SREP : ce que cette norme va changer pour les banques marocaines

La supervision bancaire marocaine entre dans une nouvelle phase avec le déploiement progressif du SREP (Supervisory Review and Evaluation Process) par Bank Al-Maghrib.

Le processus est engagé depuis 2024 et se prépare à une phase décisive : entre 2024 et 2026, les évaluations restent informatives, puis à partir de 2027, les exigences supplémentaires de fonds propres issues du dispositif deviennent obligatoires.

Ce changement place le capital au cœur du pilotage bancaire. Les banques marocaines évoluent désormais dans un cadre où l’évaluation du risque, la solidité interne et la capacité à absorber les chocs influencent directement leurs marges de manœuvre financières.

Que faut-il savoir sur le SREP ? Et quelles implications ce nouveau cadre prudentiel porte-t-il pour le secteur bancaire ?

Le SREP est « le cadre à travers lequel la Banque centrale évalue une banque dans sa globalité afin d’apprécier sa solidité et la qualité de sa gestion. Il ne s’agit plus seulement de vérifier des ratios, mais d’avoir une vision complète du profil de risque de l’établissement et de sa capacité à rester stable dans le temps », explique un banquier contacté par Médias24.

Ce processus repose sur une cartographie claire des domaines examinés par les superviseurs. « Le premier axe concerne le business model de la banque : la cohérence de sa stratégie, la façon dont elle génère ses revenus et la durabilité de son positionnement sont analysées pour juger de la viabilité du modèle. Le deuxième axe porte sur les risques pesant sur les fonds propres. L’objectif est de vérifier si le niveau de capital est réellement en ligne avec les risques pris par la banque, et pas seulement conforme à un minimum réglementaire standard », ajoute-t-il.

Le troisième axe concerne les risques liés à la liquidité et au refinancement. « Le superviseur évalue la capacité de la banque à faire face à ses engagements, même en cas de tensions sur ses ressources ou sur les marchés ».

Enfin, un volet central du SREP porte sur la gouvernance et le contrôle interne. « Cela couvre le rôle des organes de direction, l’organisation de la gestion des risques, les dispositifs de conformité, mais aussi des domaines spécifiques comme la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, ainsi que la maîtrise des risques technologiques et des cyber-risques ».

Implications du SREP pour les banques marocaines

L’entrée en vigueur progressive du SREP au Maroc commence déjà à produire des effets visibles sur le secteur bancaire. Selon Fitch, « ce nouveau cadre de supervision renforce les coussins de capital des banques marocaines à mesure que la réglementation se rapproche des standards internationaux. La mise en œuvre complète est prévue pour 2027, et elle s’inscrit comme une étape majeure dans le renforcement de la capitalisation et de la gouvernance des risques ».

L’impact le plus concret concerne les exigences en fonds propres, en particulier pour les banques d’importance systémique. L’introduction de surcharges de capital pour Attijariwafa bank, Bank of Africa et BCP porte leur minimum de capital Tier 1 à 11%, contre 9% auparavant. Ce relèvement rapproche le cadre marocain des normes internationales et améliore la capacité de ces établissements à absorber des chocs.

L’introduction de surcharges de capital pour Attijariwafa bank, Bank of Africa et BCP porte leur minimum de capital Tier 1 à 11%, contre 9% auparavant

Depuis 2021, « les ratios de capital se renforcent régulièrement, soutenus à la fois par un encadrement réglementaire plus strict et par une rentabilité plus solide. Au premier semestre 2025, le résultat net agrégé des sept plus grandes banques a progressé de 20% sur un an, porté par de meilleurs revenus de marché et une baisse des charges de dépréciation ».

« Le ratio CET1 moyen consolidé atteint 10,9% à fin juin 2025, contre 10,8% fin 2024, soit un coussin de 290 points de base au-dessus du minimum réglementaire. Le ratio Tier 1 s’établit à 11,9%, également 290 points de base au-dessus du seuil requis, et les trois banques systémiques dépassent déjà le futur plancher de 11% ».

Les banques marocaines disposent par ailleurs d’un historique favorable en matière de renforcement de leurs fonds propres, que ce soit via des augmentations de capital ou par une modération des dividendes. Leur solvabilité globale est aussi soutenue par des émissions régulières de dettes Tier 1 et Tier 2 sur le marché domestique.

Le renforcement des exigences de capital peut avoir un impact sur les dividendes. Les banques peuvent conserver une part plus importante de leurs bénéfices pour renforcer leurs fonds propres. Cela réduit la marge disponible pour distribuer. « Plus le niveau de capital exigé augmente, plus la distribution peut être modérée, surtout pour les banques systémiques ».

Le renforcement des exigences de capital peut avoir un impact sur les dividendes

Au-delà du capital, le SREP impose un changement de méthode. « Les banques doivent mener des auto-évaluations complètes et corriger les faiblesses éventuelles touchant leur modèle d’activité, leurs contrôles internes, leur capital et leur liquidité.

Fitch estime que ce processus va renforcer les dispositifs internes de gouvernance et de gestion des risques, avec un effet positif sur le pilotage du capital. Le Maroc figure déjà parmi les pays africains les plus avancés dans la mise en œuvre de Bâle III, les banques publiant leurs ratios de liquidité à court terme, de financement stable et de levier.

Le cadre de supervision devient également plus dynamique et plus sensible au risque, avec des inspections sur place et des mesures ciblées. La Banque centrale a ainsi durci le traitement prudentiel des actifs saisis : leur pondération en risque passe de 100% dès la première année à 150% après deux ans, 200% après trois ans et 250% après quatre ans. Cette progression incite les banques à résoudre plus rapidement ces expositions non performantes et contribue à améliorer la qualité des bilans.

Fitch rappelle toutefois que le « renforcement du capital, à lui seul, ne suffira pas à entraîner des relèvements des notes de solidité financière des banques ». Certaines conservent des marges de capital limitées, et d’autres facteurs restent déterminants, notamment l’environnement d’exploitation et la qualité des actifs.

Historiquement, la capitalisation constituait un point de fragilité du système bancaire marocain en raison de la concentration des risques et de l’exposition à des marchés extérieurs plus vulnérables. La mise en œuvre du SREP, conjuguée à l’amélioration de la rentabilité et au développement d’un marché secondaire des créances en souffrance, pourrait cependant conduire à des niveaux de capital durablement plus élevés.

https://medias24.com/2025/10/07/les-benefices-des-banques-cotees-en-hausse-de-18-au-premier-semestre-2025/

L’essentiel de la conférence de presse de Abdellatif Jouahri

Dans le cadre de sa dernière réunion trimestrielle de l’année, le Conseil de Bank Al-Maghrib a maintenu inchangé le taux directeur à 2,25%.

Et comme à l’accoutumée, le wali de Bank Al-Maghrib a tenu un point de presse pour échanger et répondre aux questions des journalistes.

Voici l’essentiel des réponses du gouverneur.

Discussions entre BNP Paribas et Holmarcom

« Effectivement, il y a un début de discussions entre les deux parties. Nous sommes au courant bien sûr », déclare Abdellatif Jouahri en réponse à la question de Médias24.

« Bien sûr, nous n’intervenons pas dans l’orientation de l’acheteur et du vendeur (…). À ce niveau, nous sommes informés, ce sont des discussions préliminaires qui peuvent aboutir ou ne pas aboutir »,

Si on se projette dans l’hypothèse qu’elles vont aboutir, Bank Al-Maghrib interviendra car « dans la loi bancaire, quand il y a un changement de contrôle qui est opéré, cela donne lieu nécessairement à l’octroi d’un nouvel agrément, et ce nouvel agrément est octroyé par le régulateur, qui est Bank Al-Maghrib, après examen du dossier ».

Le wali poursuit ses explications. « Un dossier d’agrément est un dossier assez épais, qui regarde d’abord quel est le projet industriel. Qu’est-ce qu’on vise par cette opération ? Sachant que l’acheteur potentiel a déjà reçu un agrément il y a quelque temps ». Abdellatif Jouahri fait ici allusion à la récente prise de contrôle de Crédit du Maroc par le groupe Holmarcom.

« Donc on verra quel est son projet industriel à moyen terme, vers quoi il veut aller, et qu’est-ce qu’il veut par cette opération ».

« Nous voyons également dans ce cadre-là tous les aspects qui répondent aux règles prudentielles du secteur. Est-ce que nous avons un acteur, un actionnaire de référence en mesure d’y faire face… Donc tout ça, c’est un travail habituel technique d’examen d’agrément, parce que c’est un nouvel agrément qui doit concerner tous les points inscrits pour le dossier d’agrément. Alors on tire nos conclusions ».

« Ensuite, ce dossier est présenté devant un comité des établissements de crédit qui est composé de représentants du ministère des Finances et de Bank Al-Maghrib. La décision finale revient en quelque sorte à ce comité des établissements de crédit ».

