Aziz Akhannouch s’entretient avec un responsable du Parti communiste chinois

Cette réunion, à laquelle ont participé plusieurs dirigeants du RNI, s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre et du renforcement des partenariats liant le parti avec nombre de formations politiques à l’échelle internationale, en droite ligne de ses actions dans le domaine de la diplomatie parallèle.

Lors de cette entrevue, Aziz Akhannouch a salué la qualité des relations enracinées et empreintes du respect mutuel entre le Maroc et la Chine, sous le leadership des dirigeants des deux pays, le Roi Mohammed VI et le président Xi Jinping.

La réunion a également porté sur les chantiers et réformes d’envergure engagés dans le Maroc sous la conduite clairvoyante du Roi Mohammed VI, notamment en ce qui concerne la consolidation des piliers de l’État social et la promotion du développement économique, érigeant ainsi le Maroc en tant que destination attractive pour les investissements.

(Avec MAP)

À Dakhla, le RNI ouvre le bal des meetings et affiche sa confiance

C’est par la ville de Dakhla que le RNI a choisi de commencer ses meetings de précampagne. Samedi 3 mai, le temps est parfait. Dans les vastes chapiteaux dressés, 2.000 personnes selon les organisateurs, sont mobilisées dans tous les sens du terme. Drapeaux marocains, couleur bleue dominante dans le public, présence massive de femmes comme toujours dans les provinces du sud. L’opération est bien menée. Elle est peut-être voulue comme une première démonstration de force.

Jusqu’à fin octobre, seuls les partis d’opposition bougeaient vraiment. Les composantes de la majorité gouvernementale ont attendu sagement les échéances de mi-mandat (changement ou confirmation de différents élus présidant des instances nationales) et le remaniement.

Ensuite, tous les regards se sont rivés vers les législatives de 2026. Le compte à rebours a commencé.

Quelques déclarations par-ci par-là, quelques petits meetings, la mobilisation des organisations parallèles, des jeunes, des femmes, des ingénieurs…. Quelques visites de terrain. Quelques discours annonçant le positionnement à venir pour les législatives.
Le comportement des composantes de la Majorité est intéressant à suivre. Comment se singulariser sans critiquer les alliés. Comment bousculer l’ordre du tiercé gagnant de septembre 2021 sans créer de désordre dans les rangs. Équation difficile surtout pour le PAM et l’Istiqlal. Généralement, un attelage à trois donne toujours l’avantage au parti de tête.

Bref, dans ces moments où tout le monde s’observe, on est en même temps alliés, concurrents et adversaires. Une relation multicouches, à plusieurs registres.

Après les petites déclarations et les réunions de moindre dimension, on attendait les vrais meetings politiques. Le RNI a donc dégainé le premier, ce samedi 3 mai 2025. Il a choisi Dakhla, devant un auditoire dense, qui n’était pas composé uniquement de militants de base. Il y avait aussi des sympathisants et probablement des curieux et autres, attirés par la proximité avec le parti qui conduit le gouvernement et l’influence qu’on lui prête.

Occuper l’espace

Le parti revendique aujourd’hui 130.000 membres et lance une campagne d’adhésions. Il ne suffit pas d’avoir des sympathisants, venus pour des raisons diverses et variées, il faut les faire voter. Depuis 2021, on sait encore plus qu’avant, à quel point le bilan local est important pour l’avenir d’un parti et pour le vote lors des législatives. Cette année, le vote législatif précédera d’une année le vote local. En 2021, ils avaient coïncidé.

Environ 2.000 personnes, selon les organisateurs, étaient présentes au meeting du RNI, répartis entre deux vastes chapiteaux.

« Nous irons beaucoup plus que les 130.000 adhésions actuelles », promet un membre du bureau politique contacté par Médias24. « Et déjà 130.000, cela prouve que le RNI est un parti structuré, avec un engagement important de ses militants », constate-t-il. Il nous assure que les données personnelles des adhérents sont recueillies et gérées en conformité avec la loi sur les données personnelles.

Des bilans locaux mis en avant

Il ne faut donc pas s’étonner que le parti mette en avant, lors de cette première escale à Dakhla, les réalisations locales. Dakhla est la capitale d’une région peuplée de 220.000 habitants, en majorité concentrés dans cette langue de terre et aux abords de sa lagune qu’on appelle ici, « l’oued ».

Selon notre source du bureau politique, le gouvernement a donné davantage de moyens aux collectivités territoriales: en 2024, en accordant une prime exceptionnelle à toutes les collectivités pour renforcer leurs moyens; et en 2025 à travers une mesure de la loi de finances qui a augmenté de deux points la part de TVA redistribuée aux collectivités.

Le RNI préside la commune de Dakhla ainsi que son conseil provincial. Le conseil régional, lui, est revenu à l’Istiqlal.

Erragheb Hormatollah, jeune président de la commune, venu des jeunesses du RNI, fournit à Médias24, un rapide bilan: cela va des terrains de proximité (9), aux centres de santé (5), à la refonte du schéma directeur d’urbanisme, tous les réseaux locaux (voirie, eau potable, assainissement, réutilisation des eaux usées), le renforcement d’éclairage public, les marchés de proximité (1 réalisé et 4 en cours), le nouveau marché de gros de fruits et légumes (95% d’achèvement), les terrains de proximité (9 réalisés), le réaménagement de la piscine communale…

Enfin, la commune vient de lancer l’appel d’offres pour le nettoiement, la collecte et le traitement des déchets; ainsi que pour les transports urbains, dans le cadre du contrat-programme avec le ministère de l’Intérieur. Une gare routière est également attendue dans cette ville où la première faculté de médecine a ouvert à la rentrée 2024.

Ce meeting est le premier d’une tournée qui conduira ce parti dans les 11 autres régions, en remontant du sud vers le nord, et qui s’achèvera en décembre. Akhannouch, dans un discours relativement court, livre ses messages et notamment celui-ci  : après la voie de la confiance, c’est la voie des réalisations. En d’autres termes, un bilan qu’il revendique. Mais un bilan contrarié par la crise géopolitique et les sécheresses consécutives. Pour ce qui concerne l’emploi, le parti n’a pas tenu sa promesse électorale. Il a entretemps pris un nouvel engagement à l’horizon 2030. Idem, en matière de croissance, les taux réalisés restent en-deça des objectifs et des besoins.

Akhannouch répond brièvement et indirectement à certaines critiques. Par exemple, et à raison, sur le coût réel des subventions à l’importation de bétail. Il ajoutera qu’aucun autre gouvernement n’a jamais affiché un tel bilan dans les réformes et l’instauration de l’Etat social.

Depuis 2016, le RNI est devenu progressivement une grosse machine électorale dotée de moyens conséquents. Avec l’Istiqlal, qui a un appareil qui couvre tout le territoire, ce sont les deux partis les mieux organisés. Le troisième allié, le PAM, redémarre après avoir instauré une direction collégiale. Il reste encore entre 14 et 17 mois pour les élections législatives (en juin ou septembre). Il est trop tôt pour mesurer réellement un rapport de forces. Mais le RNI affichait ce samedi 3 mai une grande confiance.

Élections 2026 : Akhannouch revigore ses troupes

Les deux groupes parlementaires du Rassemblement national des indépendants (RNI) se sont réunis, avant l’ouverture, vendredi 11 avril, de la deuxième session de l’année législative 2024-2025.

Lors de cette réunion, Aziz Akhannouch a appelé les parlementaires du RNI à faire face aux « tentatives de déstabilisation » et aux « attaques injustifiées » émanant de certains courants de l’opposition. Il a souligné que la majorité dispose d’une vision de travail unifiée et reste déterminée à mener à terme les différents programmes mis en œuvre par le gouvernement.

Il a affirmé que la majorité gouvernementale œuvre dans un esprit d’équipe pour relever le défi du développement, répondre aux attentes des citoyens et honorer les engagements pris à leur égard. Il a également assuré que cette majorité continue de fonctionner avec cohésion et une grande coordination, en dépit des tentatives visant à entraver son action.

