Quels sont les enjeux de l’Edtech au Maroc ?

« La crise sanitaire a accéléré l’arrivée massive d’innovations pédagogiques et d’outils technologiques pour accompagner la transformation des modes éducatifs », fait constater d’emblée Salah Baina. L’émergence de nouveaux usages et concepts comme les classes en ligne, les plateformes éducatives, le suivi connecté des apprenants et l’évaluation des acquis à distance de l’école primaire jusqu’à l’université, ont bouleversé le quotidien des apprenants comme celui des professionnels.

Pour assurer la continuité pédagogique, les efforts du gouvernement se sont inscrits dans la généralisation de l’enseignement à distance et la digitalisation des cours pour faciliter l’apprentissage. Toutefois, « il a été plus simple pour certains d’accéder à des contenus éducatifs se trouvant à l’autre bout du monde, délivrés par des universités de renom, que d’accéder à leurs écoles ou aux services de leurs universités », regrette-t-il. Il déplore de ce fait le manque d’équipements et de qualifications des acteurs traditionnels de l’éducation et de l’enseignement pour accompagner les nouvelles tendances et cette transformation digitale.

Cela étant, ce que l’on vit actuellement peut constituer un véritable accélérateur pour la transformation digitale. Selon Salah Baina, indépendamment de la crise sanitaire, « le monde qui nous entoure est en pleine mutation, et celle-ci devrait être accompagnée par une revue complète du système éducatif national », en agissant sur quatre volets essentiels :

La disponibilité du contenu : Selon Salah Baina, la concurrence entre les établissements ne se fait plus uniquement sur la base du contenu, mais également sur la façon de délivrer ce contenu. « L’école du futur est une école connectée, disponible 24h/24 qui marche au rythme de l’apprenant et non pas à un rythme administratif qui, de toute façon, ne correspond plus au rythme de l’apprentissage moderne », estime-t-il. Et de poursuivre : « On parle dorénavant de classes inversées, de learning by doing, et d’apprentissage ATAWAD (Any Time Any Where Any Device), ou Apprendre à tout instant, depuis n’importe où et depuis n’importe quel support ». Il ne s’agit pas que de technologies, mais également de méthodes d’apprentissage nouvelles.

Le déploiement et l’amélioration des infrastructures pour pallier les lacunes générées par la fracture numérique : L’enjeu est de devoir pallier les lacunes structurelles, à savoir l’équipement et l’accès à l’internet, car « l’accès universel à l’école numérique est un droit », estime le professeur-chercheur. Il encourage de ce fait la mise en place d’un programme national de mise à niveau des infrastructures éducatives couvrant l’ensemble du système éducatif, de la salle de la classe au bureau de l’élève. Et d’ajouter, toujours s’agissant d’infrastructures : « il faut aussi regarder la qualité de la connexion physique et numérique de bout en bout dans la chaîne de valeur de l’apprentissage », qui ne peut se faire sans un accès suffisant au matériel informatique et à internet.

Les écarts d’apprentissage engendrés par la fracture numérique ne devant pas être creusés davantage, Salah Baina plébiscite une éducation hybride combinant enseignement présentiel et virtuel. « L’éducation nationale devra être réinventée dans ce sens ! Il est très peu crédible de miser sur des modes purement digitaux portés par des Pure Player pour remplacer l’école ou l’université, comme il est tout aussi peu crédible de miser sur un retour à la normale faisant fi de ce que nous avons vécu pendant ces 18 mois de transformation accélérée, grâce au Covid », estime-t-il.

La requalification et la formation à la culture et aux outils numériques : « Si l’éducation nationale veut être à la hauteur des défis qui nous attendent, un réel accompagnement doit être fait pour permettre à tout le monde de prendre le train du changement. Au-delà de l’équipement, le plus important dans cette révolution digitale est le facteur humain. »

Il rappelle qu’au début de la crise sanitaire, des enseignants se filmaient avec leurs téléphones portables et transmettaient leur contenu via Whatsapp à leurs élèves qui n’étaient pas familiarisés avec ces nouvelles méthodes éducatives. Notre interlocuteur déplore le manque de culture digitale à tous les niveaux, « des lacunes auxquelles nous avons dû faire face en mode ad-hoc », et recommande la formation des formateurs aux outils digitaux et l’amélioration des compétences numériques des étudiants par l’introduction, à titre d’exemple, de programmes autour des nouvelles technologies et de leurs usages.

