Le Roi adresse un message aux participants au Symposium international sur « la Justice transitionnelle »

Voici le texte intégral du message royal, dont lecture a été donnée par la présidente du Conseil national des droits de l’Homme, Amina Bouayach.

« Mesdames, Messieurs,

Il nous est agréable de vous adresser ce message à l’occasion de ce symposium international placé sous notre haut patronage. Organisé en commémoration du vingtième anniversaire de la création de l’Instance Equité et Réconciliation, il a pour thème central : « les Processus de justice transitionnelle : pour des réformes durables ».

En ce jour où vous célébrez un événement marquant dans l’histoire du Maroc contemporain, l’occasion est toute trouvée pour souligner à nouveau l’importance et la pertinence de cette étape cruciale dans la transformation démocratique et la dynamique de développement de notre pays. Pilier essentiel de la construction et de la transition démocratiques, l’Instance Equité et Réconciliation a notamment concouru à la consolidation de l’Etat de droit et des institutions et à la protection des libertés.

Par sa charge historique, sa corrélation directe à la question des droits de l’Homme, sa résonance politique et sa portée sociale, ce symposium est l’occasion de saluer les acquis accumulés par notre pays dans le cadre du processus national de justice transitionnelle, lui-même issu d’une approche visionnaire, réfléchie, soucieuse de transparence et d’objectivité. Le moment est également bien choisi pour éclairer les générations présentes et futures sur les réformes et les réconciliations menées à bonne fin par le Royaume du Maroc. Entreprises selon une logique cumulative et dans un esprit de concorde et d’audace, ces actions ont rendu possible une lecture décomplexée de notre histoire et de notre passé et l’ont libérée de tout sentiment d’infériorité.

Mesdames, Messieurs,

Souveraine a été notre décision de créer l’Instance Equité et Réconciliation pour succéder à l’Instance indépendante d’arbitrage chargée de l’indemnisation des victimes de disparition forcée et de détention arbitraire, une structure mise en place par notre vénéré père, feu Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme. De plus, elle s’inscrivait au cœur d’une dynamique volontariste de gestion des affaires publiques, s’inspirant d’un nouveau concept de l’autorité et faisant prévaloir le principe de corrélation entre responsabilité et reddition des comptes pour les institutions. L’enjeu ultime n’était autre que la préservation de la dignité de tous les Marocains.

Outre une réconciliation nationale pleinement retrouvée et la correction des violations du passé, cette dynamique entendait faire de la justice transitionnelle l’une des priorités du choix de transition démocratique qui a été fait à l’époque. En effet, dans un élan prémonitoire, les Marocains, tant l’Etat que la société, ont saisi la logique des mutations profondes à l’œuvre dans le monde de la fin des années quatre-vingts du siècle passé. Corrélativement, ils ont perçu l’intérêt d’inscrire les valeurs démocratiques et les principes des droits de l’Homme au cœur des choix politiques stratégiques.

Le modèle de justice transitionnelle adopté par notre pays s’est solidement construit autour d’un ensemble de considérations, pour certaines, historiques dans la mesure où elles puisent dans la spécificité de la personnalité marocaine, pour d’autres, géographiques et territoriales. Son objectif premier a été de focaliser l’intérêt sur toutes les victimes, tous backgrounds et toutes obédiences confondus, et d’examiner l’ensemble des atteintes aux droits de l’Homme, perpétrées depuis les premières années de l’Indépendance jusqu’à la date de création de l’Instance Equité et Réconciliation.

Cette action a permis d’identifier et d’analyser chaque type de violation que notre pays a connu dans le passé, indépendamment de sa nature et de son ampleur. A cet effet, des investigations et des enquêtes de terrain ont été menées et des auditions publiques ont été organisées, dans les villes et dans les villages, afin de recueillir les témoignages nécessaires à l’établissement de la vérité, de réparer les préjudices individuels et collectifs. Entrepris dans le respect de l’Approche genre, ce travail visait in fine à réconcilier le peuple marocain avec son passé.

Le modèle marocain a significativement contribué au développement du concept et des expériences de la justice transitionnelle

Le trait le plus distinctif de l’expérience marocaine a été l’implication de toutes les sensibilités de la société civile dans le processus de justice transitionnelle, depuis sa conception jusqu’à son aboutissement. En effet, à la faveur de la décision de mise en œuvre de la justice transitionnelle, l’espace public a été ouvert aux débats de société sur les différentes réformes et les questions de fond intéressant l’opinion publique nationale.

