Cheikh Lô à Mawazine : 50 ans de musique, l’Afrique en rythme, la vie en héritage

Entouré de dix musiciens venus des quatre coins du continent africain, Cheikh Lô a livré une performance chaleureuse, puissante et généreuse. Corde, cuivres, mais surtout percussions : l’instrument roi de la soirée. Le groove était omniprésent, entraînant un public conquis dans une transe collective. Sur scène, ça chantait, ça dansait, ça vibrait. La musique de Cheikh Lô, riche d’influences mandingues, jazz, blues, afrobeat, reggae et mbalax, ne prône qu’une chose : l’union des peuples et la paix.

Mais le moment le plus marquant du concert reste sans conteste celui où le maître quitte le devant de la scène pour s’installer derrière la batterie. Le public retient son souffle. Et là, sans fioritures, sans artifice, Cheikh Lô offre un drum solo magistral. Complexe, fluide, habité. Ce n’est pas qu’un chanteur. C’est un vrai musicien. Un artisan du rythme. Un amoureux de son art. Il ne joue pas la batterie : il la vit.

Vers la fin du concert, alors que la tension émotionnelle est à son comble, une jeune femme monte sur scène. Le public ne tarde pas à comprendre. Père et fille chantent en duo. Les regards complices, les sourires tendres, la transmission palpable d’un héritage. Ce moment suspendu, presque sacré, a ému l’audience jusqu’aux larmes.

Cheikh Lô n’a pas seulement célébré cinq décennies de carrière, il a rappelé ce que la musique peut faire de plus beau : rassembler, consoler, éveiller. À Mawazine, sur les rives du Bouregreg, il a prouvé qu’à 70 ans, il n’a rien perdu de son feu sacré. Et que tant qu’il y aura des artistes comme lui, l’Afrique chantera encore longtemps la paix, la liberté et l’amour.

 

Le barrage Tiddas, une réserve d’eau stratégique pour sécuriser l’approvisionnement en eau de l’axe Kenitra à Marrakech

À l’aube du 21e siècle, le Maroc a accéléré la politique des barrages sous l’impulsion du Roi Mohammed VI. Plus de soixante retenues d’eau artificielle ont vu le jour en l’espace d’un peu plus de vingt ans, dont le barrage Tiddas, conçu pour répondre aux besoins croissants en eau potable, assurer l’irrigation des terres agricoles et protéger la vallée du Bouregreg contre les inondations.

Entré en service en 2022, après six ans de travaux, le barrage de Tiddas s’est fondu dans le décor, entre les reliefs qui lui ont donné son nom (Tiddas signifie ensemble de collines en amazigh, ndlr). Un géant de béton de plus de cent mètres de haut, situé dans la province de Khémisset, à environ 70 km au sud-ouest de Rabat.

Si sa capacité de stockage n’est pas immense comparée à d’autres infrastructures du pays (507 millions de mètres cubes), son impact est, lui, majeur. Construit en amont du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, sur l’oued Bouregreg, il régule les flux d’eau de cette rivière, qui peut transporter des millions de mètres cubes d’eau lors des fortes crues, en plus de matériaux solides comme des branches, des roches ou des déchets.

Ce rôle de régulation est essentiel pour atténuer les risques d’inondation en aval, notamment dans la plaine du Bouregreg, qui abrite des zones habitées, des terres agricoles et des infrastructures stratégiques. En cas de fortes précipitations, le barrage agit comme un amortisseur : il stocke temporairement les apports excédentaires, puis les relâche progressivement une fois le pic passé, limitant ainsi les débordements soudains et destructeurs.

Au-delà de la protection contre les crues et de la régulation des apports, ce barrage permet de :

– optimiser le stockage, en évitant les situations de débordement comme en 2018, où le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah avait dépassé les 100% de sa capacité, empêchant ainsi de tirer pleinement parti d’une année pluvieuse ; à l’issue des dernières pluies, ce barrage a reçu 65 millions de m3 d’eau qu’il a assez rapidement transférés vers le Bouregreg dont il est l’affluent ;

– servir, à moyen terme, au transfert d’eau vers le bassin de l’Oum Er-Rbia ;

– constituer une infrastructure stratégique, avec une capacité de plus de 500 millions de m³, le classant parmi les grands barrages du pays.

En période plus calme, des lâchés contrôlés sont régulièrement effectués vers le barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah, principal réservoir d’eau de la région de Rabat-Salé-Kénitra. Ces transferts permettent à la fois de soutenir le niveau de ce barrage stratégique et de garantir un approvisionnement constant en eau potable pour des millions d’habitants.

De surcroît, la retenue d’eau de Tiddas irrigue 4.627 hectares dans les périmètres agricoles de Béni Zoulit, Aït Zaghou et Aït Boumska. Elle soutient ainsi une agriculture locale, principalement arboricole, tributaire de l’eau pour maintenir ses rendements, dans un contexte de stress hydrique croissant.

Au croisement des enjeux environnementaux, agricoles et urbains, le barrage de Tiddas symbolise parfaitement la fonction stratégique que joue aujourd’hui la gestion de l’eau au Maroc. À la fois bouclier contre les extrêmes climatiques et moteur de développement local. 

Ci-dessus, images prises par drone par Médias24

Image satellite Google Maps

LIRE AUSSI

https://medias24.com/2025/05/02/le-barrage-sidi-mohammed-ben-abdellah-un-pilier-de-la-politique-de-leau-au-maroc/

https://medias24.com/2025/04/25/eau-comment-lacceleration-inedite-de-la-politique-des-barrages-depuis-2000-a-permis-au-maroc-deviter-le-pire/

 

L’ONEE toujours à la recherche d’un prestataire pour exploiter les installations de l’interconnexion entre le Sebou et le Bouregreg

L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) avait lancé, en juillet dernier, un appel d’offres pour l’exploitation et la maintenance de l’ensemble des installations et ouvrages entrant dans le cadre du projet d’interconnexion des bassins du Sebou (barrage de garde) et Bouregreg (barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah).

L’estimation des coûts des prestations était de 41,9 millions de DH.

Cependant, l’ouverture des plis effectuée le 5 septembre n’a pas abouti à la désignation d’un prestataire, rendant ainsi la procédure infructueuse. On peut donc s’attendre à ce qu’un nouvel appel d’offres soit lancé prochainement, car il s’agit d’un projet stratégique et décisif entre le bassin du Sebou, excédentaire, et le bassin du Bouregreg, désormais déficitaire. Le bassin du Bouregreg alimente le Grand Casablanca en eau potable et tout le littoral entre la Métropole et Rabat, ainsi que la capitale.