La transformation du système éducatif pour délivrer une meilleure éducation : « Aujourd’hui, nous devons prendre conscience que les défis du monde moderne dans lesquels nous vivons ont changé, et qu’ils ne seront pas les mêmes dans une décennie. Il faut que l’éducation nationale se transforme pour accompagner un monde en mutation continue ». La mise en place et l’accélération de l’écosystème EdTech deviennent de ce fait une nécessité, en construisant un système de formation réinventé qui produise et mette en œuvre des concepts éducatifs innovants et à forte valeur ajoutée, adaptés aux exigences éducatives locales.

Dans le milieu universitaire marocain, une fin d’année plutôt mitigée

Joint par Médias24, Ahmed Belkadi, doyen de la faculté des sciences humaines à l’université Ibn Zohr, précise que la session des cours d’autonome a été organisée en distanciel, à l’exception de quelques petites filières. « Nous avons mobilisé les moyens techniques et informatiques pour faire bénéficier la quasi-totalité des étudiants des cours à distance », nous dit-il.

Selon lui, les efforts mobilisés par l’université ont permis un faible taux d’absentéisme lors des examens de la session d’automne : « Nous avons constaté une forte présence des étudiants pendant la période des examens. L’avantage de l’enseignement à distance, c’est que les étudiants n’ont pas besoin de se déplacer jusqu’à Agadir. Beaucoup viennent de loin, notamment des autres villes de la région Souss-Massa, mais aussi de Draa Tafilalet, Dakhla, Laayoune, Guelmim, et n’ont pas les moyens de louer une chambre sur place. Le distanciel a donc permis aux étudiants de mieux suivre les cours et de participer massivement aux examens. »

La prochaine session d’examens, en présentiel, aura lieu en juin prochain. En attendant, une partie des filières ont terminé les cours en présentiel la semaine dernière et vont terminer l’année en distanciel, tandis que les étudiants d’autres filières qui étaient jusqu’à présent en distanciel vont faire leur retour en présentiel pour les dernières semaines qui les séparent des examens. « Chaque filière a donc bénéficié de la moitié de la session en présentiel et de l’autre moitié en distanciel. Nous avons opté pour cette organisation, afin qu’il n’y ait pas trop d’étudiants à l’université et que les cours puissent se dérouler dans de bonnes conditions sanitaires », précise Ahmed Belkadi.

La pédagogie a été revue dans le cadre de l’enseignement à distance

De son côté, Azzedine El Midaoui, président de l’université Ibn Tofail de Kénitra, se dit plutôt satisfait de l’année universitaire 2020-2021, « même si tout n’a pas été parfait, bien entendu ». Concernant les établissements accessibles seulement sur concours (les accès régulés), notamment les écoles d’ingénieurs et de commerce, Azzedine El Midaoui précise que l’enseignement s’est déroulé en présentiel à hauteur de 75%, « conformément aux conditions de distanciation régies par le ministère de la Santé ».

En revanche, pour les établissements à accès ouverts, à savoir les universités, difficile d’assurer les cours en présentiel. « L’enseignement dans ces établissements a été majoritairement à distance avec des contraintes, financières notamment. Une grande partie des étudiants n’ont pas les moyens d’avoir une bonne connexion ou des outils technologiques qui leur permettent de suivre les cours à distance de façon optimale. Au Maroc, l’enseignement à distance n’est pas quelque chose qui a été suffisamment rôdé sur plusieurs années. Malgré tout, les choses ne se sont pas passées dans de mauvaises conditions : les enseignants ont opté pour d’autres ressources électroniques, des groupes Facebook et WhatsApp qui favorisent l’entraide entre étudiants. Toutes les nouvelles technologies de communication ont été exploitées pour pouvoir apporter aux étudiants un maximum d’informations. Les résultats sont, disons, satisfaisants. »

Même satisfecit pour les examens : « Nous avons été agréablement surpris de constater une présence importante des étudiants lors des examens. En première année, le taux d’absentéisme est habituellement très élevé ; il l’a beaucoup moins été cette année. »

Azzedine El Midaoui précise par ailleurs que la pédagogie a été revue dans le cadre de l’enseignement à distance. « Le présentiel impose une forte cadence. A distance, le rythme est plus souple. Cette année, la pédagogie a été retravaillée de façon à donner aux étudiants une quantité de cours raisonnable plutôt que de les gaver sur le plan quantitatif. Cela les a sans doute encouragés à ne pas abandonner les cours. Le programme a également pu être étudié dans sa globalité, que ce soit dans les établissements en accès régulé ou ouvert. Concernant les accès régulés, nous avons exploité de nouveaux locaux pour pouvoir accueillir tout le monde et étudier l’ensemble du programme », estime-t-il.