Par ailleurs, grâce à des initiatives multiples et continues pour la promotion de la justice transitionnelle, une prise de conscience collective s’est fortement cristallisée autour de la lutte contre les atteintes aux droits de l’Homme. De cette expérience, des leçons ont été ainsi tirées et la nécessaire poursuite de la consolidation de l’Etat de droit a été réaffirmée, de manière à ce que les droits et les libertés soient respectés et protégés et à condition que leur exercice, responsable et empreint d’un esprit de citoyenneté engagée, s’équilibre avec l’accomplissement des obligations.

Mesdames, Messieurs,

Au vu de son parcours, la justice transitionnelle au Maroc offre tous les traits d’une expérience singulière et pionnière. Symbole d’un tournant qualitatif dans le processus politique national, elle a ouvert la voie à une transition démocratique fluide et consensuelle et elle a permis l’adoption des meilleures pratiques pour tendre vers le parachèvement de l’Etat de droit et des institutions.

Ainsi, à la faveur des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation, formulées sous forme de propositions relatives aux politiques publiques, et outre l’accent mis sur le nécessaire renforcement de la protection constitutionnelle des droits humains, un cadre régulateur a été mis en place pour structurer de vastes réformes sociétales, y compris celles de nature constitutionnelle et législative. Par ailleurs, des organes de concertation et des mécanismes institutionnels ont été créés pour opérer une rupture avec les violations perpétrées dans le passé, consacrer un mode de gouvernance publique fondée sur les règles de l’Etat de droit, mettre en exergue l’évolution constante des dynamiques sociétales.

Dans cette perspective, nous avons tenu à ce que soit reflétée dans la Constitution, les lois et les politiques publiques, l’acception la plus large des droits de l’Homme, qui recouvre tout à la fois les aspects politique, environnemental, économique, social et culturel. Nous avons également créé les institutions et les mécanismes constitutionnels nécessaires à la protection des droits humains dans leurs multiples dimensions.

À cet égard, nous nous sommes personnellement attaché à ce que le concept de justice spatiale trouve une traduction concrète dans les politiques de développement, à ce que la notion de réparation du préjudice collectif soit intégrée à nos plans de développement. Nous avons également veillé à ce que, dans la mesure du possible et du nécessaire, les régions et les zones non bénéficiaires des fruits du développement et de l’essor réalisés par le Royaume du Maroc soient sorties de la marginalité. La voie était ainsi ouverte à des réconciliations majeures avec l’Histoire et avec l’espace.

Mieux encore, cette volonté résolue a permis à un certain nombre de régions du Maroc qui accusaient un grand déficit de développement d’y remédier, certaines d’entre elles étant même devenues un modèle de développement spatial.

Dans ce cadre, aujourd’hui, le monde, à travers la voix d’observateurs impartiaux, rend témoignage des fruits du modèle de développement qui est à l’œuvre dans nos Provinces du Sud, et qui se veut en accord total avec l’idéal de solidarité, de complémentarité et de justice spatiale prévalant entre les différentes régions du Royaume. De fait, la physionomie de nos Provinces récupérées a changé pour le mieux, leur permettant ainsi de devenir une zone attractive pour les investissements, où abondent aujourd’hui projets de développement, grandes installations et équipements d’envergure.

Mesdames, Messieurs,

Grâce à cette expérience qui a été largement et fortement saluée à l’international, le Maroc a joué un rôle précurseur en introduisant le concept de justice transitionnelle dans son environnement arabe et africain, et en le relayant de façon retentissante dans de nombreux pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Le modèle marocain a significativement contribué au développement du concept et des expériences de la justice transitionnelle qu’il a propulsés vers de nouveaux horizons au niveau régional, mais aussi continental et international.

Cependant, ce que nous avons accompli aussi bien pour garantir in fine le respect et la préservation des droits de l’Homme qu’en matière de développement et de construction des institutions démocratiques, ne signifie nullement que nous avons atteint la perfection. Il n’empêche que ces réalisations, comme le monde l’atteste, symbolisent un modèle de démocratie émergente, authentique et enracinée.

Mesdames, Messieurs,

Notre souhait est que les séances de délibération autour des sujets à l’ordre du jour puissent mettre en évidence les meilleures pratiques issues des expériences de pays comme le Maroc, notamment les synergies établies entre les processus de justice transitionnelle et les réformes législatives, institutionnelles et constitutionnelles, ainsi que la complémentarité des rôles dévolus aux parlements, aux acteurs institutionnels et à la société civile en appui à la mise en œuvre des recommandations des instances de justice transitionnelle.

Dans la perspective de réformes durables, nous sommes persuadé que cet important symposium sera l’occasion de voir dans quelle mesure les processus de justice transitionnelle ont permis d’opérer une rupture avec les violations des droits de l’Homme et de quelle manière les recommandations issues de ces processus ont été appliquées. Ces deux questions fortement imbriquées sont essentielles dans le dispositif destiné à protéger les individus et les groupes, à préserver leur dignité, à garantir leurs droits.

