Alerte aux orques : l’Espagne déconseille aux plaisanciers de naviguer entre Cadix et Gibraltar

Le gouvernement espagnol lance une alerte à destination des plaisanciers : entre le golfe de Cadix et le détroit de Gibraltar, la navigation est désormais fortement déconseillée en raison d’une recrudescence d’interactions entre orques et embarcations. Le ministère des Transports espagnol appelle à la prudence et recommande d’éviter cette zone jusqu’à la fin de l’été.

Chaque année, entre avril et août, des portions de mer deviennent le théâtre de contacts fréquents, parfois violents, entre orques et embarcations, en particulier les voiliers. Des incidents ont déjà été recensés cette saison, dont l’attaque récente d’un voilier italien près de Tarifa, contraint à appeler les secours.

Dans un communiqué conjoint, le ministère des Transports, via sa Direction générale de la marine marchande, et le ministère de la Transition écologique appellent les marins à suivre des itinéraires côtiers, dans la mesure du possible, et à éviter strictement la zone identifiée comme à risque.

Cette zone est représentée sur cette carte, élaborée à partir de données de marquage satellite et d’observations recueillies au cours des cinq dernières années, indiquant une forte probabilité de présence d’orques durant les mois d’avril à août.

Alerte aux orques entre Cadix et le détroit de Gibraltar
Carte officielle de la zone à risque de présence d’orques, publiée par les autorités espagnoles.

Comportement à adopter en cas de rencontre avec des orques

Le communiqué énumère également une série de recommandations en cas d’interaction avec des orques, applicables à tous types de navires :

Ces recommandations s’inscrivent dans le cadre d’une campagne de prévention active menée jusqu’en août, visant à limiter les incidents et à protéger à la fois les humains et les orques, qui sont une espèce protégée.

Un phénomène qui s’intensifie

Depuis 2020, les interactions entre orques et voiliers se sont multipliées au large des côtes espagnoles et portugaises. Les scientifiques évoquent un changement de comportement de certains groupes d’orques, sans explication définitive à ce jour. Certains cétacés viseraient délibérément les safrans, causant des dégâts matériels importants.

En l’absence de solution durable à court terme, les autorités privilégient la prévention et la sensibilisation, misant sur une coopération étroite entre les navigateurs, les biologistes marins et les services de l’État.

Casablanca rejoint le réseau mondial C40 des villes engagées dans des actions climatiques

La capitale économique du Royaume devient la 14e ville africaine et la première de l’Afrique du Nord à rejoindre le réseau C40 des villes engagées dans des actions climatiques. Casablanca intégrera officiellement le réseau en 2025. L’adhésion a été approuvée lors de la réunion du comité directeur du C40. Celle-ci s’est déroulée à Rio de Janeiro, le mois dernier, annonce la Commune de Casablanca dans un communiqué.

“Rejoindre C40 Cities témoigne de notre volonté de construire une ville verte, smart et inclusive. En tant que première ville du Maghreb à rejoindre ce réseau, nous voulons partager nos actions et apprendre des autres villes pour mieux lutter contre les changements climatiques”, déclare la présidente du conseil communal de Casablanca, Nabila Rmili, citée dans le communiqué.

Casablanca se joint à 13 autres métropoles africaines, membres du réseau, qui renforcent la voix du continent dans les initiatives globales comme le changement climatique, note la même source.

En chiffres, le C40 cities c’est plus de 700 millions d’habitants et un quart de l’économie mondiale. Les 100 plus grandes villes du monde y sont regroupées. Elles prennent des mesures audacieuses pour faire face aux défis climatiques et soutiennent leurs efforts pour devenir des leaders en matière de durabilité

Emmerson PLC : le projet de la plus grande mine africaine de potasse dans l’impasse

Dans un communiqué publié le 28 octobre 2024, la compagnie minière Emmerson a annoncé les résultats d’un recours qu’elle avait introduit auprès du wali de la région de Rabat-Salé-Kénitra concernant son étude d’impact environnemental (EIE). En réponse à ce recours, le CRI de la région a indiqué que la Commission régionale unifiée de l’investissement n’est pas habilitée de réexaminer à nouveau cette étude.

Pour sa part, Emmerson a souligné, dans ce communiqué, l’absence de toute indication du CRI quant aux recours susceptibles d’être envisagés. Depuis l’annonce de l’avis défavorable, le prix de l’action d’Emmerson continue sa tendance baissière en l’absence de perspectives quant à l’acceptabilité de la conformité environnementale de son projet minier.

Cours de l’action Emerson Plc : 01 juillet-28 octobre 2024

Ce projet suscite une vive controverse en raison de ses potentielles conséquences environnementales en absence de solutions de traitement efficace. L’équilibre entre les enjeux économiques et les impératifs environnementaux est particulièrement délicat dans ce cas précis. Les défis liés à la rareté de l’eau et à la gestion des déchets miniers rendent la conformité environnementale particulièrement délicate dans cette région agricole où la moindre défaillance pourrait avoir un impact désastreux sur les ressources en eau souterraine nécessitant d’être le plus strict possible.

De son côté, Emmerson affirme que son procédé d’exploitation répond parfaitement aux normes environnementales. Elle prévoit notamment d’utiliser les eaux usées traitées de la station d’épuration de Khemisset et de maximiser la production de sous-produits pour réduire les déchets miniers. Les saumures résiduelles seront déshydratées avant d’être confinées de manière sécurisée pour prévenir toute infiltration dans les nappes phréatiques.

En raison des retards accumulés et aux pertes financières subies, la compagnie a entrepris une restructuration de sa direction. Le directeur et le président non-exécutif se sont retirés. Par ailleurs, l’entreprise a décidé de réduire l’ensemble de ses dépenses à l’exception de ceux liés aux fonctions administratives et réglementaires essentielles. Au final, les projets de développement à valeur ajoutée sont actuellement mis en attente.

Rappelons que ce processus d’obtention de la conformité environnementale a été marqué par de multiples retards. Malgré trois versions des études d’impact soumises à la CRUI de Rabat-Salé-Kénitra, dont la dernière date d’avril 2024, aucune décision favorable n’a été rendue.

Ayant épuisé tous les recours possibles et prévus par l’article 37 de la loi 47-18 (recours gracieux auprès du wali et recours hiérarchique devant la Commission ministérielle de pilotage en mars 2024), l’entreprise britannique ne dispose désormais que d’une unique voie de recours : demander un nouveau recours devant la commission ministérielle qui doit statuer dans un délai maximum de 30 jours.