En revanche, il préfère ne pas s’avancer sur le niveau des élèves : « Sincèrement, nous n’avons pas pu évaluer le niveau des élèves. Je suppose qu’il y a une baisse, mais tout cela est rattrapable si on démarre la rentrée prochaine dans des conditions normales. »

Un autre son de cloche du côté des professeurs

Joint par Médias24, Khalid Mouna, professeur d’anthropologie à la faculté des lettres et des sciences humaines de l’université Moulay Ismail de Meknès, expose quant à lui un tout autre son de cloche. « Le taux de présence des étudiants en distanciel est quasiment le même que celui en présentiel, à hauteur de 30%. La plupart de mes étudiants n’ont pas les moyens financiers de suivre un cours en ligne, en l’occurrence sur Zoom. Beaucoup ne peuvent pas suivre tous les cours car le téléchargement consomme trop de débit. Ils sont donc contraints de sélectionner les cours qu’ils vont télécharger. Voilà ce que je fais : j’enregistre mon cours d’une heure et je le transmets à une étudiante qui le découpe en 15 minutes pour que les étudiants puissent le télécharger. »

Concernant l’absentéisme aux examens, Khalid Mouna l’estime entre 30 et 40%. « Cette année, sur mes 160 étudiants qui devaient passer l’examen, une soixantaine seulement sont venus. Mes collègues constatent la même chose : les salles d’examen étaient quasiment vides. Beaucoup d’étudiants ne peuvent pas se déplacer car ils ne trouvent pas où se loger une fois sur place. »

Un point positif toutefois : le programme sera achevé à temps. « La tenue des examens a été reportée à juillet (contre juin habituellement), justement afin que le programme puisse être vu dans sa totalité, car nous avons pris beaucoup de retard. »

Enfin, Abderrahim Bourkia, professeur de sociologie à l’université Mundiapolis à Casablanca, ne se dit pas en retard sur l’avancement du programme et assure qu’il sera terminé à temps. En revanche, même si tous ses étudiants assistent au cours en présentiel, ceux de première année peinent énormément à être assidus. « Ils n’ont pas encore acquis cette culture universitaire, et le contexte sanitaire ne les a pas aidés. »

Enseignement hybride : Les parents inquiets de la baisse du niveau de leurs enfants

Le modèle de l’enseignement hybride ne fait décidément pas ses preuves. Les parents s’inquiètent du niveau scolaire de leurs enfants et craignent que l’année en cours ne leur suffise pas à acquérir les compétences requises et, finalement, que le retard accumulé durant les presque trois mois de confinement, entre mars et juin 2020, s’aggrave davantage.

« Nous sommes très, très inquiets. Les élèves ne suivent pas les cours convenablement. Tant qu’ils continueront à venir en groupes et en demi-journées, ce système posera problème« , estime Mohamed Berazouk, premier vice-président de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves (FNAPEM) et président du secteur de Fès. « En temps normal, lorsque les élèves suivent les cours entièrement en présentiel, leur niveau n’est déjà pas très élevé, pour ne pas dire faible. Avec ce système, leurs difficultés ne font que s’aggraver« , déplore-t-il.

D’après Mohamed Berazouk, en contact régulier avec les parents d’élèves, ce constat s’applique aussi bien au public qu’au privé, et « sur l’ensemble du territoire, mais plus encore dans les zones rurales« . En effet, la FNAPEM constate que les élèves localisés dans les milieux ruraux peinent à accéder aux outils techniques et technologiques nécessaires pour suivre les cours. La fédération craint qu’à terme, le retard y soit plus important encore que dans les zones urbaines.

Un programme inadapté au modèle hybride

Mohamed Berazouk juge également inadapté le programme scolaire au vu du contexte d’enseignement actuel. « Il est trop chargé ; il n’a pas été adapté au modèle hybride. Les professeurs ne voient leurs élèves qu’une fois par semaine« , déplore ce responsable. Des propos qui ne sont pas sans rappeler ceux tenus auprès de Médias24 par une professeure de français dans un collège de Salé, en octobre dernier : « On a gardé le même programme comme si de rien n’était. C’est quasi impossible de tout faire en ayant une moitié de classe absente. Si le programme n’a pas pu être vu dans sa totalité, sur quoi vont être évalués les élèves ? Sur des leçons que nous n’aurons pas eu le temps de leur enseigner ? » Mohamed Berazouk s’interroge lui aussi : « Sur quoi seront évalués nos élèves s’ils n’ont pas le temps de voir tout le programme ? Comment seront-ils notés ? » 