A cet égard, nous avons bon espoir que vous saurez, à travers vos débats et vos analyses, accorder à l’expérience marocaine la place éminente qui lui échoit, étant donné qu’elle représente un trait distinctif de notre histoire politique contemporaine, laquelle puise ses fondements dans l’ancrage séculaire de l’État marocain.

Nous souhaitons la bienvenue à l’ensemble des participants à ce symposium international et Nous prions le Très-Haut de couronner vos travaux de succès ».

Inondations à Valence : messages de condoléances du Roi Mohammed VI aux souverains et au président du gouvernement espagnol

Dans ses messages, le Roi Mohammed VI affirme « avoir appris avec une profonde émotion la triste nouvelle des inondations ayant touché la région de Valence, provoquant des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels ».

Le Roi a ainsi exprimé ses condoléances « les plus sincères » et ses « profonds sentiments de compassion et de solidarité » aux souverains d’Espagne, le roi Felipe VI et la reine Letizia, et au président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, ainsi qu’aux familles et proches des sinistrés et à l’ensemble du peuple espagnol ami, écrit le Souverain.

Le Roi Mohammed VI a également fait part de ses sentiments de « sympathie et de solidarité », ainsi que de sa « profonde affection et considération ».

(Avec MAP)

Le Roi adresse un message aux participants au Symposium international organisé à l’occasion du 75e anniversaire de la DUDH

Voici le texte intégral du message royal, dont lecture a été donnée par la présidente du Conseil national des Droits de l’Homme (CNDH), Amina Bouayach.

« Louange à Dieu, Prière et Salut sur le Prophète, Sa famille et Ses compagnons

Mesdames, Messieurs,

Nous avons le plaisir, tout d’abord, de souhaiter la bienvenue aux participants à ce symposium international dont Rabat, capitale du Royaume, abrite les travaux à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de l’adoption par l’Assemblée Générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

La célébration par le Maroc, à l’instar du reste des pays du monde, de cet évènement international singulier et, ô combien décisif dans l’histoire de l’humanité, marque tout le prix que Nous attachons constamment à la promotion des droits humains dans notre pays, sous tous ses aspects, aussi bien en tant que culture que pratique.

A cette occasion, Nous nous réjouissons que ce symposium soit organisé sur convocation du Conseil national des droits de l’Homme, en commémoration de cette Déclaration universelle qui édicte des principes protégeant les droits et les libertés et qui consacre les valeurs universelles et les droits inhérents à l’être humain. Cette Charte fondatrice constitue toujours une référence universelle pour concrétiser les attentes des peuples qui aspirent à la liberté, à la dignité, à l’égalité, à la sécurité et à la stabilité.

Des délibérations intellectuelles et des débats pondérés et approfondis engagés par une pléiade de personnalités venues d’horizons divers ponctueront indéniablement les travaux de cette rencontre de premier plan. Seront ainsi posées des interrogations majeures, susceptibles de cristalliser de nouvelles perceptions et d’apporter des réponses qui impulseront un souffle inédit à l’engagement pris en faveur des droits humains, en interaction avec le multilatéralisme.

Mesdames, Messieurs,

L’importance de la conférence qui vous réunit aujourd’hui découle du besoin impérieux de rappeler, à nouveau, la nécessité de renouveler un engagement universel en faveur de la protection des droits des individus et des collectivités, plus particulièrement de ceux des catégories en situation de précarité. Cette exigence s’impose d’autant plus que nous vivons dans un monde agité par des tensions et des violations récurrentes en contradiction avec les principes et les idéaux universels fondateurs de la Déclaration.

Cette célébration constitue également un moment opportun pour dresser le bilan des réalisations en la matière, identifier les défaillances et les anomalies ayant entaché le processus de sauvegarde des acquis ainsi que les défis qui, à ce jour, empêchent la communauté internationale de promouvoir, d’une manière globale, les questions relatives aux droits de l’Homme.

Face à ces enjeux, le Maroc a fait le choix de se frayer son propre chemin en matière des droits humains. Par ce parcours spécifique et en perpétuelle évolution, il a marqué de son sceau les expériences internationales dans ce domaine.

En effet, l’engagement du Royaume du Maroc en faveur de la promotion des droits de l’Homme au niveau national ne se limite pas à leur simple consécration constitutionnelle ; il devient également un pilier des politiques publiques et un paramètre essentiel à prendre en compte dans les choix stratégiques, aussi bien économiques, sociaux, culturels qu’environnementaux.