« Voilà le processus habituel qui est suivi. Donc à ce niveau-là, on est informés, mais nous n’intervenons pas ».

Financements innovants : un risque pondéré à zéro

« Pour ce qui est des financements innovants, vous avez dit que tout est souscrit par les organismes de protection sociale dont la CDG (…). Cependant, la CDG ne souscrit pas toute seule, elle compose un tour de table d’OPCVM, de caisses, d’organismes de retraites », commente le Wali.

« Il n’y a pas de lien entre l’opération qui est faite et le déficit que connaissent certaines caisses de retraite. Nous sommes, d’ailleurs, en train de regarder le rééquilibrage de ces caisses de retraite. Pourquoi il n’y a pas de lien ? Parce que l’opérateur est l’État, c’est l’État qui vend. C’est l’État qui se porte garant des loyers qui sont payés et c’est l’État qui inscrit, dans le cadre de la loi de finances, les charges relatives à ses loyers ».

« Nous, en tant que banque centrale, nous donnons l’accord en ce qui concerne ces opérations de financement parce qu’ils souhaitent que ça soit pondéré à zéro. C’est là où nous intervenons. C’est la pondération que l’on donne à ces opérations. On souhaite qu’elles soient pondérées à zéro. C’est-à-dire que le risque est un risque qui peut être assimilé à un risque étatique et que par conséquent, on peut lui donner la pondération zéro. Nous examinons cela et nous demandons la confirmation que les loyers sont inscrits directement au niveau de la loi de finances ».

« Mais nous ne pouvons pas dire si les Caisses peuvent souscrire ou pas. Nous ne sommes pas la tutelle. Ensuite, elles disposent d’organes d’administration qui ont la responsabilité d’apprécier et de décider si elles doivent y aller ou non. Cela dit, a priori, il n’y a pas de risque pour ces caisses et le rendement est meilleur ».

Financements des TPME

« Nous suivons ce sujet depuis longtemps, car 30% du refinancement de ce secteur bancaire doivent aller aux TPME. En application des instructions royales dans deux discours, nous avons décidé de prendre d’autres initiatives, en capitalisant sur l’expérience Intelaka (9 MMDH de financement et 38.000 entreprises financées) ».

« Ce que nous avons remarqué, c’est que plus de 40% des projets d’investissement présentés aux banques étaient refusés. (…) Nous avons été attentifs à ce point. Et le plus important, c’est l’accompagnement, mais pas comme ce que nous avions mis en place à Intelaka. Mais plutôt depuis le début du processus jusqu’à la fin. Notre objectif à moyen terme est que cette TPME sorte de la vulnérabilité et qu’on renforce ses fondations et qu’elle puisse grandir ».

« Pour cela, nous avons décidé de mettre en place un scoring national de la TPME. Nous travaillons dessus avec le Credit Bureau. C’est en cours de finalisation. Les banques seront obligées de l’utiliser ».

« C’est-à-dire que c’est nous qui disons à la banque : voici le scoring de cette TPME et si la banque le change, elle doit justifier sa décision. Et si elle rejette le dossier de financement, elle doit l’expliquer ».

« Pour l’accompagnement, le CRI et Maroc PME assureront un programme qui doit prendre en considération les zones en dehors de l’axe Casa-Rabat. S’ajoute à tout cela la sensibilisation et l’éducation financière ».

L’objectif est de doubler les réalisations du programme Intelaka. Pour ce faire, Tamwilcom a revu les conditions de garantie.

Le rapport final sur le cash est prêt

Par ailleurs, le Gouverneur affirme que « le rapport final sur le cash est finalisé et a été transmis au ministère de l’Économie et des finances et à la Chefferie du gouvernement. Et nous leur avons demandé de nous réunir pour discuter les moyens de le réduire et de réduire l’informel ».

Libéralisation du change

Pour ce qui est de la libéralisation du change, Jouahri insiste sur la prudence.

« Tant que j’assume cette responsabilité, nous avancerons de la manière la plus prudente possible. Le FMI insiste, mais je refuse de foncer. Nous mettrons en œuvre la première étape du processus, à savoir le ciblage de l’inflation, mais je ne passerai pas à la deuxième étape, celle de la libéralisation du régime de change. Le ciblage de l’inflation commencera en 2026, à titre d’année pilote, puis sera appliqué en 2027« , explique-t-il.

Pour Jouahri, l’insuffisante préparation du secteur privé constitue la raison de fond qui empêche d’aller plus vite vers la libéralisation du change.

« Cela tient à la situation des TPME. Le jour où ces entreprises commenceront à maîtriser ce que signifie l’esprit entrepreneurial, un business plan, un projet finançable, une gestion de trésorerie, alors on pourra poursuivre. Nous transmettons les statistiques au FMI et nous leur expliquons que ce n’est pas un refus. C’est simplement que les TPME ne sont pas prêtes », poursuit le Wali de la banque centrale.

Impact des investissements sur la croissance

En réponse à une question sur l’impact des investissements liés à la CAN et à la Coupe du monde 2030 sur la croissance, Jouahri estime qu’il est encore difficile d’en mesurer l’effet réel à ce stade, faute d’éléments suffisants et d’informations complètes.
« Les modalités de financement ne sont pas entièrement connues. Il faut rappeler qu’il existe plusieurs investissements, portuaires, aéroportuaires, notamment ceux de la RAM, et pas uniquement ceux liés au football. Nous avons quelques éléments sur les investissements sportifs et sur leurs effets sur les autoroutes et les aéroports, mais l’information reste partielle et insuffisante. Dans ces conditions, il est difficile de se prononcer et, honnêtement, il n’est pas possible d’avancer un chiffre. Il faut attendre les données exactes, connaître précisément les modalités de financement et comprendre la manière dont le HCP comptabilise ces investissements », indique-t-il.
« En revanche, on commence à observer un impact visible sur la balance des paiements. Sur le plan de la croissance, l’analyse est plus complexe et nécessite d’attendre données du HCP », conclut Jouahri.

Taux directeur. Après trois statu quo en 2025, une baisse ?

Le Conseil de Bank Al-Maghrib tiendra, le mardi 16 décembre, la dernière réunion de l’année 2025 pour trancher sur l’orientation de la politique monétaire.

Il s’agit d’un moment important pour l’économie. La décision issue de cette réunion pèsera sur les conditions de financement et, par ricochet, sur le début d’année 2026.

Dans la structure d’une économie moderne, le taux d’intérêt représente un indicateur pivot. Théoriquement, les décisions de consommation, d’épargne et d’investissement se forment en majeure partie autour du coût de l’argent. Son influence se transmet par plusieurs canaux qui touchent à la fois l’économie réelle et les marchés financiers.

Dans ce contexte, les acteurs économiques restent à l’écoute et les spéculations sur la décision ont commencé chez les investisseurs. À titre d’exemple, l’enquête menée par BKGR indique que 50% des investisseurs institutionnels tablent sur une baisse de 25 pb, tandis que les 50% restants privilégient un statu quo.

Médias24 propose ainsi, comme à l’accoutumée, une analyse fine des principaux agrégats macroéconomiques, qui constituent le tableau de bord de la prise de décision en matière de politique monétaire.

L’analyse couvre l’inflation, les prévisions de croissance, le marché du travail, les finances publiques, les échanges extérieurs, les statistiques monétaires et les réserves de change.

Voici donc le tableau de bord de l’économie marocaine, tel qu’il ressort des données officielles les plus récentes.

L’inflation

En glissement annuel, l’inflation est désormais presque à l’arrêt. Après un pic de 2,6% en février 2025, elle a ensuite nettement décéléré (0,5% en juillet, 0,3% en août, 0,4% en septembre) pour tomber à 0,1% en octobre 2025.

Le point le plus important, c’est la nature de cette baisse. L’alimentaire, qui est souvent la composante la plus instable et la plus politiquement sensible, ne pousse plus l’inflation, elle la tire vers le bas. En octobre, l’indice alimentaire est en recul de 0,3% en glissement annuel, alors que les produits non alimentaires progressent de 0,4%.

Autrement dit, l’inflation globale ne ralentit pas seulement, elle se fragilise par une déflation alimentaire qui compense la légère hausse hors alimentation. Cette dynamique confirme la poursuite de la phase désinflationniste et ramène l’inflation vers ses plus bas depuis mars 2021.

Pour Bank Al-Maghrib, le risque de tensions inflationnistes, à court terme, apparaît faible, ce qui réduit la contrainte de vigilance sur les prix et laisse davantage de marge pour arbitrer la décision au regard des autres agrégats.

La croissance

Après un premier semestre 2025 très porteur, avec une croissance moyenne proche de 5,2% en rythme annuel, l’économie devrait, selon la note de conjoncture du HCP, continuer la seconde moitié de l’année sur un tempo encore solide.

