans le cadre du Plan Maroc vert, nous comptons aujourd’hui plus de 12.000 coopératives agricoles actives. Au total, ce sont près de 52 MMDH de subventions qui ont été alloués aux petits agriculteurs. Et plus de 90% des aliments de bétail subventionnés leur sont également destinés », souligne-t-il.

Concernant les grands agriculteurs, Rachid Benali reconnaît que des montants importants ont été investis. Cependant, il tient à rectifier une confusion fréquente.

« On parle souvent de 100 MMDH, mais il ne s’agit pas de subventions. Ce sont des investissements. Il faut distinguer entre soutien public et initiative privée. Deux tiers de ces investissements proviennent du secteur privé, l’État n’en finance qu’un tiers », conclut-il.

Marrakech-Safi. Voici l’état d’avancement de la campagne agricole 2024-2025

Dans un contexte toujours marqué par le stress hydrique, la campagne agricole 2024-2025 en cours dans la région de Marrakech-Safi montre des signes encourageants. Notamment grâce à un cumul pluviométrique de 143 mm, en hausse de 35% par rapport à la saison précédente. De quoi redonner de l’espoir aux agriculteurs.

La reprise des précipitations a permis d’estimer la production céréalière prévisionnelle à 1,1 million de quintaux. « Côté maraîchage, 20.000 hectares ont déjà été semés en cultures printanières, notamment en oignon et en tomate, essentiels à l’approvisionnement du marché national », précise à Médias24 Mbarek Ait Omar, chef de division du développement des filières agricoles à la direction régionale de l’agriculture Marrakech-Safi.

Bien que la superficie agrumicole ait reculé de 24%, passant de 16.500 à environ 12.000 hectares, à cause de la sécheresse, la production de cette année est en amélioration par rapport à la précédente. « La région a produit environ 210.000 tonnes d’agrumes, dont plus de 100.000 tonnes sont exportées. Cette résilience s’explique notamment par la prédominance de la mandarine Afourer, qui représente 65% de la superficie nationale et continue d’offrir une bonne valeur ajoutée », affirme notre interlocuteur.

Les précipitations ont permis la régénération du couvert végétal, améliorant les pâturages. Cela a conduit de nombreux éleveurs à conserver leur cheptel, notamment les brebis.

Concernant les filières animales, un regain d’espoir chez les éleveurs a été constaté. « Les précipitations ont permis la régénération du couvert végétal, améliorant les pâturages. Cela a conduit de nombreux éleveurs à conserver leur cheptel, notamment les brebis, avec en perspective une relance de la production ovine », précise M. Ait Omar.

Par ailleurs, l’aviculture reste un pilier régional avec une production annuelle moyenne de 115.000 tonnes de viande blanche. L’apiculture, de son côté, maintient le cap avec une production moyenne de 750 tonnes de miel, soutenue par une meilleure disponibilité des ressources mellifères cette saison.

Enfin, pour faire face à la raréfaction de l’eau, 163.000 hectares sont équipés en irrigation goutte-à-goutte, dont 56.000 hectares depuis le lancement de la stratégie Génération Green. En parallèle, les agriculteurs de la région adoptent de plus en plus des outils numériques pour optimiser la gestion de l’eau et le suivi des cultures.

https://medias24.com/2025/03/25/apres-la-secheresse-un-printemps-despoir-mais-des-fragilites-tenaces/

Ressources hydriques. Après des années de sécheresse, la nouvelle vie des nappes du Sud-Est

Après six années de sécheresse ayant touché tout le Maroc, le Sud-Est s’apprête à vivre une campagne céréalière prometteuse. Une dizaine de photos et vidéos circulant sur le Web témoignent des activités de récolte, manuelles et mécanisées, sur une dizaine de sites de la région, notamment dans la vallée de l’Oued Draa à Tata, la commune de Maider, Tinejdad et Sidi Ali Rissani.

Cette amélioration notable de la situation agricole résulte principalement des importantes précipitations enregistrées en septembre dernier.

À l’encontre des régions du nord et du centre, l’activité agricole dans les régions du Sud-Est repose sur des techniques d’irrigation ingénieuses telles que l’épandage de crues pour sourcer de l’eau pour les activités. La région a par ailleurs bénéficié d’un nouvel épisode pluvieux conséquent entre mi-avril et début mai, venant conforter les réserves en eau disponibles.