Potasse de Khémisset : la compagnie Emmerson prise au piège de l’impact environnemental

En 2018, la compagnie britannique Emmerson a identifié un potentiel important en potasse dans la région de Khémisset et a lancé les premières études pour développer le projet de la plus grande mine de potasse en Afrique. Bien qu’elle ait obtenu le permis en 2021, le démarrage des travaux de construction de cette mine a été retardé à plusieurs reprises, malgré les avancées significatives réalisées en matière d’exploration.

Depuis l’annonce du 14 octobre d’une nouvelle recommandation défavorable concernant l’étude d’impact environnemental, le cours de l’action est en chute libre, perdant 68% de sa valeur en seulement cinq jours. Cette chute s’explique par les difficultés persistantes à obtenir les autorisations environnementales nécessaires, ainsi que par le retard considérable pris par le projet dont le démarrage de la construction aurait dû intervenir au plus tard en 2022 pour une première production en 2024.

Cours de l’action Emerson Plc : mai-octobre 2024

Le processus d’obtention de la conformité environnementale, entamé en 2020, a subi de multiples retards. Trois versions des études d’impact ont été soumises à la CRUI de Rabat-Salé-Kénitra, dont la dernière date du mois d’avril 2024, mais sans aboutir à une décision favorable.

Conformément à l’article 29 de la loi n° 47-18, cette Commission est chargée d’examiner les études d’impact sur l’environnement et de rendre un avis sur l’acceptabilité environnementale des projets d’investissement soumis à son évaluation.

L’entreprise affirme mettre tout en œuvre pour respecter les normes environnementales, mais sans pouvoir arriver à une approbation pour la conformité environnementale du projet minier de la potasse.

Pourquoi tant de lenteur ?

En effet, l’exploitation d’une mine de potasse peut avoir des conséquences néfastes sur l’environnement en raison des importants volumes de déchets miniers produits. En l’absence de solutions de traitement efficaces, ces déchets pourraient avoir des répercussions négatives sur les populations riveraines, selon un expert en ingénierie minière.

À l’échelle internationale, de nombreuses entreprises minières exploitant la potasse sont à l’origine de problèmes environnementaux. Certaines d’entre elles rejettent les saumures dans les lacs, voire dans les océans, afin d’éliminer leurs déchets miniers.

En Catalogne, l’exploitation des mines de potasse de la région de Bages génère d’importants revenus, de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros par an. Cependant, les conséquences sur les ressources en eau sont dramatiques. La salinisation des sources, des aquifères et des cours d’eau, liée à l’accumulation de 5.000 tonnes de produits par an, a rendu l’eau de la région de Barcelone impropre à la consommation sans un traitement de dessalement préalable. Cette situation est d’autant plus préoccupante que la région a connu cette année une sécheresse exceptionnelle.

Une étude espagnole a mis en évidence l’impact environnemental considérable de l’exploitation de la potasse dans cette région catalane où pour chaque kilogramme de potasse produit, pas moins de 3 kilogrammes de déchets miniers salins sont générés. Ces déchets sont stockés à ciel ouvert, formant de vastes montagnes de sel. Cette étude précise qu’en cas de précipitation, la pluie dissout le sel facilitant son intégration dans le sous-sol, augmentant ainsi la salinité de l’eau et dégradant sa qualité. De plus, ces déchets contiennent d’autres substances potentiellement dangereuses pour la santé humaine, pouvant présenter des propriétés mutagènes et cancérogènes.

Les eaux de lixiviation, en interaction avec les conditions environnementales, peuvent altérer la composition chimique des sols et des eaux souterraines, entraînant une dégradation de la végétation environnante comme c’est le cas de cette mine en Russie.

Région affectée par l’exploitation de la potasse en Russie, un des principaux producteurs mondiaux. (Perevoshchikova et al. 2024)

L’acceptabilité environnementale apparaît donc problématique pour ce type d’exploitation. Ce projet qui, malgré son potentiel économique, pourrait nuire à toute une population riveraine, si la gestion des déchets miniers n’est pas efficace, nécessite par conséquent d’être entouré des conditions et critères les plus sévères.

Cependant, les avancées technologiques ont permis d’apporter un ensemble de solutions permettant une exploitation respectueuse de l’environnement. Pour garantir l’efficacité des solutions, les experts s’accordent que chaque mine présente des caractéristiques spécifiques et nécessite une étude spécifique afin de mettre en place les méthodes de gestion des déchets les plus adaptées. Par conséquent, il n’est pas possible de généraliser et d’imposer des méthodes standards.

Rappelons que les études d’impact sur l’environnement sont indispensables pour une liste exhaustive de projets qui peuvent porter atteinte à l’environnement et, parmi eux, figurent les mines et le traitement des métaux tel que cité dans la loi 12.03 relative à l’étude d’impact sur l’environnement.

Ce que propose Emmerson pour atténuer l’impact environnemental

Pour sa part, Emmerson considère que les conditions d’exploitation de la mine de Khémisset sont avantageuses en termes de coûts et de conditions géologiques. L’entreprise souligne notamment l’absence d’aquifère souterrain dans la zone d’exploitation.

Initialement, l’entreprise britannique, en collaboration avec Reminex, une filiale d’ingénierie de Managem, a développé une solution d’approvisionnement en eau utilisant les eaux traitées de la station d’épuration de Khémisset en remplacement de l’ancien procédé consistant à pomper l’eau en amont du barrage Ouljet Essoltane. L’entreprise a opté également pour une méthode de stockage sec des résidus miniers pour réduire l’impact du ruissellement des résidus.

Cycle de production de la potasse de Khémisset (Source : Emmerson PLC).

En l’absence d’approbation, l’entreprise a mis au point un nouveau procédé d’exploitation visant à répondre aux exigences environnementales. Ce procédé consiste à remplacer l’injection en puits profond, une méthode requérant d’importantes quantités de fluides, par le recyclage des saumures. Au lieu de jeter ces saumures comme des déchets, l’entreprise les valorise en produisant davantage de sous-produits tels que la struvite et la vivianite. Ces substances, considérées comme des engrais à libération lente, permettent de traiter le lessivage des phosphates dans les terres agricoles.

Actuellement, l’entreprise est en train d’évaluer ses prochaines actions, notamment de prendre connaissance des options réglementaires et juridiques à sa disposition pour un éventuel recours afin de défendre ses intérêts.

Conformément à l’article 37 de la loi 47-18, toute décision de refus de la Commission régionale doit être motivée. L’investisseur concerné peut former un recours gracieux auprès du wali de région ou un recours hiérarchique devant la Commission ministérielle de pilotage.

En attente d’une conformité environnementale, ce projet minier promet de générer un résultat d’exploitation avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA) d’environ 440 millions de dollars par an sur une durée de vie de mine initiale de 19 ans.