Pour le troisième trimestre, l’économie marocaine devrait réaliser une croissance à 4,3%. Le ralentissement viendrait surtout d’un environnement extérieur moins favorable, qui pèserait sur le rythme des exportations alors que les importations resteraient dynamiques, maintenant une contribution négative du commerce extérieur.

À l’inverse, la demande intérieure continuerait de soutenir l’activité, avec un investissement encore dynamique et une consommation des ménages en hausse, appuyée par la modération des tensions inflationnistes.

Au quatrième trimestre, les perspectives s’amélioreraient légèrement, avec une croissance attendue à 4,7%, portée par la demande intérieure. La consommation des ménages progresserait, et l’investissement resterait solide, soutenu par les dépenses d’équipement des entreprises et le renforcement des investissements publics. Les services resteraient un moteur central, tandis que la construction renforcerait sa contribution à la croissance.

Signalons que cette prévision est née d’une enquête. Il ne faut pas confondre ces chiffres avec ceux de la comptabilité nationale, la seule habilitée à fournir des chiffres officiels.

Le marché du travail

Au troisième trimestre 2025, le marché du travail montre une amélioration quantitative, mais une fragilité persistante sur la qualité et l’inclusion.

Entre le troisième trimestre 2024 et la même période de 2025, l’économie nationale a créé 167.000 emplois, essentiellement en milieu urbain avec 164.000 postes, alors que le milieu rural n’en a gagné que 3.000.

La dynamique de création est portée par l’emploi rémunéré, en hausse de 220.000, tandis que l’emploi non rémunéré recule de 54.000 postes. Par secteurs, les services créent 94.000 emplois, le BTP 90.000 et l’industrie 29.000, alors que l’agriculture, la forêt et la pêche perdent 47.000 postes.

Du côté du chômage, le nombre de chômeurs recule de 55.000 pour s’établir à 1.629.000 personnes, et le taux de chômage baisse de 13,6 % à 13,1% au niveau national. La baisse est visible en milieu urbain et rural, mais le chômage demeure très élevé chez les jeunes de 15 à 24 ans, avec 38,4%, chez les femmes, avec 21,6%, et chez les diplômés, avec 19%.

Le principal problème vient du sous emploi, qui continue de s’aggraver. Le nombre d’actifs occupés en situation de sous emploi augmente de 133.000 pour atteindre 1.199.000 personnes, et le taux passe de 10 à 11,1% au niveau national, avec une hausse plus marquée en milieu rural.

Les finances publiques

À fin novembre 2025, la situation des finances publiques confirme un soutien actif de l’État à l’activité, mais au prix d’un besoin de financement plus lourd. Sur la base des recettes encaissées et des dépenses émises, le déficit budgétaire du Trésor atteint 68,8 MMDH, contre 45,7 MMDH un an plus tôt.

L’écart se creuse alors même que les recettes progressent, ce qui indique que la dynamique de dépense reste le déterminant central de la dégradation du solde.

Les recettes fiscales s’établissent à 319,1 MMDH, en hausse de 15,7%. Le mouvement est porté par les impôts directs, en progression de 22,4%. Les impôts indirects augmentent de 11,4%, la TVA progressant de 10,0% sur un an.

Les recettes non fiscales atteignent 47,0 MMDH, en hausse de 16,3%, notamment via les recettes issues des monopoles et participations.

En face, les pressions de dépenses restent soutenues. Les dépenses du personnel atteignent 164,2 MMDH et progressent de 10,4%, tandis que les dépenses de biens et services montent à 103,0 MMDH, en hausse de 31,2%.

Les charges en intérêts de la dette atteignent 41,9 MMDH, en hausse de 11,6%, tirées par la dette intérieure, tandis que les dépenses de compensation reculent à 13,6 MMDH, en baisse de 5,7 %. Par ailleurs, l’investissement s’établit à 105,4 MMDH.

Au total, le besoin de financement ressort à 89,6 MMDH. Il est couvert par un financement extérieur de 24,9 MMDH et par un financement intérieur à hauteur de 64,7 MMDH.

La lecture de fin d’année doit toutefois rester nuancée. À fin octobre, les recettes issues du financement innovant s’établissaient à 16,8 MMDH et, au regard de l’objectif annuel annoncé de 35 MMDH, il resterait environ 18,2 MMDH à mobiliser d’ici fin décembre.

Ces recettes supplémentaires viendraient amortir la pression sur le solde et réduire le risque d’un dérapage du déficit au-delà de la cible.

Crédit et agrégats monétaires

En octobre 2025, les statistiques monétaires de Bank Al Maghrib indiquent une progression toujours solide de la liquidité, et une croissance limitée du crédit bancaire.

La masse monétaire M3, chiffrée à 1.982 MMDH, augmente de 7,4% en glissement annuel, en léger retrait par rapport au mois précédent.

Sur le crédit, la reprise est visible mais reste hétérogène. Les prêts aux sociétés non financières privées progressent de 1,4% après 0,8%, ce qui traduit une amélioration marginale, tandis que le crédit aux sociétés non financières publiques accélère à 11% après 6,4%. Les prêts aux ménages continuent d’augmenter à un rythme proche de 3%, avec 3,1% après 2,9%.

Par objet économique, les crédits à la consommation accélèrent à 4,5%, et les crédits à l’équipement demeurent très dynamiques autour de 16,4%, alors que les prêts à l’immobilier restent sur une hausse modérée de 3,2%.

Les échanges extérieurs

À fin octobre 2025, le déficit commercial des biens s’accentue. Les importations de biens progressent de 9,4% sur un an pour atteindre 682,2 MMDH, tandis que les exportations n’augmentent que de 2,6% à 385,2 MMDH.

Le déficit commercial s’élargit ainsi de 19,6% pour s’établir à 296,9 MMDH, et le taux de couverture recule de 3,7 points, à 56,5%.

Ce déficit est partiellement compensé par la bonne tenue des exportations de services. L’excédent de la balance des services atteint 129,2 MMDH, en hausse de 10,2% sur un an, avec des importations de services à 128,1 MMDH et des exportations à 257,3 MMDH.

Les transferts des MRE progressent légèrement à 102,9 MMDH. Sur le compte financier, les recettes des IDE s‘élèvent à 45,4 MMDH, tandis que le flux net des IDE atteint 27,1 MMDH, ce qui renforce la capacité de financement externe de l’économie.

Dans le même sens, les réserves de change se maintiennent à un niveau élevé. À la date du 6 décembre, ils s’élèvent à 433,8 MMDH, en hausse de 17,8% en glissement annuel.

Ce que disent les indicateurs

Au vu des principaux indicateurs macroéconomiques, l’arbitrage de politique monétaire peut se résumer en trois constats :

Dans une telle configuration, une baisse de 25 pb apparaît comme le scénario le plus cohérent, non pas comme un geste de relance, mais comme un ajustement de calibration.

Du côté de l’économie réelle, les enquêtes de conjoncture vont dans le même sens, sans pour autant permettre une lecture exhaustive de la demande globale. À titre d’exemple, au T3 2025, la demande dans l’industrie manufacturière est jugée normale par 75,1% des chefs d’entreprises, signal d’un environnement davantage stabilisé.

Ainsi, lorsque l’inflation est maîtrisée, maintenir inchangé le taux nominal tend à durcir la position monétaire en termes réels, ce qui revient à resserrer sans l’assumer.

Une détente limitée (25 pb) permettrait de neutraliser ce durcissement implicite et d’améliorer, à la marge, les conditions de financement. D’une part, elle contribuerait à préserver l’élan de la demande intérieure sans provoquer de désancrage des anticipations d’inflation.

D’autre part, elle soutiendrait progressivement la reprise du crédit productif et favoriserait un relais plus marqué de l’investissement privé, dans un contexte où l’investissement public et la dépense publique représentent une part importante du soutien conjoncturel.

Revolut : une rencontre prévue avec Bank Al-Maghrib début octobre

Le conseil d’administration de Revolut prévoit une rencontre avec le Wali de Bank Al-Maghrib le 5 ou 6 octobre 2025, a affirmé ce dernier lors de la conférence de presse du 23 septembre.

« Pour rappel, les premiers contacts remontent à juin 2025, lorsque le directeur général de Bank Al-Maghrib avait reçu une délégation de Revolut », déclare le Wali. Une information déjà révélée  par Médias24.

À ce stade, Revolut n’a pas encore déposé de demande formelle d’agrément. Les échanges passés ont surtout porté sur la réglementation marocaine, les règles prudentielles et la lutte contre le blanchiment.

Une méthodologie claire pour tout nouvel entrant

Le Wali a rappelé la démarche appliquée par Bank Al-Maghrib pour toute demande d’agrément bancaire : « Nous examinons d’abord le projet industriel : vous venez faire quoi ? Quelle valeur ajoutée vous apportez ? Ensuite, nous regardons le tour de table, les fondateurs, leur honorabilité, leur expérience, et leur activité à travers le monde ».