Au niveau hydrologique, l’Agence du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rheris a constaté une augmentation marquée des volumes et des débits de ressources après le dernier épisode pluvieux.

Contactée par nos soins, l’ABH de Guir-Ziz-Rheris nous a fait part d’une amélioration notable de la situation hydrique actuelle du bassin, notamment souterraine, principale ressource en eau de la région.

La région Guir-Ziz-Rheris renaît grâce à une saison exceptionnelle

Les bassins de Guir-Ziz-Rheris ont connu une amélioration hydrologique remarquable au premier semestre 2025, marquée par une pluviométrie exceptionnelle affichant un excédent de 44% par rapport à 2024.

La station météorologique d’Errachidia a enregistré un cumul pluviométrique de 118,6 mm sur les six premiers mois, contre seulement 19 mm l’année précédente. Le mois d’avril 2025 s’est distingué avec 58,4 mm de précipitations, dont un pic journalier de 33 mm le 12 avril.

>> Le système de stockage hydrique de la région démontre une nette progression.

Les quatre grands barrages (capacité totale 586 Mm³) et dix petits barrages (14,3 Mm³) de la zone affichent des résultats encourageants. Le barrage Hassan Addakhil, plus important ouvrage de la région, accumule actuellement 226 millions de m³ (72,25 % de sa capacité), soit une augmentation de 45 % par rapport à 2024. L’ensemble des grands barrages affiche un taux de remplissage global de 60 %, contre seulement 19% à la même période l’an dernier.

Évolution du barrage Hassan Addakhil

Comparaison entre le 12 mai 2025 et le 12 mai 2024

>> La dynamique hydrique régionale connaît une revitalisation significative

Dans la région du Sud-Est, l’eau est revenue avec la réapparition de jaillissements au niveau des sources, dont la célèbre source bleue de Meskhi, dont le niveau d’eau commence à augmenter et à revenir à la normale après un assèchement total l’année dernière.

Les averses enregistrées ont provoqué d’importantes crues dans les cours d’eau, notamment dans les bassins du Maïder, du Guir, du Rhéris et de l’amont du Ziz, avec des débits de pointe exceptionnels. Le plus important a atteint plus de 3.200 m³/s, enregistré à la station hydrologique de Tazarine dans le bassin du Guir (un débit correspondant à une période de retour millénale).

https://youtube.com/shorts/UZlE0mKTHDA?si=rdd4Oz4wKse5uLuN

Les pluies ont eu un impact très positif sur les nappes phréatiques des bassins du Guir, du Ziz et du Rhéris, en particulier les nappes quaternaires (superficielles), principalement alimentées par les crues des oueds. Ces nappes ont connu une hausse significative au cours du premier trimestre de l’année hydrologique 2024-2025, avec une augmentation variant entre 6 et 8 mètres par rapport à l’année précédente. Cette remontée a été particulièrement observée dans les nappes quaternaires de Tinjdad, Jorf, Erfoud, Boudnib, Goulmima, Rich et Tazarine.

La répartition de la demande en eau dans la région des bassins de Guir-Ziz-Rhéris

L’amélioration récente des ressources hydriques, consécutive aux précipitations abondantes, ne doit pas masquer la nécessité impérieuse d’une gestion rationnelle de l’eau. Les efforts institutionnels, bien que substantiels, doivent être complétés par une prise de conscience collective et une responsabilisation de tous les usagers (citoyens, grands et petits agriculteurs…).

Les bassins de Guir-Ziz-Rhéris disposent de quatre systèmes aquifères principaux aux caractéristiques distinctes. Les aquifères crétacés du bassin d’Errachidia-Boudnib offrent des ressources renouvelables de 154,5 millions de m³. Les formations jurassiques du Haut Atlas présentent un potentiel renouvelable de 211,3 millions de m³. Les aquifères primaires de l’Anti-Atlas constituent une réserve plus modeste de 18,9 millions de m³. Quant aux nappes quaternaires superficielles, elles totalisent 164,7 millions de m³ de ressources d’eau renouvelables, mais subissent une pression importante, se traduisant par un déficit annuel de 23,4 millions de m³.