Pour en savoir plus :

https://medias24.com/2024/10/14/potasse-de-khemisset-recommandation-defavorable-de-letude-dimpact-sur-lenvironnement-du-projet-minier-demmerson/

https://medias24.com/2022/05/09/khemisset-potash-project-le-point-avec-les-dirigeants-de-la-societe-miniere-emmerson/

Lancement de la 5e édition de l’Emirates Energy Award 2023-2025 au Maroc

Cité dans un communiqué, le secrétaire général du Conseil suprême de l’énergie de Dubaï (DSCE), Ahmad Al Muhairbi, a souligné l’importance de cette initiative pour promouvoir l’innovation et la durabilité énergétique.

Cette édition de l’EEA mettra particulièrement l’accent sur les solutions innovantes et les approches pionnières dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les projets de réduction des émissions de carbone, a-t-il précisé.

Ahmad Al Muhairbi a également noté que l’EEA est ouvert à diverses catégories d’entreprises, d’organisations et d’institutions, les candidatures étant évaluées par un jury international composé d’experts dans le domaine de l’énergie et de la durabilité.

Pour sa part, le secrétaire général de l’Emirates Energy Award, Taher Diab, s’est félicité des initiatives des candidats, qui incluent l’énergie solaire à l’échelle des services publics, le stockage thermique, l’hydrogène vert, l’hydroélectricité, ainsi que l’innovation et la R&D, et les nouvelles technologies.

Il a aussi souligné que les catégories du concours incluent l’économie circulaire, l’efficacité énergétique, la recherche et développement, les grands et petits projets énergétiques, les projets solaires, les jeunes professionnels de l’énergie, ainsi que l’éducation et le renforcement des capacités.

Initié en 2012, l’EEA sollicite des candidatures de toutes les organisations et individus intéressés. Le prix est géré par le Conseil suprême de l’énergie, qui examine, évalue et sélectionne les lauréats selon des critères spécifiques.

Le prix récompense les efforts des secteurs public et privé de la région en matière d’efficacité énergétique, de projets énergétiques ainsi que d’éducation et de recherche dans le secteur de l’énergie. Un prix de reconnaissance spécial est également disponible pour les contributeurs exceptionnels au secteur de l’énergie.

Les forêts de Tanger menacées par l’invasion des déchets de construction

Dans une région où les écosystèmes naturels sont souvent menacés par le développement urbain rapide, les forêts de Tanger représentent un havre de biodiversité essentiel. Cependant, ces précieux poumons verts sont aujourd’hui confrontés à une série de défis sans précédent, mettant en péril leur santé et leur équilibre écologique.

Dans une déclaration émouvante, Ahmed Talhi, expert en environnement et développement, met en lumière les défis auxquels sont confrontées les forêts urbaines et semi-urbaines de Tanger. Il dénonce une série d’attaques, allant des incendies criminels à l’urbanisation incontrôlée, qui menacent ces précieux écosystèmes. Son appel à l’action souligne l’impératif de protéger nos forêts et appelle à la création d’infrastructures dédiées à la gestion des déchets de construction, soulignant l’importance d’une approche intégrée de la gestion des déchets dans la ville.

Ahmed Talhi insiste sur le besoin pressant de sensibiliser la population à l’importance des forêts et exhorte les autorités locales à prendre des mesures concrètes pour nettoyer les forêts de la ville et créer des parcs urbains dans ces espaces naturels. Son appel à l’action est un rappel poignant de l’importance de préserver nos espaces verts pour les générations futures.

Dans le même contexte, l’Observatoire pour la protection de l’environnement et des monuments historiques-Tanger (OPEMH) a publié un communiqué mettant en lumière les défis auxquels sont confrontées les forêts de Tanger. L’OPEMH souligne les diverses menaces pesant sur ces écosystèmes, notamment l’urbanisation non réglementée, la coupe d’arbres et le déversement de déchets de construction. Le communiqué appelle les autorités locales à prendre des mesures immédiates pour protéger ces précieux espaces verts et à mettre fin aux activités destructrices qui compromettent l’équilibre écologique de la région.

Comment Impact Lab accompagne les start-up du programme Launchpad Agritech

Le Launchpad Agritech est un programme qui vise à soutenir la croissance des start-up Agritech africaines sélectionnées comme les plus innovantes. « C’est un programme d’accélération personnalisé qui comprend du mentorat, de la mise en réseau avec l’industrie agricole régionale et une connexion à l’écosystème de financement », explique Salma Kabbaj, cofondatrice de l’accélérateur Impact Lab, jointe par Médias24.

Le programme Launchpad Agritech est conçu par Impact Lab et financé par l’assistance technique du fonds Sanad pour soutenir la croissance des start-up Agritech en Afrique francophone.

Pour cette seconde édition, « l’approche stratégique s’est concentrée sur la sélection de start-up Agritech plus matures, animées par une forte ambition d’expansion régionale », explique d’emblée Salma Kabbaj. Les start-up sélectionnées pour cette seconde édition ont en commun la solidité de leur modèle d’affaires, leur engagement pour une agriculture performante et durable et la détermination de l’équipe fondatrice, assure Salma Kabbaj.

Du côté des start-up ayant présenté leur pitch lors du Demo Day virtuel organisé le 7 février, le programme les a aidées à « affiner leur modèle d’affaires pour une meilleure présentation aux investisseurs, à améliorer leur accès au marché, notamment auprès des grandes entreprises, et à mieux cerner la valeur créée pour le client ».

Un accompagnement adapté à la réalité du marché

Le programme a conclu des partenariats avec de grandes entreprises en amont du programme, comme Lesieur Cristal, Domseeds et Sipra, pour identifier des opportunités de marché concrètes pour les start-up, « ce qui garantit que les solutions proposées sont adaptées à la réalité du terrain, d’autant plus que l’adoption des Agritech se fait bien plus facilement si elles répondent à des enjeux réels du secteur ».

Pour assurer ce fil avec le marché, le programme mobilise, en plus des coachs seniors Impact Lab, spécialisés dans l’accompagnement de l’innovation, des experts tels que Jamyl Mamri, expert en digital, Amine Sebti, expert en stratégie d’entreprise, Léonard Canitrot, expert en personal branding et Maxime Bayen, expert en levée de fonds. « Ils ont également eu l’occasion d’échanger avec des acteurs clés de l’écosystème Agritech marocain, tels que Hamza Rkha, co-fondateur de Sowit, et Youssef Kassel, co-fondateur d’Agridata, qui ont partagé leurs apprentissages autour de la démarche commerciale et de la gestion des collaborations avec les grandes entreprises agro-alimentaires », souligne Salma Kabbaj.