Le président du RNI a ainsi invité les députés et les conseillers de son parti à défendre les réalisations du gouvernement et à communiquer activement à leur sujet, afin de faire barrage aux « campagnes de désinformation ». Selon lui, la période actuelle doit être marquée par une accélération du rythme de travail, tant au sein de l’hémicycle qu’en dehors, pour faire face aux contre-vérités propagées par les adversaires de la majorité.

Dans son intervention, Akhannouch a estimé que les parlementaires du RNI doivent être fiers des réalisations du gouvernement et les défendre avec conviction. Il les a appelés à intensifier leur présence et leur communication, à la fois au sein de l’institution législative et sur le terrain, et à répondre aux « campagnes de désinformation orchestrées par certains courants de l’opposition », cherchant à générer du « buzz politique ».

Il les a également exhortés à continuer d’écouter les préoccupations des citoyens, dans le respect des engagements du parti à leur égard.

Enfin, Aziz Akhannouch a exprimé le souhait que la prochaine session parlementaire soit une réussite, et qu’elle constitue un point de départ pour insuffler une nouvelle dynamique de communication au sein des deux groupes parlementaires du parti, à la Chambre des représentants et à la Chambre des conseillers.

Entretien. À bâtons rompus avec Nabil Benabdallah en leader de l’opposition

Le Maroc est d’ores et déjà dans une situation pré-électorale. Même si les leaders des partis s’en défendent, tout le monde a les législatives en tête. Le dernier remaniement a été la dernière étape qui a libéré la parole et l’action. Les législatives auront lieu en 2026, probablement dans 18 mois, si le calendrier final maintient le mois de septembre pour la date du scrutin.

Nabil Benabdallah est considéré comme l’un des leaders les plus en vue de l’opposition, voire le plus en vue d’entre eux. Sa longue expérience de la politique, sa capacité de communication, ses prises de position parfois singulières et souvent fermes sur les principes : que l’on soit d’accord ou pas avec lui, tout le monde lui reconnaît plusieurs qualités.

Dans cet entretien avec Médias24, il estime qu’avant de parler d’élections législatives, il faut s’intéresser à la situation actuelle sur les plans économique, social et politique. Il ne ménage pas ses critiques à l’égard du gouvernement et du parti qui le conduit. Il est également l’un des rares dans le champ partisan à défendre ouvertement des réformes et un modèle de société progressistes. C’est le cas pour la réforme de la Moudawana par exemple. Dans le domaine économique, il se revendique du véritable Etat social et considère le Nouveau modèle de développement comme l’une de ses références principales.

À n’en pas douter, il jouera un rôle important pendant la campagne électorale.

Médias24 : 18 mois avant les élections, comment jugez-vous le bilan du gouvernement actuel ?

Nabil Benabdallah : Si j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce sujet, je pense qu’au-delà de certaines réalisations, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Nous sommes en effet face à l’échec d’un gouvernement qui avait promis monts et merveilles et qui dans les faits nous rend une pâle copie faite d’augmentation historique du chômage, de hausse des prix, de baisse du niveau de vie des larges couches de la population sans compter de nombreuses carences au niveau de la couverture sociale avec 8,5 millions de personnes qui restent sur le carreau et qui ne sont pas couvertes, avec également le fait que l’essentiel de l’argent qui circule en matière de couverture sociale va aux cliniques privées : 95% dans le cas de la CNSS et 80% dans celui de la CNOPS.

Si on doit y ajouter les conflits d’intérêts, l’absence de vision politique ou de réforme démocratique, le manque de communication, la suffisance de ce gouvernement à l’égard de toute critique notamment contre les partis et les institutions constitutionnelles qui apportent des rectifications à ses chiffres officiels, nous avons affaire à un gouvernement qu’il nous plairait de voir partir au plus vite.

     -Un mandat pour rien ?

-Non, car il y a probablement quelques réalisations comme celle du secteur de l’eau dans lequel des moyens énormes ont été mis, mais même là, il faut faire attention aux conflits d’intérêts, comme c’est le cas pour l’usine de dessalement de Casablanca.

L’eau ne doit pas profiter encore une fois majoritairement aux grands exploitants agricoles mais aussi aux petits agriculteurs et son utilisation ne doit pas être réservée pour l’exportation car nous avons vu le résultat de cette politique qui fait que le plan Maroc vert a des carences qui doivent être corrigées.

 -Et si on vous demandait votre avis sur l’apport du PAM au gouvernement ?

-S’il est vrai que le PAM assume des responsabilités pour la première fois dans un certain nombre de départements ministériels, je préfère parler du bilan global dont la responsabilité première incombe, à mon sens, au RNI qui dirige ce gouvernement et en particulier à son chef.

Ainsi, il suffit de prendre le pouls de la population, toutes couches sociales confondues, des plus riches aux plus pauvres,  pour voir qu’il y a une insatisfaction à l’égard du bilan de ce gouvernement.

-Est-ce que pour vous la campagne électorale a commencé ?

-C’est malheureusement vrai du fait de ce gouvernement qui l’a lancée beaucoup trop tôt.

Il est déplorable de voir qu’au lieu de s’occuper des chantiers qui doivent être mis en œuvre, de rectifier les carences existantes à un certain nombre de niveaux, de régler les problèmes liés à la baisse du taux d’emploi et à l’explosion du chômage, des celles en matière de couverture sociale généralisée, de questions politiques majeures complètement délaissées, de s’occuper de la relance réelle et de l’économie et de l’investissement pour créer des richesses et de l’emploi, au moins sur l’année qui reste jusqu’à décembre prochain, nous voyons que ce gouvernement préfère donner le départ à une course folle à la première place comme si elle était garantie pour l’un des trois partis.

À ce propos, je me dois de dénoncer le retour à certaines pratiques scandaleuses de certains partis de la majorité notamment du RNI consistant à distribuer des paniers pendant le mois de Ramadan.

Il est par conséquent nécessaire que les autorités publiques arrêtent ce type de pratiques qui, sous couvert de charité, visent en réalité à servir un certain nombre d’intérêts politiques et électoralistes.

De plus, avec cette campagne qui a commencé en janvier dernier, soit plus d’un an et demi avant les élections, on constate qu’un certain nombre de frictions au sein de ce gouvernement ont déjà commencé et qui, je le crains, risquent d’augmenter en intensité dans les semaines et mois à venir.

-Est-ce qu’au final sa précocité n’arrange pas le PPS pour avoir le temps de ratisser large ?

-Tout en suivant l’action de ce gouvernement et nous élevant contre ses carences, nous jouons notre rôle d’opposition sans tenir compte des attaques viles et inacceptables qui nous sont régulièrement adressées par certains milieux proches du parti majoritaire, incapable de répondre à nos propositions.

S’il est évident que nous préparons ces élections, nous le faisons sur la base de nos convictions en cherchant de nouvelles personnes qui puissent remplir ce champ électoral car nous jugeons nécessaire de faire participer les jeunes pour que la participation au vote soit la plus large possible.

Cela fait plus de 80 ans que notre parti existe et il a le souffle long.

Tel est notre objectif mais lorsqu’on voit l’image politique que donne la majorité actuelle, il nous est réellement difficile de travailler dans ces conditions.

-Vu qu’elle commence plus tôt que prévu, n’y a-t-il pas un risque de vous essouffler finalement ?

-Absolument pas, car cela fait plus de 80 ans que notre parti existe et il a le souffle long.

Nous continuerons donc à nous battre mais, à la question de savoir si nous pourrons résister au cas où l’argent sera à nouveau utilisé de manière massive pendant cette campagne comme lors des élections de 2021, tout dépendra de l’élan qui sera donné pour avoir une large participation au vote.

C’est la raison pour laquelle nous espérons ramener des centaines de milliers de jeunes qui font partie des 18 millions d’abstentionnistes en leur disant qu’il faut voter pour un vrai changement. Cela sera d’ailleurs l’axe principal de notre campagne.

