Intermédiaires et inflation alimentaire : on redécouvre chaque année le même problème, sans agir

Dans un récent débat entre Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du commerce, et Driss El Azami, membre du secrétariat national du PJD, le ministre a fait une déclaration qui ne devrait pas passer inaperçue : « 18 spéculateurs perturbent les prix des viandes rouges« .

Cette affirmation met en lumière une réalité bien plus structurelle qu’il n’y paraît : celle d’un marché où une concentration d’acteurs influence les prix non seulement des viandes rouges, mais aussi des fruits, légumes, viandes blanches et produits de la mer.

Ce phénomène n’a pourtant rien de nouveau. Chaque année, la flambée des prix alimentaires suscite la même vague de réactions indignées, accompagnées d’engagements à encadrer le marché. Mais une fois la crise passée, le sujet retombe dans l’oubli, laissant place à une nouvelle flambée l’année suivante.

Le problème est pourtant bien connu et largement documenté. Le Conseil de la concurrence, dans un rapport détaillé, souligne l’existence d’un déséquilibre structurel : « Les marchés de la production et de la commercialisation des fruits et légumes au Maroc […] sont caractérisés par la présence d’une multitude d’intermédiaires, qui pratiqueraient de la spéculation en ponctionnant des marges excessives et injustifiées, supportées in fine par les consommateurs ».

L’organisation du marché alimentaire repose sur un enchevêtrement d’intermédiaires qui, faute de cadre réglementaire précis, participent à une montée artificielle des prix. Les écarts entre le prix payé au producteur et celui affiché au consommateur final sont significatifs. À titre d’exemple, certaines hausses dépassent les 100% entre le prix du producteur et celui pratiqué sur les marchés, notamment pour des produits de grande consommation comme la tomate, la pomme de terre ou l’oignon. Comment expliquer qu’un kilogramme de pommes de terre vendu 2 dirhams par le producteur puisse atteindre 5 à 6 dirhams sur les marchés urbains ?

La spéculation effrénée et l’absence totale de contrôle de ces réseaux d’intermédiaires en sont la seule explication.

Les intermédiaires captent en moyenne 34% du prix final, faisant d’eux le principal maillon de la formation des prixLe Conseil de la concurrence met en évidence cette dynamique inflationniste : la formation des prix est gangrenée par une intermédiation excessive et anarchique, où chaque maillon de la chaîne prélève des marges injustifiées, alimentant une inflation artificielle qui finit par écraser le consommateur final. « La marge brute des intermédiaires constitue la composante dominante dans la formation des prix de vente, en s’appropriant en moyenne près de 34% du prix final, et en dépassant ainsi même la marge brute des grossistes et des détaillants ».

Ce déséquilibre ne relève ni du hasard ni d’une fatalité économique : il résulte d’une structure de marché déséquilibrée, où les producteurs peinent à valoriser leur travail tandis que les consommateurs supportent des prix excessifs, au bénéfice d’un petit nombre d’acteurs qui captent des marges élevées.

Une absence de régulation qui nourrit la spéculation

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a, lui aussi, dressé un constat édifiant sur la commercialisation des produits agricoles, mettant en lumière les dysfonctionnements structurels du marché. Son rapport souligne une organisation défaillante, dans laquelle les petits et moyens agriculteurs se retrouvent démunis face aux grands réseaux de distribution et aux circuits de spéculation.

Ainsi, au-delà des fruits et légumes, cette problématique touche également les viandes rouges et blanches, ainsi que les produits halieutiques. Le CESE dresse un état des lieux alarmant et observe notamment « la prédominance d’une panoplie d’intermédiaires, car aucune réglementation sur l’intermédiation et le courtage des fruits et légumes n’existe actuellement ».

La situation est plus prononcée, notamment à l’approche de l’Aïd, période où les prix connaissent des hausses significatives. « La persistance des pratiques spéculatives impacte la commercialisation des bovins, des ovins et caprins au sein des marchés, des souks, etc., notamment à l’occasion de Aïd al-Adha », précise le CESE.

Pourquoi aucune réforme de fond n’a-t-elle été engagée ?

L’accumulation de ces constats soulève une question majeure : pourquoi ces dérives persistent-elles malgré les analyses et recommandations formulées depuis des années ? Pourquoi l’État n’arrive-t-il pas à mettre en place des mesures concrètes ?

Le Maroc a prouvé, dans d’autres domaines, sa capacité à mener des réformes structurelles ambitieuses. Il est difficile de comprendre pourquoi un cadre réglementaire strict n’a pas encore été instauré pour encadrer les marges et fluidifier les circuits de commercialisation.

L’absence d’action nourrit une défiance croissante au sein de l’opinion publique. Face à une problématique qui touche directement le quotidien des ménages, cette inertie interroge.

Les leviers d’une réforme nécessaire

Une action résolue s’impose. La première étape consiste à réorganiser les circuits de distribution en favorisant des modes de commercialisation plus directs entre producteurs et consommateurs. Le développement de marchés régulés, l’essor de coopératives agricoles et l’encouragement aux circuits courts sont des pistes à explorer pour réduire la dépendance aux intermédiaires.

La régulation des marges commerciales est également un levier essentiel. Une surveillance accrue des écarts de prix et la mise en place d’un cadre juridique limitant la spéculation pourraient contribuer à stabiliser le marché.

Enfin, la modernisation des infrastructures commerciales et la digitalisation des transactions permettraient d’apporter une plus grande transparence sur les prix et les circuits de distribution. Un suivi en temps réel des prix de gros et de détail limiterait les abus et renforcerait la confiance des consommateurs.

Il n’est plus concevable de se limiter à des constats. La question de la régulation du marché alimentaire est devenue un enjeu stratégique qui touche au pouvoir d’achat des citoyens.

Les décideurs ont désormais un choix clair : engager une réforme structurelle du marché alimentaire ou laisser perdurer un système qui, année après année, entraîne les mêmes déséquilibres. Les consommateurs attendent des mesures concrètes.

Le débat ne peut plus se limiter à une indignation saisonnière. L’heure n’est plus au constat, mais à l’action.

Pomme de terre. Quand le marché joue un mauvais tour aux agriculteurs

L’année dernière, la faible production de certaines cultures de consommation, dont la pomme de terre, avait contribué à une hausse significative des prix. Au point que les exportations avaient été temporairement suspendues pour répondre à la demande du marché national, à des tarifs abordables pour les consommateurs.

À l’époque, « le prix du kilo de pommes de terre atteignait jusqu’à 7 DH », indique à Médias24 Abdellatif Baajine, contrôleur des prix au marché de gros de Casablanca. Un tarif exorbitant qui avait provoqué la grogne des citoyens, tout en permettant à certains agriculteurs et intermédiaires d’engranger d’importants bénéfices.

Comparaison du prix du kilo de pomme de terre entre 2023 et 2024 au marché de gros de Casablanca.

Ces gains substantiels ont attisé la convoitise. « En février dernier, les producteurs de pommes de terre ont augmenté leur superficie cultivée. Ceux qui avaient l’habitude de semer deux hectares en ont semé dix, espérant que les prix de vente soient aussi élevés que lors de la précédente campagne », nous explique une source professionnelle.

« Mais comme plusieurs d’entre eux ont eu la même idée, ils se sont retrouvés dans une situation où la production a été si abondante qu’elle a dépassé la demande », explique notre source. D’après la Direction régionale de l’Agriculture de Casablanca-Settat, le programme d’assolement établi prévoyait 18.601 hectares de légumes d’automne, dont 3.230 ha de pommes de terre.

Sur le terrain, la superficie effectivement cultivée a atteint 7.561 ha, soit une hausse de 234%. Au-delà des tarifs pratiqués l’année dernière, les subventions accordées sur les semences par le ministère de l’Agriculture ont également incité davantage d’agriculteurs à se tourner vers les cultures de consommation. Les producteurs de pomme de terre certifiée ont bénéficié d’une subvention de 15.000 DH/ha.