Notre attachement immuable à la défense et à la consécration de ces droits n’a d’égal que Notre détermination inébranlable à poursuivre l’œuvre de consolidation et de perfectionnement de l’Etat de droit et de celle du renforcement des institutions, en tant que choix volontaire et souverain. De même, Nous veillons à conforter ces acquis, concomitamment à Notre interaction continue avec les nouveautés en matière des droits humains, aussi bien au plan national que dans le cadre du système des droits de l’Homme de l’ONU.

En dépit des réalisations accomplies en matière de droits humains et malgré ce que Nous sommes d’ores et déjà en train de parachever dans ce domaine, son importance essentielle et le travail sérieux qu’il requiert appellent de nous tous un engagement accru. Cette action résolue permettra, dans le respect des spécificités et des constantes nationales, de réaliser ce qui est urgent au présent et d’anticiper ce qui est possible à l’avenir. Il convient également de garder à l’esprit que ces droits politiques et civils ne prendront pleinement leur sens que s’ils s’articulent avec la promotion des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux.

C’est dans cet esprit que le Maroc a inauguré il y a quelque temps, une étape nouvelle marquée par des réformes structurelles, que Nous avons jugé opportun de placer en tête des priorités de nos politiques publiques. C’est le cas notamment du chantier de généralisation de la couverture sanitaire, de la protection sociale et de soutien aux catégories vulnérables. Ce projet sociétal garantit l’accès effectif aux services sociaux et de santé et renforce les piliers du dispositif solidaire national.

Par ailleurs, afin de réviser le Code de la famille, deux décennies après son adoption, Nous avons appelé au lancement de larges consultations auprès des différentes composantes de la société, de manière à sauvegarder les droits de la femme et de l’enfant et à préserver l’intérêt de la famille, considérée comme le noyau de la société. Dans cette réforme, seront pris en considération les valeurs et les principes de justice, d’égalité, de solidarité et d’harmonie puisés dans la religion musulmane, tout comme sera mis en œuvre le mécanisme d’ijtihad (effort d’interprétation des textes religieux) dans ce qu’il a de constructif, afin d’assurer une mise en adéquation avec les nouveautés en matière des droits de l’Homme et des valeurs universelles y afférentes.

Mesdames, Messieurs,

Le monde a été confronté à plusieurs problématiques liées à l’universalité des droits humains, en particulier aux diverses prises de positions sur les particularités et la culture de chaque pays. Les avis et les discussions engagées à l’international ont conclu à la nécessité de valoriser la variété des cultures en tant que droit de tout être humain, puisque les spécificités n’empêchent pas la pleine jouissance des droits fondamentaux.

Dans cette perspective, et en s’appuyant sur les dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la communauté internationale a réussi à élaborer des conventions et des protocoles, dont les uns sont contraignants et d’autres ne le sont pas. Le but ultime est de trouver un terrain d’entente commun pour éviter que se reproduisent les drames engendrés par les guerres et les clivages et que resurgissent les formes d’agression et de déplacement.

Néanmoins, toute réponse aux défis actuels qui transcendent les frontières ne saurait être conçue sans une contribution effective des Etats du Sud à l’élaboration d’approches permettant d’appliquer les principes de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, les articles des deux Pactes internationaux ou encore ceux des Conventions internationales pertinentes. Cette démarche permettra de mettre les droits en œuvre et de proposer de meilleures pratiques de nature à apporter des solutions novatrices, pour in-fine assurer l’effectivité des droits humains. C’est ce que le Royaume du Maroc n’a de cesse de défendre ou de proposer dans le cadre de son action de plaidoyer, visant à régler les litiges aussi bien qu’à impulser une dynamique de coopération et de solidarité en vue d’instaurer la sécurité, la paix et la stabilité.

Aujourd’hui, votre honorable assemblée commémore le 75ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme dans un contexte marqué par des tensions et des périls qui menacent la sécurité, la stabilité et la prospérité des peuples. Nous saisissons cette occasion pour attirer l’attention sur le fait que la communauté internationale n’a pas encore réussi à mettre en œuvre l’ensemble des principes énoncés dans cette Déclaration. Par conséquent il s’avère urgent, voire impérieux de continuer à réfléchir aux voies les plus efficaces pour assurer leur effectivité.

Que Dieu guide vos pas et couronne de succès vos travaux.

Wassalamou alaikoum warahmatoullahi wabarakatouh« .

(Avec MAP).

Le Roi Mohammed VI prône le développement de chaînes de valeur régionales intégrées

Voici le texte intégral du message royal, dont lecture a été donnée par Omar Kabbaj, conseiller du Roi.

« Il nous plaît de vous adresser ce message à l’occasion de l’ouverture de la 4e édition du Forum pour l’investissement en Afrique qui se tient pour la première fois au Maroc. En accordant notre haut patronage à cet évènement continental, nous avons voulu marquer notre appui à cet espace d’échange et de rencontre qui vise à partager les expériences et le savoir-faire africains pour renforcer la dynamique des investissements sur notre continent.