-Malgré les frictions que vous évoquez au sein de la majorité, elle paraît plutôt unie. Ce qui n’est pas le cas de l’opposition…

-En réalité, ce n’est pas la désunion totale au sein de l’opposition, comme ce n’est d’ailleurs pas l’union sacrée ou totale au sein du gouvernement.

Il faudra attendre quelques mois pour voir dans quel état sera la majorité, mais je crois que cela partira dans tous les sens dès que chacun des partis qui la composent souhaitera occuper la première place.

-C’est plutôt légitime dans une campagne électorale…

-Tout à fait, mais nous verrons le moment venu ce que cela donnera en termes d’unité.

Maintenant, force est de constater qu’au niveau de l’opposition, nous continuons d’essayer de réunir les trois autres composantes que sont le MP, l’UFP et le PJD pour maintenir une approche commune.

Je ne cache pas que c’est difficile parce qu’il y a des tentatives d’infiltration au sein de l’opposition avec des promesses qui sont faites par rapport à ce qui va se passer en 2026, et que cela contribue malheureusement à faire perdre la tête à certains.

-Vous voulez dire qu’on essaie de provoquer une hémorragie de transfuges dans vos rangs ?

-Non, mais on essaie de faire en sorte qu’il ne puisse pas y avoir une union de gauche et plus largement une union de toutes les forces démocratiques.

Tout comme dans le passé, des promesses ont été faites pour l’après-2021 qui n’ont d’ailleurs pas été respectées.

Mais ce qui nous importe est de continuer à travailler au Parlement et de prendre des initiatives sur la question des nominations inacceptables au ministère de la Santé qui est dirigé par deux hommes qui viennent du groupe privé appartenant au chef du gouvernement.

Etant en pôle-position sur les questions de la hausse des prix et des conflits d’intérêts, nous essayons de réunir l’opposition pour provoquer une vague au sein du mouvement social de gauche et de faire en sorte de transcender les murs des partis politiques actuels grâce à une mobilisation générale.

Sachant qu’il peut y avoir une alternative nationale, démocratique et progressiste au gouvernement, nous sommes encore une fois droits dans nos bottes et nous avons d’ailleurs préparé un document à cet effet qui fait un diagnostic précis de la situation et propose un certain nombre de pistes d’alternatives.

Malheureusement, il est dans les tiroirs parce qu’il semble que nos partenaires tournent le dos à cette perspective, probablement car ils sont attirée par des promesses que nous ne comprenons pas.

Certains franges de la gauche ont plus d’intérêts à rester dans des positions nostalgiques qui remontent à quelques dizaines d’années plutôt que de s’inscrire réellement dans l’instant présent et à contribuer à créer la vague souhaitée.

Cela ne nous arrêtera pas pour autant et nous continuerons à travailler pour assurer un rôle de leadership au sein de la gauche marocaine. Nous entendons d’ailleurs assumer cette position et la développer durant les 18 mois qui nous séparent des prochaines élections électorales de 2026.

-Pourquoi la gauche n’arrive-t-elle pas à s’unir ou au moins à se coordonner ?

-Dans le dernier communiqué du PPS, nous avons encore une fois lancé un appel pour travailler en commun sur certains sujets, comme par exemple la prévarication, les questions de corruption et de conflits d’intérêts, ainsi que sur certains aspects liés à la loi sur la grève…

Acquis par acquis, brique par brique, nous essayons de dépasser l’inertie actuelle, mais force est de reconnaître que c’est compliqué par le fait que certains franges de la gauche ont plus d’intérêts à rester dans des positions nostalgiques qui remontent à quelques dizaines d’années plutôt que de s’inscrire réellement dans l’instant présent et à contribuer à créer la vague souhaitée.

-Cette difficulté résulte-t-elle du fait que l’USFP est tentée par une nouvelle union avec le RNI en 2026 ?

-Cette éventualité ne nous gêne pas, mais ayant refusé en 2021 de participer à la coalition actuelle, le PPS n’est pas prêt à participer à une expérience similaire à celle que nous sommes en train de vivre.

Nous estimons en effet qu’une vraie alternative se base d’abord sur un programme progressiste et démocratique et notamment sur les mesures préconisées par le nouveau modèle de développement.

Ce dernier pourrait constituer un terrain d’entente consensuelle pour les différentes forces, mais avec une forte présence des partis de gauche qui auraient ainsi un rôle important dans l’exécution.

Nous n’entendons pas bénéficier de quelques strapontins pour crédibiliser un gouvernement d’essence libérale, mêlé à des conflits d’intérêts, qui servirait les intérêts de milieux financiers précis et qui sous couvert d’un slogan d’Etat social développerait une politique de droite inacceptable.

-Vous ne démentez pas que certains au sein de l’USFP ne seraient pas opposés à un rapprochement avec le RNI…

-Je pense avoir suffisamment répondu à cette question et le PPS n’a pas vocation à aggraver les aspects négatifs mais plutôt à faire prévaloir les approches positives et à rester toujours optimiste.

Tout en reconnaissant les difficultés, nous essayons malgré tout de faire entendre raison à tout le monde et de faire en sorte in fine de pouvoir dégager une perspective ambitieuse pour notre pays.

-Justement, comment le PPS se distingue-t-il des trois autres partis d’opposition ?

-Par tout ce que je viens de vous dire à savoir par un discours d’opposition clair et ferme par rapport à ce gouvernement avec des questions qui intéressent toutes les couches sociales.

Tout en mettant le doigt sur les carences et les échecs de ce gouvernement, nous préconisons dans le même temps une véritable alternative progressiste et démocratique sur plusieurs questions.

-Un exemple ?

-Lorsqu’aujourd’hui, ce gouvernement, qui se targue d’avoir une fibre sociale a une commande claire à la suite de l’arbitrage royal sur la question du Code de statut personnel, on constate qu’en réalité il ne fait absolument rien pour promouvoir les positions avancées dans le cadre de cet arbitrage.

Alors qu’il est confronté à plusieurs critiques, il fait preuve d’inertie et ne tient pas du tout compte des remarques souvent pertinentes du mouvement démocratique féminin en semblant d’ailleurs donner raison aux milieux qui ne veulent absolument pas d’une égalité entre l’homme et la femme.

À ce propos, où est ce gouvernement aujourd’hui pour apporter les clarifications nécessaires face à l’intox et à la désinformation qui ont longtemps circulé sur les réseaux juste après l’arbitrage royal ?

En tant que force politique progressiste associée à certaines composantes du mouvement démocratique féminin, nous avons été pratiquement les seuls à avoir mené ce combat.

Cette absence de mobilisation montre la vraie nature de ce gouvernement qui, face aux épreuves, fait preuve d’incapacité et de vide politique sidéral avec une orientation réelle qui s’avère être d’essence droitière, libérale et conservatrice sur un certain nombre de sujets de société majeurs et importants.

-Il craint certainement la frange conservatrice en particulier votre ancien alliÉ, le PJD qui est totalement opposé à une quelconque évolution sur la question des droits des femmes ?

-Alors, dans ce cas pourquoi le PPS ne craint-il pas ce parti, qui a en effet été notre allié conjoncturel, et continue de jouer pleinement son rôle en développant des positions courageuses et audacieuses ?

Tout simplement parce que notre parti est convaincu du bien-fondé de son projet de société qu’il n’hésite pas à défendre malgré la farouche opposition de certains milieux conservateurs.

-Comment comptez-vous affronter la majorité sortante ?

-Avec un programme clair permettant de constituer une alternative basée sur une vision politique qui pourrait reprendre un certain nombre de positions du Nouveau modèle de développement.

Mais aussi grâce à une volonté réelle de relancer notre économie en comptant en particulier sur l’entreprise privée marocaine pour y arriver mais, également de régler les problèmes sociaux majeurs qui laissent actuellement des millions de personnes sur le carreau.