LIRE AUSSI:

https://medias24.com/2024/02/29/linterconnexion-des-bassins-de-sebou-et-bouregreg-a-permis-de-transferer-186-mm3-deau-au-barrage-sidi-mohammed-ben-abdellah/

Barrage. L’interconnexion entre Oued El Makhazine et Dar Khrofa opérationnelle en septembre 2024

Pour renforcer et diversifier l’approvisionnement en eau tout en réduisant la compétition entre les différents usages, le gouvernement a lancé plusieurs chantiers d’envergure, dont des projets d’interconnexion entre les bassins hydrauliques.

Actuellement, l’interconnexion entre les barrages Oued El Makhazine et Dar Khrofa est en cours de réalisation. Ce projet, qui aura une capacité de transfert de 100 millions de mètres cubes (Mm3) par an, « nous permettra d’irriguer 10.000 hectares et d’assurer l’approvisionnement en eau potable de la ville de Tanger », a affirmé le ministre de l’Agriculture devant un parterre d’universitaires, lors de son intervention à la Fondation Links le vendredi 14 juin, dans le cadre de la conférence intitulée « Eau et sécurité alimentaire : résilience et durabilité ».

Mohammed Sadiki a également précisé que « ce projet d’interconnexion sera livré fin août, début septembre 2024 ». 

À noter que la première tranche urgente de l’interconnexion des bassins Sebou-Bouregreg a été réalisée dans des délais records de 9 mois. Ce projet permet de capter et de transférer un volume annuel moyen de 350 à 400 Mm3, assurant ainsi l’approvisionnement en eau potable des villes de Rabat et Casablanca à partir du barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah.

Concernant l’interconnexion du Laou avec la Moulouya, « les études sont en cours pour analyser les options envisageables pour ce projet », a indiqué Ahmed Bouari, directeur de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole, dans un précédent article.

Enfin, un autre projet est également prévu. Il s’agit du transfert de 60 Mm3 par an des eaux dessalées à partir de la station de dessalement de l’eau de mer d’OCP à Jorf Lasfar vers la station de traitement de Daourat, afin d’approvisionner en eau potable le sud de Casablanca.

Eau agricole. Le point sur l’état d’avancement des principaux chantiers

Pour cette saison agricole 2023-24, le niveau de pluviométrie a à peine atteint 224 millimètres jusqu’en avril 2024. Un cumul qui reste inférieur de 27% par rapport à celui d’une année agricole normale (la moyenne des 30 dernières années).

La part d’eau allouée aux grands périmètres irrigués n’a pas dépassé 680 millions de m3 pour la saison agricole en cours, dont environ 300 millions de m3 ont été utilisés. 

Afin de renforcer la résilience du secteur agricole aux changements climatiques et atteindre un équilibre entre les différents usages, le plan d’action du gouvernement vise la création de nouveaux barrages pour éviter le déversement de l’eau douce en mer et une répartition régionale équilibrée des ressources hydriques grâce à des projets d’interconnexions.

Outre le projet d’interconnexion des bassins Sebou-Bouregreg, « la connexion entre les bassins de Bouregreg-Oum Rbia est en cours. Concernant le Laou avec la Moulouya, les études sont en cours pour analyser les options envisageables pour ce projet« , précise Ahmed Bouari. Pour Médias24, le Directeur de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole fait le point sur l’état d’avancement des chantiers lancés dans l’optique de garantir une meilleure efficacité hydrique.  

Interconnexion du barrage Oued El Makhazine au barrage Dar Khrofa avec une capacité de transfert de 100 Mm3/an

Médias24 : Dans le cadre de la stratégie agricole Génération Green et du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 2020-2027), trois leviers complémentaires sont actionnés, dont le développement de l’offre hydrique. Où en est leur mise en œuvre ? 

Ahmed Bouari : Plusieurs chantiers importants sont engagés pour renforcer et diversifier l’offre hydrique et atténuer la compétition entre les usages. Il s’agit particulièrement de la poursuite du développement de nouveaux barrages en vue d’accroître la capacité de stockage de 6 milliards de m3 additionnels.

En plus, l’interconnexion des bassins hydrauliques Sebou-Bouregreg-Oum Rbia et des bassins Loukkos-Tangérois permettra de capter les ressources en eau perdues en mer et d’optimiser la gestion entre les bassins hydrauliques, notamment en situation de pénurie.

La première tranche urgente d’interconnexion des bassins Sebou-Bouregreg a été réalisée dans des délais record de 9 mois. Elle permet de capter et de transférer un volume d’eau annuel moyen de 350 à 400 millions de m3 en vue de sécuriser l’approvisionnement en eau potable des villes de Rabat et de Casablanca à partir du barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah. 

Deux autres projets d’interconnexion sont actuellement en chantier. Le premier concerne l’interconnexion du barrage Oued El Makhazine au barrage Dar Khrofa avec une capacité de transfert de 100 Mm3/an pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable de la ville de Tanger

Le deuxième concerne le transfert de 60 Mm3/an des eaux dessalées à partir de la station de dessalement de l’eau de mer d’OCP à Jorf Lasfar vers la station de traitement de Daourat pour l’approvisionnement en eau potable du sud de Casablanca. 

– Qu’en est-il du programme de dessalement d’eau de mer ? 

– Ce programme a pour objectifs l’approvisionnement en eau potable des villes et le développement des projets d’irrigation. Six projets sont en cours de réalisation et permettront de produire 143 Mm3 par an additionnels, dont le projet de dessalement de l’eau de mer pour l’irrigation de 5.200 ha à Dakhla. 

Les études sont en cours pour 9 projets de dessalement de l’eau de mer pour l’irrigation dans les zones de Sidi Rahal, Tan Tan, l’Oriental, Guelmim, Chichaoua, Oualidia, Tiznit, Taroudant et Boujdour sur une superficie totale de près de 120.000 ha.

Dans le détail, pour le projet de dessalement de l’eau de mer de Tan-Tan, les études de faisabilité technique et d’évaluation préalable sont achevées et le projet est présenté à la commission interministérielle des PPP. Il a reçu l’approbation du ministère de l’Economie et des finances pour la réalisation du projet dans le cadre de la loi 86-12 relative aux contrats de partenariat public-privé. Les dossiers d’appels d’offres pour le choix des partenaires privés sont en cours d’achèvement.

Concernant le projet de Sidi Rahal, les études techniques sont achevées et le rapport d’évaluation est en cours de préparation. S’agissant des autres projets, les études de faisabilité sont en cours et les premiers résultats concernant l’identification des sites des stations de dessalement et l’étendue du périmètre d’irrigation des projets d’extension de l’irrigation à de nouvelles terres, sont en cours de validation.

– Le projet d’irrigation dans la province de Dakhla-Oued Eddahab est-il toujours prévu pour une mise en production en 2025 ? 