Les sujets couverts par le programme reflètent les besoins clés qui ont émergé à la suite de l’évaluation initiale conduite par Impact Lab, en relation avec les problématiques réelles des start-up Agritech en phase de croissance. Dans ce cadre, l’accompagnement s’est focalisé sur le renforcement des modèles d’affaires des start-up en vue de leur passage à l’échelle, la réflexion autour de leur stratégie d’expansion et la préparation aux partenariats nécessaires pour soutenir leur croissance.

Des start-up marocaines, ivoiriennes et tunisiennes

Plus concrètement, le programme a permis aux start-up de développer 11 propositions de collaboration concrètes avec les trois partenaires du programme, en l’occurrence Domseeds, Lesieur Cristal et Sipra. « Deux pilotes sont d’ores et déjà en cours de déploiement, et plusieurs autres collaborations seront concrétisées dans les prochaines semaines », annonce Salma Kabbaj.

Ceci a été possible grâce à plus de 20 sessions de travail entre les entrepreneurs et les équipes opérationnelles des partenaires, permettant d’affiner leur compréhension des besoins du marché et de développer un plan d’action détaillé pour le déploiement de leurs solutions sur le terrain.

En somme, les start-up ont bénéficié de 11 sessions collectives sous forme de formations, workshops ou interventions d’experts. Elles ont également eu accès à des sessions individuelles de coaching hebdomadaires ou bimensuelles, pour un total de « plus de 110 heures de coaching déployé pour la cohorte ».

A titre de rappel, les start-up bénéficiaires sont marocaines, ivoiriennes et tunisiennes :

– AremTech (Maroc) : elle propose des solutions d’IA, de MLOps et de blockchain pour aider les entreprises à exploiter leurs données, automatiser les modèles d’IA et améliorer la gestion de la chaîne d’approvisionnement, tout en offrant des services de conseil pour une transformation numérique réussie, y compris des solutions spécifiques à l’industrie pour l’agriculture.

– Atlas Invention (Maroc) : elle développe et fabrique des machines de pulvérisation de produits phytosanitaires en arboriculture, machines qui allient flexibilité, autonomie, économie d’intrants phytosanitaires et optimisation des performances.

– Deepleaf (Maroc) : Morshida, développé par DeepLeaf, est un assistant agricole intelligent qui révolutionne les pratiques agricoles en utilisant des technologies avancées pour détecter et diagnostiquer les maladies des plantes, tout en fournissant des informations personnalisées aux agriculteurs via WhatsApp, le web et les plateformes mobiles. DeepLeaf a également développé Agrigo, un robot utilisant une caméra multi-spectrale pour détecter les maladies des plantes et appliquer des pesticides de manière ciblée grâce à l’intelligence artificielle, réduisant ainsi l’impact environnemental des pratiques agricoles.

– Korair (Maroc) : la start-up est spécialisée dans la conception de drones et de logiciels pour des applications diverses, notamment la pulvérisation de pesticides et la distribution d’engrais, ainsi que la stérilisation et la désinfection de différents espaces.

– PGPR Technologies (Maroc) : elle offre des produits biostimulants novateurs qui tirent parti des propriétés bénéfiques des micro-organismes et des composés naturels pour améliorer la productivité, la résistance et la durabilité des cultures.

– Traçagri (Maroc) : une plateforme agricole IoT qui utilise des capteurs pour collecter et transmettre en temps réel des données sur les activités et les machines agricoles. Les agriculteurs bénéficient ainsi de tableaux de bord, de rapports détaillés et de recommandations pour optimiser leur productivité et leur prise de décision.

– Adara (Côte d’Ivoire) : une plateforme complète pour la gestion de la traçabilité et de la transparence de la fourche à la fourchette.

– Capture Solutions (Côte d’Ivoire) : la solution Agricapture, développée par Capture Solutions, utilise une combinaison de smartphones, de balances numériques, de codes QR et de paiements numériques pour garantir la traçabilité et la précision du traitement des matières premières.

– Grainothèque (Côte d’Ivoire) : Pharmanimal est une plateforme HealthTech développée par la Grainothèque pour la gestion numérique des troupeaux et de téléconsultation vétérinaire adaptée aux systèmes d’élevages dans le Sahel.

– PouliCare (Côte d’Ivoire) : elle offre une solution naturelle pour la prévention et la lutte contre les maladies aviaires, en utilisant des méthodes telles que la gestion de l’environnement, l’alimentation équilibrée, l’immunisation naturelle par la mise en place de traitement médicamenteux naturel et la surveillance continue de la santé des volailles, tout en mettant en place un système de traçabilité basé sur la technologie de la blockchain, garantissant la transparence et la fiabilité des informations sur l’élevage et la distribution des volailles.

– Anfa Solutions (Tunisie) : elle offre un logiciel de gestion sur l’ensemble du processus de culture avec des découpages analytiques très fins incluant la gestion de la qualité, le conditionnement, la transformation, la gestion de stock, etc. La solution est aussi adaptée aux coopératives et permet la gestion des adhérents, des flux physiques et financiers d’achats et ventes et paiement. La solution offre un module financier complet et est interfaçable avec toute autre solution pour la collecte de données et la production de dashboards.

– InnoROV (Tunisie) : elle offre une solution basée sur l’intelligence artificielle pour aider les entreprises d’aquaculture marine à calculer précisément les besoins en nourriture par cage, tandis qu’un système IoT surveille en temps réel des paramètres tels que le pH et la température, réduisant la suralimentation de 10 à 15%. La plateforme mobile dédiée permet aux éleveurs d’optimiser la gestion de leurs bassins, d’accéder à une offre compétitive d’intrants et de fournir des prévisions de production aux détaillants de poissons.

– Smart Farm (Tunisie) : elle propose des capteurs de sol avancés qui surveillent en temps réel l’humidité, la température et la salinité du sol, transmettant ces données à une plateforme logicielle intelligente. Cette plateforme utilise l’intelligence artificielle pour fournir des recommandations personnalisées aux agriculteurs, permettant une irrigation précise et efficace, tout en favorisant la durabilité et la résilience de l’agriculture face aux défis climatiques.

Biodiversité. La menace des espèces exotiques envahissantes vue du Maroc

Les espèces exotiques envahissantes constituent une menace largement sous-estimée, révèle le rapport publié le lundi 4 septembre par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Bien qu’il ne soit pas cité dans ce rapport, le Maroc n’est pas à l’abri des menaces qui pèsent sur son écosystème, alerte Lahcen Chillasse, expert dans la conservation durable des écosystèmes naturels, contacté par Médias24.