« Nous avons également inclus les semences communes à hauteur de 80.000 DH, afin d’encourager les agriculteurs à semer (8.000 DH/ha), car 50% des semences de pomme de terre sont des semences communes, qui ne sont pas certifiées », précise le ministère de l’Agriculture. Selon la DRA de Casablanca-Settat, la superficie totale subventionnée est de l’ordre de 14.854 ha, pour un montant total des subventions d’environ 108 MDH, majoritairement destiné à la production de pomme de terre.

Jusqu’à 111.000 DH pour produire un hectare

L’ensemble de ces éléments a donc contribué à une production importante de pomme de terre dans la région de Casablanca-Settat. En conséquence, à la fin juin, au moment de la récolte, le prix de la pomme de terre a connu une baisse significative car la quantité produite dépassait la demande.

« Le kilo de pomme de terre a été vendu par les agriculteurs à seulement 1,5 DH pour limiter les dégâts. Récemment, le prix a augmenté pour retrouver des niveaux normaux, avec un minimum de 2,5 DH », affirme Abdellatif Baajine. Même s’il a connu une hausse au fil des semaines, ce prix de vente n’a pas été à la hauteur des attentes des agriculteurs.

Sachant que le kilo de pommes de terre coûte 2,5 DH à la production, de nombreux exploitants ont vendu à perte. Les plus chanceux ont à peine pu rentrer dans leurs frais. Quant à ceux qui avaient la capacité financière de stocker leurs marchandises, ils attendent toujours que le prix augmente.

« Une importante quantité de pommes de terre est toujours stockée dans les unités frigorifiques de la zone agricole de Berrechid. Les agriculteurs préfèrent patienter jusqu’à ce que les prix augmentent avant de vendre », nous explique une source professionnelle qui s’inquiète des répercussions de cet épisode sur la prochaine campagne agricole.

« Certains agriculteurs ont loué des terres à raison de 10.000 DH/ha, voire plus. En comptant l’ensemble des intrants agricoles, l’hectare de pomme de terre pouvait atteindre 110.000 DH à la production, pour un rendement maximal de 40 tonnes. Dès lors, ils ont perdu beaucoup d’argent. Cela risque de les dissuader de planter lors de la prochaine campagne ou au moins de réduire la superficie cultivée », prévient-il.

Figues de Barbarie. Vers une meilleure disponibilité et une baisse des prix

Ces dernières années, le prix et la disponibilité des figues de Barbarie ont suscité un vif intérêt. Quasiment introuvables l’été dernier ou proposées à des tarifs élevés, il y a de fortes chances que leur absence sur le marché se fasse moins ressentir lors de la prochaine saison estivale.

L’une des principales raisons est la reprise de la production dans certaines régions historiquement connues pour ce fruit d’une grande importance socio-économique, comme la localité d’Aït Baâmrane (Guelmim-Oued Noun). Ces régions, où les cactus avaient été dévastés par la cochenille (Dactylopius opuntia), voient désormais une amélioration de leurs cultures.

Bien que le cactus tolère la sécheresse, il est sans défense face à ce parasite qui infeste principalement les tiges, mais peut parfois attaquer les cimes, les racines et les fleurs. Depuis 2014, les attaques rapides et répétées de la cochenille ont causé des pertes financières importantes pour de nombreuses familles.

En effet, avant l’apparition de la cochenille au Maroc en 2014, les 150.000 hectares de cactus produisaient entre 1,2 et 3,5 millions de tonnes de figues de Barbarie, avec un rendement compris entre 8 et 25 tonnes par hectare, générant un revenu de 20.000 à 40.000 DH par hectare. Cependant, ces dernières années, la pénurie de figues de Barbarie s’est accentuée dans le pays, faisant grimper leur prix entre 2 et 4 DH l’unité en juillet 2023. Pour l’été 2024, cette tendance inflationniste a des chances de s’arrêter. 

« Les prix vont diminuer car les quantités commercialisées seront supérieures à celles de l’année dernière, grâce à la reprise de la production dans certaines régions du pays », explique à Médias24 Abdellatif Baajine, contrôleur des prix au marché de gros de Casablanca, après avoir consulté des commerçants.

Mais, pour en avoir le cœur net, « il faudra attendre la mi-juin, lorsque les figues de Barbarie seront mûres et que les producteurs enverront leur production au marché. Pour l’instant, seules quelques centaines de kilos ont été mises en vente sur le marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, au prix de 300 DH la caisse », précise notre interlocuteur. 

Sachant qu’une caisse de 30 kilos contient environ 300 figues, le prix du kilo est donc de 10 DH. À peu près à la même époque l’année dernière, les caisses de figues de Barbarie se vendaient jusqu’à 500 DH, ce qui fixait le prix du kilo à environ 16 DH.

La lutte biologique porte ses fruits 

Si l’optimisme est de mise concernant la disponibilité des figues de Barbarie, c’est parce que les moyens de lutte contre la cochenille, qui se sont développés ces dernières années, commencent à porter leur fruit. L’identification de huit variétés de cactus résistantes à la cochenille n’y est pas étrangère non plus. 

En termes de lutte biologique, on peut citer le projet d’expérimentations écologiques de lutte biologique intégrée contre la cochenille, initié par la Fondation Dar Si Hmad. Réalisé avec l’appui du Programme de microfinancements du Fonds pour l’environnement mondial, l’initiative avait pour objectif de stopper la prolifération de la cochenille en misant sur la coccinelle Trident. 

Hyperaspis trifurcata de son nom scientifique, cet insecte se nourrit exclusivement de cochenille. Un lâcher de 1.000 individus de coccinelle Trident, livrés par la firme SAOAS dans la localité d’Aït Baâmrane a démontré une efficacité et une adaptation satisfaisantes. Idem dans le nord du pays. 

L’intervention humaine a également eu un effet positif sur la survie des cactus. Dans les principales zones de production de figues de Barbarie, localisées dans la région de Marrakech, mais aussi à Sidi Ifni, « les agriculteurs maîtrisent désormais davantage les méthodes de lutte », affirme le Dr Rachid Bouharroud, chercheur et expert en entomologie et lutte intégrée des cultures.

De nos jours, les cactus sont des vergers entretenus comme n’importe quelle plante fruitière. Ainsi, le rétablissement des cactus dans la région de Marrakech est en bonne voie du fait de l’entretien et de l’inspection des champs pour lutter contre la cochenille dès son apparition. Concrètement, il existe deux traitements contre la cochenille.

L’un à base de produits phytosanitaires homologués par l’ONSSA et l’autre d’ordre biologique. « Il y a plusieurs agriculteurs dans la région du Souss, qui ont réussi à éradiquer la cochenille et à cultiver le cactus sans traitement chimique, mais plutôt grâce à des moyens de lutte biologique, dont la lutte physique et la lutte par la taille du cactus pour éviter que la cochenille ne s’y accroche », complète le Dr Rachid Bouharoud. 

« Il est également possible de la traiter uniquement avec de l’eau sous pression. La fréquence de traitement par contact doit être mensuelle en été, et bimensuelle en hiver, car la pression de la cochenille baisse quand les températures sont peu élevées », conclut-il. 

Une superficie de 120.000 ha à l’horizon 2030

A cela s’ajoute le Programme national de plantation de cactus résistants à la cochenille. Il s’agit d’un plan d’action du ministère de l’Agriculture, soutenu par l’Institut national de recherche agronomique (INRA), dont les chercheurs ont réussi à identifier huit variétés de cactus résistantes à la cochenille (Marjana, Belara, Karama, Ghalia, Angad, Cherratia, Akria et Melk Zhar), toutes inscrites au catalogue officiel. 