– Le projet d’irrigation par dessalement de l’eau de mer de Dakhla porte sur une superficie de l’ordre de 5.200 hectares et comprend un champ éolien qui alimente une station de dessalement d’eau de mer en énergie renouvelable.

Ce projet avance comme prévu sur les trois chantiers. A savoir les éoliennes, la station de dessalement et le réseau d’irrigation, qui sont engagés parallèlement pour une mise en service en juin 2025. Il est à souligner que ce projet permettra de générer une importante dynamique économique dans la région, avec des investissements privés estimés à 2,6 milliards de dirhams et la création de milliers d’emplois permanents.

– En plus des programmes de développement de l’offre hydrique, un effort d’investissement de près de 50 milliards de DH est en cours de mise en œuvre pour améliorer l’efficacité hydrique et énergétique de l’eau agricole.

– La modernisation de l’irrigation a permis à ce jour d’étendre l’irrigation localisée sur 825.000 ha. L’objectif est d’équiper un million d’hectares en irrigation localisée pour doubler la valeur ajoutée par mètre cube d’eau utilisée dans l’irrigation.

L’amélioration de la gouvernance de l’eau vient compléter les programmes de l’offre et de la demande hydrique à travers le développement du partenariat public-privé (PPP) pour le co-financement, la conception, la construction et l’exploitation des projets d’irrigation et la gestion durable des nappes d’eau souterraines. Sur ce volet, une forte impulsion est donnée au programme de PPP en irrigation, principalement à travers le recours au dessalement de l’eau de mer pour atténuer la pression sur les ressources en eau conventionnelles.

La contractualisation avec les parties prenantes pour une gestion participative des nappes se poursuit également à travers la signature de plusieurs contrats de nappe, notamment pour la nappe de l’axe Meski-Boudnib (province d’Errachidia), Feija (province de Zagoura), Rmel (province de Larache) et Haouz Mejjat (principalement dans la province Chichaoua). D’autres contrats sont en cours de préparation, notamment pour les nappes de Triffa, Berrechid et Saïss.

Ahmed EL Bouari, directeur de l’Irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole.

– Quels progrès récents ont été enregistrés au niveau du développement de l’irrigation et de la réhabilitation de la petite agriculture irriguée en zones de montagne et dans les oasis ? 

– Ce programme consiste à mettre à niveau les aménagements hydro-agricoles de la petite et moyenne hydraulique (PMH) pour améliorer l’efficience des systèmes d’irrigation et la productivité de l’eau. Les principaux objectifs de ce programme consistent à préserver les périmètres de PMH dans les zones de montagnes et les oasis à travers la réhabilitation et remise en état d’environ 200.000 ha de périmètres de PMH au profit de 100.000 exploitations. A cela s’ajoute la sauvegarde du patrimoine des khettaras.

Depuis son lancement, une superficie de 77.000 ha de périmètres de PMH sont réhabilités et mis à niveau dans les écosystèmes fragiles de montagnes et des oasis, notamment à travers :

– Le revêtement de 1.952 km de séguias pour réduire les pertes d’eau et augmenter la productivité et les revenus des petits agriculteurs ;

– La restauration de 124 km de khettaras permettant de valoriser ce patrimoine ancestral dans les régions oasiennes.

Mise en service des premiers secteurs d’irrigation sur 10.000 ha dès le remplissage du barrage Mdez

– Quid du développement des trois grands projets d’aménagement hydro-agricole dans les régions du Saïss, de l’Est et du Sud de la plaine du Gharb ? 

– En ce qui concerne le projet d’aménagement hydroagricole dans la plaine du Saïss, tous les ouvrages principaux de raccordement au barrage Mdez et les ouvrages d’adduction sont réalisés sur une longueur de 60 km comprenant notamment un passage par galeries sur 5 km et deux ouvrages de régulation et de filtration de l’eau.

Les travaux de la première tranche du réseau de distribution s’étalent sur une longueur de 409 km avec une cheminée d’équilibre de 80 m de hauteur et d’équipement des bornes d’irrigation. Ils sont en cours d’achèvement. Ce qui permettra de mettre en service les premiers secteurs d’irrigation sur une superficie de 10.000 ha dès le remplissage du barrage Mdez.

En ce qui concerne le projet d’aménagement hydro-agricole dans la zone sud-est de la plaine du Gharb, il porte sur une superficie de 30.000 ha et s’inscrit dans le cadre du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027. 

Les travaux consistent en une prise d’eau sur le barrage Kodiat El Borna en cours de construction, une adduction tête morte sur une longueur de 11 km, une adduction dite Hricha sur 98 km et un réseau de distribution en conduites à l’intérieur de chacun des secteurs jusqu’aux prises d’eau. 

Un financement du projet est en cours de préparation avec l’agence japonaise de coopération (JICA). Le bouclage du financement est prévu avant fin juin 2024 et le démarrage des travaux dès la signature de la convention de financement du projet est prévue en juin 2024. 

– L’élargissement de la capacité de la station de Chtouka Aït Baha est-il toujours d’actualité ? 

– En ce qui concerne le bassin primeuriste de Chtouka, un bassin de production considéré comme le potager du Maroc pour certains produits agricoles de base, le projet de dessalement de l’eau de mer dans la plaine de Chtouka a enregistré des progrès significatifs depuis son lancement en Juillet 2018. 

La station de dessalement de Chtouka Aït Baha est entrée en production en janvier 2022. Sa capacité de production est de 275.000 mètres cubes par jour dont 125.000 mètres cubes par jour destiné à l’irrigation et permet d’irriguer 15.000 hectares. Les travaux ont inclus la construction d’installations maritimes ainsi qu’une station de dessalement et des infrastructures d’irrigation, comme un réservoir de stockage, 5 stations de pompage et un réseau de distribution d’eau sur 489 kilomètres.

Face à l’évolution des conditions hydriques de la région, il a été décidé d’élargir la capacité de la station à 400.000 mètres cubes par jour d’ici 2026. Cette extension comprendra une production quotidienne de 200.000 mètres cubes pour l’eau potable et 200.000 mètres cubes pour l’irrigation.

– Où en est le programme d’aménagement hydro-agricole associé aux nouveaux barrages, couvrant 72.500 hectares sur 6 périmètres d’irrigation ? 

– Le programme d’aménagement hydro-agricole associé aux barrages vise la valorisation des ressources en eau mobilisées par les barrages et la mise en valeur de nouveaux périmètres irrigués pour intensifier la mise en valeur agricole. Depuis le démarrage de ce programme, les réalisations sont comme suit :

– Les aménagements portant sur une superficie de 8.100 ha sont achevés (projets moyen Sebou et Kaddoussa) ;

– Les aménagements portant sur une superficie de 12.600 ha (1ère tranche du projet Saïss et 2e tranche du moyen Sebou) sont en voie d’achèvement ;

– Les aménagements portant sur une superficie de 20.000 ha (2e tranche du projet Saïss) sont en cours de réalisation ;

– Les aménagements concernant deux grands projets sont en cours de démarrage des travaux, notamment dans le Gharb (30.000 ha) et Ouljat Essoltane (1.800 ha).