« Nous vous souhaitons, à cette occasion, la bienvenue au Royaume du Maroc, dans la ville ocre de Marrakech qui symbolise, de par son héritage historique et culturel, les valeurs de communion et de solidarité que nous avons toujours portées à travers Notre vision pour une coopération africaine agissante et solidaire dans tous les domaines.

« Cette 4e édition du Forum pour l’investissement en Afrique intervient dans un contexte où notre continent fait face à des défis économiques complexes, exacerbés par des tensions géopolitiques qui dépassent nos frontières.

« À cela s’ajoutent les défis du changement climatique qui, paradoxalement, affecte négativement le développement du continent alors que celui-ci ne contribue qu’à hauteur de 4% dans les émissions des gaz à effet de serre à l’échelle planétaire.

« Par ailleurs, le recours à la dette comme source principale de financement des politiques nationales visant à contenir les effets des chocs exogènes, conjugué à la hausse des taux d’intérêt et à une spirale inflationniste persistante, fragilisent les marges de manœuvre des pays africains et réduisent considérablement leur capacité à concilier les besoins de développement économique et social et les impératifs des équilibres budgétaires et extérieurs.

« Face à cette conjoncture inédite et à l’ampleur des besoins de financement du développement en Afrique, le rôle du secteur privé devient de plus en plus important dans l’atteinte des objectifs de développement des pays africains. En effet, l’action publique n’est pas, à elle seule, en mesure d’assurer la totalité des investissements nécessaires, y compris dans les secteurs porteurs à fort potentiel et à haute intensité d’emploi.

« L’Afrique, qui regorge d’opportunités d’investissement pour les opérateurs privés a, plus que jamais, besoin d’initiatives audacieuses et innovantes pour encourager l’initiative privée et libérer tout le potentiel du continent.

« C’est ainsi que des initiatives comme le Forum pour l’investissement en Afrique, porté par la Banque africaine de développement, constituent une plateforme bienvenue pour canaliser les investissements privés vers les secteurs économiques les plus prometteurs et renforcer, ainsi, davantage l’intégration des économies africaines dans les chaines de valeur mondiales.

« Le contexte international actuel, avec ses impacts réels et potentiels sur notre continent, nous incite tous à redoubler d’efforts pour rehausser nos capacités productives nationales afin de construire des chaînes de valeur continentales plus solides et résilientes.

« Nous saluons, à cet égard, les organisateurs pour le choix du thème de cette 4e édition de ce Forum, à savoir ‘Libérer les chaînes de valeur de l’Afrique’. En effet, comme l’a démontré l’expérience de certains pays, notamment en Asie de l’Est, le développement de chaînes de valeur régionales intégrées, permet d’intensifier l’investissement productif dans ces régions et d’accroître la compétitivité des entreprises grâce à une meilleure allocation des ressources.

« Le retour sur expérience de la promotion des chaînes de valeur régionales comme moyen pour atteindre le développement économique et social, démontre que la création d’un système régional de partage de la production a un effet catalyseur sur la croissance et la transformation rapide des économies en développement.

« À cet effet, nos pays africains sont appelés à adopter une approche intégrée du développement dans notre espace continental qui permettra la mise en place progressive d’un système de production commun basé sur le partage des plateformes.

« Nous nous félicitons, à cet égard, du travail accompli par nos instances panafricaines pour la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) qui s’inscrit parfaitement dans notre vision pour une Afrique intégrée et prospère. La concrétisation de ce rêve africain permettra d’asseoir les bases pour la création de chaînes de valeur régionales devenues une nécessité pour accroître la résilience du continent face aux chocs exogènes et valoriser son potentiel de production et de prospérité.

« Nul doute que la mise en place de réseaux intégrés d’infrastructures est une condition nécessaire pour impulser la création de chaînes de valeur régionales. Cependant, force est de constater que le déficit en infrastructures dans notre continent est l’un des principaux facteurs qui empêchent l’Afrique de réaliser son plein potentiel de croissance économique et d’atteindre ses objectifs de développement.

« Le gap d’infrastructures des pays africains est particulièrement frappant lorsqu’on confronte les indicateurs de développement des infrastructures en Afrique à ceux des autres régions du monde.

En Afrique, le taux d’accès à l’électricité demeure largement faible par rapport aux autres régions du monde en développement

« Le secteur de l’énergie, notamment, est l’un des exemples les plus illustratifs du retard accusé par l’Afrique en matière de développement des infrastructures. En effet, bien que le potentiel énergétique du continent, aussi bien en termes d’énergies fossiles que d’énergies renouvelables, soit considérable, le taux d’accès à l’électricité demeure largement faible par rapport aux autres régions du monde en développement.