Le Plan d’action du ministère de l’Agriculture pour relancer la filière du cactus s’articule principalement autour de la plantation de huit nouvelles variétés résistantes à la cochenille, sur une superficie de 120.000 ha à l’horizon 2030. Les réalisations et objectifs du Programme se déclinent jusqu’en 2024 comme suit : 

– en 2021 : plantation de 1.457 ha/réalisation : 403.648 plants livrés et 1.450 ha plantés ; 

– en 2022 : plantation de 6.153 ha/réalisation : 1,7 million de plants livrés et 6.000 ha plantés ; 

– en 2023 : livrer 3,9 millions de plants pour planter 14.197 ha

– en 2024 : livrer 5,3 millions de plants pour planter 19.311 ha.

En outre, le ministère de tutelle envisage un renforcement du Programme de multiplication par l’établissement de nouvelles plateformes de cactus à travers le Royaume, ainsi que le développement d’une unité d’élevage et de production en masse des prédateurs de la cochenille. 

La tomate ronde de plus en plus chère : une situation qui risque de s’aggraver à l’approche du Ramadan

Ces derniers jours, le prix de la tomate ronde a de nouveau augmenté, atteignant un minimum de 13 DH/kg dans plusieurs quartiers de Casablanca. Et selon des sources professionnelles, les prix risquent d’augmenter considérablement à l’approche du Ramadan, pour dépasser les 20 DH/kg. 

Actuellement, dans le marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, le kilo de tomates rondes s’échange à au moins 10,5 DH, d’après la Société de développement local (SDL), Casa Prestations. Un tarif qui n’a pas été atteint ces trois dernières années (voir ci-dessous) et qui, de surcroît, ne semble pas en phase avec la réalité. 

Medias24
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« Une caisse de tomates rondes de qualité premium (export) peut atteindre 500 DH (15 DH/kg), mais encore faut-il mettre la main dessus, car elle est principalement destinée aux marchés internationaux. S’agissant des tomates rondes issues des écarts, le prix d’une caisse varie de 300 à 400 DH (entre 10 et 13 DH/kg)« , indique à Médias24, Abdelfattah Lamzaouri, représentant des commerçants du marché de gros de fruits et légumes de Casablanca. 

Plus au sud, dans le marché de gros d’Inezgane, situé à une vingtaine de kilomètres d’Agadir, la caisse de tomates rondes coûte jusqu’à 300 DH (10 DH/kg), à quelques dizaines de kilomètres seulement du lieu de leur récolte. Plusieurs raisons expliquent cette hausse, que ce soit en amont ou en aval du processus de production. 

Hausse du prix de production à l’hectare

En amont, la hausse du prix des intrants agricoles (semences, eau, engrais…), qui s’est accentuée cette année, a évidemment eu des répercussions sur les prix de vente. « La production d’un hectare de tomates rondes coûte aujourd’hui jusqu’à 700.000 DH contre 300.000 DH il y a quelques années », explique à Médias24, l’Association des producteurs de Chtouka (ACPA). 

Un écueil que les subventions accordées dans le cadre du Fonds de développement agricole (FDA) n’ont pas réussi à régler. « Les subventions sont insuffisantes. D’autant plus que pour certaines, comme celles liées aux semences, elles ne pourront être accordées aux agriculteurs que deux ou trois mois après avoir effectué les plantations », déplore la même source. 

En outre, les rendements ne sont pas à la hauteur des attentes, en raison notamment des conditions climatiques difficiles. « Il y a eu plusieurs phénomènes météorologiques extrêmes qui ont impacté les premières plantations de tomates rondes (vent violent, températures élevées…) », indique l’ACPA.

De plus, de nombreux producteurs ont décidé cette année de délaisser la tomate pour d’autres cultures comme les fruits rouges. « Sans oublier les virus comme le ToBRFV (le virus des fruits bruns et rugueux de la tomate) », reprend la même source. « Plusieurs producteurs ont dû greffer de nouveaux plants de tomate à cause notamment du virus ToBrfv, retardant ainsi les premières récoltes ».  

D’ailleurs, les quantités de tomate ronde qui accèdent au marché de gros de Casablanca sont en baisse. « Nous constatons une baisse du tonnage de tomates rondes qui accèdent au marché, de l’ordre de 30%. Et c’est le cas de l’ensemble des légumes », souligne Abdellatif Baajine, contrôleur des prix au marché de gros de Casablanca. 

Des prix élevés sont attendus pendant le mois de Ramadan

En aval de la production, plusieurs paramètres influent négativement sur les prix de la tomate ronde. Tout d’abord, l’augmentation du prix du transport entre Inezgane et Casablanca. « Le coût du transport, qui était compris entre 8 et 12 DH par caisse, a récemment augmenté pour atteindre 20 DH par caisse transportée », indique une source professionnelle. 

À cela, s’ajoute la multiplication des intermédiaires entre l’agriculteur et le consommateur final. On relève aussi la faible diversité des zones de production. Par exemple, les tomates produites dans la région de Doukkala ne coûtent en moyenne que 90 DH par caisse (3 DH/kg). Mais dans cette zone, la production est limitée à cause du stress hydrique, comme en témoigne la situation du barrage Al Massira, quasiment à sec (le taux de remplissage frôle 1%). 

« À une époque, les zones de production de Doukkala produisaient suffisamment de tomates pour fournir la région de Casablanca à des prix abordables. Mais à cause du manque d’eau, l’ensemble des cultures maraîchères ont vu leurs rendements et superficies diminuer », déplore le représentant des commerçants du marché de gros de fruits et légumes de Casablanca. 

En somme, on s’achemine doucement mais sûrement vers un remake de l’année dernière, qui a connu une pénurie, suivie d’une hausse du prix de la tomate ronde sur le marché national, à l’approche du mois de Ramadan. « La situation risque de s’aggraver lors du prochain Ramadan où le kilo de tomates pourrait dépasser les 20 DH », s’inquiète l’Association des producteurs de Chtouka.

Distribution. Ce que les professionnels du marché de gros de Casablanca ont dit aux parlementaires

Le 14 septembre 2023, avant l’aube, les parlementaires membres de la commission des secteurs productifs au sein de la Chambre des représentants se sont rendus au marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, afin de constater de visu les dysfonctionnements et failles du secteur de la distribution des produits agricoles, parmi lesquels la multiplicité des intermédiaires, comme cela a été confirmé par les commerçants.  

En effet, il est ressorti de cette mission exploratoire, lancée par la commission des secteurs productifs au sein de la Chambre des représentants, que le principal facteur derrière la hausse des prix et les multiples dysfonctionnements du marché de gros réside dans la désorganisation du secteur de la distribution. 

Par exemple, certains agriculteurs vendent leurs produits à l’extérieur avant même d’accéder au marché. Cette pratique entraîne une augmentation de la demande, une baisse de l’offre et, par conséquent, une hausse des prix de vente au consommateur final. 

« Dans le passé », expliquent à la commission les commerçants du marché de gros, « nous fixions les prix des produits à l’intérieur du marché les lundis et jeudis. Mais après que la gestion du marché de gros de fruits et légumes de Casablanca a été déléguée à la société de développement local (SDL) Casa Aménagement, c’est une commission qui fixe les prix« , assurent-ils. 

Ce prix est déterminé sur le marché en fonction de l’offre et de la demande. Un équilibre fragile, qui l’est davantage au vu de pratiques qui ont la dent dure.

Un marché dont l’accès n’est pas totalement contrôlé

L’Association des commerçants signale que les producteurs payent une taxe de 6% sur le poids total de leur marchandise, quelle que soit sa nature. Après avoir accédé au marché, les marchandises sont dirigées vers les carreaux des mandataires, où elles sont étalées en contrepartie de 1% de leur valeur.