Ahmed El Bouari est directeur de l’Irrigation et de l’Aménagement de l’espace agricole (DIAEA) au ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, depuis 2013.

Né en 1964 à Ouezzane, M. El Bouari a débuté sa carrière professionnelle en tant qu’ingénieur du génie rural. Il a conduit des projets d’envergure dans le domaine de l’eau et de l’irrigation. Il a contribué à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques nationales de l’irrigation, de l’eau et des aménagements fonciers.

En outre, il est actuellement président de l’Association des ingénieurs du génie rural du Maroc (AIGR) et président du Réseau marocain interprofessionnel de l’irrigation (REMIG). Il est également membre de l’association internationale « Echanges méditerranéens pour l’eau, la forêt et le développement » dont le siège est à Paris.

Il assure enfin la vice-présidence de la Commission internationale de l’irrigation et du drainage (CIID) en reconnaissance de ses contributions dans ce secteur.

Nezha Sadiqi : “La politique des barrages n’atteindra jamais ses limites”

A la fin des années 1960, le Maroc a lancé une ambitieuse politique d’édification des barrages. Longtemps encensée, elle est aujourd’hui parfois critiquée pour son impact environnemental, l’envasement des barrages et l’évaporation des eaux. D’aucuns s’interrogent même sur l’utilité d’édifier un barrage en temps de pénurie et de déficit pluviométrique puisqu’il risque d’avoir des taux de remplissage très faibles.  

Actuellement, le Maroc est doté de 152 grands barrages, outre les 140 petits barrages et lacs collinaires, et de 16 systèmes de transferts d’eau auxquels s’ajoute l’interconnexion des bassins de Sebou et de Bouregreg d’un linéaire de 67 km.  

Ces édifices ont plusieurs objectifs. Ils servent à retenir de l’eau en période de pluie et de neige afin que la ressource ne se jette pas à la mer. L’idée est donc de retenir l’eau afin de l’utiliser en temps de pénurie. Les barrages servent également à protéger les populations contre les inondations en régulant les flux d’eau.

Cela dit, une retenue d’eau artificielle perturbe le cycle de l’eau naturel et assèche les oueds, empêchant par exemple la migration des espèces aquatiques. Pour Médias24, Nezha Sadiqi, chef de service à la Direction de l’aménagement hydraulique, tord le cou à certaines idées reçues. 

Médias24 : On entend souvent dire que la politique des barrages a atteint ses limites. Qu’en est-il ?  

Nezha Sadiqi : La politique des barrages n’atteindra jamais ses limites car la demande en eau est de plus en plus importante. Certes, la pluviométrie est en baisse mais il y a toujours des crues, à l’image de celle récemment survenue dans l’Oriental. En conséquence, le volume d’eau retenu dans les barrages a nettement évolué. 

– Quelles sont les mesures adoptées pour réduire les effets de l’envasement et de l’évaporation au niveau des barrages ? 

– L’envasement est un phénomène dont on ne peut pas se débarrasser. Mais on peut en réduire l’effet via des opérations de surélévation des barrages. En plus, des équipements techniques sont installés pour évacuer les apports solides de la retenue d’eau afin qu’ils poursuivent leurs cours et ne s’arrêtent pas dans la retenue d’eau. En amont du barrage, des opérations de reboisement sont nécessaires pour réduire l’érosion. 

Concernant l’évaporation des eaux, c’est un phénomène qui a en effet augmenté ces dernières années. Mais c’est un phénomène naturel auquel il est difficile d’apporter une solution. D’ailleurs, le niveau des retenues est en baisse ; pas seulement parce que l’on consomme plus d’eau, mais parce que l’évaporation des eaux est plus importante.   

– Les retenues d’eau artificielle empêchent souvent la migration des espèces aquatiques…

– C’est un aspect que nous prenons en compte lors de l’aménagement d’un barrage, notamment à travers l’installation d’échelles à poisson dans les barrages récents. Ce dispositif permet aux poissons de poursuivre leur migration malgré le barrage qui se dresse. Le problème, c’est que les oueds du Maroc sont quelque peu asséchés. Normalement, ces échelles à poissons sont installées par défaut au niveau international. 

– Le développement social et économique des localités qui accueillent les barrages en aval est mis en avant. Qu’en est-il des localités en amont ? 

– Les zones en amont des barrages sont émergées par les eaux de la retenue. Nous essayons donc de déplacer ces populations, tandis que pour les habitants sur les berges des barrages, nous essayons d’améliorer leur situation à travers notamment des pistes de désenclavement et le réaménagement des infrastructures publiques (mosquées, écoles) avec un développement d’activité socio-culturelle de toute la zone d’action. 

Autoroute de l’eau. Une conversation avec Hamou Bensaadout, directeur général de l’hydraulique

Il n’y a pas que le recul des précipitations et le réchauffement climatique qui plombent la situation hydrique du Maroc. La rareté de l’eau subie par le Royaume est également due à l’activité anthropique mais aussi à la déperdition de millions de mètres cubes par les cours d’eau dans l’océan Atlantique et la Méditerranée

Dans l’optique d’éviter qu’un maximum d’eau douce n’alimente les eaux salées au lieu des barrages, l’interconnexion entre le bassin du Sebou et celui du Bouregreg a été pensée et réalisée en un temps record, moins d’un an. Elle fait partie d’un vaste projet d’interconnexion des bassins du Loukkos, Sebou, Bouregreg, Oum Er-Rbia. 

En outre, l’interconnexion des bassins du Laou et de la Moulouya est également programmée à plus long terme. « Ces interconnexions permettent de capter un volume d’eau global variant entre 800 et 1.100 millions de m3, dans le cadre d’une gestion solidaire des ressources en eau entre bassins hydrauliques », indique à Médias24 Hamou Bensaadout, directeur général de l’hydraulique au sein du ministère de l’Équipement et de l’eau.  

Jusquà 7 milliards de mètres cubes déversés dans locéan par an

Cette gestion ambitionne donc de réduire au maximum le déversement d’eau douce en mer. « Nous visons les années de fortes disponibilités hydriques pour dévier les eaux qui se déversent dans la mer vers le barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah près de Rabat », espère Hamou Bensaadout. 

Même lors des années sèches, cette interconnexion sera tout aussi importante. « En 2022, qui a été enregistrée comme l’année la plus sèche, 500 millions de mètres cubes ont été déversés à la mer par le Sebou. En année normale, le volume perdu est en moyenne de 800 millions de mètres cubes. »

Sachant qu’au niveau national, les ressources en eau qui finissent leurs courses en mer « peuvent atteindre 7 milliards de mètre cubes » sur l’ensemble du territoire national, comme en 2010, la mobilisation de ces ressources en période de sécheresse est une aubaine inestimable.  