« Nous sommes aussi responsables de l’équilibre du marché. On ne peut pas permettre qu’un nouvel acteur vienne désarticuler le système bancaire. L’agrément, s’il est accordé, peut être limité selon la nature du projet et le contexte local ».

Le cas spécifique de Revolut

Pour Revolut, le Wali précise : « Si Revolut décide de déposer une demande, nous leur expliquerons exactement ce que je viens de vous dire, mais avec plus de détails techniques. Nous disposons déjà de la liste de tous leurs agréments à l’international, des conditions qui leur ont été imposées et des dates d’obtention ».

« Si vous apportez [Revolut, ndlr] une vraie valeur ajoutée et que vous respectez les règles, nous analyserons alors votre dossier avec la même rigueur que pour tous les autres acteurs« , conclut-il.

Verbatim. L’essentiel à retenir de la conférence de presse de Abdellatif Jouahri

Après la décision de Bank Al-Maghrib de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25%, Abdellatif Jouahri, wali de la Banque centrale, s’est présenté, comme à l’accoutumée, devant la presse.

Il a expliqué les motivations de ce choix de statu quo en matière de taux directeur et a répondu aux questions des journalistes sur plusieurs sujets, allant de la situation des banques marocaines en Europe aux finances publiques, en passant par le nouveau projet de loi bancaire.

Voici les points essentiels à retenir :

Succursales des banques marocaines en Europe

Il s’agit d’un sujet important et vital pour l’économie marocaine, puisque la directive européenne risque de nuire à l’activité des succursales marocaines en Europe et, par ricochet, aux transferts des MRE.

Pour Jouahri, les choses avancent de manière positive. Néanmoins, il reste à préciser quelques indications, qu’il qualifie de vagues.

« La task force a été mise en place et a continué de travailler sans relâche… Le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Finances, Bank Al-Maghrib, et les trois principales banques marocaines en particulier, qui ont leurs filiales en Afrique, y ont pris part. Après le vote et la publication en juin de cette fameuse décision, nous nous sommes attaqués au problème. La directive a laissé aux États le soin de la transposer dans chaque législation nationale. Nous, nous avons traité le côté français… Plusieurs réunions ont été tenues entre les parties françaises, le Trésor français et la task force », indique-t-il.
L’issue des négociations donne satisfaction, le deal trouvé ne va pas porter atteinte à l’activité relais des succursales marocaines« On est arrivé à un contour qui, grosso modo, nous donne satisfaction, ça ne va pas limiter l’activité relais des filiales des banques marocaines en Europe. Mais il faut que l’accord auquel nous avons abouti soit soumis à la Commission européenne, afin qu’elle donne son feu vert. Et puis, nous devons traiter avec les autres pays partenaires du Maroc dans lesquels il y a une implantation importante des filiales de nos banques : l’Espagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, etc. Nous sommes sur la bonne voie, mais le Trésor français a laissé quelques points un peu vagues par rapport au régulateur français. J’ai indiqué à l’équipe qui négocie de préciser dès maintenant tout ce qui est flou. Il ne faut surtout pas laisser des termes qui peuvent prêter à confusion », poursuit le Wali.

La nouvelle loi bancaire

Le projet de la nouvelle loi bancaire vient renforcer le cadre macroprudentiel du système bancaire spécifiquement et financier en général. Parmi les dispositions de la loi, figure la consolidation du rôle de Bank Al-Maghrib, au-delà du strict cadre macroprudentiel, afin d’inclure des décisions opérationnelles en matière de résolution.

Selon Jouahri, il s’agit d’un élément clé qui va consolider la position du Maroc à l’approche des notations du FMI et de la Banque mondiale.

« Nous travaillons sur un nouveau projet de loi bancaire, car la loi actuelle, adoptée en 2014-2015, doit être mise à jour pour intégrer les nouveaux éléments prudentiels, renforcer le suivi des banques, prendre en compte les nouveaux risques, etc. Le texte sur la résolution bancaire a été acté en Conseil de gouvernement, il permettra, en cas de crise, de prendre les mesures nécessaires pour assurer la stabilité du système. Ce travail intervient alors que le secteur financier marocain sera évalué par le FMI et la Banque mondiale, une mission désormais prévue pour débuter fin 2026″, précise Jouahri.

Les financements innovants

Interrogé au sujet des financements innovants, Jouahri a indiqué qu’il s’agit d’un mécanisme qui a aidé à faire face aux dépenses auxquelles l’économie marocaine a dû répondre, tout en insistant sur le fait que ces montants vont commencer à diminuer.

« Concernant les financements innovants, ils sont considérés comme des recettes, mais pas comme des éléments de financement. Et cela est admis par le FMI conformément à son recueil de données et statistiques. Il le fait avec nous comme avec d’autres pays lorsqu’ils recourent à ce type de financement », explique-t-il.

« Mais certainement, dans les années à venir, les montants vont faiblir. En 2025, c’était 35 MMDH. En 2026, on verra ce que prévoira la loi de finances. Mais vraisemblablement, dans la programmation budgétaire triennale (PBT) 2026-2028, ce montant devra diminuer. On aurait dû l’encadrer, mais dans la mesure où il a été admis par le FMI, et dans la mesure où il a permis de combler les besoins, notamment pour faire face aux dépenses liées à la crise, au tremblement de terre et aux années de sécheresse, je pense que ça a été un instrument utile. Mais c’est un élément qui devra diminuer », poursuit Jouahri.

En ce qui concerne la prise en considération des charges de loyer à long terme de l’État dans la trajectoire de la soutenabilité de la dette publique, Jouahri a indiqué qu’elles sont prises en considération.

« Les loyers vont commencer à être payés. Si ma mémoire ne me trompe pas, le montant prévu au titre de l’année 2025 est de 7 MMDH. Ces loyers devraient être intégrés dans les charges, de la même manière que vous avez inclus les recettes issues des financements innovants dans les recettes. Il faut les inclure dans les charges courantes », précise-t-il.

La réforme du régime de change:passage au ciblage d’inflation en 2027

Pour Jouahri, le passage au ciblage de l’inflation sera lancé en 2026 comme année de test, avant d’entrer officiellement en vigueur à partir de janvier 2027. Quant à l’abandon du panier de change et au passage à une fluctuation libre de la valeur du dirham, il affirme que ce n’est pas à l’ordre du jour et que le FMI l’a bien compris.

« Ce que j’ai dit au FMI, c’est que je ne peux pas passer à la deuxième étape, c’est-à-dire abandonner l’ancrage au panier et commencer une étape où c’est le marché qui va déterminer la valeur externe de la monnaie. Je l’ai expliqué malgré l’insistance du FMI. Le tissu économique marocain n’est pas encore tout à fait prêt à cette étape. Nous passons d’un ancrage de taux de change à un ancrage qui est la politique monétaire et donc le taux directeur. Il est impossible que je fasse ce choix sans être convaincu que pratiquement l’ensemble des opérateurs économiques sont en mesure de saisir la portée du passage, ses implications, ce qu’elles doivent faire pour ne pas subir les conséquences négatives », souligne-t-il.

« Avec le FMI, nous avons trouvé un terrain d’entente. Nous leur avons dit que nous pouvions faire le passage au ciblage d’inflation mais sans réaliser ce deuxième saut au titre de la réforme du régime de change. Ils ont accepté, et d’ailleurs, dans les comptes rendus des consultations au titre de l’article IV, il n’y a plus de référence à cela. Avec l’assistance du Fonds monétaire, nous avons travaillé pour que les outils, la méthodologie et les ressources humaines soient prêts pour ce passage au ciblage d’inflation. Nous serons prêts pratiquement en fin d’année, mais ce que nous comptons proposer au Fonds monétaire international, c’est de faire une année test, une année blanche, en 2026, où nous allons appliquer les deux méthodes, celle que nous utilisons actuellement et celle du ciblage d’inflation, pour nous assurer que nous sommes réellement à l’aise pour lancer la réforme. Pour nous, l’étape fixée est de lancer officiellement le ciblage d’inflation et sa mise en œuvre à partir du 1ᵉʳ janvier 2027« , conclut Abdellatif Jouahri.

Taux directeur : un statu quo sans surprise, largement anticipé par le marché

Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25% lors de son troisième conseil trimestriel du 23 septembre 2025.

Il s’agit ainsi du deuxième statu quo de l’année 2025. Cette décision est en ligne avec l’analyse publiée par Médias24 dans un précédent article.

Selon plusieurs analystes et acteurs de l’écosystème financier joints par nos soins, ce statu quo était largement anticipé et ne constitue aucune surprise.

Les premières réactions

« Le maintien du taux directeur à 2,25% était largement attendu par le marché, aucune surprise. Lorsqu’on regarde les indicateurs de l’économie, on constate une bonne tenue, ce qui rend le statu quo clairement privilégié », commente un analyste de la place.