Sur la base de ces alternatives, nous comptons tendre la main à tous ceux qui militent pour les droits des femmes et des hommes, mais aussi d’essayer de convaincre les jeunes de la nécessité de s’inscrire sur les listes et de voter massivement car les centaines de milliers de personnes qui pourraient venir voter au lieu d’aller à la pêche pourraient changer considérablement la donne.

-À quoi s’attend le PPS en matière de découpage, de loi électorale, de quotients, de nombre de sièges par circonscription ?

-Nous souhaitons que le ministère de l’Intérieur ouvre les discussions le plus vite possible dans les 3 prochains mois pour ne pas être dans la précipitation et se retrouver face à la difficulté du moment.

Le moment venu, nous ferons des propositions, mais la priorité est de combattre l’utilisation de l’argent dans le monde électoral et faire en sorte que les personnes soupçonnées de pratiques qui touchent à la prévarication et la corruption, ou qui s’enrichissent sur la base de pratiques illicites, soient éloignées car elles constituent un vrai danger pour notre démocratie et la stabilité du pays.

De plus, nous comptons faire venir dans le champ électoral des compétences politiques qui pourraient provenir des partis, mais également de la société civile.

-De quelle manière comptez-vous pratiquer cette ouverture ?

-Avec un système électoral mixte permettant de faire prévaloir la représentation avec des circonscriptions locales ainsi qu’avec une liste nationale femmes-hommes constituée de cadres ayant une profondeur politique pour réconcilier les Marocains avec la politique et l’action électorale.

Nous voulons développer toutes ces positions pour recréer la confiance et crédibiliser nos candidats.

-En parlant d’utilisation de l’argent à des fins électorales quasi-structurelle dans toutes les campagnes passées, qu’est-ce qui vous laisse penser que cette pratique pourrait disparaître ?

-Parce qu’il suffirait d’une forte volonté politique pour sortir de cette pratique en faisant en sorte qu’au moindre soupçon, il y ait une intervention directe de la justice pour couper ses racines et pour que ceux qui s’y adonnent réfléchissent désormais deux fois avant de continuer de le faire.

Cela permettra d’adhérer aux principes prônés par les valeurs portées par notre Constitution et de coller aux attentes de notre jeunesse, mais surtout de ne pas se retrouver au moment du Mondial de 2030 uniquement avec des stades, une nouvelle ligne de TGV, et un certain nombre d’infrastructures.

Le scrutin de 2021 s’est caractérisé par une utilisation massive jamais atteinte dans le passé avec des pratiques frauduleuses et une corruption inadmissible d’une partie de l’électorat.

En s’appropriant les pistes du modèle de développement et en mobilisant la jeunesse, nous pouvons y arriver, ce qui aura pour effet de donner la meilleure image possible aux millions de personnes qui viendront au Maroc, mais surtout aux milliards qui suivront le Maroc à travers leurs écrans.

Pour porter ses couleurs à cette occasion majeure, nous devons faire en sorte qu’il n’y ait plus d’inégalités sociales et d’inclure dans ce développement toutes les autres régions y compris celles de l’Oriental, de Guelmim-Oued Noun, Draâ Tafilalt et des provinces du sud qui ne sont pas directement concernées par le Mondial,.

-Comment analysez-vous les élections de 2021 ?

– Sous couvert de charité, ce scrutin s’est caractérisé par une utilisation massive jamais atteinte dans le passé avec des pratiques frauduleuses et une corruption inadmissible d’une partie de l’électorat.

L’occasion d’attirer l’attention sur le danger de rééditer cette situation durant le prochain scrutin car si c’est le cas, ce n’est pas un fossé que nous risquons d’avoir avec nos citoyens mais un vrai océan.

C’est pour cette raison qu’il faut absolument cesser ces pratiques avec un champ politique basé sur la confrontation des idées, des programmes, des positions, des perspectives, des alternatives, et aussi sur la nécessité impérieuse d’intéresser à ces questions les jeunes et les femmes issus de différents milieux, de manière à créer une véritable réconciliation entre l’action politique et les citoyens.

-Quels seront les thèmes essentiels de la campagne électorale ?

-Il est beaucoup trop tôt pour vous répondre car il nous reste encore un an et demi et que mon discours sera rejeté par les gens si je ne m’occupe de leur parler prématurément de ces élections.

Aujourd’hui, je préfère par conséquent faire des propositions d’ordre politique pour répondre à des questions d’actualité qui les touchent directement comme celles relatives à la cherté galopante de la vie, la baisse générale du niveau de vie, aux carences en matière de couverture sociale… L’objectif étant de faire pression sur ce gouvernement pour qu’il se bouge et sorte de son inertie.

C’est principalement pour cette raison que nous portons haut et fort un certain nombre de revendications et que nous ne parlons pas encore de ce qui va se passer entre 2026 et 2030 car il sera toujours temps de le faire durant l’année prochaine.

À l’occasion de la présentation de notre programme électoral, nous aurons l’occasion d’en reparler car ce qui m’importe aujourd’hui c’est de mobiliser notre peuple et de rectifier l’action du gouvernement.

-Votre objectif en nombre de sièges au Parlement sera donc dévoilé en temps voulu ?

-Ce n’est bien évidemment pas encore le moment car nous sommes seulement au début de l’année 2025 et qu’il y a d’autres priorités aujourd’hui dont il faut parler.

Il n’est pas question de donner l’impression aux Marocains que le PPS ne s’occupe que de strapontins électoraux car cela ne manquera pas de les éloigner davantage de la sphère politique alors que notre souhait est de les réconcilier en jouant pleinement notre rôle de leadership au sein de l’opposition.

En effet, sachant qu’aujourd’hui nous sommes dans le plaidoyer, il sera toujours temps d’exposer nos perspectives électorales au moment opportun.

-Avez-vous une idée des partis avec qui vous comptez construire une majorité ?

-Nous aspirons à développer une réelle perspective progressiste qui pourrait occuper le premier rang, mais nous savons très bien que si le même système électoral devait perdurer et que les mêmes pratiques que j’ai déjà signalées continuent d’exister, il sera très difficile que cela puisse se réaliser.

Malgré cela, nous allons essayer de faire en sorte que notre mouvement puisse être représenté dans le futur gouvernement, mais nous verrons à ce moment-là avec qui nous pouvons constituer des alliances qui pourraient développer des consensus sur des questions essentielles allant dans ce sens.

S’il convient d’actualiser certaines questions soulevées par le Nouveau modèle de développement dont les conclusions commencent à dater, nos convictions progressistes font que nous estimons possible de constituer une plateforme commune en travaillant sur cette base avec les autres forces politiques qui avaient adhéré à ses recommandations.

En effet, les alliances ne se font pas juste sur des considérations de proximité personnelle entre partis mais avant tout se faire sur des questions programmatiques.

     -La porte est-elle ouverte à tous ou bien y a-t-il des lignes rouges, expression d’actualité il y a quelques années ?

-Encore une fois, il faudra discuter de programmes et analyser la nature des rapports de force qui se dessineront lors des élections avant de pouvoir se décider mais s’il s’agit de reproduire la même expérience qu’aujourd’hui, on voit mal comment on pourrait faire partie d’une telle équipe.

Notre priorité est de changer la marche des choses et de créer un nouveau souffle démocratique.

     -Sans fermer la porte à personne pour l’instant ?

-Vous tenez absolument à faire tourner cette interview autour des questions électorales de 2026, mais je ne veux pas rentrer dans ce jeu car nos concitoyens ont d’autres préoccupations immédiates.

Au risque de me répéter, leur parler uniquement des futures élections les éloignera encore plus de la question politique alors que la vraie interrogation d’actualité concerne l’inaction du gouvernement.

Soyez cependant certains que nous serons au rendez-vous et que l’on ne s’essoufflera pas car notre parti qui a toujours été audacieux et ferme sur ses positions est connu pour sa capacité à créer des consensus positifs et constructifs pour faire avancer notre pays.