 

Carte montrant l’étendue des nappes des bassins Guir Ziz Ghris et Maider (source : ABHGZR)

Les besoins en eau potable sont assurés principalement à partir des eaux souterraines, à l’exception de l’adduction en eau potable au niveau d’Errachidia-Tafilalet, qui est assurée conjointement à partir de la nappe du Haut Atlas et des eaux du barrage Hassan Addakhil.

La recharge artificielle des nappes, une opération vitale pour durabiliser les oasis de la région

Pour développer et mobiliser efficacement les ressources en eau, l’agence du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rheris met en œuvre annuellement plusieurs projets de recharge artificielle des nappes. Cette approche constitue un moyen essentiel pour renforcer les ressources hydriques, particulièrement crucial dans les régions oasiennes et qui cible principalement les nappes phréatiques superficielles qui alimentent les systèmes traditionnels d’irrigation (khettaras).

Image montrant un seuil pour la recharge de nappe

L’agence hydraulique a notamment développé plusieurs projets de construction de seuils hydrauliques destinés à reconstituer périodiquement les réserves des nappes lors de chaque épisode pluvieux.

Durant la période 2021-2024, 14 seuils ont été réalisés dans les provinces de Zagora, Errachidia et Tinghir, pour un investissement total de 37 millions de dirhams. Huit autres seuils sont actuellement en construction dans les provinces de Zagora, d’Errachidia et de Midelt, avec un budget alloué de 25 millions de dirhams, tandis que trois nouveaux seuils sont programmés cette année dans la province de Zagora, pour un montant de 6 millions de dirhams.

Pour optimiser le suivi et l’entretien de ces infrastructures, l’agence du Guir-Ziz-Rheris a installé un réseau de piézomètres équipés de systèmes automatiques de monitoring à proximité des seuils. Ces dispositifs permettent d’évaluer et de quantifier précisément l’impact des projets sur la recharge des nappes phréatiques.

Niveau piézométrique doté d’une station de monitoring des seuils.

Infrastructures hydrauliques, une grande transformation au Sud-Est du Maroc

Aujourd’hui, les ressources en eau mobilisables dans la région du Sud-Est restent limitées, avec un volume ne dépassant pas 322 millions de mètres cubes, tandis que les nappes souterraines subissent une pression croissante. Plusieurs projets structurants sont prévus pour s’achever dans les prochaines années et devraient transformer radicalement la mobilisation des ressources hydriques, permettant une gestion plus efficiente et durable, particulièrement pour le développement d’une agriculture durable mieux adaptée aux enjeux actuels.

Face aux effets des changements climatiques qui devraient se manifester par des sécheresses prolongées et des épisodes pluvieux intenses mais brefs, l’Agence du bassin hydraulique du Guir-Ziz-Rhéris (ABHGZR) et le ministère de l’Équipement et de l’Eau ont identifié la nécessité d’investir dans des infrastructures hydrauliques de grande capacité, une gestion rationnelle des ressources et l’exploitation des eaux non conventionnelles. Cette approche s’accorde avec le cadre du nexus Eau-Énergie-Agriculture, visant à optimiser les synergies entre ces secteurs clés.

Parmi les projets phares, le barrage Kheng Grou, actuellement en construction dans le bassin du Guir, représente un investissement majeur. Avec une capacité de retenue prévue de 1.070 millions de mètres cubes et un taux d’avancement dépassant déjà 49%, cet ouvrage devrait être livré en juillet 2026.

Parallèlement, le programme national pour l’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 prévoit la construction de 16 petits barrages dans la région, pour un budget total de 640 millions de dirhams. Trois de ces ouvrages, Kheng Maïder, Amsaad et Aich Ait Aaza, situés dans la province de Tinghir, sont déjà en chantier, marquant ainsi le début d’une nouvelle ère pour l’optimisation de la gestion de l’eau dans le Sud-Est marocain.

Les premières mesures à l’étude pour reconstituer le cheptel national

La reconstitution du cheptel national a figuré en bonne place lors du dernier Conseil des ministres présidé par le Roi Mohammed VI le 12 mai 2025. À l’ouverture du Conseil, le Souverain a en effet interpellé le ministre de l’Agriculture à ce sujet.

Deux points ont particulièrement retenu l’attention des commentateurs et de l’opinion publique :

– Le gouvernement doit élaborer des mesures pour la reconstitution du cheptel de manière durable et l’amélioration des conditions des éleveurs.