Contactée par Médias24, Rachida Lahouir, professeure de philosophie dans un lycée de Meknès, formule les mêmes inquiétudes : « Oui, je crains de ne pas avoir le temps de voir la totalité du programme, d’autant qu’une fois chez eux, je ne sais pas ce que font mes élèves. Malgré la mise en place de groupes WhatsApp, je peine à assurer un suivi vraiment efficace et à vérifier que le travail est fait individuellement. »

Le modèle adopté est organisé de la sorte : la classe est divisée en deux, le premier groupe vient le matin puis le second vient l’après-midi. « Par exemple, mon fils a cours le lundi matin et ne retourne au lycée que le mardi après-midi, puis le mercredi matin, le jeudi après-midi et le vendredi matin« , précise Mohamed Berazouk. En présentiel, une leçon est vue avec le groupe A, puis la même avec le groupe B ; il faut donc deux cours pour voir une seule et même leçon, au lieu d’un cours auparavant.

Ce modèle hybride est le même dans tous les établissements scolaires, publics et privés, à l’exception de ceux qui ont opté pour le retour des cours entièrement en présentiel. Seule l’alternance des cours varie en fonction des établissements : certains font venir les élèves tous les jours mais en demi-journée (un groupe le matin et un autre l’après-midi), tandis que d’autres les font venir une semaine sur deux, c’est-à-dire un premier groupe qui vient tous les jours et toute la journée pendant une semaine, puis un second groupe la semaine suivante. Le choix du type d’alternance relève de l’établissement scolaire lui-même.

Ce qui ne peut être fait en classe doit être fait à la maison. Problème : lorsqu’ils sont chez eux, les élèves peinent énormément à étudier en totale autonomie. « On ne compte pas sur l’enseignement à la maison car les élèves ne suivent plus une fois chez eux« , confie Mohamed Berazouk. Lahcen Chkam, professeur de SVT dans un lycée de Khemisset, affirme quant à lui « ne pas compter«  sur la partie de l’enseignement faite en autoformation. En octobre dernier, il disait déjà auprès de notre rédaction que « la plupart des élèves n’apprennent pas chez eux : soit ils ne sont pas assidus, soit ils ont beaucoup de mal à comprendre le cours par eux-mêmes ». 

Il faut ajouter à cette organisation dysfonctionnelle les jours fériés et les vacances scolaires qui ne font que repousser les temps de cours en présentiel. Le mois de janvier est un exemple typique : hier, lundi 11 janvier, était férié. Les groupes qui devaient voir leurs professeurs ne les ont donc pas vus. Lundi prochain, le 18, ils ne les verront pas non plus puisque ce seront les autres groupes qui auront cours en présentiel. Le lundi suivant, le 25, les élèves n’auront pas cours toute la semaine en raison des vacances scolaires qui s’étaleront jusqu’au 31 janvier. « Ces élèves ne verront pas certains de leurs enseignants pendant trois semaines« , fustige Mohamed Berazouk. En effet, ils ne les retrouveront qu’à l’issue des vacances, c’est-à-dire lundi 1er février.

Le vice-président de la FNAPEM estime que « le programme doit être revu à la baisse et adapté à la situation car les rencontres entre élèves et professeurs ne sont pas suffisantes« . Contacté par Médias24, le ministère de l’Education nationale ne nous avait pas encore répondu au moment de la publication de cet article.

Malgré l’enseignement hybride, les élèves à besoins spécifiques peinent toujours

L’enseignement à distance a été éprouvant pour les élèves, tout âge et niveau confondus, mais certainement plus encore pour les enfants à besoins spécifiques, notamment les enfants dits  »dys », ceux ayant des troubles de la concentration ou des troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). La mise en place du modèle hybride a certes amélioré leur situation, mais celle-ci n’en reste pas moins toujours compliquée.

Dans la grande famille des  »dys », figurent la dyslexie, un trouble de l’apprentissage de la lecture ; la dysphasie, un trouble du langage oral ; la dysorthographie, un trouble de l’acquisition et de l’automatisation de l’orthographe ; la dysgraphie, un trouble de l’acquisition et de l’automatisation du geste graphique et la dyspraxie, un trouble de la conception, de la programmation et de la réalisation des gestes.

Des enfants livrés à eux-mêmes…

 »Ce sont des enfants qui ont énormément besoin d’être cadrés et suivis, d’avoir l’enseignante ou l’auxiliaire de vie scolaire à leurs côtés. En distanciel, surtout lorsque les parents travaillent, c’est juste impossible pour eux de travailler en autonomie », explique Dr Naoual Ajoub, pédopsychiatre jointe par Médias24. Selon elle, le modèle hybride, moitié présentiel, moitié distanciel, n’a permis de rattraper  »que de moitié » le retard accumulé pendant le confinement et les trois mois d’enseignement à distance.