D’après le Bulletin officiel datant du 15 septembre 2022, 374 mandataires exercent sur l’ensemble du territoire national, grâce à des agréments renouvelables tous les trois ans. Le marché de gros de fruits et légumes de Casablanca en compte une quarantaine, à raison de deux mandataires par carreau. 

Les marchandises sont mises en vente aux clients directement sur les carreaux des mandataires ou bien sont étalées sur le sol. Jusque-là, le circuit semble maîtrisé, sauf que des failles permettent à des intermédiaires de s’y engouffrer, ce qui participe inévitablement à une hausse des prix. 

Les commerçants du marché de gros de Casablanca signalent notamment la présence, au sein même du marché, de camions n’ayant pas en leur possession la preuve qu’ils ont payé la taxe à l’entrée du marché. Autrement dit, « ces camions sont sur place uniquement pour la revente, à des prix plus élevés, des produits agricoles qu’ils ont acquis auprès des agriculteurs au sein du marché ».

La présence de véhicules non autorisés à l’intérieur du marché souligne les lacunes actuelles du contrôle des accès du marché. Tant que les intermédiaires y seront en nombre, il sera difficile d’éviter la flambée des prix. 

À cela s’ajoute la pratique qui consiste à vendre les marchandises avant même d’entrer au marché. À cause du taux de la taxe (6%+1%), jugé trop élevé par les agriculteurs, certains d’entre eux vendent leurs marchandises aux abords du marché. En conséquence, le commerçant qui se retrouve en possession de la marchandise mettra en vente ses produits en ajoutant une marge bénéficiaire supplémentaire. D’où une hausse des prix de vente au client final. 

Voici les raisons de la nouvelle hausse du prix de la tomate ronde

Ces derniers jours, le prix de la tomate ronde a augmenté pour atteindre a minima 10 DH le kilo chez les primeurs de plusieurs quartiers de Casablanca. Dans le marché de gros de fruits et légumes de la capitale économique, le kilo de tomates rondes s’échange à 8 DH le kilo. Un tarif qui n’a plus été atteint depuis juin 2023 (voir ci-dessous).

 

Medias24
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Comment peut-on expliquer cette hausse ? Il faut d’abord différencier les tomates produites dans les zones agricoles de Oualidia et Mohammédia de celles produites dans le Souss. « La hausse du prix des tomates au marché de gros de Casablanca est intervenue il y a deux semaines. Mais c’est principalement le cas des tomates en provenance du marché d’Inezgane. Celles qui sont cultivées dans les zones agricoles de Mohammédia et Oualidia sont vendues à un prix raisonnable ».

Selon notre interlocuteur, la caisse de tomates rondes en provenance d’Inezgane coûte 240 DH, soit 8 DH le kilo. Les tomates produites à Oualidia et Mohammédia coûtent en moyenne 90 DH par caisse (3 DH/kilo).

Contactée par nos soins, l’Association des producteurs de Chtouka (ACPA) affirme que cette hausse est à imputer à l’augmentation du prix du transport entre Inezgane et Casablanca. « Le coût du transport, qui était compris entre 8 et 12 DH par caisse, a récemment augmenté pour atteindre 20 DH par caisse transportée« .
À cela s’ajoutent les commissions des intermédiaires, mais aussi « une baisse du tonnage de tomates rondes qui accèdent au marché, de l’ordre de 30%. Et c’est le cas de l’ensemble des légumes », souligne Abdellatif Baajine. « Plusieurs producteurs ont dû greffer de nouveaux plants de tomate à cause notamment du virus ToBrfv, ce qui va repousser leur récolte de trois ou quatre mois », explique l’ACPA.

Les intempéries et la hausse du rendement font baisser le prix des avocats

C’est suffisamment rare pour être souligné. Ces derniers temps, le kilo d’avocats est proposé par les détaillants à 12 DH, quasiment au même prix que les pommes de terre, dont le tarif oscille entre 10 et 12 DH le kilo. Ce fait inédit n’est pas le fruit du hasard. C’est en partie grâce à une amélioration des rendements, mais aussi du fait de la tempête qui s’est récemment abattue sur plusieurs régions du Royaume. 

Dans la région de Larache notamment, une zone importante pour la production d’avocats dans le pays, la tempête du dimanche 22 octobre a été particulièrement violente. Les vents y ont même atteint une vitesse de 106 km/h. À cause de ces conditions climatiques extrêmes, les producteurs marocains ont perdu plusieurs milliers de tonnes d’avocats. 

« Les dommages sur les fruits atteignent en moyenne 10%, soit 6.000 tonnes dans tout le pays. Les fruits principalement touchés sont les avocats Hass », expliquait récemment Abdelmoumen El Achkar, producteur d’avocats et directeur général d’Ecomac. 

Des avocats qui ne sont plus exportables

Concrètement, de nombreux fruits, tombés des arbres, n’entraient plus dans les critères qualitatifs des exportateurs, notamment en raison de leur chair filandreuse. « Ces fruits ne sont plus exportables, mais certains restent de bonne qualité et pourraient être vendus sur le marché local », souligne Abdelmoumen El Achkar.

Justement, ces dernières semaines, ces fruits ont inondé les étals des marchés et autres carrosses de vendeurs ambulants. En atteste le marché de gros de fruits et légumes à Casablanca. « Cette année, il y a une amélioration du rendement. De plus, lors de la tempête, de grosses quantités d’avocats ont subi des dégâts », confirme à Médias24 Abdellatif Baajine, contrôleur des prix au marché de gros de Casablanca. 

« Il faut d’abord signaler qu’il y a plusieurs variétés d’avocats en vente. Certaines, dont le kilo est vendu à 15 DH au gros, sont revendues au détail à partir de 20 DH », indique notre interlocuteur. « Puis il y a une variété qui est vendue entre 7 et 8 DH le kilo. Ce sont des avocats qui ne sont pas de qualité supérieure. Ils sont vendus à 12 DH le kilo au détail ».

Autre élément décisif dans la disponibilité des avocats à prix réduit, le rendement. « Cette semaine, près de 140 tonnes par jour ont été enregistrées au marché, contre 115 tonnes l’année dernière à la même époque. Par exemple, aujourd’hui, le marché a accueilli 145 tonnes d’avocats », assure Abdellatif Baajine. 

En effet, comme nous l’expliquions dans un précédent article, les producteurs d’avocats s’attendaient à un record de production cette année, sans pour autant avoir augmenté la superficie cultivée. C’est le résultat de l’entrée en production des avocatiers plantés il y a trois ans, de la clémence du climat dans le Gharb et de l’amélioration des pratiques culturales. 

En 2022, la récolte avait atteint près de 44.000 tonnes, pour un rendement moyen de 6 à 7 t par hectare. Bien que la superficie cultivée reste stable (7.000 ha), « cette année, les rendements ont augmenté pour s’établir à 15 t, et parfois même 20 t par hectare », se félicite Abdellah Elyamlahi, président de l’Association marocaine des exportateurs d’avocats, plus communément appelée MAVA (Morocco Avocado Association). 

https://medias24.com/2023/09/06/malgre-la-secheresse-le-maroc-sachemine-vers-une-recolte-record-davocats/

Très populaires, les figues de Barbarie sont quasi introuvables cet été

Au Maroc, il y avait deux phénomènes immuables à l’amorce de la saison estivale : les fortes chaleurs et la multiplication des vendeurs ambulants de figues de Barbarie. Ces dernières années, les thermomètres s’affolent, et les figues de Barbarie ou Hendya se font quant à elles de plus en plus rares.