« On parle d’une inflation qui ressort en moyenne à 1,1% sur les huit premiers mois de l’année et des projections de Bank Al-Maghrib à 1% pour 2025 ; la Banque centrale n’avait aucune pression immédiate pour agir », ajoute-t-il.

« Aujourd’hui, le statu quo, c’est la prudence. Cette décision n’a rien d’étonnant, car le contexte international est marqué par une forte volatilité des prix de l’énergie et des tensions géopolitiques qui peuvent affecter les matières premières. Au Maroc, l’inflation reste globalement bien maîtrisée, ce qui rend ce choix tout à fait approprié. L’objectif majeur de Bank Al-Maghrib est de garantir la stabilité des prix », explique une source au sein d’une banque d’affaires.

« Il faut quand même dire que, même si la majorité des analystes tablaient sur un statu quo et que la décision n’a donc surpris personne, une partie des investisseurs espérait malgré tout une baisse du taux directeur cette fois-ci. Comme elle n’a pas eu lieu et que le communiqué n’a pas donné de signal fort à court terme, il est logique de voir une petite réaction négative sur le marché boursier. Elle ne devrait cependant pas durer, car les fondamentaux restent solides et le scénario d’une détente monétaire d’ici la fin de l’année reste sur la table », ajoute-t-elle.

D’un côté, « les prévisions de croissance à 4,6% cette année, puis 4,4% en 2026, donnent à la Banque centrale le confort nécessaire pour temporiser. Elle sait qu’elle dispose encore de marges de manœuvre si les signaux économiques se dégradent d’ici la fin de l’année, un scénario qui reste pour l’instant éloigné ».

De plus, « la détente déjà observée sur le marché obligataire depuis plusieurs semaines reflétait bien cette attente d’un statu quo. Le Trésor a pu réduire le coût de ses émissions, signe que les investisseurs ne voyaient pas de durcissement monétaire à court terme ».

« Et justement, la Banque centrale agit par étapes. Elle a voulu s’assurer que la transmission des précédentes baisses est effective. On parle déjà d’un recul cumulé de 59 points de base des taux débiteurs depuis juin 2024″.

Taux directeur : une détente espérée en décembre

« Personnellement, je pense que si les conditions restent favorables, une nouvelle détente en décembre ne serait pas une surprise et pourrait même soutenir davantage le marché boursier », suppose un analyste.

« On parle d’une politique d’assouplissement adaptée au cycle économique. Aujourd’hui, le statu quo reste cohérent avec une croissance solide et une inflation faible. En décembre, on s’attend à une baisse supplémentaire des taux, qui serait perçue comme un ajustement logique dans la continuité de la stratégie monétaire », estime un autre analyste de la place.

Mais pour comprendre pleinement cette décision, il faut revenir sur la baisse de mars 2025. Cette réduction de 25 points de base avait marqué un tournant dans la politique monétaire de Bank Al-Maghrib, après une période prolongée de stabilité.

« Sur le marché boursier, la baisse de mars avait également suscité un regain d’optimisme. On a assisté à une succession de records et à un retour marqué de l’activité. Plusieurs valeurs ont vu leurs cours progresser, portées par l’anticipation d’une liquidité plus abondante et d’un coût de financement plus faible pour l’économie réelle ».

« Ce contexte explique pourquoi le statu quo de septembre n’a pas provoqué de réaction brutale. Une part importante des investisseurs s’attendait à une pause, le marché obligataire avait déjà intégré cette hypothèse et les analystes estimaient que la Banque centrale voulait d’abord mesurer pleinement l’effet des décisions précédentes avant d’aller plus loin« .

Du côté international, la BCE avait mis fin à son cycle de baisses en maintenant ses taux lors de ses deux dernières réunions, tandis que la Réserve fédérale américaine a réduit sa fourchette cible en septembre, citant un ralentissement des créations d’emplois. La Banque d’Angleterre, de son côté, a également choisi la stabilité. Dans ce paysage monétaire contrasté, la décision de Bank Al-Maghrib reflète une approche prudente mais alignée sur les tendances mondiales.

« Une dernière baisse en décembre enverrait un signal fort. Elle prolongerait l’assouplissement monétaire entamé en 2024, soutiendrait le crédit et donnerait un coup de pouce supplémentaire à la Bourse de Casablanca, qui a déjà bien réagi aux précédentes décisions ».

Taux directeur. Le statu quo, scénario le plus probable

Le mardi 23 septembre, le Conseil de Bank Al-Maghrib se réunira pour statuer sur le taux directeur et définir la politique monétaire du quatrième trimestre 2025. À l’approche de cette échéance, les spéculations sur l’orientation de la décision s’intensifient.

Ainsi, et à l’instar des trimestres précédents, Médias24 propose une analyse approfondie des indicateurs macroéconomiques arrêtés à fin juillet-août 2025, selon les données officielles disponibles, afin de dégager le scénario le plus probable au regard du tableau de bord de l’économie nationale.

L’analyse couvre plusieurs agrégats, dont l’inflation, l’emploi, les finances publiques, les échanges commerciaux, etc.

L’inflation

Sur 12 mois aglissants: À fin juillet 2025, l’inflation reste contenue, avec une variation annuelle de l’IPC limitée à 0,5%, conséquence d’une hausse modérée des prix alimentaires de 0,9% et des prix non alimentaires de 0,2%.

En variation mensuelle, l’IPC recule légèrement de 0,1%, tiré par la baisse des prix alimentaires de 0,5%, alors que les prix des produits non alimentaires progressent de 0,2%.

Évolution moyenne depuis le début de l’année: Sur la moyenne des sept premiers mois de 2025, l’IPC a progressé de 1,2% par rapport à la même période de 2024.

Par ailleurs, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils et réglementés, enregistre une baisse de 0,1% sur un mois et une hausse de 0,9% en glissement annuel.

Ces données traduisent la poursuite de la phase désinflationniste au Maroc. L’inflation reste maîtrisée et évolue désormais bien en deçà des seuils d’alerte, sans exposer l’économie à un risque de désancrage inflationniste.

Dans ce contexte, une détente immédiate aurait un effet limité sur la consommation. L’élasticité entre le taux directeur et le crédit aux ménages demeure structurellement faible, comme le montre l’historique des variations de taux comparé aux flux de crédit aux ménages.

Une baisse de 25 pb n’affecte pas réellement les arbitrages de consommation/épargne. Cette faible élasticité est le résultat de la structure financière du pays, marquée par un taux de bancarisation encore limité et par l’aversion au risque de la part des banques.

La croissance

Les dernières projections officielles fixent la croissance réelle à 4,4% en 2025, avec une valeur ajoutée agricole attendue à 4,7% et une valeur ajoutée non agricole à 4,3%.

Ces chiffres doivent être lus à la lumière d’un facteur clé, l’année agricole jugée prometteuse par le chef du gouvernement et d’autres spécialistes, avec de bonnes perspectives pour les légumes, les olives et les agrumes.

Le rebond agricole n’est pas seulement un effet de volume, il agit sur le revenu rural et donc sur la demande intérieure. Mais le moteur structurel demeure le non-agricole. Les services, l’industrie manufacturière et notamment le BTP, porté par l’essor des investissements publics en cours, assurent une base solide.

La question centrale n’est pas la croissance en elle-même, mais sa qualité. La dépendance persistante au cycle agricole rappelle que l’investissement productif privé reste timide et que la consolidation de la croissance repose encore largement sur les investissements publics, lesquels, au-delà des questions de multiplicateur budgétaire et d’efficience, demeurent en fin de compte financés majoritairement par la dette. Et c’est là que la politique monétaire joue un rôle secondaire, elle ne crée pas la croissance, elle l’accompagne.

Le marché du travail

Au T2-2025, le marché de l’emploi a connu une amélioration très limitée, avec une création nette de seulement 5.000 à 6.000 emplois par rapport à la même période de 2024. La dynamique a été portée par la création de 113.000 emplois en milieu urbain, contre une perte de 107.000 en milieu rural.

L’agriculture, la forêt et la pêche ont perdu 108.000 postes. À l’inverse, le BTP a créé 74.000 emplois, les services 35.000 et l’industrie 2.000. Cette configuration souligne une reprise concentrée dans les branches non agricoles, en particulier les activités urbaines.

Par type, l’emploi rémunéré a progressé de 132.000 postes, compensant partiellement la perte de 126.000 emplois non rémunérés.

Le taux de chômage s’établit à 12,8%, en baisse de 0,3 point sur un an. Le chômage atteint 35,8% chez les jeunes de 15 à 24 ans, 19% chez les diplômés et 19,9% chez les femmes.

Le sous-emploi s’est nettement aggravé. Le nombre de personnes concernées est passé de 1.042.000 à 1.147.000, soit un taux de 10,6% contre 9,6% un an auparavant.