Contactée par Médias24, Mongia Hajri, neuropsychologue et psychologue clinicienne, fait état d’un avis plus tranché :  »Ce qui est perdu est perdu. » Bien sûr, le modèle hybride permet de reprendre la main sur ces enfants, facilement sujets au décrochage scolaire, mais ce modèle n’est pas suffisant, estime-t-elle.  »En termes d’acquisition scolaire, le doute persiste. Ces enfants ont-ils acquis toutes les connaissances qu’ils devaient acquérir ? Trois ou quatre heures de présentiel par jour ne peuvent pas suffire à rattraper ce qui a été perdu, d’autant que certains parents n’ont pas du tout travaillé avec leurs enfants pendant le confinement ; ils ne les ont pas du tout suivis », observe-t-elle.

Dr Naoual Ajoub estime qu’il aurait été plus pertinent que ces enfants à besoins spécifiques soient pris dans les deux groupes, en présentiel et en distanciel :  »En présentiel uniquement, le temps n’est pas suffisant pour eux. Il est fréquent qu’à la fin du cours, l’enseignante prenne du temps pour réexpliquer une leçon, revoir certains points avec ces élèves, justement parce que le temps alloué aux cours n’est pas suffisant en temps normal pour ces enfants. »

et des parents souvent impuissants pour les aider

A distance également, les élèves qui ont des troubles de la concentration ou d’hyperactivité se laissent facilement tenter par les jeux en ligne et les plateformes de vidéos.  »Si l’enfant n’a pas un adulte à ses côtés lorsqu’il est en distanciel, c’est mission impossible pour lui », insiste Dr Naoual Ajoub.

Des distractions qui agacent parents et enseignants, dont certains peuvent devenir  »maltraitants par négligence », abonde Mongia Hajri :  »Les enseignants sont tenus par un timing. Par conséquent, ils prêtent plus attention au temps qui passe qu’à la qualité de l’enseignement qui est transmis. Un enfant perdu, tant pis pour lui. » Les enfants qui ont des troubles  »dys », par exemple, sont donc livrés à eux-mêmes lorsqu’ils sont à la maison, et le moindre exercice de lecture ou d’écriture peut très vite devenir compliqué.  »L’enseignant n’est pas là pour réexpliquer, voir ce que l’enfant fait. Ces enfants, qui sont déjà peu autonomes, le sont encore moins sur le temps consacré au distanciel », souligne encore Mongia Hajri.

Autre exemple : les enfants dysgraphiques, qui présentent des troubles de la motricité fine notamment. L’ordinateur peut être un palliatif, mais encore faut-il que l’élève soit accompagné dans l’utilisation du clavier.  »On ne peut pas lui demander d’utiliser un clavier sans l’avoir préalablement formé, sans quoi il est complètement perdu. Ce sont également des enfants qui ne doivent pas être mis en double tâche, c’est-à-dire faire deux choses en même temps. A distance, s’ils ne sont pas accompagnés, ils n’ont aucun moyen de s’organiser et de travailler par eux-mêmes. »

Dépassés par les difficultés de leurs enfants, certains parents ont pris le taureau par les cornes : dans certains couples, l’un des deux parents – très souvent la mère – a mis en retrait ses engagements professionnels pour se consacrer entièrement à la prise en charge de leur enfant  »dys » ou ayant des TDAH. C’est ce que constate Mongia Hajri.  »Beaucoup de parents ont arrêté la prise en charge de leurs enfants pendant le confinement, notamment la rééducation psychomotricienne, orthophonique et neuropsychologique, pourtant indispensable dans le cas de certains troubles », dit-elle.

Le retour partiel de l’enseignement en présentiel leur a donné un aperçu de l’impact de l’interruption de cette prise en charge.  »Certains parents ont pensé que les difficultés de concentration de leurs enfants étaient liées à des chamailleries entre frères et sœurs ou à un contexte familial pesant du fait du confinement. En fait, ils ne voyaient pas que leurs enfants souffraient de réels troubles de l’apprentissage ou de la concentration », conclut Mongia Hajri.

Covid-19: Comment s’organisent les cours d’éducation physique

La circulaire du 25 septembre définit les dispositions à mettre en place pour assurer un bon déroulement des activités d’éducation physique et sportive en présentiel comme à distance.