En cause, la cochenille, un ravageur qui a détruit plusieurs dizaines de milliers de pieds de cactus, l’arbre qui produit l’un des fruits les plus appréciés du Royaume. « Il y a encore quelques années, on pouvait se goinfrer en enfilant une dizaine de figues en l’espace de quelques minutes. Mais ce n’est plus possible, parce que leur prix a été multiplié par huit ou par dix. Encore faut-il les trouver ! », regrette avec nostalgie un citoyen croisé à Casablanca auprès d’un marchand ambulant de figues de Barbarie, proposant des fruits à 2 ou 4 DH l’unité, selon la taille. 

Ainsi, ce n’est pas tant l’attachement des consommateurs à ce fruit sucré et extrêmement nourrissant qui s’est évanoui, mais plutôt sa rareté qui a impacté son prix, devenu exorbitant. Une amère réalité qui ne date pas d’hier. Le cactus est une plante introduite au Maroc en 1770 par les colonies espagnoles en provenance du Mexique. Elle a proliféré dans le Rif, le centre du pays et les plateaux et plaines atlantiques, où elle est cultivée de façon traditionnelle pour l’alimentation animale, mais surtout humaine, tant ses fruits ont gagné en popularité au fil des décennies.  

À l’aube des années 2010, les 150.000 hectares de cactus que comptait le pays produisaient entre 1,2 et 3,5 millions de tonnes de figues de Barbarie, avec un rendement compris entre 8 et 25 tonnes/hectare. Toutefois, la cochenille (Dactylopius Opuntia) a eu raison des cactus du Royaume. Ces derniers n’assurent plus un approvisionnement suffisant du marché national. 

Car si cette plante à fleurs tolère la sécheresse, elle reste sans défense face à ce petit ravageur dont les attaques rapides et répétées sont dévastatrices. Pour l’instant, aucune hypothèse officielle n’explique l’introduction de la cochenille au Maroc. Une chose est sûre, tout a commencé dans la commune rurale de Saniat Berguig, relevant de la province de Sidi Bennour, d’après les services de l’ONSSA. 

23 tonnes de figues de Barbarie par jours

La baisse de production s’est particulièrement fait sentir au marché de gros à Casablanca. Ce jeudi 20 juillet, dans cette structure qui brasse la plus grande quantité de fruits et légumes du Royaume, le contraste est saisissant entre l’espace réservé aux figues et celui où sont vendues les figues de Barbarie. 

Les centaines de caisses de figues occupent quasiment la totalité du parking adjacent au marché couvert. Tandis que les quelques dizaines de caisses de figues de Barbarie sont vendues dans un espace au fin fond du marché de gros, à l’opposé du « marché d’Agadir », où sont commercialisées les tomates notamment. 

« Aujourd’hui, le marché a accueilli seulement 23 tonnes de figues de Barbarie, contre 160 à 200 tonnes par jour il y a quelques années », affirme Abdellatif Baajine, contrôleur des prix au marché de gros de Casablanca. « Les quantités commercialisées au marché se sont effondrées à partir de 2020. Et la situation ne s’est pas améliorée. »

Dans l’espace qui leur est réservé, les caisses de figues de Barbarie sont proposées à un prix compris entre 250 et 500 DH, selon leur taille et leur qualité. Chaque caisse comprend 30 kilos, soit environ 300 figues. Le prix au kilo est donc compris entre 8 DH et 16 DH.

Celui de chaque unité peut aller de 0,80 DH à 1,60 DH. Pour qu’un détaillant puisse s’en tirer à bon compte, il lui faut vendre les figues entre 2 et 4 DH l’unité. Un prix qui comprend le coût de transport et autres charges. Il correspond aux tarifs pratiqués dans les artères de la capitale économique. 

Une culture à part entière

Les très faibles quantités de figues de Barbarie qui alimentent le marché national « sont issues d’exploitations agricoles entretenues avec soin », nous explique un grossiste, corroborant les dires du Dr Rachid Bouharroud, chercheur et expert en entomologie et lutte intégrée des cultures. 

« À Marrakech, un producteur en a fait une culture à part entière, avec une conduite technique et des pratiques culturales adéquates, ainsi qu’un traitement régulier contre la cochenille », précise l’expert, membre de l’équipe de recherche à l’origine de la découverte de huit variétés résistantes à la cochenille. 

« Ce producteur vend sa production aux grandes surfaces, après analyse par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et le ministère de l’Agriculture », poursuit-il. Ces récoltes ont permis un approvisionnement partiel bien qu’insuffisant du marché national.

« Des quantités proviennent également de plusieurs régions du Maroc, dont les provinces d’Al Hoceima, Tétouan, Guelmim, Sidi Ifni, Rhamna et Khouribga (Bejaad) », précisent les commerçants que nous avons sondés. En somme, la répartition géographique de la production n’a pas subi un profond changement, à l’inverse de la conduite culturale, de la durée de récolte et des quantités produites. 

Au crépuscule des années 2000, la saison de récolte des figues de Barbarie s’étendaient de juin à septembre. Depuis, elle n’a cessé de se réduire. « Elle ne dure plus que deux mois : juillet et août », déplore un grossiste. Un regret partagé par les populations rurales, pour qui le cactus a toujours été considéré comme un important moyen de subsistance, puisque chaque hectare pouvait rapporter un revenu compris entre 20.000 et 40.000 DH.

Traitement biologique et nouvelles variétés résistantes à la cochenille

Heureusement, cette situation, aussi préoccupante soit-elle, n’est pas irrémédiable. Plusieurs projets et autres mesures ont été entreprises afin de retrouver un niveau de production satisfaisant, permettant de couvrir la demande du marché national et faire baisser les prix.

Pour ce qui est du cactus en spontané, le Maroc a fait un pas décisif dans sa quête d’un remède à la cochenille. La Fondation Dar Si Hmad a en effet dévoilé un nouveau traitement biologique réputé infaillible contre la cochenille : la coccinelle trident. 

@Rachid Bouharroud

En collaboration avec l’INRA, des lâchers de cet insecte originaire du Mexique, qui se nourrit exclusivement de la cochenille, ont été effectués avec succès dans la région de Sidi Ifni. Des expériences similaires ont également été réalisées dans le nord du pays.

De 20% à 25% moins onéreuse que les traitements phytosanitaires, cette cure biologique « est capable de régénérer les cactus du Royaume en cinq ans », s’enthousiasme le Dr Rachid Bouharoud. Cela dit, l’efficacité de ce traitement écologique et peu coûteux dépend de la constitution d’un élevage de cet insecte. 

De son côté, le département de l’Agriculture a lancé un ambitieux programme pour revitaliser la filière du cactus, grâce notamment à la plantation de nouvelles variétés résistantes à la cochenille. Le plan d’action du ministère s’articule principalement autour de la plantation de huit nouvelles variétés résistantes à la cochenille, sur une superficie de 120.000 ha à l’horizon 2030. Jusqu’à présent, près de 7.500 ha ont été plantés. 

Ce plan d’action symbolise l’un des principaux axes de la stratégie Génération Green 2020-2030. Une orientation agricole qui mise entre autres sur le développement d’une agriculture solidaire, dans l’optique d’améliorer le niveau de vie des petits agriculteurs et de redonner le sourire aux amateurs de figues de Barbarie. 

Marchés de gros. Zoom sur le statut particulier des mandataires

Par le passé, les mandataires étaient une pièce maîtresse dans le bon fonctionnement des marchés de gros de fruits et légumes. Désormais, leur rôle est secondaire. Ils sont d’ailleurs pointés du doigt pour un statut privilégié au regard des tâches qu’ils accomplissent. 

La fonction de mandataire a été instaurée dans les années soixante, au niveau des marchés de gros de fruits et légumes, mais aussi dans les halles de poisson, comme l’indique le Dahir n° 1-62-008 du 2 ramadan 1381 (7 février 1962) relatif à l’attribution des charges de mandataires des marchés de gros des communes urbaines. 