– L’opération de reconstitution du cheptel doit être menée avec professionnalisme, conformément à des critères objectifs, et à ce que l’encadrement de l’opération de gestion du soutien soit confié à des commissions sous la supervision des autorités locales (ministère de l’Intérieur).

Les autorités locales de chaque zone concernée superviseront donc l’opération de gestion du soutien sur le plan territorial, comme c’est souvent le cas par le passé dans des opérations similaires.

Une question se pose : en quoi consiste ce nouveau programme destiné à reconstituer le cheptel national ?

Voici les premières réponses que nous avons collectées.

Un nouveau programme de reconstitution du cheptel

En réalité, on passe d’une logique de sauvegarde du cheptel contre la sécheresse à un processus de reconstitution durable, comme nous l’expliquent des sources professionnelles sondées par nos soins.

Le cheptel a connu un recul de 38% en 2024 par rapport à 2016. Le nombre de femelles reproductrices a, lui, chuté à 8,7 millions de têtes en 2024, contre 11 millions en 2016, conséquence directe de sept années consécutives de sécheresse.

Ce nouveau programme de reconstitution du cheptel national viendra donc remplacer le dispositif de sauvegarde mis en place jusqu’à présent. « Sa mise en œuvre a été rendue possible grâce à l’amélioration des conditions climatiques », ajoutent nos sources.

La préparation de ce programme a déjà été annoncée le 5 mai dernier par Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, à la Chambre des représentants.

Sans rentrer dans les détails des mesures, il a expliqué qu’il s’agissait d’un programme « ambitieux et intégré » pour la campagne 2025-2026, visant à accompagner les éleveurs et à améliorer la productivité du cheptel national.

« Ce programme, dans lequel l’agriculture solidaire constitue un axe fondamental via des projets de production animale entièrement financés par l’État, permettra au cheptel de se reconstituer et de retrouver progressivement de bons niveaux durant les prochaines années », avait-il alors souligné.

Les sources professionnelles nous confient que « ce programme reposera en même temps sur la valorisation de certaines actions déjà engagées par le ministère de l’Agriculture, telles que la distribution d’orge et d’aliments composés subventionnés pour le bétail, et sur la mise en œuvre de nouvelles initiatives ».

Plusieurs axes en discussion, dont la vaccination du cheptel

Parmi les axes de ce programme en discussion figure le lancement d’une campagne de vaccination du cheptel contre les entérotoxémies. Selon nos informations, l’entérotoxémie est une maladie mortelle développée par les ruminants.

Si la vaccination constitue l’un des principaux leviers de prévention contre cette maladie, elle constitue également l’une des principales revendications des éleveurs sur le terrain, en particulier des petits et moyens agriculteurs, car elle représente un coût important.

Aides directes, allègement des dettes

D’autres axes de ce nouveau programme de reconstitution sont également en cours de discussion.

Il s’agit notamment de l’encadrement zootechnique de proximité en partenariat avec l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC). « Cette mesure vise à améliorer la productivité du cheptel, à travers une meilleure maîtrise de la reproduction et de l’alimentation », nous confient nos sources.

Par ailleurs, des projets solidaires centrés sur l’élevage sont également à l’étude, tels que l’allègement de l’endettement des éleveurs.

Une éventuelle mise en place d’une aide directe au profit des éleveurs a aussi été évoquée par nos sources.

La mise en œuvre de ce programme devra toutefois et obligatoirement passer par une identification du cheptel des petits ruminants, laquelle est nécessaire pour un meilleur ciblage des aides.

Ainsi, à l’instar de tout autre programme à caractère social et territorial, l’implémentation des composantes de distribution dans le cadre de ce programme se fera dans le cadre de comités conjoints, sous l’encadrement des autorités locales.

Selon nos interlocuteurs, le nouveau programme de reconstitution du cheptel est en cours de finalisation et sera bientôt lancé.

Emploi : le gouvernement promet de soutenir les entreprises agricoles des jeunes en milieu rural (El Bouari)

Dans une déclaration à la presse à l’issue d’une réunion consacrée au sujet de la promotion de l’emploi, M. El Bouari a indiqué que cette rencontre, présidée par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, en présence des départements ministériels concernés, a constitué une occasion d’examiner la problématique de la perte des postes d’emploi dans le secteur agricole et de discuter des moyens à même de remédier à cette situation.