En cas d’enseignement présentiel:

– Traçage des circuits et les directions,

– Définition de l’espace de travail de chaque enseignant et chaque groupe,

– Désinfection du bureau d’éducation physique et du matériel et outils didactiques avant et après chaque usage,

– Obligation pour les élèves de s’habiller en tenue de sport et interdiction d’utilisation des vestiaires,

– Intégration du respect du protocole sanitaire dans l’évaluation disciplinaire des élèves,

– Port de masques par les élèves à l’arrivée et au départ des salles de sports. (Pas d’obligation durant l’exercice d’une activité physique à condition du respect de la distanciation sociale),

– Réduction du nombre d’élèves dans les groupes de travail,

– Lavage régulier des mains à l’entrée et la sortie de l’espace dédié à la séance (pas d’accolades et d’échange de bouteilles d’eau),

– Interdiction des rassemblements des élèves non participant aux activités,

– Interdiction de l’utilisation commune des tenues et chaussures de sport.

– Interdiction des activités d’éducation physiques expressives collectives avec et sans usage d’outil.

En cas d’enseignement à distance:

– Enregistrement de séances d’éducation physique de façon à améliorer les conditions physiques,

– Echange sur « Teams » et opérationnalisation des classes virtuelles,

– Partage des contenus numériques à travers l’organisation de compétitions entre les élèves,

– Organisation de compétitions scolaires à distance aux niveaux national, local, régional et international.

– Organisation de cours d’entrainement et d’arbitrage.

Réouverture de certains établissements scolaires à Tanger

L’enseignement présentiel en alternance sera ainsi adopté au niveau de ces établissements scolaires où l’enseignement à distance avait été décidé depuis la rentrée.

L’Académie régionale de l’éducation et de la formation (Aref) de Tanger-Tétouan-Al Hoceima avait annoncé, en coordination avec la Wilaya de la région, la fermeture des établissements situés à Bni Makada, El Mers et Mghogha à Tanger et l’adoption ainsi de l’enseignement à distance.

Par ailleurs, la décision de réouverture de ces établissements scolaires ne concerne pas le lycée Ibn Al Khatib, où la direction provinciale de l’Education nationale a décidé d’adopter l’enseignement à distance durant deux semaines, à compter du lundi, après l’apparition de cas de contamination au coronavirus parmi les cadres administratifs et pédagogiques.

Le lycée français Eugène Regnault de Tanger a également été fermé lundi, pour une période de deux semaines, après avoir enregistré trois cas de contamination au Covid-19. L’enseignement à distance y sera adopté durant cette période.

Salé: enseignement à distance dans 41 établissements scolaires supplémentaires

La direction provinciale a indiqué, dans un communiqué, qu’il a été décidé en coordination avec les autorités territoriales et sanitaires, d’adopter l’enseignement à distance dans les 41 écoles supplémentaires, ainsi que dans les écoles citées dans les anciens communiqués, en vue de préserver la santé et la sécurité des élèves.

Il s’agit de 41 établissements d’enseignement scolaires public et privé (primaire, le collège et le lycée) situés dans la commune H’ssaine.

La direction provinciale du ministère de l’Education nationale à Salé avait décidé d’adopter l’enseignement à distance dans 40 écoles dans les communes de Tabriquet et Laâyayda.

Enseignement à distance dans plusieurs établissements de Rabat-Salé-Kénitra

Une dizaine d’établissements sont concernés par cette mesure au sein de la commune d’El Youssoufia relevant de la préfecture de Rabat, a souligné la direction provinciale de Rabat dans un communiqué, notant que cette décision concerne plus de 8.000 élèves tous niveaux confondus.

Pour sa part, la direction provinciale à Salé a fait savoir que sept établissements situés dans les communes de Laâyayda et Tabriquet appliqueront l’enseignement à distance, précisant que cette mesure concerne 1.379 élèves.

De même, la direction de Kénitra a annoncé que onze établissements situés à Kénitra, Allal Tazi ou encore Sidi Taibi adopteront cette mesure, notant que 6.767 étudiants en sont concernés.

Il convient de rappeler que l’enseignement présentiel à Sidi Yahia El Gharb a été reporté dans les différents établissements scolaires relevant de cette ville après l’apparition d’un foyer épidémique.

Les rencontres 2014 franco-marocaines des céréales, mardi 30 septembre à Casablanca

France export céréales organise, le 30 septembre, "les rencontres 2014 franco-marocaines des céréales" à l'hôtel Royal Mansour Méridien à Casablanca.
Une série de conférences sera animée par plusieurs intervenants dans le secteur.
L'événement connaîtra la participation de représentants de sociétés d’exportations des céréales françaises et d’équipementiers français en matière de stockage, conservation, analyse et transformation des céréales.