D’après le Bulletin officiel, datant du 15 septembre 2022, 374 mandataires exercent sur l’ensemble du territoire national, grâce à des agréments, renouvelables tous les trois ans. Le marché de gros de fruits et légumes de Casablanca en compte une quarantaine, à raison de deux mandataires par carreau. 

À Casablanca, la moitié d’entre eux sont issus de familles d’anciens résistants. « Les autres ont été désignés par une commission présidée par le gouverneur. Ils sont choisis selon leur ancienneté et l’expérience accumulée en tant que commerçants », explique à Médias24 une source sûre. 

« Aujourd’hui, les mandataires sont chargés de relever la taxe dont le taux est fixé à 7% du prix brut de la vente en gros des fruits et légumes ou de poisson », indique Hassan El Hassar, chef de division des Affaires économiques et du développement local à la préfecture des arrondissements Moulay Rachid. 

Une fonction secondaire

Du temps où les agriculteurs acheminaient leur production jusqu’au marché, les mandataires étaient essentiels dans le fonctionnement des marchés de gros. « L’Etat a confié la commercialisation de cette marchandise aux mandataires. Chaque mandataire a un espace où il vend les produits en lieu et place de l’agriculteur. Il est également chargé de surveiller la marchandise », explique un expert.  

Une fois la marchandise cédée, le mandataire remet la recette aux agriculteurs, moins le montant de la redevance qui est fixée à 7% sur le montant brut des ventes en gros. Une partie de ce pourcentage est destinée au mandataire, tandis qu’il doit en reverser la majorité à la commune.

À Casablanca, la répartition de cette redevance est de 6% pour la commune et 1% pour le mandataire. Dans d’autres villes comme à Kénitra, ce dernier perçoit 2% et la commune 5%. Néanmoins, ces dernières années, les agriculteurs ne se rendent plus dans les marchés de gros.

Ils ont été remplacés par des commerçants qui n’ont plus besoin d’être accompagnés ou soutenus par des mandataires. Ces commerçants vendent directement leurs marchandises sans passer par les mandataires. « Actuellement, le rôle des mandataires se résume uniquement à la collecte de la redevance qu’ils versent à la commune », affirme Hassan El Hassar.  

Un statut sans avenir ?

Le décalage actuel entre les services rendus et la redevance obtenue constitue l’un des griefs qui pèsent sur cette profession. Dans un avis publié dans le Bulletin officiel du 15 septembre 2022, le Conseil économique, social et environnemental, préconise la suppression de la fonction de mandataire, dans le cadre du schéma directeur national proposé. 

Toutefois, la suppression de l’agrément ou même son renouvellement n’est pas une mince affaire. La particularité des mandataires constitue un frein pour le moment, en particulier s’agissant d’anciens combattants qui ont servi leur pays. 

À Casablanca, la moitié des agréments de mandataires ont été accordés à d’anciens combattants. « Certains d’entre eux sont décédés et ce sont leurs ayants droit qui ont hérité des agréments”, affirme Hassan El Hassar.  

De plus, les mandataires sont souvent issus de milieux défavorisés. Il est difficilement concevable de les priver d’une manne financière sur laquelle ils comptent énormément, eux et leurs familles, sans leur offrir d’alternative. C’est justement l’une des priorités dans le cadre de la réforme des marchés de gros. 

Dakhla : le marché de gros de fruits et légumes bientôt réhabilité pour près de 9 MDH

Une consultation architecturale a récemment été lancée par la commune de Dakhla pour la conception, l’étude architecturale et le suivi des travaux d’aménagement et de réhabilitation du marché de fruits et légumes de la ville de Dakhla. Le budget prévisionnel pour l’exécution des travaux est fixé à 9,1 millions de DH.

Vers la réduction du nombre d’intermédiaires

Le marché actuel s’étale sur une superficie de plus de 3.500 m2. Par ce projet, la commune ambitionne d’assurer un approvisionnement des habitants de la ville et d’une bonne partie des communes avoisinantes, de disposer d’une logistique, du conditionnement, du tri et du calibrage, afin de renforcer les efforts consentis dans le cadre du Plan Maroc vert, d’assurer une meilleure valorisation des produits agricoles, notamment des fruits et légumes, la restructuration de la chaîne de distribution et la réduction du nombre d’intermédiaires.

Ce projet vise également à lutter contre la distribution informelle des fruits et légumes, l’amélioration de la qualité des produits commercialisés, le développement de l’infrastructure économique et commerciale de la ville, la dynamisation de l’activité économique au niveau de la ville de Dakhla, l’amélioration des conditions de travail de l’ensemble des bénéficiaires, et la réduction du manque à gagner pour la commune.

L’idée est de créer une entité commerciale distinguée, alliant esthétique et fonctionnalité, et intégrant le site et le tissu urbain local. La conception urbanistique devra être conforme aux prévisions du plan d’aménagement homologué dans la ville.

Le fonctionnement de cet espace, une fois le projet achevé, devra se faire dans des conditions optimales, notamment en termes de fonctionnalité, d’hygiène et de sécurité, et ce, à travers la réalisation des principaux travaux de réhabilitation et de restauration.

Les principaux travaux prévus

Les travaux au niveau dudit marché de gros comprendront notamment :

– la construction de locaux annexes et de dépendances ;

– l’aménagement de clôtures, et le revêtement du sol avec revêtement superficiel ;

– les réaménagements externes ;

– le réaménagement de la voirie de desserte et les équipements publics annexes comme l’éclairage public, l’assainissement et autres pour équiper le site et organiser la circulation et les accès ;

– la répartition et l’aménagement du terrain après aménagement en zones à dimensions spécifiques à chaque type d’activité ;

– la proposition du mobilier d’exposition avec une conception qui intègre les spécificités architecturales de la médina ;

– la mise en place des équipements de nécessité (sanitaires, éclairage interne et public, borne-fontaine, incendie) ;

– la peinture des façades ;

– l’acquisition d’un système de froid ;

– la mise en place des systèmes d’information nécessaires à l’exploitation du marché ;

– la mise en place d’un dispositif de vidéosurveillance.

Par ailleurs, la commune de Dakhla a lancé, en parallèle de cet appel d’offres, un autre marché relatif aux études techniques et au suivi des travaux d’aménagement et de réhabilitation dudit marché, pour 240.000 DH. 

Des marchés de gros modernisés pour lutter contre l’inflation et les intermédiaires

Après la Cour des comptes, le ministère de l’Industrie et du commerce a épinglé les multiples dysfonctionnements dont souffrent les marchés de gros de fruits et légumes du Royaume, dont une couverture territoriale déséquilibrée et une hausse des circuits parallèles impactant négativement la qualité et les prix des produits. 

Pour y remédier, le ministère de tutelle a mis en place une stratégie visant à moderniser les circuits de commercialisation des fruits et légumes pour en faire des plateformes plus accessibles aux consommateurs et aux acheteurs, plus sécurisées et mieux organisées, grâce à un nouveau modèle de gestion et à une infrastructure améliorée.  

Un projet dont la première pierre a été posée en 2021, lors de la signature d’un accord-cadre entre le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Industrie et du commerce. Il s’agit de concevoir des marchés de vente en gros de fruits et légumes nouvelle génération.

« Ces nouveaux marchés serviront de plateformes de distribution régionales. En plus du marché de gros de Rabat, quatre autres structures similaires sont en cours de construction », a récemment annoncé Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture.

38 marchés de gros répartis en trois catégories

Les 38 marchés de gros de fruits et de légumes dont dispose actuellement le Maroc sont répartis en trois catégories : 

– les marchés de consommation (29) ; 

– les marchés de production (2) ; 

– les marchés de consommation et de production (7).