Pour schématiser ce phénomène, il faut comprendre qu’un fleuve est un cours d’eau qui se déverse dans un océan ou dans une mer. Il s’y jette dans un endroit appelé l’embouchure. En règle générale, son débit ainsi que sa taille sont importants.

Le cycle de l’eau au Maroc avant le réchauffement de l’eau. Le Maroc recevait en moyenne 140 milliards de m3 de précipitations par an. C’était avant la baisse provoquée par le réchauffement climatique. 18 milliards de mètres cubes vont vers les eaux de surface, tandis que 4 milliards de ùètres cubes peuvent être prélevés des nappes souterraines dont elles sont la part renouvelable chaque année. En réalité, les prélèvements des nappes étaient de 5,1 milliards de m3, appauvraissant chaque année les réserves souterraines d’autant.

 

Au Maroc, les eaux de plusieurs cours d’eau, dont quatre sont concernés par le projet de l’autoroute de l’eau, se jettent dans l’océan Atlantique, mais aussi dans la mer Méditerranée. Il s’agit notamment des cours d’eau suivants : 

– Drâa (1.200 km) ; 

– Oum Errabiâ (650 km) ; 

– Sebou (614 km) ; 

– Moulouya (600 km) ; [n’atteint plus la mer depuis les dernières sécheresses]

– Seguia el-Hamra (350 km) ; 

– Tensift (250 km) ; 

– Bouregreg (240 km) ; 

– Oued Beht (110 km) ; 

– Oued Massa (120 km) ;

– Loukkos (176 km) ;  

– Oued Souss (190 km).

Ainsi, une première phase de l’autoroute de l’eau vient d’être achevée avec l’interconnexion Sebou-Bouregreg sur une longueur de 67 km pour mobiliser un volume annuel moyen compris entre 300 et 400 millions de m3. Cette dotation répond à la volonté du gouvernement de « dévier l’excédent hydrique du bassin du Sebou vers le bassin du Bouregreg », précise Hamou Bensaadout. 

L’exploitation des eaux déviées commence progressivement avec un débit initial ne dépassant pas les 3 mètres cubes par seconde. « Le débit d’eau augmentera progressivement jusqu’à 15 m3 par seconde. Il s’agit de la capacité ultime maximum, en fonction de la disponibilité de l’eau et après usage dans le bassin du Sebou (eau potable, agriculture, énergie) », ajoute-t-il.  

« La dotation est flexible« , reprend le directeur général de l’hydraulique. « Elle va dépendre de l’hydraulicité de l’année car ce projet est un transfert des eaux excédentaires après tous les usages dans le bassin du Sebou. Le reste qui se déversait à la mer sera dévié. » Les réserves hydriques de l’année sont évaluées au mois de septembre, au début de l’année agricole.

« Nous nous basons ensuite sur des règles prioritaires de gestion, à savoir l’eau potable, l’irrigation et la production d’énergie. C’est le sacro-saint de la gestion des réserves. Ensuite, nous définissons les dotations en fonction de ses priorités« , précise M. Bensaadout. Autrement dit, le volume transféré peut atteindre 400 millions de mètres cubes ou beaucoup moins au cours des années sèches

Intervention décisive de la Commission chargée du suivi de la mise en œuvre du programme gouvernemental

Ce projet n’a pas été une mince affaire. La réflexion a été lancée en juillet 2022 par le ministère de l’Equipement sous la supervision de la Commission chargée du suivi de la mise en œuvre du programme gouvernemental, présidé par le ministre de l’Equipement et de l’eau, Nizar Baraka. Sont également représentés dans cette commission, le ministère de l’Intérieur, le ministère des Finances, le ministère de l’Agriculture et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). 

Une gouvernance intégrée qui a permis de « fluidifier la résolution de plusieurs contraintes comme le financement, la passation des marchés et le démarrage des travaux en décembre 2022. La dernière visite du chantier de M. Nizar Baraka a été réalisée en juillet 2023″, précise Hamou Bensaadout. 

D’ailleurs, l’aspect financier a été un obstacle de taille. « On devait lancer le projet en 2022. Mais à l’époque, il n’était pas budgétisé dans la loi de finances 2022. En tant qu’administration, nous n’avions ni les crédits ni les rubriques budgétaires nécessaires pour supporter une telle dépense« , se remémore M. Bensaadout. 

« Les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat, étant donné qu’elles bénéficient du projet, ont eu pour mission de trouver les financements à raison de 3 milliards de dirhams par région, soit 6 milliards au total », poursuit-il. 

« Ce budget qui a été levé devait être domicilié dans un établissement public. Nous avions le choix entre l’ONEE-Branche eau ou l’Office de mise en valeur agricole du Gharb (ORMVAG). La Commission chargée du suivi de la mise en œuvre du programme gouvernemental a opté pour ce dernier, puisque le projet devait être réalisé dans son périmètre d’action, soit entre Fès et Kénitra », souligne le directeur général de l’hydraulique. 

Une fois le financement sécurisé, les travaux ont pu être lancés début décembre 2022. Un tube en acier d’un diamètre de 3,20 m a été installé le long de 67 kilomètres, entre Fès et Kénitra. De Kénitra jusqu’au barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, il a fallu qu’une partie « de la conduite traverse également la forêt de Maâmora sur 163 hectares », précise M. Bensaadout. « En guise de compensation, la forêt sera reboisée sur près de 3.000 ha. »

Sur le terrain, la maîtrise d’ouvrage déléguée a été confiée à l’ORMVAG. Il y a également eu des équipes du ministère de l’Equipement et de l’eau, du ministère de l’Agriculture et de l’ONEE qui ont suivi les aspects techniques du projet. « Les différentes étapes ont été validées au fur et à mesure par la Commission chargée du suivi de la mise en œuvre du programme gouvernemental lors de de réunion régulière présidé par Nizar Baraka. C’est ainsi que s’est articulée la gouvernance du projet, depuis juillet 2022 jusqu’en août 2023″, indique notre interlocuteur.

La tranche complémentaire finalisée en 2027

La finalisation de la première tranche sera à très court terme, suivie par le lancement des travaux de la tranche complémentaire. « Les travaux vont être lancés incessamment par le ministère de l’Equipement et de l’eau. L’objectif étant de connecter  le Bouregreg avec Oum Errabia et Al Massira », indique Hamou Bensaadout.  