« Les espèces exotiques (plantes, insectes et animaux) ne sont pas toutes envahissantes », nuance Lahcen Chillasse. « Certaines ont été introduites au Maroc volontairement ou involontairement en dehors de leurs habitats d’origine et cohabitent avec les espèces autochtones. D’autres − envahissantes celles-ci − se livrent à une compétition féroce avec les espèces locales et menacent les écosystèmes« , explique-t-il.

Pas moins de 37.000 espèces exotiques ont été introduites volontairement ou involontairement par les activités humaines. Parmi elles, environ 3.500 sont impliquées dans 60% des extinctions de plantes et d’animaux au niveau mondial, lit-on dans le rapport de l’IPBES. Par ailleurs, leur coût économique mondial a dépassé les 423 milliards de dollars pour la seule année 2019. Le constat est sans appel : « La grave menace mondiale que représentent les espèces exotiques envahissantes est sous-appréciée, sous-estimée et souvent méconnue ».

La base de données mondiale sur les espèces envahissantes (ISSG) recense 104 espèces envahissantes au Maroc. Parmi les 410 types de plantes exotiques présentes dans le pays, huit sont classées « envahissantes », indique Lahcen Chillasse. « Un pourcentage qui peut paraître faible mais dont les dégâts se chiffrent par milliards« , s’inquiète-t-il.

Des espèces envahissantes marines 

En ce qui concerne l’aquaculture, l’introduction d’espèces invasives remonte à la période du protectorat, lorsque les Français voulaient développer la pêche sportive, explique le chercheur. Ils ont introduit dans les lacs et cours d’eau marocains des espèces de poissons d’Europe et d’Amérique qui se sont adaptées aux eaux continentales sans menacer les espèces autochtones.

Toutefois, cette introduction a conduit à l’eutrophisation de certains milieux aquatiques marocains. En d’autres termes, l’introduction d’espèces exotiques dans l’écosystème marocain a pollué certains lacs et cours d’eau par la prolifération d’algues. Afin de lutter contre ce phénomène, les autorités marocaines y ont introduit des poissons herbivores, notamment les carpes chinoises, pour que ces derniers mangent les algues qui encombraient l’espace aquatique.

Dans le lac de Sidi Ali, dans la province de Midelt, ces espèces exotiques introduites volontairement ont aussi détruit l’habitat d’une truite autochtone qui, ne trouvant plus d’endroit propice à la reproduction, a disparu des eaux marocaines.

De ce fait, « cette extinction est la conséquence de l’introduction irréfléchie, de la part des gestionnaires de la pêche et des eaux continentales du Maroc dans les années 40 et 50, des espèces exotiques« , déclare Lahcen Chillasse.

Un autre exemple qui illustre les menaces que représentent les espèces exotiques est l’introduction, en 2004, de la Tilapia du Nil dans le cadre d’un projet d’élevage intensif dans des cages flottantes au niveau des barrages de la région Beni Mellal-Khénifra.

Ces élevages sont certes contrôlés, mais le risque de fuite de la Tilapia du Nil − des espèces connues pour être invasives − est bien présent. Elles ont d’ailleurs été repérées à l’extérieur des cages flottantes. « Cette sortie des cages peut avoir des conséquences désastreuses et conduire à l’extinction de certaines espèces« , alerte notre interlocuteur.

Une menace croissante mais méconnue

Lahcen Chillasse attire également notre attention sur la menace que peuvent représenter les espèces d’oiseaux exotiques qu’adoptent les particuliers. « Certains oiseaux de cage relâchés s’installent dans les jardins de Rabat et Casablanca, et comme ils sont farouches, nuisent à l’habitat des espèces autochtones ».

Un autre exemple de perturbation de l’habitat des oiseaux autochtones est l’apparition de « la tourterelle turque, introduite par extension et non de façon volontaire dans l’écosystème marocain ». Ces tourterelles s’installent partout au Maroc, elles ont les mêmes habitudes alimentaires et le même type d’habitat que les tourterelles des bois autochtones et menacent ainsi l’existence de celles-ci.

« La menace est croissante mais méconnue ; il est donc plus que nécessaire d’avoir une structure de veille et de contrôle pour améliorer les connaissances sur ces espèces exotiques et évaluer leurs dégâts potentiels », recommande Lahcen Chillasse. « Il est également question de renforcer le contrôle au niveau des douanes afin de limiter les risques d’entrée sur le territoire d’espèces exotiques méconnues qui peuvent être introduites dans des produits divers. »

Agriculture 4.0. Comment Cosumar déploie son arsenal technologique sur le terrain

Optimiser les revenus tout en minimisant les risques : c’est la promesse de l’agriculture de précision. Pour y parvenir, la voie technologique permettant une meilleure surveillance des parcelles agricoles, est à ce jour la seule à emprunter pour les acteurs de ce secteur. Et c’est celle qu’a choisie Cosumar dans le cadre de sa stratégie d’agriculture de précision.

Concrètement, le groupe agroalimentaire s’est investi dans la recherche et la technologie afin de développer des solutions durables et compétitives en faveur de la filière sucrière. L’entreprise créée en 1929 présente ainsi ses avancées dans le domaine technologique, en marge de la tenue de la 15e édition du SIAM.

Des drones pour la gestion des parcelles agricoles

L’entreprise leader de la filière sucrière a ainsi introduit l’utilisation de drones équipés de caméras pour la gestion des cultures de betterave à sucre, dans le cadre de son projet Agriculture 4.0.

« Cette méthode de surveillance des parcelles permet une détection précoce des mauvaises herbes, des maladies, des insectes et des ravageurs, ainsi qu’une identification précise des espèces nuisibles. Les équipes peuvent également calculer avec précision le peuplement à l’intérieur des parcelles pour un diagnostic plus rapide et une gestion plus efficace. L’utilisation des drones permet une optimisation des traitements en choisissant l’herbicide en fonction de la présence ou de l’absence de certaines mauvaises herbes, réduisant ainsi les coûts pour les agriculteurs tout en protégeant l’environnement grâce à une diminution des intrants », explique-t-on auprès du groupe.

Cet outil de gestion des parcelles permet aux agriculteurs d’améliorer leur productivité et leur rentabilité tout en réduisant l’impact sur l’environnement.

Analyse des sols et Smart Blender

Pour assurer le rendement agricole des agriculteurs-partenaires, Cosumar s’est également engagé dans l’optimisation de la fertilisation des cultures sucrières. Le groupe déploie ainsi des Smart Blenders (mélangeurs intelligents). Il s’agit d’une technologie permettant de produire des formules d’engrais adaptées à chaque parcelle. C’est ainsi qu’au cours « de la campagne 2021-2022, 24 machines Smart Blenders ont été ajoutées au parc machines, permettant ainsi la généralisation de la fertilisation raisonnée des parcelles », précise Cosumar.