>Les marchés de consommation sont approvisionnés depuis différentes régions pour desservir la consommation locale, à travers la commercialisation des produits aux commerçants locaux. Leurs critères d’implantation se déclinent comme suit : 

– un rayon de desserte fixé à 80 km (+/- 10%) ;

– une distance maximale acceptable pour un commerçant équivalant à un temps de trajet de 1 h ;

– une distance minimale entre deux marchés de gros pour éviter trop de concurrence directe et le gaspillage ; 

– une densité de la population supérieure à 200.00 habitants ; 

– une activité de 5 à 10 camions/jour, soit le seuil minimal pour justifier la mise en place d’un marché de gros, amortir ses frais de structures et assurer sa viabilité économique.

>Les marchés de production accueillent la première mise en marché de la production visant à proposer une offre importante et attractive pour les acheteurs en gros. Ils permettent une réelle confrontation de l’offre et la demande, et l’établissement d’un prix représentatif de l’état du marché. Les critères d’implantation de ces marchés sont les suivants : 

– une volumétrie de production captable d’au moins 550.000 tonnes par bassin de production ;  

– générer des flux logistiques suffisants pour justifier son attractivité en tant que « pôle » de regroupement et d’éclatement de la production locale ; 

– une mutualisation des infrastructures et un amortissement des frais de structure ; 

– éviter une démultiplication à l’excès de petits marchés, dont la survie économique serait compromise, et l’attractivité menacée à terme par la structuration des filières de production en amont.

Une couverture territoriale déséquilibrée

Actuellement, les marchés de gros du Royaume font face à de nombreux écueils qui influent en bout de chaîne sur la qualité et les prix des produits : 

– une couverture territoriale déséquilibrée, car ils sont concentrés dans les régions du nord et du centre du pays ; 

– des infrastructures et des services médiocres, ainsi qu’une détérioration des conditions sanitaires et de sécurité ; 

– localisés dans des emplacements et espaces inadaptés, notamment au sein des villes ; 

– le modèle de gestion est dépassé et le cadre juridique limité ; 

– une hausse de la part des circuits parallèles et du secteur informel, impliquant des opérations de vente sans autorisation ; 

– une multiplicité d’acteurs qui n’apportent aucune valeur ajoutée, à l’image des intermédiaires qui allongent le cercle de distribution et participent à la hausse du prix de vente final.

Pour toutes ces raison, le gouvernement a entamé la modernisation du réseau national de marché de gros de fruits et légumes. Si leur nombre va diminuer, passant de 38 à 34, le Royaume sera mieux couvert, notamment à Tiznit, Laâyoune et Dakhla. 

Cette nouvelle disposition assurera un meilleur approvisionnement des habitants, en visant un million de consommateurs supplémentaires. Sur le papier, les marchés de gros de nouvelle génération sont également censés contribuer à améliorer l’accès des producteurs agricoles locaux. 

D’ailleurs, le futur réseau a pour objectif d’augmenter le nombre de marchés connexes à caractère productif, à proximité des zones à fortes productions agricoles. L’autre élément important de la feuille de route du gouvernement est la création de marchés avec une capacité adéquate. A savoir : 

– 14 marchés à gros volumes (plus de 100.000 tonnes par an) ; 

– 8 marchés de taille moyenne (entre 50.000 et 100.000 tonnes) ; 

– 12 marchés de petite taille (entre 20.000 et 50.000 tonnes).

A noter la disparition des marchés pouvant réceptionner moins de 20.000 tonnes. 

De meilleures infrastructures et des services supplémentaires

Le ministère de l’Industrie et du commerce place de grands espoirs dans ce projet de réforme, d’autant que ses avantages sont légion. Pour exemple, en termes d’infrastructures et services associés :

– des chambres froides pour le stockage ; 

– des espaces pour l’achèvement de la maturation des fruits ; 

– des entrepôts pour le stockage ; 

– une station de lavage et de stockage des caisses et cagettes ; 

– des ateliers de tri et de conditionnement.

Pour ce qui est des améliorations en matière d’infrastructures de commercialisation, elles se déclinent comme suit : 

– des espaces dédiés aux producteurs ;

– des espaces multi-produits ; 

– des plateformes de vente.

L’ensemble des intervenants bénéficieront de la réforme du réseau national du marché de gros de fruits et légumes. Du point de vue des exploitants agricoles, cette réforme permettra un accès direct et sécurisé au marché de gros, ainsi qu’une réduction des opérations d’intermédiation. 

En outre, des installations et des services seront mis à leur disposition pour maintenir la qualité de leurs produits. Les vendeurs de gros jouiront quant à eux de structures de commercialisation attractives et compétitives en termes de coût et de qualité de produits. 

Pour le consommateur final, les nouveaux marchés de gros proposeront une offre diversifiée, avec de meilleures conditions financières et sanitaires. Les communes ne sont pas en reste, puisque la charge de la gestion des marchés de gros sera réduite, avec une nette amélioration de la qualité des infrastructures et des services proposés. 

Reportage. À Berrechid, des agriculteurs acculés par la hausse des prix à la production

Préoccupés, les agriculteurs de Oulad Zidane ne sont pas pour autant surpris par la hausse des prix de certains légumes. Dans cette commune rurale située à quinze kilomètres de Berrechid, les champs de pommes de terre, céréales, carottes, oignons et autres se succèdent à perte de vue, délimités par des cactus ravagés par la cochenille. 

« En 2022, les exploitants vendaient leurs pommes de terre entre 3 et 4 DH le kilo. Mais il y a trois ans, elles ne dépassaient pas 1,50 ou 2 DH le kilo », affirme El Houssine Jaâfari, producteur de pommes de terre et d’oignons depuis vingt ans. 

La vertigineuse augmentation des produits alimentaires est la conséquence de multiples facteurs, dont les conditions météorologiques, une offre moins importante que la demande, mais aussi la hausse des tarifs des intrants agricoles, en plus des intermédiaires qui viennent en bout de chaine aggraver la situation. 

Flambée des prix des intrants agricoles 

En ce mardi 14 février, le soleil est dissimulé par des nuages transportés par un vent fort, annonciateur d’intempéries. En apercevant notre caméra, Khalid surgit du local technique de la pompe à eau, devant lequel une vingtaine de butanes de gaz s’entassent les unes sur les autres. 

Cela fait quatre ans que Khalid, la trentaine, cultive des pommes de terre et des oignons. A l’instar de ses collègues, il estime que si les prix de certains légumes ont atteint des sommets, ce n’est pas le fruit du hasard. « C’est le résultat d’une accumulation de facteurs, dont la sécheresse que nous avons subie ces trois dernières années. »

« Raison pour laquelle la production de pommes de terre dans la région de Berrechid, considérée comme le grenier de Casablanca et ses environs, a été en deçà des attentes », avance-t-il, au moment où il est rejoint par Mohammed Rbaiti. 

Après plus d’une décennie à produire des pommes de terres, ce père de deux enfants n’a pas souvenir de pareille flambée des prix. Selon lui, « la hausse du litre de gasoil et celle des intrants agricoles sont les principales coupables ».  

« Par le passé, le prix des intrants agricoles était abordable pour les agriculteurs, contrairement à ces deux dernières années », corrobore Abderrahmane Arourou. 

Pénurie de semences

Aux odeurs de fumier se mêlent les chants du coq et les murmures lointains des travailleurs et travailleuses agricoles. Alignés, une dizaine d’entre eux avancent méthodiquement de quinze centimètres le long des quatorze hectares cultivés par Abderrahmane Arourou. Soit la distance qui doit séparer deux semences de pommes de terre. 

« Une tonne de pommes de terre à semer, importées des Pays-Bas ou d’Écosse, coûte actuellement jusqu’à 14.000 DH », indique notre interlocuteur. « Il y a quelques années, le prix des semences était de 6 DH le kilo, il est désormais compris entre 11 et 15 DH le kilo. Et certains agriculteurs n’ont même pas réussi à s’approvisionner », déplore Mohammed Rbaiti. 