Amal Maarouf, son ami témoigne

"Je l'ai eue au téléphone deux fois après l'effondrement. Deux fois, elle m'a dit qu'elle avait besoin d'oxygène. Elle s'est cachée dans un placard de crainte qu'un mur ne s'effondre sur elle. Sa mère était à quelques mètres, gisant sous un mur écroulé", témoigne Marouane Faradj, un voisin d'Amal Maarouf.

Le verbe lent, tremblant de notre interlocuteur peine à masquer son affliction. Car de ce jour, il gardera un douloureux souvenir. "J'ai tiré un enfant de deux ans et demi des décombres. Ce que nous avons vu, ce jour là …". La phrase restera suspendue, sans fin. Les photos des voisins et des badauds tirant les premiers rescapés, et les premières victimes, racontent la suite…

Mais le grand choc de Marouane, c'est d'avoir perdu son amie d'enfance. "C'était une fille très gentille, très studieuse", poursuit-il. "Je la connais depuis l'enfance. Nous avons fait nos études ensemble jusqu'à la fac, à Aïn Chock".

De Amal Maarouf, nous ne connaissons pas grand chose. Hormis une poignée d'articles commémoratifs ayant réuni, hâtivement, quelques bribes d'un parcours en devenir, ou des hommages de personnes l'ayant côtoyée dans le monde du cinéma, où elle a fait ses premiers pas, rien de plus.

Elle était, selon les témoignages des artistes qui l'ont connue, pleine de talent et d'avenir. Abdallah Taia se souvient d'elle. Elle a joué un rôle dans son film "L'armée du salut". Sur sa page Facebook, il a publié une photo d'elle, et a invoqué la mémoire d'une "jeune femme très talentueuse, très sérieuse et très libre dans sa tête. Je me suis tellement bien entendu avec elle avant et pendant le tournage".

La rumeur a la vie courte

Le deuxième jour du drame, une photo a émergé du web. Elle montre un volontaire extirpant, des gravats et des décombres, un tableau photo d'Amal Maarouf. Des rumeurs affirmaient qu'elle a été sortie, indemne, des ruines, quelques heures après son tableau, qui a permis aux secouristes de localiser son appartement. La rumeur aura la vie courte, et le démenti sera amer: le lendemain, une vidéo publiée sur Youtube montre un vieil homme se dirigeant vers une ambulance. Il y rentrera, y restera une trentaine de secondes et en sortira silencieux, statufié.

Un homme viendra le serrer dans ses bras, des "Allahou akbar" fuseront de part et d'autre. Le grand-père de Amal Maarouf a identifié sa dépouille, ou celle de sa mère, dans l'ambulance.

Lors de la deuxième communication qu'elle a eue avec Marouane, Amal "a demandé de l'eau, et s'est plaint du manque d'oxygène. Puis son portable s'est déchargé". Marouane s'indigne: "il était possible de la sauver, mais les agents de la protection civile ont été trop lents". Peut-être a-t-il raison. Peut-être que c’est la douleur qui le rend injuste, on ne le saura jamais.

Droit à la mémoire

Amal Maarouf, c'est aussi les critiques post-mortem. Sur sa page Facebook, des commentateurs s'improvisant muftis ont fait savoir qu'elle mérite d'aller en enfer. Son péché est d'avoir été actrice. La condition de la repentance ? La négation de son oeuvre, donc de sa mémoire. D'autres demandent à ce que sa page Facebook soit supprimée, pour effacer photos, statuts et liens partagés, peu en accord avec la pieuse solennité dont on se représente un mort, censé n'avoir laissé aucune autre tranche de vie terrestre que celles consacrées à l'au-delà. Enfin, ceux qui lui reprochent d’être le seul nom qui a émergé du tas, parmi les 22 autres décédés, des anonymes, condamnés à n’être que des âges ou un chiffre réducteur, condensant les vies de familles entières en un 22 à peine significatif.

Leur a-t-elle volé le monopole de la compassion, car il n'y en n'a jamais assez pour tout le monde ?

Le C919, un « grand avion » pour le rêve chinois d’envolée technologique

Pour l'heure, immenses cathédrales longues de 300 mètres et hautes de plus de 20 mètres, les hangars d'assemblage flambant neufs du C919, près de l'aéroport de Putong à Shanghai, sont vides et quasi déserts: à peine y voit-on les deux premières machines-outils espagnoles destinées au montage des gouvernes de profondeur et au caisson central de fixation des ailes du "Da Feiji", le "grand avion" qui concentre les espoirs du pays.