Le projet de la seconde tranche est inscrit dans le cadre du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI 2020-2027) et sera donc livré avant la fin de l’année 2027. « Le volume mobilisé devrait également être compris entre 500 et 800 millions de mètres cubes en moyenne, entre les barrages de Sebou, Sidi Mohamed Benabdellah et Al Massira. »

A l’image de la tranche urgente qui sert indirectement à irriguer un périmètre agricole de plus de 170.000 ha, la tranche complémentaire va également desservir les parcelles agricoles. En alimentant Sidi Mohammed Ben Abdellah de 300 à 400 millions de mètres cubes par an, le périmètre agricole à l’amont va bien sûr en bénéficier. C’est également l’objectif de la tranche complémentaire. 

Les dizaines de millions de mètres cubes qui sont souvent acheminés à partir des barrages de Bin El Ouidane et Ahmed El Hansali vers le barrage Al Massira, via l’Oued Oum Er-Rabia, serviront à irriguer les périmètres irrigués de la province de Béni Mellal. Les producteurs d’agrumes, de céréales et autres betteraves sucrières accueilleront sans doute cette nouvelle avec un grand soulagement. 

https://medias24.com/2023/08/29/roundup-irrigation-eau-potable-tout-sur-la-nouvelle-autoroute-de-leau/

À Rabat, l’esplanade du Bouregreg illuminée par les shows « Constellations »

Le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication organise du 30 août au 2 septembre, en partenariat avec l’Office national marocain du tourisme, des shows « Constellations » inédits sur l’esplanade du Bouregreg, entre les villes de Rabat et Salé.

Les constellations sont un groupe d’étoiles présentant des figures et des formes. Les civilisations anciennes les imaginaient différemment et leur attribuaient des significations spirituelles et théologiques, avant que l’Union astronomique internationale ne procède en 1930 à leur classification, en définissant leurs formes et en établissant leur nombre à 88, indique un communiqué du ministère.

Les shows se poursuivront jusqu’au samedi 2 septembre 2023, avec la programmation trois fois par jour du même spectacle, à 21 h, 22 h et 23 h.

Autoroute de l’eau : « Fin octobre, nous atteindrons le débit cible » (Akhannouch)

« Le transfert d’eau du Sebou au Bouregreg servira à alimenter les villes de Casablanca et Rabat − particulièrement Rabat. L’eau de cette région excédentaire, dont une partie se perdait en mer, sera valorisée et transférée à travers ces 70 km de canaux pour alimenter le Bouregreg », a déclaré Aziz Akhannouch ce mardi 29 août sur le site du projet de transfert d’eau du Sebou au Bouregreg, où il effectuait une visite de terrain.

Sur le lieu, Aziz Akhannouch a annoncé que le chantier était toujours en cours. La prouesse marocaine permettant d’interconnecter le bassin du Sebou au Bouregreg n’est qu’une tranche d’urgence, comme nous l’expliquions dans un article dédié.

L’exploitation de cette tranche commence progressivement avec un débit de 3 m³/seconde pour atteindre à la fin 15 m³/seconde.

« Grâce aux efforts de tous, un projet qui aurait pu prendre trois ans a été réalisé en dix mois », s’est félicité le chef du gouvernement. « Mais nous sommes toujours en chantier », a-t-il relativisé. « Les premières motopompes ont été installées, d’autres doivent être installées et d’autres encore sont en projet. »

Et d’ajouter : « Fin octobre, nous atteindrons le débit cible. Rabat et Casablanca seront alimentées par plus d’un million de m³ par jour. »

 

Voici les détails du Plan directeur d’aménagement intégré du bassin de Sebou

La gestion des ressources hydriques du bassin du Sebou est déterminante. À ce titre, le Plan directeur d’aménagement intégré prône des schémas de mobilisation et de gestion intégrée des ressources en eau garantissant une satisfaction durable et optimale des besoins. Ce Plan a été dévoilé à l’occasion du Congrès international sur l’eau et le climat, organisé les jeudi 6 et vendredi 7 juillet 2023 à Fès. 

Alors qu’il assure les besoins en eau de l’une des régions les plus peuplées du Royaume, le bassin hydraulique du Sebou est aussi la pierre angulaire du mégaprojet d’interconnexion des bassins du Sebou, Bouregreg, Oum Er-Rbia et Tensift, qui permettra de mobiliser un volume annuel compris entre 500 et 800 millions de m3. 

La première tranche de ce projet reliera le barrage de Garde du Sebou à celui de Sidi Mohamed Ben Abdellah sur Bouregreg, pour un débit de 15 m3/s, afin d’éviter la rupture d’approvisionnement en eau potable des villes de Rabat et Casablanca. De ce fait, instaurer une gestion intégrée des ressources en eau dans le bassin hydraulique du Sebou est essentiel. 

 

 

Des ressources en eaux souterraines exploitables de l’ordre de 1,1 milliard de m3/an

D’une superficie de 40.000 km², le bassin hydraulique du Sebou est la source d’approvisionnement en eau de 20% de la population nationale et couvre les régions de Fès-Meknès, Rabat-Salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, ainsi que 9 provinces.  

Les ressources en eaux de ce bassin sont indispensables pour les activités agricoles (arboriculture, dont oléiculture et cultures sucrières et céréalières), l’industrie lourde (raffinerie, sucrerie et cimenterie), l’agro-alimentaire, le tourisme (principalement autour des villes de Fès et Meknès) et l’artisanat.  

 

Les ressources en eau de surface du bassin hydraulique du Sebou se déclinent comme suit : 

– les précipitations moyennes enregistrées entre 1939 et 2017 atteignent 560 mm/an ; 

– les apports moyens annuels entre 1939 et 2017 s’établissent à 5,1 MMm3/an.

S’agissant des ressources en eaux souterraines exploitables, elles sont de l’ordre de 1,1 MMm3/an. En comparaison à d’autres régions du pays, les apports hydriques du bassin du Sebou sont importants. Toutefois, le bassin fait face à plusieurs contraintes. En premier lieu, à cause du changement climatique, l’Agence du bassin hydraulique du Sebou (ABHS) a constaté « une baisse des précipitations de 10% et un recul des apports de 20% ». 

 

En outre, la surexploitation des ressources en eaux souterraines occasionne un déficit hydrique des nappes de 268 Mm3, et  l’envasement des barrages cause également une perte de 31 Mm3 chaque année. Ces difficultés interviennent alors que la demande en eau ne cesse d’augmenter à mesure que la courbe de la croissance démographique progresse.  

 

Construction de 10 nouveaux grands barrages

À l’évidence, une gestion intégrée des ressources est indispensable. Elle s’articule autour du maintien du respect des équilibres naturels liés à l’eau, en assurant une allocation équitable entre les différents usagers. En ce sens, les actions suivantes ont été entreprises :  

– instauration du Conseil du bassin du Sebou et des comités préfectoraux et provinciaux de l’eau ; 

– élaboration du Plan directeur d’aménagement intégré (PDAIRE) ; 

– suivi quantitatif et qualitatif des ressources en eau ; 

– gestion concertée des ressources en eau (Comité de gestion de barrages, contrats de gestion participative des nappes).