Devant votre insistance précoce, je répondrai que nous sommes prêts à composer avec ceux qui sont réellement intéressés par donner une impulsion nouvelle à notre pays, mais ce n’est qu’en 2026 que l’on verra sous quelle forme cela pourra se matérialiser après avoir actualisé les rapports de force.

Nous avons joué un rôle politique majeur qui dépasse de loin notre nombre de sièges  

 -Ayant fait partie de plusieurs coalitions gouvernementales jusqu’en 2017, est-ce qu’au final votre participation aux différents gouvernements a été plus symbolique que véritablement influente ?

-Ni symbolique ni complètement influente parce que le PPS a toujours marqué de son empreinte ses différentes participations aux gouvernements passés.

Notre présence n’était pas seulement liée à des portefeuilles de figuration car nous délibérions dans le cadre de ces gouvernements et avions notre mot à dire sur les questions démocratiques comme celles relatives au respect des libertés et à l’élargissement des espaces démocratiques au Maroc. Si certains ne s’en rendent pas suffisamment compte, aujourd’hui notre absence du gouvernement a certainement été à l’origine d’un certain nombre de recul sur le champ démocratique et des libertés.

Nul besoin d’occuper le poste de ministre des Finances pour être vraiment influents car nous avons toujours défendu les intérêts des couches les plus défavorisées notamment pour une école publique et un système de santé de qualité ainsi que de tous les services publics de manière générale.

Sachant que toutes les questions d’actualité ont été mises en avant par notre parti dans les années 1990 comme l’aide directe ou le revenu minimum de dignité que le PPS a été le premier à proposer, nous avons joué un rôle politique majeur qui dépasse de loin le nombre de sièges que nous avions.

-N’y a-t-il pas eu certains compromis que vous avez pu faire et que vous regretteriez aujourd’hui ?

-Je vois très bien où vous voulez en venir, mais nous n’avons jamais eu de compromis liberticide.

-Aucun au détriment de vos principes ?

-Absolument pas et encore moins qui soient contraires aux intérêts économiques de notre pays ou qui vont à l’encontre de la justice sociale ou spatiale à l’égard des couches les plus défavorisées.

-Même durant votre expérience avec le PJD ?

-Loin de là car nous avons toujours veillé à défendre notre projet démocratique et progressiste.

Malgré toutes les attaques et les critiques contre notre parti, personne ne pourra nous dire que nous nous sommes fourvoyés dans une quelconque décision allant à l’encontre des intérêts de notre pays.

Nous avons décidé de jouer notre rôle de leader de l’opposition

-Ayant passé près de 20 ans au gouvernement, votre base électorale ne s’est-elle pas émoussée ?

-C’est certain mais, entre temps, nous sommes rentrés dans l’opposition depuis plus de 7 ans.

-Est-ce que durant cette période, vous avez eu le temps de manger votre pain noir et de vous refaire une santé pour 2026 ?

-Nous n’avons mangé aucun pain noir pour la bonne raison que nous avons décidé nous-mêmes de sortir du gouvernement et de nous positionner dans l’opposition.

Ayant pris position dès les résultats des élections de 2021 pour ne pas figurer dans le nouveau gouvernement, il n’y avait par conséquent aucun pain noir, bien au contraire.

Nous avons décidé de jouer notre rôle de leader de l’opposition et nous continuerons à le faire mais notre vocation n’est pas de rester dans l’opposition mais de mettre en œuvre notre programme.

Comme tout parti qui se respecte, notre objectif est de retrouver sa capacité d’influence sur les décisions publiques à l’intérieur même d’un gouvernement mais, pour cela, j’espère que notre population se rendra compte de la nécessité d’une présence forte du PPS dans le gouvernement.

-Votre parti est indéniablement le plus actif par rapport aux trois autres partis d’ooposition, mais est-ce que vous croyez à l’éventualité que le PPS puisse diriger un gouvernement ?

-Bien sûr que nous portons cet espoir et en toute humilité, nous nous disons que c’est la meilleure chose qui pourrait arriver à notre pays.

-Dès 2026 ?

-Pourquoi pas sachant qu’il y a 18 millions de personnes sur 27 millions d’électeurs qui ne votent pas.

Pour cela, il suffit d’imaginer que sur ce réservoir de 18 millions, un seul million issu de notre jeunesse, de nos élites et des classes moyennes non corruptibles disent que cela ne peut plus continuer et se mobilisent réellement autour d’une vision nationale, démocratique et progressiste.

Sachant que cela pourrait apporter un changement majeur dans notre pays, le PPS entend être à l’origine de cette vague pour que les gens se rendent enfin compte du rôle que notre parti joue en posant un certain nombre de questions essentielles et en proposant des alternatives fortes.

-En cas de victoire du PPS, quelles seraient vos premières réformes socio-économiques ?

-On en reparlera l’année prochaine.

-La fin de votre mandat coïncide avec l’après scrutin de 2026, avez-vous préparé votre succession ?

-On m’a déjà reproché en 2021 de ne pas avoir préparé la relève, mais j’ai fait ce que j’ai pu et il est temps d’avoir une direction plus jeune au diapason des évolutions démographiques de notre pays.

Nous y travaillons en essayant de faire émerger un certain nombre de dirigeants et de dirigeantes qui seront en mesure d’assumer ma responsabilité actuelle à partir de 2026, ou en tout cas, à partir du moment où nous organiserons notre congrès, qui aura lieu certainement après les élections de 2026.

Tout cela pour dire que je suis confiant et que j’espère que, collectivement, nous arriverons à faire en sorte que la pérennité du PPS puisse se projeter encore plus dans l’avenir après 83 ans d’existence.

-Quel sera votre avenir après le PPS, allez-vous vous retirer de la vie politique ?

-De nature optimiste et comme quelqu’un qui aime son pays, je pense que je peux encore servir à titre purement privé à différents niveaux sur le champ public et que je trouverai toujours des choses à faire car, au PPS, nous avons été éduqués à travailler pour l’intérêt public et non pour servir des intérêts personnels,

D’autres générations continueront à le faire à ma place et partiront à leur tour le moment venu, mais comme c’est la loi de la vie pour tous, ce n’est pas quelque chose qui me perturbe particulièrement.

Après le remaniement, des ministres nous racontent leur intégration au gouvernement

La plupart des ministres nommés pour la première fois, entreprennent leur mission avec un mélange de trac et de bonheur; sauf s’ils avaient déjà à leur actif une carrière dans la haute administration.

Que peut-on faire ? Que peut-on dire ? Quelles sont les formules consacrées, les formulations à utiliser et les autres à éviter ?

Un ancien ministre, qui n’est plus aux affaires, nous a raconté comment il avait constamment sur lui des fiches, données, notes, concernant son département. Au cas où il recevrait un appel lui demandant des explications sur un sujet donné. Ce coup de fil est arrivé -et à plusieurs reprises, mais les anti-sèches n’ont jamais été utiles, car les questions portaient sur des sujets auxquels il ne s’attendait pas.

Il arrive aussi qu’un ministre ne passe pas ce test du téléphone et ne montre pas une maîtrise suffisante de ses dossiers.

Et comment gérer son image ? Comment se comporter au parlement ? Comment gérer les équipes? Quels sont les codes dans ce microcosme de Rabat ?

Voici trois témoignages de premier plan concernant les 8 ministres et 6 secrétaires d’Etat nommés lors du dernier remaniement.

-oOo-

« L’intégration gouvernementale des nouveaux ministres et secrétaires d’Etat a été facilitée par le fait que ces derniers se sont très rapidement adaptés, à savoir en moins de trois mois, aux arcanes du pouvoir et aux spécificités propres à l’administration marocaine », nous assure une source fiable proche du RNI.

Ministre de la Santé: une expérience administrative utile

C’est notamment le cas du ministre de la Santé Amine Tahraoui qui a, selon notre interlocuteur, l’avantage de bien connaître les rouages administratifs grâce à son passé d’ancien secrétaire général de la primature et de chef de cabinet du ministre de l’Agriculture.