L’image d’ensemble montre un marché du travail encore tendu. Les créations d’emplois en milieu urbain ne suffisent pas à compenser les pertes en zone rurale et la qualité des emplois avance trop lentement. Une bonne campagne agricole à l’automne pourrait apporter un soutien à court terme à la création d’emplois aux T3 et T4, mais les déséquilibres de fond restent présents.

En termes d’implications pour la politique monétaire, et dans de telles conditions, on peut penser à un assouplissement du taux directeur. Mais la structure du marché de l’emploi dicte une autre réalité. L’élasticité de l’emploi à la politique monétaire est limitée. Les données historiques montrent d’ailleurs une corrélation faible entre le stock de l’emploi et le flux des crédits aux sociétés non financières privées (SNFP), même avec différents décalages temporels.

Baisser le taux directeur ne résout pas le chômage structurel, qui relève davantage de la politique budgétaire et de l’investissement sectoriel.

Les finances publiques

La situation des charges et ressources du Trésor au titre du mois d’août, émanant du MEF, laisse apparaître un déficit budgétaire de 59,8 MMDH, en hausse de 48,1% par rapport à la même période en 2024, traduisant une progression des dépenses plus rapide que celle des recettes.

Dans le détail, les recettes ordinaires ont progressé de 13,2% en glissement annuel pour atteindre 257,8 MMDH, tirées par la hausse soutenue des recettes fiscales en augmentation de 15,1%, portée notamment par l’IR en hausse de 18,3% et l’IS en nette augmentation de 31,3%.

En revanche, les recettes non fiscales se sont établies à 30,2 MMDH, en hausse de 2,2%, grâce aux versements des établissements et entreprises publics, mais atténuées par le recul des financements innovants.

Du côté des dépenses, les charges ordinaires ont crû de 14,5% sous l’effet combiné de l’augmentation des dépenses de biens et services en hausse de 18,4% et des charges d’intérêts de la dette en progression de 18,8%. Les dépenses d’investissement ont atteint 67,9 MMDH, en hausse de 3,7%.

Par ailleurs, il est à noter que la politique budgétaire joue le rôle contracyclique que la politique monétaire ne peut assumer seule. Mais elle le fait au prix d’un besoin de financement croissant. Celui-ci est couvert essentiellement par le marché intérieur, ce qui exerce une pression sur l’épargne nationale et sur le coût de financement.

Crédit et agrégats monétaires

L’analyse des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib à fin juillet 2025 révèle une décélération du rythme de progression du crédit bancaire au secteur non financier, dont la croissance s’est établie à 3,4% en glissement annuel.

Dans le détail, les crédits aux sociétés non financières privées stagnent presque, affichant une progression modeste de 1,2% en glissement annuel. En revanche, les prêts aux ménages s’accélèrent légèrement, avec une hausse de 2,9%.

Par objet économique, les crédits à l’équipement progressent fortement de 15,2%. Les crédits immobiliers enregistrent une hausse contenue de 3,4%, tandis que les prêts à la consommation accélèrent à 3,9%.

Sur le plan monétaire, la masse monétaire M3 atteint 1.970,3 MMDH, en progression annuelle de 7,7%. Cette évolution reflète à la fois l’expansion des dépôts à vue de 11,2% sur un an et la hausse de la circulation fiduciaire de 8,7%.

Les échanges extérieurs

La balance commerciale à fin juillet 2025 continue de se détériorer, avec un déficit qui s’élève à 194,9 MMDH, en aggravation de 15,9% par rapport à la même période de 2024.

Cette évolution résulte d’une progression vigoureuse des importations de 8,8%, atteignant 469,7 MMDH, contre une hausse modeste des exportations de 4,2%, à 274,8 MMDH. Le taux de couverture perd ainsi 2,6 points, traduisant un affaiblissement relatif de la capacité des exportations à compenser la facture des importations.

Du côté des importations, la hausse est particulièrement marquée dans les produits finis d’équipement et les produits finis de consommation, ce qui reflète un maintien de la demande intérieure mais aussi une forte dépendance aux intrants et biens durables étrangers. En revanche, la facture énergétique recule de 6,1%, grâce notamment à la baisse des approvisionnements en gasoil et fuel de 14,2% sous l’effet prix.

Les exportations, quant à elles, progressent globalement mais de façon contrastée. Les phosphates et dérivés bondissent de 20,9%, profitant d’une demande soutenue, alors que les exportations automobiles reculent de 1,8% et les exportations textiles de 3,3%, signe d’une fragilité sectorielle.

Dans ce contexte, le solde des services joue un rôle crucial de stabilisateur. Il affiche un excédent en hausse de 10,8%, atteignant 82,1 MMDH, soutenu par des recettes touristiques dynamiques en progression de 12,6% à 67,1 MMDH. En revanche, les transferts des MRE reculent légèrement de 1%, à 68,8 MMDH.

Les IDE confirment une tendance positive avec une progression du flux net de 25,6%, atteignant 16,9 MMDH à fin juillet 2025.

Statu quo : l’option la plus probable

À la lumière du tableau de bord macroéconomique arrêté à fin juillet-août 2025, le scénario le plus probable demeure celui d’un statu quo du taux directeur à 2,25%.

À ce niveau, la politique monétaire de Bank Al-Maghrib est déjà accommodante. Elle soutient l’activité sans générer de pressions inflationnistes et conserve une marge de manœuvre en cas de choc.

Dans une économie comme la nôtre, où l’élasticité de la demande au coût du crédit demeure structurellement faible, un assouplissement supplémentaire de 25 pb, bien que possible et sans risque immédiat, n’aurait qu’un effet marginal sur la consommation et l’investissement privé.

La politique monétaire se situe donc à un niveau approprié, conservant un caractère accommodant tout en laissant à la politique budgétaire et à l’investissement le rôle moteur de la conjoncture.

Crédit immobilier : les taux sur 25 ans reculent à 4,35% en septembre 2025

La politique d’assouplissement engagée par Bank Al-Maghrib, marquée par la baisse du taux directeur à 2,25% en mars 2025, commence à se répercuter sur le marché du crédit immobilier.

Depuis le premier trimestre, les taux appliqués par les banques ont reculé de manière notable, améliorant les conditions de financement pour les emprunteurs.

Cette détente reste contrastée, avec des écarts marqués selon la durée du prêt, le profil des emprunteurs et d’autres paramètres propres à chaque dossier.

L’évolution des taux en 2025 par durée

Entre le premier trimestre 2025 et le trimestre en cours, les taux de crédit immobilier ont connu une baisse significative.

« En effet, on remarque que sur les crédits de 0 à 7 ans, ils sont passés de 4,2% au T1 à 4,1% actuellement« , note Afdal.ma, premier comparateur et courtier en crédit immobilier au Maroc, contacté par nos soins.

« Pour les maturités de 7 à 15 ans, la diminution est plus marquée, de 4,5% à 4,25%. Quant aux prêts de 15 à 25 ans, ils affichent le recul le plus notable, passant de 4,75% à 4,35%. Ainsi, la détente des taux concerne l’ensemble des durées, avec un avantage particulièrement sensible sur les crédits de long terme ».

Nuance des taux sur 25 ans par profil d’emprunteur

Du premier trimestre 2025 au trimestre actuel, les conditions de financement ont évolué à la baisse, mais de manière inégale selon les profils.

« Sur le marché, hors dérogation, les banques continuent d’appliquer des écarts en fonction du niveau de risque ».

« Pour les salariés du secteur privé ou public, les taux tournaient autour de 4,75% en début d’année, avant d’être ramenés à près de 4,6% aujourd’hui ».

« Les professions libérales, elles, bénéficiaient de taux compris entre 4,75% et 4,85% au T1-2025, pour un repli vers 4,65% à 4,75% actuellement. Quant aux chefs d’entreprise, ils faisaient face à des taux pouvant atteindre 5,15% en début d’année, désormais descendus vers 4,9%« .

Apports en fonds propres requis par profil d’emprunteur

« Sur le marché, les exigences en matière d’apport varient fortement selon les profils. Pour les salariés et les retraités du secteur privé ou public, aucun apport n’est exigé, et les salariés de moins de 35 ans peuvent même bénéficier de financements atteignant jusqu’à 110% de la quotité », explique Afdal.ma.

« Du côté des professions libérales, certains profils stables, comme les médecins, architectes ou notaires, peuvent obtenir des financements jusqu’à 100%, tandis que pour les autres, un apport compris entre 10% et 20% est généralement requis ».

« Les chefs d’entreprise, en revanche, doivent souvent mobiliser des apports allant de 20% à 30%, en raison du risque perçu par les banques ».

« Quant aux MRE (Marocains résidant à l’étranger), un apport est systématique – généralement situé entre 10% et 30% –, mais certaines banques peuvent exiger jusqu’à 50% du prix du bien ».