Le Plan directeur d’aménagement intégré des ressources en eau du bassin hydraulique du Sebou ambitionne d’atteindre un taux de branchement en matière d’alimentation en eau potable de 98% à l’horizon 2050, contre 94% actuellement. 

De surcroît, le PDAIRE prévoit la construction de 10 nouveaux grands barrages (4 déjà en cours) et 50 petits barrages, le rattachement des principaux pôles de demande aux barrages et la sécurisation de l’alimentation en eau potable par diversification des ressources. Sans oublier le recours aux ressources en eau non conventionnelles. 

Sur ce dernier point, notons que 27 des 74 villes relevant du bassin hydraulique du Sebou sont dotées de stations d’épuration. Le taux de traitement des eaux usées en milieu urbain est de 59%, alors que celui des rejets industriels ne dépasse pas 30%. « L’objectif d’ici 2050 est de rabattre la pollution de plus de 70% », promet l’ABHS. 

Allocation équitable des ressources entre les différents usagers

Concernant la fourniture à partir des ressources en eau de surface, le PDAIRE du bassin du Sebou prévoit la réparation suivante : 

– renforcement de l’alimentation en eau potable de la zone atlantique à partir du barrage de Garde du Sebou (400 à 800 Mm3/an) ; 

– alimentation en eau potable de Khémisset (16 Mm3/ an) et dotation à l’irrigation de l’ordre de 120 Mm3/an à partir du barrage d’El Kensara ; 

– alimentation en eau potable des zones rurales (21 Mm3/an) et irrigation (700 Mm3/an), à partir du barrage Al Wahda ; 

– le barrage Bouhouda participera à l’alimentation en eau potable des zones rurales à raison de 2 Mm3/an ; 

– le barrage Asfalou alimentera en eau potable des zones rurales à raison de 3 Mm3/an ; 

– l’alimentation en eau potable de la ville de Taza (12 Mm3/an) sera assurée par le barrage Bab Louza ; 

– le futur barrage Mdez permettra un transfert de 125 Mm3 pour soulager la nappe de Saïss ; 

– le barrage Idriss 1er va alimenter Fès et Meknès en eau potable (65 Mm3/an) et fournira une dotation à l’irrigation de 450 Mm3. 

Par ailleurs, le Plan directeur d’aménagement intégré du bassin du Sebou se donne pour mission de préserver les écosystèmes fragiles et de restaurer les lacs et zones humides détériorés. Une mission de la plus haute importance, sachant que les 8 zones humides inscrites dans la liste de sites RAMSAR du bassin du Sebou sont impactées par l’effet des sécheresses récurrentes et les actions anthropiques, dont la surexploitation et la pollution.

Reportage. À Berrechid, des agriculteurs acculés par la hausse des prix à la production

Préoccupés, les agriculteurs de Oulad Zidane ne sont pas pour autant surpris par la hausse des prix de certains légumes. Dans cette commune rurale située à quinze kilomètres de Berrechid, les champs de pommes de terre, céréales, carottes, oignons et autres se succèdent à perte de vue, délimités par des cactus ravagés par la cochenille. 

« En 2022, les exploitants vendaient leurs pommes de terre entre 3 et 4 DH le kilo. Mais il y a trois ans, elles ne dépassaient pas 1,50 ou 2 DH le kilo », affirme El Houssine Jaâfari, producteur de pommes de terre et d’oignons depuis vingt ans. 

La vertigineuse augmentation des produits alimentaires est la conséquence de multiples facteurs, dont les conditions météorologiques, une offre moins importante que la demande, mais aussi la hausse des tarifs des intrants agricoles, en plus des intermédiaires qui viennent en bout de chaine aggraver la situation. 

Flambée des prix des intrants agricoles 

En ce mardi 14 février, le soleil est dissimulé par des nuages transportés par un vent fort, annonciateur d’intempéries. En apercevant notre caméra, Khalid surgit du local technique de la pompe à eau, devant lequel une vingtaine de butanes de gaz s’entassent les unes sur les autres. 

Cela fait quatre ans que Khalid, la trentaine, cultive des pommes de terre et des oignons. A l’instar de ses collègues, il estime que si les prix de certains légumes ont atteint des sommets, ce n’est pas le fruit du hasard. « C’est le résultat d’une accumulation de facteurs, dont la sécheresse que nous avons subie ces trois dernières années. »

« Raison pour laquelle la production de pommes de terre dans la région de Berrechid, considérée comme le grenier de Casablanca et ses environs, a été en deçà des attentes », avance-t-il, au moment où il est rejoint par Mohammed Rbaiti. 

Après plus d’une décennie à produire des pommes de terres, ce père de deux enfants n’a pas souvenir de pareille flambée des prix. Selon lui, « la hausse du litre de gasoil et celle des intrants agricoles sont les principales coupables ».  

« Par le passé, le prix des intrants agricoles était abordable pour les agriculteurs, contrairement à ces deux dernières années », corrobore Abderrahmane Arourou. 

Pénurie de semences

Aux odeurs de fumier se mêlent les chants du coq et les murmures lointains des travailleurs et travailleuses agricoles. Alignés, une dizaine d’entre eux avancent méthodiquement de quinze centimètres le long des quatorze hectares cultivés par Abderrahmane Arourou. Soit la distance qui doit séparer deux semences de pommes de terre. 

« Une tonne de pommes de terre à semer, importées des Pays-Bas ou d’Écosse, coûte actuellement jusqu’à 14.000 DH », indique notre interlocuteur. « Il y a quelques années, le prix des semences était de 6 DH le kilo, il est désormais compris entre 11 et 15 DH le kilo. Et certains agriculteurs n’ont même pas réussi à s’approvisionner », déplore Mohammed Rbaiti. 

Agriculteur de père en fils, Farid Rachid a un regard noir en constatant qu’une partie de sa cargaison de semences importées, étalée à même le sol, « a pourri pendant le voyage en bateau ».

Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est la hausse du prix des engrais, en l’occurrence le NPK importé, fertilisant composé d’azote, phosphore et potassium. 

« Cette année, le NPK est encore plus cher que l’an dernier, avec un supplément de 50 DH par quintal (415 DH/quintal). Nous sommes pourtant obligés de l’acheter, car il est essentiel au bon rendement des cultures », s’agace-t-il. 

Même son de cloche du côté de Said Naji, croisé sur une moto chargée de deux sacs (50 kg) d’engrais NPK. « Je viens de m’approvisionner à hauteur de 390 DH le sac de 50 kg, alors que c’est une marque de mauvaise qualité. Il y a quelques années, le même produit ne dépassait pas les 225 DH », précise-t-il. 