Agriculteur de père en fils, Farid Rachid a un regard noir en constatant qu’une partie de sa cargaison de semences importées, étalée à même le sol, « a pourri pendant le voyage en bateau ».

Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est la hausse du prix des engrais, en l’occurrence le NPK importé, fertilisant composé d’azote, phosphore et potassium. 

« Cette année, le NPK est encore plus cher que l’an dernier, avec un supplément de 50 DH par quintal (415 DH/quintal). Nous sommes pourtant obligés de l’acheter, car il est essentiel au bon rendement des cultures », s’agace-t-il. 

Même son de cloche du côté de Said Naji, croisé sur une moto chargée de deux sacs (50 kg) d’engrais NPK. « Je viens de m’approvisionner à hauteur de 390 DH le sac de 50 kg, alors que c’est une marque de mauvaise qualité. Il y a quelques années, le même produit ne dépassait pas les 225 DH », précise-t-il. 

De son côté, Mohammed Rbaiti explique qu’en dépit de l’accalmie des cours des engrais azotés sur les marchés internationaux, les agriculteurs marocains payent très cher un intrant agricole indispensable. Du moins, quand ils le trouvent.

« L’ammonitrate 33,5%, essentiel dans la bonne tenue et le rendement des cultures, est passé de 300 à 800 DH le quintal en 2022. Cette année, son prix commence à légèrement baisser mais, à 600 DH, il reste inabordable pour beaucoup d’agriculteurs », souligne Khalid. 

Ajoutez-y l’urée 46%, qui est passée depuis la crise sanitaire de « 400 à 1.300 DH le quintal, surtout en cette période de semis où la demande est importante », déplore El Houssine Jaaâfari. Comme les pièces d’un puzzle, il faut que l’ensemble des intrants agricoles soient réunis pour la bonne tenue d’une culture, avec l’espoir d’un rendement de qualité. Les produits phytosanitaires en font également partie. 

Des produits phytosanitaires inabordables 

Tels des pantins désarticulés, les cactus en lisière des parcelles agricoles se sont quasiment effondrés sur eux-mêmes, comme dévitalisés par la cochenille. D’aucun argueront que ces cactus font au moins office d’épouvantail, « mais il fut un temps où nous les soignions. Ce n’est plus possible de nos jours », regrette Mohammed Rbaiti.

« Les produits phytosanitaires coûtent tellement cher que l’on réussit à peine à s’en procurer pour nos cultures », précise-t-il. « J’avais pour habitude d’acheter 25 kilos de produits phytosanitaires à 900 DH. En 2022, ils coûtaient presque le double », s’insurge Khalid. « En plus d’être exorbitants, ces tarifs varient de région en région ou de ville en ville », déplore Mohammed Rbaiti. 

« Il serait temps d’inscrire les prix sur les étiquettes une bonne fois pour toutes, car nous sommes obligés d’acheter ces produits quel qu’en soit le prix, au risque de perdre nos cultures », ajoute-t-il. Il en est de même pour le poly, plus connu sous le sigle PVC. 

Si certains agriculteurs possèdent un puits dans leur parcelle, tout le monde n’a pas cette chance. La majorité des exploitants de la région louent des puits éloignés de deux, trois, voire quatre kilomètres de leurs terres. Une distance comblée grâce à des milliers de mètres de tubes PVC qui déversent l’eau acheminée dans des bassins de 1.800 m3.  

« Ces deux dernières années, le mètre de PVC est passé de 23 DH à 45 ou 50 DH. Il est indispensable, car il me permet d’acheminer l’eau depuis le puits que je loue et qui se trouve à 2 km de la terre que je cultive », souligne Farid Rachid, en rappelant que le PVC n’est qu’une infime partie du coût de l’irrigation. 

« Depuis 2021, la location d’un puits atteint 80.000 à 90.000 DH, et la terre se loue en moyenne à 10.000 DH par hectare », indique Khalid, qui impute la hausse du prix de location des puits à la difficulté d’obtenir des autorisations de forage. 

Tarissement des ressources de la nappe de Berrechid 

A l’origine de la nouvelle réglementation, la surexploitation des eaux souterraines de la nappe phréatique de Berrechid, qui pourraient se tarir dans quelques décennies. En effet, l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia (ABHBC) a récemment mesuré son niveau piézométrique entre 100 m et 120 m par rapport au sol. 

« C’est la nappe la plus stratégique », assurait à Médias24 dans un précédent article, Mohammed Boutayeb, chef de division de la gestion durable des ressources en eau à l’ABHBC, dont dépend la nappe phréatique de Berrechid.

« Les études techniques et les modèles mathématiques réalisés pour évaluer la tendance d’évolution de la nappe montrent qu’elle est très exploitée. Dans dix ans, on risque d’en perdre une grande partie », précise-t-il.

Pour atténuer cette problématique, « nous avons défini avec les usagers de l’eau, regroupés en associations, un quota de prélèvement de l’ordre de 5.000 m³/ha, variable selon l’évolution de la nappe. Des pénalités sont prévues en cas de dépassement », explique M. Boutayeb. 

De fait, les autorisations de forage sont devenues plus ardues à obtenir. « J’ai cultivé six hectares de pommes de terre. Afin de les irriguer, j’ai un puits, mais dont une partie s’est récemment effondrée. Pour sauver ce qui peut encore l’être, il me faut une autorisation, mais la procédure est tellement longue qu’elle en devient dissuasive », estime Mohammed Rbaiti. 

Comme beaucoup d’autres cultivateurs, « je loue un puits à 50.000 DH et j’achemine l’eau jusqu’à ma parcelle pour environ 50.000 DH. Ce qui fait que l’irrigation me coûte 100.000 DH », fulmine El Houssine Jaâfari, près de son champ d’oignons dont la croissance a pris du retard à cause du gel et de la baisse des températures. 

Moins de superficies cultivées 

D’une même voix, les agriculteurs de Ouled Zidane rencontrés se disent acculés par la hausse des prix des intrants agricoles. Naturellement, ils en répercutent une partie sur le prix de vente. « Produire une tonne de pommes de terre me coûtait il y a quelques années 20.000 DH. Donc on vendait le kilo entre 1,50 et 2,50 DH. En 2022, la production d’une tonne de pommes de terre coûtait 35.000 DH, soit quasiment le double”, témoigne Rachid Guennouni,  producteur de pommes de terre de père en fils. 

En conséquence, nombreux sont les exploitants à avoir réduit la superficie cultivée en 2022, mais aussi en 2023. Ils estiment que c’est l’unique solution pour s’aligner sur la hausse des prix des intrants agricoles. « Je m’attends à ce que les prix augmentent encore plus, car beaucoup d’agriculteurs ont décidé de réduire la superficie qu’ils cultivent ou tout simplement de changer de métier à cause des dettes qu’ils ont accumulées et de la sécheresse chronique », prévient Abderrahmane Arourou. 

« Si je pouvais changer de métier, je le ferais », dit Mohammed Rbaiti. « Mais nous ne savons faire que cela, même si nous n’avons plus les moyens pour subvenir aux besoins de nos cultures. »

Mais cette volonté a également un prix. Au-delà de l’augmentation du prix de vente de leurs récoltes, les agriculteurs de Ouled Zidane disent ne plus pouvoir se rendre au marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, à cause des tarifs du transport. 

Certains vendent leurs récoltes à des intermédiaires. De ce fait, la note est encore plus salée pour le consommateur final. Tandis que d’autres conservent leurs récoltes dans la dizaine d’unités de réfrigération que compte la région de Berrechid, afin de les vendre à un prix élevé lorsque la demande devient plus importante.