« Il est essentiel de reconnaître l’ampleur de ce problème et de s’engager à le résoudre de manière décisive, car des infrastructures de qualité ne conduisent pas seulement à la croissance économique mais aussi au développement humain, en favorisant l’accès aux services de santé et d’éducation et en stimulant la productivité des PME.

« Fidèle à son engagement en faveur de l’intégration régionale en Afrique, le Maroc a toujours agi, de concert avec ses partenaires africains, pour mettre en place des projets transformateurs capables d’améliorer considérablement la qualité de vie de millions de personnes en Afrique.

« Nous rappelons, à ce propos, que le Maroc n’a cessé de plaider en faveur du renforcement des moyens de coordination et de coopération entre les pays africains dans différents domaines dans la perspective de réaliser une intégration économique régionale.

« C’est dans ce cadre que s’inscrit le projet de gazoduc Maroc-Nigeria, qui est un exemple emblématique de notre volonté de bâtir le socle d’une véritable coopération régionale. Il permettra à l’ensemble des pays qui jalonnent ce gazoduc d’assurer un approvisionnement fiable en énergie et une résilience accrue contre les chocs exogènes des prix des produits énergétiques.

« Nous nous félicitons, à cet égard, de l’intérêt exprimé par les partenaires bilatéraux et multilatéraux pour ce projet, et plus particulièrement, les institutions financières régionales et internationales, d’apporter leur concours effectif à la mise en œuvre de ce projet stratégique.

« Au cours des deux dernières décennies, le Maroc a fait du développement de ses infrastructures dans tous les secteurs de l’économie marocaine une priorité de sa stratégie de développement. Ce qui lui a permis de disposer d’un modèle à travers sa dynamique d’investissement dans les infrastructures.

Ainsi, en matière d’infrastructures énergétiques, le Royaume dispose aujourd’hui de 4,1 GW de puissance renouvelable installée et poursuit le déploiement de sa stratégie visant à porter la part des énergies renouvelables à plus de 52% du mix électrique national à l’horizon 2030.

Le réseau des autoroutes a atteint actuellement 2.000 km, permettant ainsi de relier toutes les villes de plus de 400.000 habitants. Ce réseau devrait atteindre 3.000 km à l’horizon 2030.

La ligne ferroviaire à grande vitesse a fait du Maroc le premier pays d’Afrique à lancer un train à 320 km/h.

Le complexe portuaire Tanger Med a permis au Royaume d’intégrer depuis plusieurs années le top 20 mondial de la connectivité logistique en formant la première zone franche industrielle en Afrique.

Bien d’autres exemples sont susceptibles d’illustrer la politique volontariste déployée par le Maroc en matière de développement de projets infrastructurels de grande envergure qui servent d’appui aux différentes stratégies sectorielles lancées par le Royaume.

Les avancées majeures du Maroc en matière de développement des infrastructures vont de pair avec le train de réformes structurelles mises en œuvre, ces deux dernières décennies, visant à réduire les risques de vulnérabilité budgétaire et extérieure et à ancrer l’économie marocaine durablement sur le sentier d’une croissance forte et inclusive.

Cette dynamique des investissements devrait se renforcer davantage à travers la nouvelle charte d’investissement qui oriente les investissements vers les priorités stratégiques du pays tout en proposant un cadre incitatif attrayant. Notre objectif ultime est de porter l’investissement privé à deux tiers de l’investissement total du pays à l’horizon 2035.

À cet égard, nous ne saurons trop insister sur le rôle primordial que le secteur privé est appelé à assumer pour contribuer efficacement au dynamisme de relance économique que connait le Royaume.

Le retard de l’Afrique, dont on parle tant, en matière de développement des infrastructures nous interpelle tous et doit vite être rattrapé en vue de promouvoir des chaînes de valeur régionales à même d’accélérer la transformation productive des pays africains.

Le Forum pour l’investissement en Afrique constitue, à cet égard, une réponse africaine pour adresser la problématique du financement des investissements en mettant en relation les investisseurs, notamment du secteur privé, et les porteurs de projets qui peuvent compter sur l’appui technique des partenaires au développement.

Nous sommes convaincu que l’édition de cette année du Forum sera plus enrichissante et qu’elle donnera un signal fort aux investisseurs quant à l’engagement des pays africains en faveur du développement des investissements transformateurs, au service des aspirations de notre continent, de nos populations et de notre jeunesse. »

Message du Roi Mohammed VI aux AA2023 : « Le Maroc souhaite que l’Afrique puisse trouver sa place dans les instances internationales »

Dans ce message, dont lecture a été donnée par Omar Kabbaj, conseiller du Roi, le Souverain a assuré qu’ »en tant que pays africain, le Maroc souhaite vivement que le Continent, dont la voix est désormais audible au sein du Groupe des 20 à travers l’Union Africaine, puisse trouver la place qui lui revient dans les autres instances internationales et ainsi mettre en œuvre ses agendas économiques et sociaux ».