Tout en reconnaissant qu’il découvre le secteur de la santé, notre source affirme que son cumul d’expériences préalables l’a habitué à gérer un département ministériel et lui a par conséquent permis de s’intégrer beaucoup plus facilement.

De plus, la création récente des agences du sang, des médicaments et des groupements sanitaires, qui a contribué à déconcentrer ce domaine, a également largement facilité la tâche du remplaçant de Khalid Aït Taleb qui a désormais un rôle administratif qui est plus centré sur la gouvernance et l’implémentation de la réforme.

« S’il n’aura aucun mal à gérer une machine administrative aussi sensible que la santé, on peut cependant reprocher à ce diplômé de la même promotion de l’Institut de sciences politiques de Paris que le président Emmanuel Macron d’être excessivement discret au niveau médiatique mais avec l’aide de communicants, cette situation est amenée à  évoluer », confie optimiste notre interlocuteur en affirmant que le nouveau titulaire n’a plus besoin de faire ses preuves.

« Des lacunes en arabe classique ne sont pas rédhibitoires au parlement »

Interrogé sur les premiers pas au gouvernement du ministre de l’Éducation nationale, notre source estime que si Mohamed Saad Berrada a eu « des débuts assez difficiles » au parlement, son évolution et sa maîtrise actuelle des dossiers de son département donnent désormais l’impression qu’il a toujours fait partie du gouvernement.

Revenant sur sa première séance de questions orales qui n’a pas été une réussite à cause de ses lacunes en arabe classique, l’observateur ajoute que cette expérience négative l’a poussé à redoubler d’efforts et de préparation lors de son deuxième passage où il s’est avéré « très convaincant en s’exprimant en darija sans lire ses notes ».

Nul besoin d’être dans le secret pour comprendre qu’un rendu positif aussi rapide en termes de communication a certainement pour origine plusieurs séances de soutien d’un coach en langue arabe.

« La greffe a pris plus rapidement pour certains secrétaires d’État. »

« Concernant la nouvelle secrétaire d’État à la pêche Zakia Driouch ou son collègue à l’Artisanat, Lahcen Essaadi (RNI): l’une est comme un poisson dans l’eau dans ce secteur qu’elle connaît depuis des années et le deuxième dans son élément grâce à sa simplicité et son aisance relationnelle avec les artisans », avance notre source en laissant entendre que certains profils s’adaptent beaucoup plus rapidement que d’autres.

En guise de conclusion, notre interlocuteur juge qu’au terme des trois mois écoulés depuis leur nomination, « la greffe a rapidement pris » avec l’ensemble des nouveaux venus qui sont désormais totalement intégrés dans une équipe parfaitement homogène malgré leurs différences d’affiliation partisane.

« Un passé de militant est une des clés pour devenir responsable gouvernemental »

« Il n’y a pas de formation pour intégrer un gouvernement mais la plupart des nouveaux venus ont eu un parcours politique qui les a préparés à occuper leurs fonctions », affirme Omar Hejira secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur en rappelant qu’il a occupé plusieurs mandats d’élu avant d’être nommé à son poste actuel.

S’il reconnaît qu’une expérience de technocrate peut également aboutir à une nomination gouvernementale, Omar Hejira affirme cependant que l’encartement de longue date à un parti politique constitue souvent la voie royale pour prendre la tête d’un département ministériel.

« Une bonne intégration résulte d’une aptitude à savoir travailler en équipe »

« Il faut cependant savoir travailler avec les techniciens, directeurs et fonctionnaires qui maitrisent les dossiers pour être en mesure de faire le point sur l’état d’avancement des programmes », résume notre interlocuteur en ajoutant que cette qualité est essentielle pour pouvoir déterminer les priorités ministérielles et imprimer sa propre touche.

A la question de savoir si un responsable de parti a moins de mal qu’un technocrate à s’intégrer au gouvernement, Omar Hejira s’inscrit en faux en affirmant qu’un technicien qui a multiplié les expériences de gestion dans le secteur privé peut aussi bien exceller au sein du pouvoir exécutif.

Et d’ajouter qu’il n’est pas nécessaire d’avoir été un responsable politique pour faire preuve d’efficience, la principale difficulté consiste à savoir communiquer avec ses nouveaux interlocuteurs du secteur public.

« Une nécessaire période d’adaptation pour apprendre à communiquer »

Se disant prêt à occuper ses nouvelles fonctions dès le premier jour de sa nomination, notre interlocuteur nuance son propos en affirmant qu’il lui a fallu en réalité une quinzaine de jours pour comprendre le fonctionnement du département et devenir véritablement opérationnel puis efficient.

Ce n’est en effet qu’à l’issue du premier conseil du gouvernement qu’il a pu se mettre dans « la peau de secrétaire d’État qui tranche avec celle d’ancien parlementaire’ habitué à interpeller le gouvernement, alors que son poste actuel lui impose d’être réactif et de répondre aux questions des députés.

« Mon premier passage au parlement n’a pas été de tout repos, car j’ai dû me préparer activement sous peine de passer pour un ministre qui ne maîtrise pas ses dossiers », confie Omar Hejira en précisant qu’il devait être à la hauteur des attentes de sa majorité en étant capable de répondre aux questions de l’opposition qui l’attendait au tournant.

Bien qu’il soit un parfait arabophone habitué à s’exprimer sans difficulté en public, le secrétaire d’État reconnait cependant qu’il est nécessaire pour tout nouveau responsable de passer par une période transitoire pour apprendre à mieux communiquer avec l’aide d’un coach personnel ou de son cabinet ministériel.

« Mon champ d’action a été déterminé dès le début avec le ministre de tutelle »

Tout aussi volontaire que son collègue Omar Hejira, le secrétaire d’État chargé du Travail auprès du ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, affirme n’avoir eu aucune difficulté à s’intégrer à l’équipe gouvernementale remaniée.

Sachant que son rôle est d’accélérer la digitalisation du monde du travail, d’effectuer les démarches nécessaires pour relancer la négociation collective et enfin d’aboutir à la signature des conventions collectives dans le cadre du dialogue social, Hicham Sabiry estime que les axes prioritaires de ses attributions gouvernementales ont permis de décharger le ministre Younes Sekkouri de certaines tâches au sein de son super-ministère.

« Notre département dispose de ses propres locaux »

Sur les étapes ayant suivi son installation au département, créé à l’occasion du remaniement, le secrétaire d’État précise que son ministre de tutelle lui a d’abord présenté tous les responsables de son administration avant de pouvoir accéder à toutes les informations utiles et de déterminer ses attributions.

« Dès le lendemain de ma nomination, qui a eu lieu le 23 octobre dernier, nous avons pu nous installer avec l’équipe que j’ai nommée dans des locaux dédiés annexes à ceux du siège du ministère avant de commencer à enchainer les réunions de travail », confie Hicham Sabiry pour qui il n’a fallu que quelques jours pour être opérationnel.

Dans une démarche de coordination de leurs apports respectifs, le responsable qui est en contact permanent avec son ministre de tutelle, conclut, à l’instar de ses collègues d’autres partis politiques, que le début de sa mission a été grandement facilité par leur appartenance commune au parti de l’authenticité et de la modernité (PAM).

Mehdi Bensaïd : « Le PAM dirigera le gouvernement du Mondial »

Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication et membre de la direction collégiale du PAM, a tenu ces propos lors d’un débat, jeudi 23 janvier, à la Fondation Lafqui Titouani à Salé.

Le jeune dirigeant du PAM a tenu à rassurer quant à la solidité de son parti. « Nous sommes un parti debout après 14 ans dans l’opposition, sinon nous aurions eu 16 sièges (à la Chambre des représentants, Ndlr.), sinon moins », a répondu Mehdi Bensaïd à une question sur les chances de son parti pour les échéances électorales de 2026.