De son côté, Mohammed Rbaiti explique qu’en dépit de l’accalmie des cours des engrais azotés sur les marchés internationaux, les agriculteurs marocains payent très cher un intrant agricole indispensable. Du moins, quand ils le trouvent.

« L’ammonitrate 33,5%, essentiel dans la bonne tenue et le rendement des cultures, est passé de 300 à 800 DH le quintal en 2022. Cette année, son prix commence à légèrement baisser mais, à 600 DH, il reste inabordable pour beaucoup d’agriculteurs », souligne Khalid. 

Ajoutez-y l’urée 46%, qui est passée depuis la crise sanitaire de « 400 à 1.300 DH le quintal, surtout en cette période de semis où la demande est importante », déplore El Houssine Jaaâfari. Comme les pièces d’un puzzle, il faut que l’ensemble des intrants agricoles soient réunis pour la bonne tenue d’une culture, avec l’espoir d’un rendement de qualité. Les produits phytosanitaires en font également partie. 

Des produits phytosanitaires inabordables 

Tels des pantins désarticulés, les cactus en lisière des parcelles agricoles se sont quasiment effondrés sur eux-mêmes, comme dévitalisés par la cochenille. D’aucun argueront que ces cactus font au moins office d’épouvantail, « mais il fut un temps où nous les soignions. Ce n’est plus possible de nos jours », regrette Mohammed Rbaiti.

« Les produits phytosanitaires coûtent tellement cher que l’on réussit à peine à s’en procurer pour nos cultures », précise-t-il. « J’avais pour habitude d’acheter 25 kilos de produits phytosanitaires à 900 DH. En 2022, ils coûtaient presque le double », s’insurge Khalid. « En plus d’être exorbitants, ces tarifs varient de région en région ou de ville en ville », déplore Mohammed Rbaiti. 

« Il serait temps d’inscrire les prix sur les étiquettes une bonne fois pour toutes, car nous sommes obligés d’acheter ces produits quel qu’en soit le prix, au risque de perdre nos cultures », ajoute-t-il. Il en est de même pour le poly, plus connu sous le sigle PVC. 

Si certains agriculteurs possèdent un puits dans leur parcelle, tout le monde n’a pas cette chance. La majorité des exploitants de la région louent des puits éloignés de deux, trois, voire quatre kilomètres de leurs terres. Une distance comblée grâce à des milliers de mètres de tubes PVC qui déversent l’eau acheminée dans des bassins de 1.800 m3.  

« Ces deux dernières années, le mètre de PVC est passé de 23 DH à 45 ou 50 DH. Il est indispensable, car il me permet d’acheminer l’eau depuis le puits que je loue et qui se trouve à 2 km de la terre que je cultive », souligne Farid Rachid, en rappelant que le PVC n’est qu’une infime partie du coût de l’irrigation. 

« Depuis 2021, la location d’un puits atteint 80.000 à 90.000 DH, et la terre se loue en moyenne à 10.000 DH par hectare », indique Khalid, qui impute la hausse du prix de location des puits à la difficulté d’obtenir des autorisations de forage. 

Tarissement des ressources de la nappe de Berrechid 

A l’origine de la nouvelle réglementation, la surexploitation des eaux souterraines de la nappe phréatique de Berrechid, qui pourraient se tarir dans quelques décennies. En effet, l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia (ABHBC) a récemment mesuré son niveau piézométrique entre 100 m et 120 m par rapport au sol. 

« C’est la nappe la plus stratégique », assurait à Médias24 dans un précédent article, Mohammed Boutayeb, chef de division de la gestion durable des ressources en eau à l’ABHBC, dont dépend la nappe phréatique de Berrechid.

« Les études techniques et les modèles mathématiques réalisés pour évaluer la tendance d’évolution de la nappe montrent qu’elle est très exploitée. Dans dix ans, on risque d’en perdre une grande partie », précise-t-il.

Pour atténuer cette problématique, « nous avons défini avec les usagers de l’eau, regroupés en associations, un quota de prélèvement de l’ordre de 5.000 m³/ha, variable selon l’évolution de la nappe. Des pénalités sont prévues en cas de dépassement », explique M. Boutayeb. 

De fait, les autorisations de forage sont devenues plus ardues à obtenir. « J’ai cultivé six hectares de pommes de terre. Afin de les irriguer, j’ai un puits, mais dont une partie s’est récemment effondrée. Pour sauver ce qui peut encore l’être, il me faut une autorisation, mais la procédure est tellement longue qu’elle en devient dissuasive », estime Mohammed Rbaiti. 

Comme beaucoup d’autres cultivateurs, « je loue un puits à 50.000 DH et j’achemine l’eau jusqu’à ma parcelle pour environ 50.000 DH. Ce qui fait que l’irrigation me coûte 100.000 DH », fulmine El Houssine Jaâfari, près de son champ d’oignons dont la croissance a pris du retard à cause du gel et de la baisse des températures. 

Moins de superficies cultivées 

D’une même voix, les agriculteurs de Ouled Zidane rencontrés se disent acculés par la hausse des prix des intrants agricoles. Naturellement, ils en répercutent une partie sur le prix de vente. « Produire une tonne de pommes de terre me coûtait il y a quelques années 20.000 DH. Donc on vendait le kilo entre 1,50 et 2,50 DH. En 2022, la production d’une tonne de pommes de terre coûtait 35.000 DH, soit quasiment le double”, témoigne Rachid Guennouni,  producteur de pommes de terre de père en fils. 

En conséquence, nombreux sont les exploitants à avoir réduit la superficie cultivée en 2022, mais aussi en 2023. Ils estiment que c’est l’unique solution pour s’aligner sur la hausse des prix des intrants agricoles. « Je m’attends à ce que les prix augmentent encore plus, car beaucoup d’agriculteurs ont décidé de réduire la superficie qu’ils cultivent ou tout simplement de changer de métier à cause des dettes qu’ils ont accumulées et de la sécheresse chronique », prévient Abderrahmane Arourou. 

« Si je pouvais changer de métier, je le ferais », dit Mohammed Rbaiti. « Mais nous ne savons faire que cela, même si nous n’avons plus les moyens pour subvenir aux besoins de nos cultures. »

Mais cette volonté a également un prix. Au-delà de l’augmentation du prix de vente de leurs récoltes, les agriculteurs de Ouled Zidane disent ne plus pouvoir se rendre au marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, à cause des tarifs du transport. 

Certains vendent leurs récoltes à des intermédiaires. De ce fait, la note est encore plus salée pour le consommateur final. Tandis que d’autres conservent leurs récoltes dans la dizaine d’unités de réfrigération que compte la région de Berrechid, afin de les vendre à un prix élevé lorsque la demande devient plus importante.