De ce fait, les conditions sont particulièrement strictes pour les MRE et les chefs d’entreprise, alors que les salariés et certaines professions libérales bénéficient de financements quasi intégraux ».

Taux d’endettement appliqués par profil d’emprunteur

Quel que soit le profil de l’emprunteur, le taux d’endettement appliqué par les banques varie directement en fonction du niveau de revenu.

« Pour des revenus inférieurs ou égaux à 20.000 DH, il est plafonné à 45%. Lorsque les revenus dépassent ce seuil, le plafond est relevé à 50% ».

« Enfin, dans certaines banques, pour des revenus supérieurs à 60.000 DH, le taux d’endettement peut atteindre 55%. En résumé, plus le niveau de revenu est élevé, plus la capacité d’endettement s’élargit, offrant une flexibilité accrue aux profils les plus aisés ».

Taux d’assurance décès-invalidité

« Les taux d’assurance décès-invalidité varient selon la durée du financement et l’âge de l’emprunteur. En moyenne, sur le marché, ils s’établissent à 0,43% du capital emprunté ».

Marché primaire : le taux des obligations à 5 ans du Trésor monte à 2,47%

Le marché primaire des obligations a connu une activité modérée au cours de la période du 4 au 10 septembre 2025.

Lors de la dernière adjudication du Trésor, le montant levé s’est établi à 3,44 MMDH, soit seulement 48% du total proposé de 7,22 MMDH.

Les levées ont concerné principalement les lignes à 5 ans et à 15 ans. Sur le 5 ans, le Trésor a mobilisé 2,02 MMDH au taux limite de 2,4653%, en hausse de 1,9 points de base par rapport à la précédente adjudication.

Sur le 15 ans, le montant retenu s’est élevé à 1,42 MMDH au taux limite de 3,0558%, en léger repli de 0,2 point de base.

Cette approche lui permet de couvrir ses besoins de financement tout en évitant une tension sur les taux primaires. Elle s’inscrit également dans un contexte de consolidation budgétaire progressive, de stabilité macroéconomique et d’inflation contenue, autant de facteurs qui soutiennent la tendance à l’aplatissement de la courbe des taux.

Sur le marché secondaire, la tendance a été globalement haussière, mais avec des nuances selon les maturités.

Les taux des obligations à 52 semaines ont progressé de 1,36 point de base pour atteindre 2,21%, ceux des titres à 2 ans de 2,7 points de base à 2,26%, tandis que les taux à 5 ans et à 10 ans ont légèrement augmenté respectivement à 2,41% et 2,74%.

Les obligations à 15 ans, 20 ans et 30 ans ont également connu de modestes hausses, avec des taux passant respectivement à 3,07%, 3,29% et 3,75%.

À l’inverse, les taux des maturités les plus courtes ont reculé, notamment le 13 semaines qui a perdu 4,56 points de base à 2,13% et le 26 semaines qui s’est légèrement contracté à 2,19%.

Cette configuration montre un arbitrage des investisseurs en faveur des maturités moyen et long terme, soutenu par un environnement monétaire stable et par l’attente des décisions de la prochaine réunion de politique monétaire de Bank Al-Maghrib.

Enfin, la courbe des taux poursuit son mouvement d’aplatissement, résultat combiné d’une inflation maîtrisée, d’une stratégie d’émission prudente du Trésor et d’anticipations de marché relativement stables.

Conseil de Bank Al-Maghrib : le statu quo reste le scénario le plus probable

À une journée de la tenue du Conseil de Bank Al-Maghrib, prévu le 24 juin, tous les acteurs économiques étaient à l’écoute et attendaient la décision. Une décision qui fixera le ton des conditions monétaires pour le troisième trimestre 2025.

Le taux d’intérêt représente la variable la plus influente dans l’architecture économique moderne : il irrigue toute l’économie. Il influence le coût du crédit, le rythme de l’investissement, la dynamique de la consommation, l’évolution de l’emploi et la trajectoire de l’inflation. Rien, ou presque, n’échappe à sa portée.

Dans ce contexte, Médias24 propose une lecture structurée de la conjoncture. L’objectif : éclairer les ressorts macroéconomiques susceptibles d’influencer la décision du Conseil. Pas d’intuition, pas d’approximation : uniquement les données, arrêtées à fin mai (pour l’inflation, l’emploi et les finances publiques) et à fin avril (pour le crédit, la monnaie et les échanges extérieurs).

La situation se résume en un mot : contrastée. L’inflation est maîtrisée, la croissance hors agriculture se redresse, le crédit repart timidement, l’emploi urbain se stabilise. Mais en toile de fond, les déséquilibres jumeaux, budgétaire et commercial, s’aggravent. Ainsi, le statu quo du taux directeur paraît le scénario le plus plausible pour Bank Al-Maghrib.

Voici l’état des lieux macroéconomique du Royaume, tel qu’il ressort des données officielles les plus récentes.

L’inflation

À fin mai 2025, l’inflation au Maroc reste modérée et maîtrisée, avec une variation annuelle de l’indice des prix à la consommation limitée à 0,4%. Cette stabilité résulte d’une faible pression aussi bien sur les produits alimentaires (0,5% sur un an) que sur les produits non alimentaires (0,3%).

Sur une base mensuelle, l’IPC a même reculé de 0,4%, en raison notamment de la baisse des prix des produits alimentaires de 0,8% et de celui des produits non alimentaires de 0,1%.

Cette évolution suggère une détente conjoncturelle sur l’offre alimentaire, probablement liée à des conditions climatiques plus favorables pour les cultures de printemps et à une demande intérieure modérée.

L’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et administrés, est resté inchangé en mai par rapport à avril, mais affiche une hausse de 1,1% sur un an. Cette inertie reflète une stabilisation globale des prix, dans un contexte où les tensions sur les composantes volatiles et réglementées restent limitées.

Par ailleurs, sur l’ensemble des cinq premiers mois de l’année 2025, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 1,4% par rapport à la même période en 2024, confirmant une dynamique désinflationniste.

Il est à noter que la modération de l’inflation observée en mai s’est inscrite dans un environnement international encore relativement stable, sans transmission notable de chocs externes.

La croissance

Selon la note de conjoncture du haut-commissariat au Plan (HCP), l’économie nationale aurait enregistré une progression de 4,2% au premier trimestre 2025, en variation annuelle. Cette dynamique positive aurait concerné l’ensemble des branches d’activité, avec une contribution notable des services, des industries extractives et des secteurs secondaires.

La croissance hors agriculture se serait maintenue à un rythme soutenu, consolidant la reprise observée dans les activités manufacturières, le commerce, le transport, et le tourisme, dans un environnement marqué par la normalisation des prix et l’amélioration des anticipations sectorielles.

La valeur ajoutée des industries manufacturières aurait poursuivi son redressement, en lien avec une amélioration de la demande intérieure, notamment dans l’agroalimentaire, le textile et la chimie. Le secteur tertiaire, quant à lui, bénéficierait de la poursuite de la dynamique touristique, du raffermissement des services de transport et de la stabilité dans les télécommunications.

La branche agricole, bien qu’encore impactée par les conditions climatiques défavorables de la campagne d’automne, commencerait à bénéficier des précipitations enregistrées en mars, annonçant une amélioration progressive des rendements des cultures de printemps. Cette contribution modeste mais croissante du secteur primaire soutiendrait la perspective d’une consolidation de la croissance au deuxième trimestre.

Ainsi, au deuxième trimestre 2025, la croissance économique se maintiendrait autour de 3,8%, selon les projections du HCP, dans un contexte d’amélioration du secteur agricole et de résilience continue des services marchands. Cette trajectoire traduirait une reprise progressive mais encore différenciée selon les secteurs, avec une croissance largement tributaire de la demande intérieure.

Le marché du travail

En glissement annuel, le premier trimestre de 2025 a été marqué par une amélioration significative du marché du travail au niveau national, avec la création nette de 282.000 emplois, dont 285.000 en milieu urbain, contre une perte marginale de 3.000 postes en milieu rural.

Cette performance est largement imputable aux secteurs des services, de l’industrie et du BTP, traduisant une reprise de l’activité dans les branches non agricoles. En revanche, le secteur agricole poursuit sa contre-performance, enregistrant une perte de 72.000 emplois, confirmant ainsi sa vulnérabilité structurelle face aux aléas climatiques.

Il convient de souligner que la dynamique est portée exclusivement par l’emploi rémunéré (319.000), tandis que l’emploi non rémunéré recule, un signal positif en termes de formalisation et de qualité de l’emploi.

Le taux d’activité progresse légèrement à 42,9%, traduisant une hausse de la population active, tandis que le taux d’emploi atteint 37,2%.

Toutefois, le chômage reste à un niveau élevé, avec un taux de 13,3%, en baisse de 0,4 point seulement, et un niveau particulièrement préoccupant chez les jeunes, les femmes et les diplômés.