Récemment, quelques polémiques ont eu lieu au sujet de cette échéance entre le PAM et le RNI, chacune des formations déclarant être prête pour remporter les prochaines élections législatives.

Pour autant, Mehdi Bensaïd a tenu à minimiser les conséquences de ces échanges sur la cohésion de la majorité. S’il a admis l’existence de quelques « escarmouches » entre le PAM et le RNI, il a toutefois affirmé que de tels différends doivent être réglés lors des réunions de la majorité.

Celui qui nous provoque nous trouvera!

« Quand vous avez un différend avec votre femme, vous en discutez au sein du domicile conjugal, mais vous ne sortez pas dans la rue pour crier que ce qu’elle fait n’est pas à votre goût », a commenté le dirigeant du PAM qui a cependant émis cette sorte de mise en garde : « Celui qui nous provoque nous trouvera! ».

Ouahbi et le référentiel

Lors de ce débat, Mehdi Bensaïd a rendu hommage à Abdellatif Ouahbi, ancien secrétaire général du parti et ministre de la Justice. Il a affirmé qu’il avait toute sa place au sein du parti et qu’il était toujours membre du Bureau politique, même s’il n’était pas aussi assidu qu’auparavant.

Il l’a remercié pour avoir permis que le parti soit mené par une direction collégiale. « Je ne suis pas adepte de la logique des leaders (Za3amat) », a-t-il affirmé en précisant que Abdellatif Ouahbi répond présent à chaque fois que le parti le sollicite.

« Nous estimons qu’il fait partie des ministres qui ont une importante cadence politique et législative », a encore dit Mehdi Bensaïd à propos du ministre de la Justice tout en signalant que le parti aurait pu le remplacer lors du remaniement gouvernemental, mais qu’il ne l’a pas fait.

La politique ne doit pas se mêler de la confession des citoyens

Interrogé sur l’identité et l’idéologie du PAM, il a répondu que cette question était posée entre les années 2007 et 2010, mais qu’elle a été tranchée en 2012 avec une plateforme politique dans laquelle le parti a opté pour la démocratie sociale.

« Quand nous avons rejoint les rangs d’une organisation internationale des partis libéraux, nous l’avons fait dans une optique sociale et libérale. Le nom du parti Authenticité et modernité est clair. Nous sommes un parti progressiste qui croit en les valeurs sociales et de progrès, mais dans le cadre des valeurs nationales », a expliqué M. Bensaïd qui a précisé ce qu’il voulait dire en faisant référence aux valeurs nationales.

« Le parti croit en la Commanderie des croyants. La politique ne doit pas se mêler de la confession des citoyens. Dans la religion, nous puisons les valeurs que nous défendons dans notre projet politique, et le monde vit actuellement des guerres de valeurs et non d’idéologies », affirme le jeune dirigeant du PAM.

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Détenu en Allemagne, Mohamed Boudrika perd son siège de député

Dans son verdict rendu le 21 janvier, la Cour constitutionnelle dit se fonder sur une correspondance de Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des représentants.

Dans cette lettre, la cour est informée que Mohamed Boudrika s’est absenté sans raison valable pendant une année, une longue absence sanctionnée en vertu de l’article 12 de la loi organique 27-11 relative à la Chambre des représentants.

De ce fait, son siège de député (au titre de la circonscription d’Al Fida-Mers Sultan à Casablanca) a été déclaré vacant, et le candidat non élu qui le suit sur la liste est appelé à y pourvoir.

Rachid Talbi Alami, dans sa lettre, a expliqué que 41 mises en demeure ont été adressées, via un huissier de justice, au domicile de Mohamed Boudrika, mais qu’il n’avait fourni aucune réponse, étant constamment absent.

Détenu depuis juillet dernier à Hambourg, l’ancien président du Raja fait l’objet d’une procédure d’extradition à la demande des autorités judiciaires marocaines.

Comme pour anticiper la décision de la Cour constitutionnelle, il a annoncé, il y a quelques jours sur un média de la place, qu’il avait présenté sa démission du Parlement et du RNI.

Législatives. Les partis entrent en pré-campagne électorale pour le scrutin 2026

Nous sommes à moins de deux années des élections législatives de 2026 qui devraient se tenir, en toute logique, en automne. Mais les partis politiques, pratiquement toutes tendances confondues, semblent engagés dans une pré-campagne électorale avec certaines thématiques comme chevaux de bataille et sujets de clivage, comme la réforme du Code de la famille.

Voici un tour d’horizon de l’ébullition que vit actuellement la scène politique marocaine.

Une alliance électorale à cinq partis ?

Interrogé sur cette pré-campagne engagée, une source au sein de la majorité composée du RNI, du PAM et du parti de l’Istiqlal (PI) laisse entendre qu’il est possible que « l’actuelle majorité élargisse son champ d’actions communes et, pourquoi pas, une alliance électorale en 2026 ? », arguant que « jusque-là, tout va bien au sein de cette majorité et que de nouvelles annonces vont être faites dans un avenir proche ».

Un scénario peu probable. Dans nos annales électorales, une seule expérience du genre. Une alliance à petite échelle entre le PI et l’USFP.

De son côté, un membre dirigeant du PAM apporte une précieuse nuance. « Les grandes annonces sont une chose. Dans la réalité, les alliances électorales sont difficiles à faire aboutir. Sinon, comment résoudre cette équation qui veut que chaque parti politique convoite la première place du podium pour pouvoir ainsi, selon la Constitution, diriger le gouvernement ? », explique notre interlocuteur.

« Il est prématuré de parler d’alliances électorales pour le moment, mais la Majorité se porte bien et renforce même ses rangs », affirme pour sa part un jeune dirigeant de l’Istiqlal. Explications : au début de l’année, l’Union constitutionnelle (UC, 18 députés) de Mohamed Joudar et le Mouvement démocratique et social (MDS, 5 députés) de Abdessamad Archane ont officiellement rejoint la majorité de Aziz Akhannouch et abandonné l’option du « soutien critique ».

Pour l’année législative en cours, Chaoui Belaâssal de l’UC préside les groupes des élus de la majorité à la Chambre des représentants.

« La campagne, c’est dès l’annonce des résultats »

« Bien sûr que nous sommes en campagne électorale. Nous n’attendons jamais l’approche des élections, et les préparatifs commencent dès l’annonce des résultats d’un scrutin », affirme un dirigeant de l’Istiqlal.

Sur le terrain, Nizar Baraka a donné publiquement le ton à l’occasion des célébrations du 81ᵉ anniversaire de la présentation du Manifeste de l’Indépendance. Le 11 janvier à Casablanca, le secrétaire général du plus ancien parti du pays présidait un imposant meeting lors duquel il s’était fait l’avocat des jeunes. Comme le plus dur à cuire des opposants, il a notamment critiqué la situation de la jeunesse marocaine prise dans l’étau du chômage, du manque de perspectives d’avenir et du faible pouvoir d’achat.

« Le SG fait d’une pierre deux coups : il s’adresse à l’opinion publique dans un langage de vérité et ménage en même temps les bases du parti qui ne partagent pas forcément, et tout le temps, les orientations de la direction et les choix de la Majorité », commente une source en interne.

Quant au PAM, autre parti de la majorité, il opte pour le travail en silence. « Nous ne faisons pas trop de bruit autour de notre action, mais, pour nous, les préparatifs des élections commencent dès l’année qui suit le dernier scrutin », affirme un dirigeant du parti. « Pour les alliances, nous aviserons en temps opportun », poursuit notre interlocuteur.

Le RNI n’est pas en reste. Le 11 janvier, Aziz Akhannouch a tronqué sa casquette de chef de l’exécutif contre celle de chef de parti pour lancer la machine électorale, lors de la session ordinaire du conseil national du RNI. Il compte initier dans les mois à venir une nouvelle tournée nationale de communication et de contact avec les citoyens et les élus.

Il a également ⁠annoncé la signature des contrats de performance avec les coordonateurs du parti dans tout le Maroc, et a appelé à l’accélération du processus d’accueil des nouveaux adhérents.