L’analyse des sols a été étendue à l’ensemble des périmètres grâce à la mise en place d’un laboratoire central de l’entreprise dans le périmètre de Tadla. Ce laboratoire permet le traitement de 200 échantillons de sol par jour, et répond ainsi au besoin de mettre en place des formules d’engrais adaptées à chaque parcelle.

Le groupe sucrier affirme par ailleurs qu’il avait anticipé la flambée des prix des fertilisants en optimisant son approvisionnement aux meilleures conditions économiques, pour faire bénéficier les agriculteurs agrégés. Pour rappel, Cosumar joue un rôle d’agrégateur de la filière sucrière. L’entreprise s’implique de ce fait à tous les niveaux de la filière sucrière, notamment dans l’amont agricole.

40.000 agriculteurs « digitalisés »

L’autre axe de la démarche d’innovation du groupe est la solution « Attaissir ». Cet outil numérique a été développé par l’entreprise afin de digitaliser l’ensemble de la chaîne de valeur de l’activité agricole. Résultat : les 40.000 agriculteurs partenaires du groupe bénéficient aujourd’hui d’un encadrement technique et agronomique digitalisé assurant un suivi par le système et en temps réel de leur production.

« Attaissir permet également une traçabilité complète des différentes étapes de la production, ainsi qu’une planification et un suivi optimisés des récoltes. De plus, le groupe a équipé plus de 2.000 machines agricoles de capteurs pour leur géolocalisation, permettant un suivi de toutes les étapes de l’itinéraire technique. Cette approche innovante témoigne de l’engagement du groupe pour une relation optimale avec ses partenaires agricoles, basée sur l’agilité, la transparence et la performance », souligne Cosumar dans un communiqué.

La solution digitale fait également bénéficier les agriculteurs et les prestataires d’une gestion plus efficace et plus précise de toutes les opérations, moyennant l’utilisation des cartes électroniques individuelles reliées au serveur central.

Cette application a par ailleurs été distinguée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2020 comme meilleure initiative de protection des agriculteurs contre la Covid-19 dans la région NENA (Near East and North Africa).

En marge du SIAM 2023, une convention pour l’exploitation des technologies digitales en agriculture a été signée par le Pôle Digital de l’Agriculture, de la Forêt et Observatoire de la Sécheresse et la Fédération interprofessionnelle marocaine du sucre (Fimasucre), dont Cosumar est membre. Cette convention a pour objectif de définir les modalités et les conditions générales de collaboration entre les deux signataires dans les domaines de l’agriculture digitale et de l’agriculture 4.0.

Rabat inaugure le premier camion de collecte de déchets électrique en Afrique

« Le camion zéro émission de série sera utilisé pour la collecte des déchets par la société Arma à Rabat. En remplaçant le camion diesel Volvo FE existant par un Volvo FE électrique sur un itinéraire type, environ 30 tonnes de CO2 pourraient être économisées chaque année », a précisé dans un récent communiqué Volvo Trucks.

Le Volvo FE Electric est l’un des six modèles de camions Volvo entièrement électriques, déjà produit en série.

Contactée par Médias24, une source de Arma Holding souligne que ce camion de collecte de déchets ménagers est une nouveauté, aussi bien au niveau national que continental. Il est opérationnel à Rabat depuis début mars 2023.

Pour l’instant, ce camion est en circulation est unique. Il répond à un appel d’offres de la Commune de Rabat, nous explique notre source. Doté d’une capacité de 18 m³, il dispose d’une autonomie électrique de 14h et coûte près de quatre fois le prix d’un camion gasoil.

« Nous sommes fiers d’être la première entreprise du secteur de la gestion des déchets au Maroc et en Afrique à avoir choisi d’investir dans la mobilité durable en coopération avec Volvo Trucks. En faisant un pas vers l’électrification de notre flotte de camions, Arma réduit son empreinte carbone, démontrant une fois de plus notre engagement envers l’environnement. Nos intentions sont claires : nous continuerons à investir dans des innovations qui contribuent à réduire les émissions et à protéger l’environnement tout en aidant nos clients à atteindre leurs propres objectifs de développement durable », a déclaré Youssef Ahizoune, PDG du groupe Arma, cité dans le communiqué.

Depuis 2015, Arma Holding assure la collecte des déchets ménagers et assimilés de la ville de Rabat.

Antibiorésistance, transmission de maladies… Alerte aux effluents hospitaliers (étude marocaine)

Dans un récent article scientifique, Latifa Mouhir, professeure au département Génie des procédés et environnement à la Faculté des sciences et techniques de Mohammedia de l’Université Hassan II de Casablanca, ainsi que trois autres chercheurs, Sayerh Fatimazahra, Saafadi Laila et Monsif Khazraji, ont alerté sur la dangerosité des effluents hospitaliers, rejetés dans les milieux récepteurs.

Cet article s’intitule « Review of hospital effluents : special emphasis on characterization, impact, and treatment of pollutants and antibiotic resistance » (en français, « Bilan des effluents hospitaliers : accent particulier sur la caractérisation, l’impact et le traitement des polluants et de la résistance aux antibiotiques »). Il a été publié début février dans des revues spécialisées.

Son objectif est d’ »améliorer les connaissances sur la composition de ces effluents et leur impact sur la santé humaine ainsi que sur l’environnement, en mettant en évidence les différentes techniques de traitement adaptées à ce type d’évacuations, avant leur rejet dans l’environnement », explique la Pr Mouhir, jointe par Médias24.

Aucun traitement spécifique aux effluents hospitaliers

L’article part d’une observation initiale. « Les effluents hospitaliers sont directement rejetés dans les réseaux d’assainissement collectifs« , explique la Pr Mouhir. « Ce constat n’est pas spécifique au Maroc. Ces effluents, y compris dans différents pays du monde, passent par les stations de traitement, au même titre que les effluents domestiques. Il n’y a donc pas de traitement spécifique aux effluents hospitaliers. »

« Au niveau des stations d’épuration, qui sont plutôt des stations biologiques, des micro-organismes assurent le traitement biologique des effluents. En présence d’effluents hospitaliers, qui sont toxiques, ces micro-organismes restent inactifs« , poursuit notre interlocutrice.