Le défi est énorme, mais les moyens à sa mesure: illimités. Le coût total du projet reste inconnu. Le site d'assemblage de la Comac –pour Commercial aircraft corporation of China– maître d'oeuvre du projet, s'étend sur 2,4 km de long sur 1,1 km de large. Le nez de l'appareil viendra de Chengdu (sud-ouest), les ailes de Xian (nord), le fuselage de Nanchang (centre), la queue de Shenyang (nord-est). En tout, plus de 8.000 personnes sont à l'oeuvre depuis 2009 pour que, fin décembre 2014, le premier appareil, destiné aux essais, voit le jour.

"On prévoit le premier vol pour fin 2015", déclare Zhang Zhengguo, qui accompagne pour la Comac une visite exclusive du site par l'AFP, la première d'un média étranger.

 "Encore des enfants"

Comme bien souvent dans l'aéronautique, coutumière des retards de lancement, beaucoup doutent d'un calendrier aussi serré. Mais "ils peuvent nous surprendre", glisse un expert occidental à Pékin qui préfère l'anonymat.

"Boeing et Airbus sont adultes. Nous, encore des enfants: on peut trébucher", confie un autre accompagnateur de la visite.

A la différence de l'industrie automobile des années 1980 avec Volkswagen, puis, 20 ans plus tard, le TGV avec Bombardier, la Chine entend démontrer avec "son" avion, conçu par ses propres ingénieurs –dont beaucoup viennent de la recherche spatiale, où elle a fait ses preuves–, que "l'atelier du monde", c'est aussi des bureaux d'étude et de l'innovation, traditionnel point faible de son économie.

L'aviation commerciale chinoise a été soviétique jusqu'à ce que Pékin fasse le choix de Boeing dans les années 1970 avant de partager ses commandes avec Airbus à partir de 1985.

Avion monocouloir d'un maximum de 174 places, capable de parcourir une distance de 5.500 km, le C919 doit rivaliser avec les deux "stars" internationales du moyen-courrier, l'A320 d'Airbus et le B737 de Boeing. Et entamer ainsi le duopole américano-européen, que ni le canadien Bombardier, ni le brésilien Embraer ou les russes Tupolev et Sukhoi ne parviennent à inquiéter.

 Soutien total de l'Etat

Principal atout: l'assurance de l'immense marché intérieur chinois –400 commandes déjà passées– qui doit voir sa flotte aérienne tripler d'ici à 2032 avec quelque 6.000 appareils, selon Boeing.

En sus, le soutien total de l'Etat. Fervent partisan du projet, associé au "rêve chinois" qu'il promeut, le président Xi Jinping a martelé: "Nous devons faire –et ferons– notre propre +grand avion+", lors d'une visite du site en mai, posant aux commandes dans la maquette du C919.

Dans une vidéo publicitaire de la Comac, un choeur de jeunes pionniers invite à bâtir un "avion glorieux", un chant patriotique qui compare l'appareil à une "Grande muraille dans le ciel", en référence à la prouesse chinoise sur terre d'il y a plus de 2000 ans.

Mais il y a loin des bureaux d'étude à la piste d'envol. Si le C919 sera "made by China", sa réalisation passe encore par une coopération étroite avec des entreprises étrangères, dont 16 ont répondu à l'appel.

A commencer par les moteurs: le C919 sera équipé du Leap, dernier-né du groupe franco-américain CFM, qui équipera également la nouvelle génération des A320 Neo et B737 MAX, assurant une réduction de 15% de la consommation.

"Le défi industriel, c'est que l'ensemble soit cohérent à l'intégration et que l'avion soit fiable à 99% comme les A320 et le 737", relève Christophe Ménard, analyste à Paris du courtier Kepler Cheuvreux.

"Il ne faut pas prendre la menace chinoise à la légère, a prévenu Marwan Lahoud, directeur de la stratégie d'Airbus Group. Les Chinois feront de bons avions et les vendront", a-t-il dit lors d'une interview à la Tribune lundi.

Après le défi industriel restera celui, au moins aussi épineux, des certifications: d'abord chinoise, puis européenne et américaine, clés de l'accès à l'international.

Les premières livraisons sont prévues pour 2018.

(Par AFP)

La Bourse de Casablanca ouvre jeudi en baisse

La Bourse de Casablanca a entamé la séance de jeudi en retrait de ses deux principaux indices.

Vers 10h05 GMT, le Masi reculait de 0,31% à 9.178,16 points.

Le Madex affichait une baisse de 0,33% à 7.486,72 points.

La place boursière casablancaise avait terminé la séance de la veille dans le rouge, le Masi abandonnant 0,19% à 9.206,53 points et le Madex cédant 0,21% à 7.511,84 points.