À cet égard, le ministre a souligné que les récentes précipitations enregistrées dans le Royaume ont contribué à relancer l’activité agricole et à redynamiser le monde rural, ajoutant que cette réunion s’est penchée sur les mécanismes à mettre en place pour restaurer la confiance et renforcer l’emploi, en particulier au profit des jeunes.

 

 

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du suivi de la mise en œuvre efficace de la feuille de route de l’emploi et de la mise en place des mécanismes de gouvernance et d’outils de coordination entre les différents intervenants.

Irrigation au goutte-à-goutte : l’ORMVA accélère la reconversion dans la région de Tadla

Le bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia, l’un des plus touchés par la pénurie d’eau dans le pays, fait face à un déficit hydrique qui nécessite une gestion plus rationnelle des ressources disponibles. Cela permettrait de pérenniser les filières agricoles à haute valeur ajoutée de la région de Béni Mellal-Khénifra.

C’est pourquoi l’Office régional de mise en valeur agricole du Tadla (ORMVAT) pilote plusieurs projets afin d’adapter les pratiques d’irrigation aux défis climatiques actuels. Une volonté qui s’inscrit dans le cadre du Plan national d’économie d’eau d’irrigation (PNEEI).

Pour commencer, 98.700 hectares sont visés pour la conversion individuelle à l’irrigation au goutte-à-goutte, avec déjà 67.500 hectares réalisés.

En parallèle, la réalisation et l’amélioration des canaux d’irrigation dans les périmètres de petite et moyenne hydrauliques s’étendent sur 1.590 kilomètres, avec l’objectif d’atteindre 1.728 kilomètres en 2030.

En outre, dans le périmètre irrigué de Béni Moussa, la reconversion à l’irrigation au goutte-à-goutte progresse également. 36.179 hectares sont visés pour cette conversion collective, avec des réalisations jusqu’en 2022 de 22.335 hectares, soit 62% de l’objectif.

Ces initiatives font partie du Plan de développement agricole de la région, qui bénéficie d’une superficie agricole utile (SAU) de 960.000 hectares, dont 205.000 hectares en irrigué.

Cette superficie contribue à l’agriculture nationale à hauteur de 28% pour la betterave à sucre et 20% pour les agrumes. D’ailleurs, ces derniers ont enregistré des exportations de 21.000 tonnes en 2024-2025.

En outre, des filières spécifiques comme le sésame (1.500 ha en moyenne), le grenadier (2.000 ha) et la Niora (2.000 ha) sont également présentes dans la région.

La filière de l’olivier, qui s’étend sur 109.482 hectares, contribue à hauteur de 15% à la production nationale, avec une récolte de 81.000 tonnes.

La filière de l’amandier couvre 24.650 hectares et produit 2.300 tonnes, représentant 2,4% de la production nationale.

La filière de la pomme s’étend sur 5.053 hectares et génère une production moyenne de 78.368 tonnes, soit 12% de la production nationale.

La filière de la grenade occupe 2.626 hectares et produit 34.305 tonnes, contribuant ainsi à 50% de la production nationale.

En ce qui concerne les viandes rouges, la production s’élève à 75.000 tonnes de viande, avec un cheptel composé de 170.000 têtes de bovins, 2.400.000 têtes de moutons et 790.000 têtes de caprins. Enfin, la filière du lait produit 150 millions de litres de lait.

Fruits rouges : “Les agriculteurs veulent plus de volume d’eau dessalée et ils sont prêts à investir » (Amine Bennani)

Amine Bennani. Pour cette campagne agricole, la filière des fruits rouges marocaine représente plus de 14.000 hectares, répartis plus ou moins sur tout le territoire marocain. Il existe des plantations de fruits rouges à Dakhla, à Agadir, à Larache, à Berkane, de même que dans la région de Meknès. En chiffres, les myrtilles représentent 7.000 hectares, les framboises 4600 hectares et, pour les fraises, ce sont 2800 hectares. Nous avons également environ 200 hectares de mûres, principalement dans la zone d’Agadir.

La production de fruits rouges est principalement concentrée entre deux grands pôles. Dans la région de Larache, nous avons presque 100% de la production de fraises et 40% de la production de framboises et de myrtilles. Quant à la région Souss Massa, c’est 40% de framboises et 40% de myrtilles.