Les pays du Continent sont parmi ceux qui sont le plus touchés par le changement climatique, alors que leurs contributions aux activités à l’origine du réchauffement de la planète sont parmi les plus faibles, a écrit le Roi dans ce message,

Le Souverain a appelé, à ce titre, au réajustement des règles et des cadres régissant le traitement de la problématique de l’endettement afin que soient prises en compte les contraintes que rencontrent les pays à faible revenu les plus endettés pour faire face aux changements climatiques.

« L’Afrique, qui abritera en 2050 le quart de la population mondiale, se doit de bénéficier aujourd’hui des conditions qui lui permettront de renforcer ses marges de manœuvre, de mettre à profit son potentiel pour mieux répondre aux besoins de sa population, dans un monde de plus en plus incertain et marqué par des changements profonds de paradigmes », a estimé le Roi.

Le Souverain a, par ailleurs, rappelé que le Maroc avait fait de la coopération Sud-Sud son axe d’ouverture prioritaire.

Voici le texte intégral du message royal :

« Il nous est agréable de vous accueillir au Maroc et plus précisément à Marrakech, ville riche d’une histoire millénaire et d’un remarquable patrimoine culturel et civilisationnel.

Par ce statut particulier, Marrakech est non seulement une destination touristique mondiale, mais également un lieu privilégié pour l’organisation de manifestations internationales d’envergure, dont certaines façonnent notre histoire moderne. Citons notamment le sommet du GATT en 1994 qui a vu la naissance de l’Organisation mondiale du commerce et, tout récemment, en 2016, la COP22.

Nul doute qu’il en sera de même pour ces Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

A cet égard, nous tenons à saluer l’amitié et la confiance que vous nous témoignez par votre présence, aujourd’hui, à Marrakech, au lendemain du tragique séisme qui a frappé notre pays.

Nous assurons également de notre considération les Etats et les Organisations qui ont manifesté leur disposition à soutenir le Maroc, plus particulièrement dans la période de reconstruction des zones sinistrées.

Aujourd’hui donc, à la suite d’un report de deux ans en raison de la pandémie, Nous nous réjouissons de la tenue de ce prestigieux forum. Nous nous félicitons particulièrement de son retour sur le continent africain, après un demi-siècle et dans la région MENA, 20 ans après celui de Dubaï (en 2003).

Il va sans dire que les attentes à l’égard de ces Assemblées Annuelles sont élevées, au regard du contexte mondial exceptionnel et des défis géopolitiques, économiques et environnementaux auxquels nous sommes confrontés depuis quelques années.

Alors que notre planète fait face à des changements climatiques que les données ne cessent de confirmer comme une nouvelle réalité, le monde s’enfonce dans des problèmes que nous avions cru en grande partie résolus grâce aux règles et aux institutions multilatérales mises en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, la fragmentation géoéconomique et la montée du souverainisme, animées en partie par la volonté de rééquilibrage des rapports de force économiques et politiques au niveau mondial, compromettent les avancées notables que le multilatéralisme avait permis de réaliser au cours des dernières décennies.

La mondialisation, à l’œuvre depuis les années 80, entraînant une réduction des coûts de production et favorisant la promotion du commerce mondial, a contribué en partie à une modération de l’inflation. Ce phénomène érode aujourd’hui le pouvoir d’achat des ménages à travers le monde, malgré des politiques monétaires agressives, largement synchronisées, mais non sans conséquences sur l’activité économique.

La mondialisation a assurément contribué, de manière tangible, à améliorer les niveaux de vie, permettant à de larges franges de la population mondiale d’échapper à la pauvreté. Toutefois, elle a eu des effets collatéraux qui se sont traduits notamment par un creusement des inégalités.

Les évolutions économiques, sociales et politiques de ces dernières années appellent certes à une réforme des institutions et des règles régissant le multilatéralisme. Néanmoins, les principes de base de ce dernier doivent être consolidés et l’esprit qui l’anime ravivé. Ils demeurent en effet indispensables pour préserver la stabilité et la paix mondiales et favoriser les synergies afin que soient relevés les défis communs auxquels font face notre planète et nos peuples.

Mais, comme nous le savons tous, face à des défis mondiaux, il faut des solutions mondiales et celles-ci ne peuvent être conçues que dans le cadre de l’unité et du respect mutuel.