« Les effluents hospitaliers, générés à grande échelle par les établissements de santé, entraînent des effets négatifs sur le milieu aquatique et la santé humaine en raison de leur forte charge en matière organique et de la présence de divers contaminants émergents. Nous commençons à avoir de nombreux polluants émergents, tels que les désinfectants, les médicaments, les bactéries, les virus et les parasites. »

La toxicité des eaux usées hospitalières est 5 à 15 fois plus importante que les effluents urbains

« Ces effluents véhiculent également des antibiotiques qui favorisent l’émergence de micro-organismes résistants aux antibiotiques dans l’environnement, ce qui est grave. Cette résistance, devenue une problématique mondiale, se manifeste dans différents pays et cause la transmission de différentes infections. »

L’article démontre que les hôpitaux utilisent quotidiennement un volume considérable d’eau, entre 400 et 1.200 litres, selon le nombre de lits dont ils disposent. En parallèle, ils génèrent jusqu’à 400 l/j d’eaux usées.

Ces eaux usées constituent un danger pour l’environnement et l’homme, en raison de leurs caractéristiques infectieuses et toxiques. Celles-ci, dont la toxicité est 5 à 15 fois plus importante que les effluents urbains, comportent une large gamme de polluants dangereux, tels que les résidus pharmaceutiques et les substances chimiques, et peuvent être à l’origine de divers dangers chimiques, biologiques et physiques, notamment la transmission de maladies, en particulier lors des périodes de pandémie.

Elles peuvent également induire le développement d’un certain nombre de bactéries dangereuses, qui provoquent l’apparition de plusieurs maladies liées à l’eau, en particulier dans les pays en développement.

Résistance aux antibiotiques

L’article fait état également d’une utilisation excessive et persistante d’antibiotiques par les hôpitaux, dont 30 à 90% ne sont pas absorbés par le système humain. Les résidus sont donc rejetés dans les effluents, qui s’accumulent à leur tour dans les systèmes de traitement des eaux usées, créant un environnement propice à la résistance aux antibiotiques, une des préoccupations mondiales majeures.

« Certes, les antibiotiques jouent un rôle important dans la prévention et le traitement des infections en empêchant les fonctions essentielles des bactéries. Cependant, l’activité de ces différents antibiotiques sur les bactéries entraîne le phénomène de résistance aux antibiotiques. C’est l’une des menaces les plus graves pour la santé publique dans le monde, car elle limite les possibilités de traitement des infections communautaires », expliquent les auteurs de cet article.

Lire aussi : Résistance aux antibiotiques : « La recherche scientifique n’est pas bien servie à l’échelle internationale » (A. Remmal)

« Ce phénomène était auparavant limité aux milieux cliniques. Mais au fil des ans, l’utilisation massive des antibiotiques a entraîné l’émergence d’organismes résistants dans l’environnement, en particulier dans l’eau », ajoutent-ils. « Cette résistance est devenue une source majeure de mortalité dans le monde, car le nombre de gènes résistants aux antibiotiques n’a cessé d’augmenter. »

« Malgré les nombreux risques associés à ces eaux usées, les exigences légales quant à leur traitement sont encore insuffisantes. Il est rare de trouver une législation dans ce sens ou même des recommandations de gestion de ces matières. »

Des paramètres supérieurs aux normes autorisées par l’OMS

Dans cet article, les chercheurs se sont également intéressés à la caractérisation microbiologique, physico-chimique et écotoxicologique des eaux usées hospitalières. Il en ressort que les paramètres microbiologiques et physicochimiques dépassent les normes autorisées par l’Organisation mondiale de la santé, faisant courir aux organismes vivants des risques énormes.

« Compte tenu des multiples risques associés à ces rejets, un traitement à la source pour éliminer ou minimiser tout polluant dans l’environnement est nécessaire. L’introduction de ces polluants dans les ressources en eau et le système alimentaire par diverses voies est considérée comme une menace sérieuse pour les humains et les autres organismes. »

« Heureusement, la nouvelle politique de construction des hôpitaux au Maroc prend en considération cette problématique, et les réseaux commencent à être séparés, entre assainissement collectif et effluents hospitaliers », précise la Pr Mouhir.

« Des efforts sont fournis pour protéger les ressources en eau par les méthodes actuelles de traitement, impliquant des processus physicochimiques tels que l’absorption, les procédés d’oxydation avancés et les processus biologiques », conclut Pr Mouhir.

Dessalement de l’eau : une solution efficace qui peut devenir une menace pour le milieu marin

Subissant ces dernières années un taux de stress hydrique élevé, le Maroc a mis en place le Programme national prioritaire d’eau potable et d’irrigation 2020-2027, auquel 115 milliards de dirhams ont été alloués. Au cœur de ce programme, des projets d’installation de stations de dessalement, dont onze sont déjà en service.

Le dessalement d’eau de mer s’impose parfois comme la seule alternative, comme c’est le cas pour les provinces du Sud, ou comme une solution d’appoint dans des régions touchées par les sécheresses récurrentes liées aux changements climatiques. C’est le cas de nombreuses régions déjà en pénurie d’eau (moins de 500 m³ par personne par an), notamment dans l’Oriental, le centre et le sud du pays, nous explique Fouad Amraoui, chercheur et professeur en hydrologie à l’Université Hassan II de Casablanca.

« Le Maroc connaît également une urbanisation galopante liée à un exode rural dirigé vers les villes côtières. La pression sur l’eau est donc de plus en plus forte, alors que la ressource, elle, est limitée et parfois insuffisante pour répondre aux besoins », ajoute-t-il.

Onze stations opérationnelles au Maroc

Selon Wafae El Harraki, cheffe du service Développement des eaux non conventionnelles au ministère de l’Equipement et de l’eau, onze stations de dessalement sont actuellement en service, les dernières étant celles de Laâyoune et Safi. Ces stations visent à contribuer à la satisfaction des besoins nationaux en termes d’irrigation, d’industrie et d’eau potable.

« Ces stations sont mises en place afin de soulager la pression sur les ressources en eau des zones côtières et d’améliorer la résilience au changement climatique des différentes régions du Royaume, pour répondre aux multiples besoins intégrant l’approvisionnement en eau potable et industrielle ainsi que l’irrigation de cultures à haute valeur ajoutée », explique-t-elle.

Concernant les projets programmés, différents projets de dessalement d’eau de mer ont été intégrés au Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 : le projet de dessalement de Casablanca-Settat, celui de Dakhla et celui de l’Oriental. Cela permettra au Maroc de traiter plus d’un milliard de mètres cubes d’eau dessalée par an à l’horizon 2027.

L’écosystème marin impacté par les effluents des stations

Un résultat prometteur qui n’a cependant pas que des avantages. Diverses études scientifiques ont en effet démontré que les rejets des stations de dessalement d’eau ont des impacts négatifs sur leur environnement. Parmi eux, la destruction du fond marin, la diminution de la biomasse planctonique et de la biodiversité marine, l’augmentation de la salinité et des taux des métaux lourds, ou encore la menace sur la croissance, la reproduction et la survie de macrophytes.