Le reliquat est dispatché entre les nouvelles zones de production qui sont Drâa, l’Oriental et l’Atlas de Meknès.

– Les fruits rouges sont délicats pour la manipulation de l’homme. Principalement, la framboise qui a une durée de vie très courte. Il faut arriver à desservir nos clients européens, principalement en frais, dans les 4 à 5 jours. La manipulation exige beaucoup de main-d’œuvre.

La culture de la myrtille, contrairement aux autres cultures normales, demande un sol acide, des exigences édaphiques et fertilisantes très spécifiques. Les événements climatiques extrêmes ont perturbé les calendriers agricoles.

– Nous faisons face aux dérèglements climatiques, qui est un phénomène international. Il y a un an et demi, nous avons eu une journée avec plus de 54 degrés dans le périmètre de Souss Massa, qui a brulé des parcelles et généré des pertes très importantes dans la myrtille.

Dans la région de Larache, l’année dernière, nous avons eu des vents de plus de 100km/h. Cela a généré la destruction de centaines d’hectares de parcelles.

Cette année, nous avons eu des mois d’octobre, de septembre, de novembre, de décembre avec des températures légèrement élevées et pas de pluviométrie.

En janvier, février, nous avons eu des températures basses qui ont complètement déréglé les cultures. Cela a généré un décalage des fenêtres de production et a perturbé la production de la myrtille et l’export.

– En 2024, nous avons exporté plus de 200.000 tonnes de fruits rouges vers plus de 54 destinations mondiales. L’origine Maroc est reconnue par sa qualité et par le respect des engagements. Tous les opérateurs marocains respectent les engagements envers leurs clients autant qu’ils le peuvent. Nous sommes connus pour fournir un produit de qualité qui respecte toutes les normes internationales de production. Nous faisons tout notre possible pour limiter et diminuer notre impact sur l’environnement.

Le changement climatique n’affecte pas le Maroc seulement, mais affecte aussi nos principaux concurrents. Pour la myrtille, c’est l’Amérique du Sud et l’Espagne ; pour la fraise, c’est l’Égypte.

Même nos fournisseurs prennent ce qui vient, comme tous les calendriers de production sont chamboulés. Cela influence les prix. Les Marocains le sentent sur la tomate parce que c’est un fruit qui est toujours souvent consommé. Ces changements et ces variations de prix et d’offres, nous les subissons. Ce sont des choses que nous ne pouvons pas contrôler. Ce que nous pouvons faire, c’est tenir et gérer nos parcelles du mieux que nous pouvons et répondre le plus tôt en cas d’accident climatique.

– Nos agriculteurs vivent l’expérience de l’eau dessalée sur le périmètre de Souss Massa. La seule problématique, c’est que la myrtille est une culture à part. Elle a besoin d’un sol acide avec une sensibilité au bord. Lors de la conception et de la création de la station de dessalement d’Agadir, le secteur des fruits rouges n’existait pas encore avec l’envergure actuelle. Donc, les eaux qui sont traitées dans la station de dessalement d’Agadir obligent les agriculteurs à retraiter cette eau avant de l’utiliser sur leurs parcelles.

Les agriculteurs veulent plus de volume et plus de quantité d’eau et ils sont prêts à investir encore plus parce qu’il y a un marché potentiel. Il y a une reconnaissance internationale du savoir-faire et de la qualité du travail marocain. Nous aimerions avoir d’autres stations et que lors de la conception, ils prennent en considération les exigences de la qualité de l’eau nécessaire pour les fruits rouges.

– Le principal frein au développement de la filière, c’est la main-d’œuvre. Dans ces mois de mars, d’avril, nous sommes en pleine campagne et nous n’arrivons pas à trouver assez de personnes pour cueillir les fruits. Nous payons environ 250 dirhams la journée et nous ne trouvons pas assez de personnes. Dans le Nord, des ouvrières arrivent à avoir des journées à 400 dirhams, 500 dirhams. Elles travaillent avec un rendement kilo par jour et elles finissent leur objectif à 10 heures du matin. Donc, il y a celles qui doublent, il y a celles qui triplent la journée. C’est un savoir-faire, une technique de récolte et un intéressement. Elles font des efforts et beaucoup d’entre elles dépassent les 400 dirhams de recettes par jour.