En parallèle, le sous-emploi s’aggrave de manière significative, touchant 1,25 million de personnes, soit 11,8% de la population active occupée. Cette hausse est plus marquée en milieu rural, où le taux atteint 14,8%.

Les finances publiques

L’exécution budgétaire à fin mai 2025 met en évidence une dynamique contrastée des finances publiques. Selon le bulletin mensuel de statistiques des finances publiques émanant de la TGR, les recettes ordinaires ont progressé de 19,6% en glissement annuel, atteignant 171,4 MMDH, tirées par la forte hausse des recettes fiscales, en augmentation de 19%.

De même, les recettes non fiscales affichent également une performance notable, soit une évolution de 24,7% en glissement annuel, portée par les versements des comptes spéciaux et les dividendes des monopoles publics.

En parallèle, les dépenses ordinaires ont crû plus rapidement encore de 24,4%, notamment en raison de l’envolée des dépenses de biens et services (26,2%) et des charges d’intérêts de la dette (13%), ces dernières traduisant une pression accrue sur le coût du financement public.

Les remboursements et dégrèvements fiscaux ont bondi de 75,8%, signalant un effort de régularisation des arriérés, mais exerçant aussi une contrainte sur la marge budgétaire disponible. Les dépenses d’investissement ont augmenté de 26,4%.

En dépit de cette hausse des recettes, le solde global du Trésor reste déficitaire à 22,9 MMDH, contre 11,2 MMDH un an plus tôt, traduisant un creusement du besoin de financement. Celui-ci a été couvert à hauteur de 44,6 MMDH, dont plus de la moitié par recours au financement intérieur et un tiers par le financement extérieur.

Le crédit bancaire et les statistiques monétaires

L’analyse du crédit bancaire à fin avril 2025 révèle un environnement monétaire marqué par une expansion du crédit bancaire de 5,4% en glissement annuel.

Le crédit au secteur non financier a progressé de 4,2% en glissement annuel à fin avril 2025. Cette évolution est principalement portée par le secteur public, dont les encours ont enregistré une hausse significative de 7,3% sur un an, traduisant une dynamique soutenue de financement des administrations et des établissements publics.

De même, le crédit au secteur privé a crû de 3,8% en variation annuelle. Dans le détail, les crédits accordés aux sociétés non financières privées ont progressé de 2,3%, tandis que les prêts aux ménages ont affiché une hausse de 2,6%. Cette évolution suggère une confiance modérée des ménages dans leurs perspectives de revenu et de consommation, dans un contexte de stabilisation des prix.

Par objet économique, les crédits à l’équipement ont enregistré une forte progression de 19,1% en glissement annuel, traduisant une dynamique d’investissement soutenue. Les crédits immobiliers, quant à eux, ont progressé de 3,3%, indiquant une demande modérée.

La masse monétaire (agrégat M3) a progressé de 6,9% en glissement annuel à fin avril 2025. Cette évolution traduit une expansion de la liquidité dans l’économie, portée notamment par une hausse des dépôts à vue de 8,4% et une augmentation de la circulation fiduciaire de 8,4%. Les avoirs officiels de réserve ont également connu une progression notable, s’élevant à 8,9% sur un an.

Les échanges extérieurs

La balance commerciale du Maroc à fin avril 2025 continue de se détériorer, avec un déficit qui s’élève à 108,9 MMDH, en aggravation de 22,8% par rapport à la même période de 2024.

Cette évolution résulte d’une progression vigoureuse des importations de 9,1%, atteignant 263 MMDH, contre une hausse modeste des exportations de 1,2% à 154,1 MMDH. Le taux de couverture s’est ainsi contracté de 4,6 points, traduisant un affaiblissement relatif de la capacité des exportations à compenser la facture des importations.

Du côté des importations, la hausse est particulièrement marquée dans les produits finis d’équipement et de consommation, ce qui reflète un maintien de la demande intérieure mais aussi une forte dépendance aux intrants et aux biens durables étrangers. En revanche, les importations d’énergie ont reculé de 4,9%, notamment du fait d’une baisse des achats de gasoil et fuel.

Les exportations, quant à elles, stagnent, avec des performances inégales entre secteurs. Cette évolution peut être interprétée comme un signe de perte de compétitivité relative ou de ralentissement de la demande étrangère.

Dans ce contexte, le solde des services joue un rôle crucial de stabilisateur : il affiche un excédent en hausse de 11,9%, atteignant 46,3 MMDH, soutenu par des recettes touristiques dynamiques. Cependant, les transferts des MRE reculent de 3,7%, à 35,9 MMDH.

Les IDE, en revanche, confirment une tendance positive avec une progression du flux net de 37,2%, atteignant 11,1 MMDH.

Le statu quo du taux directeur reste le scénario le plus probable pour BAM

À la lumière du tableau de bord macroéconomique arrêté à fin avril-mai 2025, le scénario le plus probable est celui d’un maintien du taux directeur inchangé à 2,25%. Cette hypothèse présente une probabilité élevée.

L’inflation est basse et maîtrisée, à seulement 0,4% en mai en glissement annuel, écartant tout risque immédiat de désancrage des prix. La croissance du crédit reste modérée mais positive, en particulier sur les segments porteurs tels que les crédits à l’équipement et à l’immobilier.

Sur le marché du travail, la création nette d’emplois demeure soutenue, mais le taux de chômage reste élevé à 13,3%, avec un sous-emploi persistant. S’ajoute à cela un creusement significatif du déficit budgétaire, conjugué à une hausse rapide des dépenses courantes et d’investissement, ce qui limite la marge de manœuvre macroéconomique à court terme.

Dans ce contexte, une nouvelle baisse du taux directeur, bien que possible, ne semble ni urgente ni stratégiquement justifiée. La politique monétaire de Bank Al-Maghrib reste actuellement accommodante, avec un taux directeur réel faible, ce qui permet de soutenir l’activité sans générer de pressions inflationnistes.

Dans un environnement marqué par une inflation modérée (1,4%  comme taux moyen des cinq premiers mois) et des anticipations bien ancrées, ce niveau d’accommodation monétaire paraît équilibré. Toute décision de détente supplémentaire de la part de Bank Al-Maghrib devrait s’appuyer sur des signaux clairs de ralentissement de l’activité ou d’insuffisance du crédit, ce qui n’est pas encore le cas au vu des indicateurs disponibles.

Par ailleurs, le conflit au Moyen-Orient, et plus particulièrement la tension autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, doit être suivi de très près. Une escalade militaire ou la fermeture partielle du détroit provoqueraient une flambée des prix du brut, affectant directement le Maroc à travers la facture énergétique et les canaux de l’inflation importée.

La prise en considération de ce scénario de choc pétrolier fait que le statu quo du taux directeur permettrait à Bank Al-Maghrib de conserver sa réactivité, sans s’être engagée prématurément dans une voie de baisse.

Bank Al-Maghrib et le HCP s’allient pour renforcer l’échange des statistiques et l’analyse économique

Cette convention vise à produire des données plus pertinentes et de meilleure qualité, afin de mieux fonder les décisions et d’accompagner efficacement les politiques économiques et sociales du pays, indique un communiqué conjoint.

À travers ce partenariat, les deux institutions s’engagent à instaurer un dispositif d’échange de données à la fois sécurisé et automatisé, à partager leur expertise mutuelle et à assurer l’harmonisation des référentiels statistiques, tout en accordant une attention particulière au renforcement des compétences.

À cette occasion, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, et Chakib Benmoussa, haut-commissaire au plan, ont réaffirmé leur volonté de hisser le système statistique national au niveau des meilleurs standards internationaux.

Le réseau bancaire marocain poursuit sa contraction en 2024 (BAM)

Selon les dernières données publiées par Bank Al-Maghrib, le réseau bancaire national a enregistré la fermeture nette de 113 agences en 2024, résultat de 39 ouvertures contrebalancées par 152 fermetures.

Cette tendance à la contraction n’épargne aucun type d’établissement. Les banques conventionnelles sont passées de 5.814 agences en 2023 à 5.701 en 2024. Les banques participatives ont maintenu un réseau bancaire stable avec 152 points d’implantation, tandis que les banques offshore restent marginales en termes de présence physique.

11 des 12 régions affichent un solde d’ouvertures/fermetures négatif du réseau bancaire en 2024

La région Casablanca-Settat reste la plus densément équipée avec 1 .612 agences, bien qu’elle ait connu une baisse significative de 40 agences par rapport à l’année précédente. Elle est suivie de Rabat-Salé-Kénitra (854 agences, -16) et de Fès-Meknès (665, -12). À l’opposé, seule la région Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche une légère progression avec une agence supplémentaire, portant son total à 32.

Ce recul pourrait s’expliquer par la transformation que connaît actuellement le secteur bancaire, notamment sous l’effet de l’essor des services en ligne, des efforts de rationalisation des coûts et de la recherche d’une meilleure efficacité opérationnelle.