Pour cela, il convient d’intégrer et de valoriser la diversité comme source de richesse et non de conflit, en tenant compte des spécificités intrinsèques à chaque pays et à chaque région.

De même, il importe de revoir et d’améliorer l’architecture financière mondiale pour qu’elle soit plus équitable et plus inclusive. Ces Assemblées annuelles constituent, à cet égard, le forum idoine pour un dialogue et un débat constructif autour de cette refonte.

Nous appartenons tous à une seule et même planète et les avenirs de nos pays sont, à l’évidence, indissociables.

C’est dans cet esprit que nous inscrivons notre vision du développement au Maroc. Nos atouts se fondent sur l’histoire millénaire de notre pays, sur son statut de terre de paix, de brassage civilisationnel et de cohabitation des religions et de cultures ; ils sont favorisés par une position géographique au carrefour de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe.

Notre approche privilégie l’ouverture économique et la coopération. D’ailleurs, nous nous inscrivons dans les différents agendas mondiaux, en termes de développement économique, de lutte contre le changement climatique aussi bien que dans le combat contre le terrorisme, le blanchiment de capitaux et la montée de l’insécurité cybernétique qu’engendre la révolution digitale.

Nous avons en particulier fait de la coopération Sud-Sud notre axe d’ouverture prioritaire et nous procédons en cela selon une démarche de co-développement avec les pays frères et amis du Continent.

Au plan interne, nous avons, depuis le début des années 2000, lancé des réformes sociétales, sociales et économiques majeures, ainsi qu’un vaste programme d’infrastructure. En parallèle, nous avons veillé à la préservation des équilibres macroéconomiques, que nous considérons comme garants de la souveraineté et de la résilience économiques.

C’est une approche équilibrée où la politique économique est mobilisée au service du développement humain que nous avons érigé en priorité absolue, depuis Notre Accession au Trône, et que Nous avons renforcée depuis la pandémie Covid-19. Dans ce cadre, nous avons également lancé un chantier sans précédent pour la généralisation de la protection sociale dans notre pays.

Les retombées de cette vision sont déjà palpables : l’économie nationale a affiché une résilience notable dans cet environnement international complexe et incertain marqué par une succession de chocs invraisemblables ces dernières années.

Par ailleurs, notre pays a conforté son positionnement en tant qu’îlot de paix, de sécurité et de stabilité, de partenaire crédible et de hub économique et financier régional et continental.

C’est ainsi que Nous considérons l’accueil de ces Assemblées par le Maroc comme l’aboutissement d’un partenariat de longue date, bâti avec les institutions de Bretton Woods. Il témoigne, en outre, de la confiance dans la solidité de notre cadre institutionnel et de nos infrastructures ainsi que dans notre engagement à contribuer au raffermissement des relations internationales.

En tant que pays africain, le Maroc souhaite vivement que le Continent, dont la voix est désormais audible au sein du Groupe des 20 à travers l’Union africaine, puisse trouver la place qui lui revient dans les autres instances internationales et ainsi mettre en œuvre ses agendas économiques et sociaux.

Comme vous le savez, les pays du Continent sont parmi ceux qui sont le plus touchés par le changement climatique, alors que leurs contributions aux activités à l’origine du réchauffement de la planète sont parmi les plus faibles.

Les règles et les cadres régissant le traitement de la problématique de l’endettement devraient donc être réajustés afin que soient prises en compte les contraintes que rencontrent les pays à faible revenu les plus endettés pour faire face aux changements climatiques.

L’Afrique qui abritera en 2050 le quart de la population mondiale se doit de bénéficier aujourd’hui des conditions qui lui permettront de renforcer ses marges de manœuvre, de mettre à profit son potentiel pour mieux répondre aux besoins de sa population, dans un monde de plus en plus incertain et marqué par des changements profonds de paradigmes.

Au cours de la pandémie de Covid-19, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, avec l’ensemble des agences et organismes internationaux constituant les piliers du système multilatéral mondial, ont fait preuve d’une grande agilité et réactivité. Leur appui aux efforts de nombreux pays membres a ainsi été crucial pour atténuer l’impact économique et social de la pandémie.

Nous sommes persuadés que ces deux institutions ne ménageront aucun effort pour que ces Assemblées aboutissent à des avancées tangibles et concrètes. Notre souhait est que les divergences entre les grandes économies puissent être atténuées et que les efforts et les synergies soient davantage mobilisés au service de la paix et de la prospérité mondiales, dans un esprit de solidarité envers les pays les plus vulnérables.

Grâce à un dialogue franc, constructif et équilibré, nous pourrons concilier les enjeux économiques et financiers d’un côté et les défis humains de l’autre. Ainsi, nous pouvons construire ensemble, pour la planète, l’avenir que chacun de nous espère pour ses enfants. »