Pour Fouad Amraoui, l’un des impacts négatifs des usines de dessalement est la conséquence du rejet des effluents sur l’écosystème marin. Ces rejets se caractérisent parfois par une température élevée et une forte concentration en sel, à laquelle s’ajoute, dans une moindre mesure, la présence de produits chimiques, utilisés pour le fonctionnement de la station (antitartres, coagulants et produits de nettoyage).

« Le rejet de saumure dans la mer aboutit localement à la formation d’un système stratifié de couches de plus en plus salées en allant vers le fond, ce qui diminue le brassage de l’eau et conduit à des modifications du milieu local en réduisant au maximum la présence d’oxygène au niveau des fonds marins et en rendant difficile le passage de la lumière », explique Fouad Amraoui.

Certaines études ont mis en évidence un lien entre les rejets des usines de dessalement et une disparition du corail et des organismes planctoniques, ainsi qu’une diminution des populations de poissons, ou encore un appauvrissement de la diversité et de l’abondance de la macrofaune benthique (organismes vivant au fond de l’océan), ajoute le chercheur.

Toutefois, sur la façade atlantique marocaine, la présence de forts courants marins est un facteur positif pour disperser les saumures et les diluer, en mettant en place des émissaires marins longs de quelques centaines de mètres, tel que ce qui est fait pour les eaux usées prétraitées de certaines villes côtières, rassure Fouad Amraoui.

Combiner dessalement et production d’énergies renouvelables

L’un des impacts négatifs du dessalement, par le procédé le plus courant d’osmose inverse (un système de filtrage de l’eau naturel), est la forte consommation en énergie. Si cette dernière est fournie par des combustibles fossiles (c’est le cas des centrales thermiques à charbon), elle aura l’inconvénient d’émettre des polluants atmosphériques, en particulier du dioxyde de carbone (CO2), des oxydes de soufre et d’azote et des particules solides. « Ceci est en désaccord avec les mesures d’atténuation et d’adaptation avec le réchauffement climatique », souligne le chercheur.

« Le nexus eau-énergie est très significatif. Il faut dès que possible combiner le dessalement avec la production d’énergies renouvelables. Le cas de la station de Dakhla est à ce titre un modèle, puisque la future station de dessalement est adossée à un parc éolien qui, en plus de ne pas générer de pollution, est très productif avec un faible coût du kWh qui permet de rentabiliser l’investissement de l’usine », rassure Fouad Amraoui.

Des études d’impact pour y faire face, assure le ministère

De son côté, Wafae El Harraki explique que l’impact environnemental des projets de dessalement est appréhendé lors de la phase préparatoire de ces projets, notamment à travers l’élaboration d’analyses et d’études approfondies.

« Ces études permettent d’identifier les impacts potentiels et de proposer les mesures d’atténuation ou de compensation des conséquences dommageables des stations sur l’environnement, mais aussi d’établir un programme de surveillance et de suivi du projet », affirme-t-elle.

Concernant l’impact lié à la phase d’exploitation des stations de dessalement et les rejets des saumures, une étude de modélisation 3D est effectuée afin de s’assurer de la dilution de ces rejets et du niveau de salinité, qui ne doit pas dépasser un seuil défini par des normes internationales, afin de ne pas affecter le milieu marin, assure-t-elle.

« Le modèle technique de rejets le plus optimal est défini à l’issue de cette étude. Des mesures sont adoptées pour maîtriser le rejet d’eau saline », explique encore Wafae El Harraki. « Concrètement, des diffuseurs sont mis en place pour assurer une dilution des saumures de façon à ne pas générer une augmentation de la salinité au point de rejet et d’éviter la recirculation des saumures vers la prise d’eau de mer », conclut-elle.

Les avantages et opportunités du dessalement d’eau

Il faut dire que ces stations n’ont pas que des impacts négatifs : elles assurent avant tout la disponibilité de l’eau tant qu’elles ne sont pas soumises aux changements climatiques liés aux sources d’eau douce.

Fouad Amraoui rappelle que l’avantage du dessalement est de sécuriser l’alimentation en eau potable des principales agglomérations côtières, en réduisant la pression sur les eaux conventionnelles, qui sont parfois acheminées sur de longues distances à partir des retenues de barrages.

« Cela permet de redéployer les ressources en eau vers des villes intérieures qui en manquent. Par exemple, la mise en service des stations de Casablanca, El Jadida et Safi va permettre d’acheminer beaucoup plus d’eau du barrage El Massira sur Oum Er Rbia, vers la ville de Marrakech », explique-t-il.

Selon la même source, le recours au dessalement permet également de valoriser des terres et de dynamiser l’économie de certaines régions à potentiel, en développant une agriculture à forte valeur ajoutée (cultures sous serres par exemple). Et ce, tout en optimisant les besoins en eau en adoptant la micro-irrigation.

« Irriguer des cultures par l’eau déminéralisée ou dessalée assure de meilleurs rendements agricoles et minimise la salinisation des sols », ajoute-t-il.

Par ailleurs, le professeur souligne que la technologie du dessalement a beaucoup évolué ces dernières années. La recherche et l’innovation ont en effet permis l’utilisation de membranes filtrantes plus performantes et moins gourmandes en énergie. Par conséquent, le dessalement devient plus abordable pour un certain nombre de pays en développement, comme le Maroc qui dispose d’une côte maritime longue de 3.500 km.

« Il faut étoffer l’arsenal juridique »

Plusieurs défis doivent ainsi être relevés pour gérer au mieux ces stations de dessalement. Charafat Afilal, ancienne ministre déléguée auprès du ministre de l’Energie, des mines, de l’eau et de l’environnement, nous explique que les divers impacts environnementaux des stations de dessalement d’eau nécessitent des études plus approfondies sur le littoral et le volet social. Car ces stations peuvent « défigurer » le littoral en plus d’impacter la vie aquatique par les décharges de saumure.

Pour la problématique des saumures, on ne dispose que de « pratiques » au Maroc et non de règles. Des textes réglementaires doivent être élaborés pour combler cette carence. Il faut également avoir recours à l’innovation pour trouver des solutions adaptées au contexte marocain pour la gestion des rejets.

« Il y a un vide réglementaire au niveau national ; il faut étoffer l’arsenal juridique vu que les investissements dans ce sens s’accélèrent, et surtout cadrer les rejets d’eau saumâtre. Il faut définir des seuils (de salinité) à ne pas dépasser et trouver des solutions innovantes pour se débarrasser des sels en s’inspirant de la réglementation internationale », conclut Charafat Afilal.

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