Des alliances et des fronts

Au sein de l’opposition, certains partis tentent des rapprochements. Le plus marquant de ce début d’année est la création, annoncée le 9 janvier, du « Bloc populaire ». Formée par le Mouvement populaire (MP), le Parti marocain libre (PML) et le Parti démocratique national (PDN), cette coalition se présente comme une alternative politique qui ambitionne de faire bouger les choses sur une scène politique incapable d’accompagner les ambitions du « nouveau Maroc ».

Ce bloc promet une série d’initiatives et de programmes, mais on attendra pour juger. À part le MP, qui a une présence au Parlement et dans les collectivités territoriales, les deux autres composantes sont une sorte de « vagues souvenirs » du Parti libéral marocain (PLM) fondé par Mohamed Ziane et du Parti national démocratique (PND) de feu Abdellah El Kadiri. Le PND avait fusionné avec d’autres formations politiques pour donner naissance au PAM, l’été 2008.

À gauche, l’USFP et le PPS avaient annoncé, le 15 décembre 2023, le lancement d’une initiative d’action et de coordination politique commune capable de faire face à « l’hégémonie numérique » de la majorité de Aziz Akhannouch. Plus d’une année plus tard, on n’entend presque plus parler de cette initiative.

« Le débat actuel autour de la Moudawana va être l’occasion de donner du concret à la collaboration entre les deux partis, sur le terrain comme au sein du Parlement. Les deux ont toujours été pour le progrès », affirme une source interne à l’USFP.

Moudawana, une aubaine pour le PJD

Justement, la réforme de la Moudawana est pain bénit, notamment pour le PJD. Les frères de Benkirane avaient été laminés lors du scrutin législatif du 8 septembre 2021, et ne doivent la plupart de leurs sièges à la Chambre des représentants qu’aux listes régionales féminines, aux côtés de quelques rares « rescapés » comme Abdellah Bouanou, député et ex-maire de Meknès.

Depuis qu’il a repris les rênes du PJD, Abdelilah Benkirane est en perpétuelle campagne électorale, faisant feu de tout bois pour critiquer le gouvernement avec des cibles de choix : Aziz Akhannouch et Abdellatif Ouahbi.

Comme un air de déjà vu, le chef du PJD a menacé de « descendre dans la rue » si jamais la future mouture du Code de la famille ne tenait pas compte du rite malékite et ne revenait pas sur certaines dispositions liées au mariage.

En somme, tous les ingrédients d’une pré-campagne électorale sont réunis en attendant 2026.

Chaoui Belassal désigné coordinateur des groupes de la majorité à la Chambre des représentants

Chaoui Belassal assurera les missions de coordinateur des groupes de la majorité à la Chambre des représentants. Le député de l’Union constitutionnelle (UC) au titre de la circonscription d’El Gharb a été nommé à ce poste pour l’actuelle année législative.

La majorité formée autour du Rassemblement national des indépendants (RNI) compte le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti de l’Istiqlal (PI). Sans prendre part au gouvernement, cette majorité est soutenue par l’Union constitutionnelle et le Mouvement démocratique et social (MDS) de Abdessamad Archane.

Réforme de la Moudawana : voici la réaction du RNI et du PAM

Le Rassemblement national des indépendants (RNI) a réaffirmé son soutien aux réformes législatives visant à réviser la Moudawana, mais aussi à l’approche royale dans le travail qui a impliqué toutes les formations politiques, les organisations de la société civile et les forces vives de la Nation.

Le parti de Aziz Akhannouch invite à poursuivre la réflexion et à adopter un “Ijtihad” [un effort d’interprétation, ndlr] constructif concernant la famille. Pour cela, il faudrait inclure “la création d’un cadre approprié pour approfondir l’étude des problématiques juridiques posées par les évolutions de la famille marocaine et répondre aux exigences de modernité”, lit-on dans un communiqué de presse.

Le parti de la Colombe réaffirme son entière mobilisation derrière le Roi Mohammed VI et s’engage à contribuer à informer l’opinion publique nationale et les Marocains du monde sur les avancées de la révision du Code de la famille.

Au PAM, une réunion extraordinaire du bureau politique

De son côté, le bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM, majorité) a convoqué une réunion extraordinaire le mercredi 25 décembre, sous la présidence de Fatima Ezzahra El Mansouri. L’occasion d’aborder plusieurs questions d’actualité dont la réforme de la Moudawana, après la réunion de travail présidée par le Roi le 23 décembre.

La direction du PAM a suivi un exposé de Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice, avant d’entamer un débat autour des axes de cette réforme.

À l’issue de cette réunion, le bureau politique du PAM a, dans un communiqué, :

Gouvernement Akhannouch II : des secrétaires d’État toujours sans attributions

Heureux qui comme Lahcen Essaadi, le benjamin du gouvernement et secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’économie sociale et solidaire. Nommé à ce poste le 23 octobre, Fatim-Zahra Ammor lui signe son arrêté d’attributions le 29, et cet arrêté est publié le 31 au Bulletin officiel.

Idem pour Zakia Driouich, secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, sous la tutelle de son camarade de parti (RNI), Ahmed El Bouari, dont l’arrêté des attributions est signé.

Deux sur six donc… sachant qu’Adib Benbrahim et Hicham Sabiry du PAM ainsi que Omar Hjira et Abdeljabbar Rachidi de l’Istiqlal n’ont toujours pas de périmètre d’action clairement défini.

Le dossier du travail, dont hérite Hicham Sabiry, n’est-il pas aussi urgent que celui de la pêche maritime ? Le commerce extérieur affecté à Omar Hjira n’est-il pas aussi important que l’artisanat et l’économie solidaire ?

Fixer les attributions d’un membre du gouvernement n’est pas un luxe dont on peut se passer. Un secrétaire d’État a besoin d’une base légale, écrite noir sur blanc et promulguée au Bulletin officiel, pour avoir un droit de regard sur les établissements relevant de son département et pouvoir embaucher, muter, sanctionner, lancer des appels d’offres…

D’ailleurs, Aziz Akhannouch s’était lui-même empressé de signer les décrets d’attributions des huit nouveaux ministres qui ont rejoint son équipe. Ces décrets, datés du 28 octobre, ont été publiés au BO le jour même !

« Pendant ce temps-là, l’un des nouveaux secrétaires d’État avait une terrible équation à résoudre : trouver un bureau où s’installer au sein de son ministère de tutelle. Quant à s’entourer d’un groupe de cabinards, c’est une autre paire de manches », ironise un jeune leader d’une formation de la majorité gouvernementale.

Trois des quatre secrétaires d’État approchés par Médias24 ont préféré ne pas répondre à nos questions sur la (assez) longue attente de leurs arrêtés d’attributions.

C’est aux ministres dont relèvent les secrétaires d’Etat récemment nommés de s’atteler au plus vite à définir leur attributions. Nous parlons ici de Fatima Ezzahra El Mansouri et Younes Sekkouri pour le PAM, et de Ryad Mezzour et Naima Ben Yahya du côté de l’Istiqlal.

Des « moteurs en panne »

Cela aurait pu éviter à Omar Hjira le commentaire de l’opposition sur ce point.

Au Parlement, les six secrétaires d’État viennent en renfort à leurs collègues lors des débats autour du PLF 2025. Cinq d’entre eux ont changé de bord puisqu’ils étaient également, jusqu’à leur nomination, des députés (sauf Abdeljabbar Rachidi).

Omar Hjira aura alors cette réflexion en qualifiant les tout nouveaux secrétaires d’État de « moteurs » du gouvernement. Propos auquel Abderrahim Chahid, chef du groupe USFP (opposition) à la Chambre des représentants rétorque : « Vous êtes plutôt des moteurs en panne qui n’auront aucun à rôle à jouer ». Avant d’enfoncer le clou en ajoutant que les secrétaires d’État étaient tout simplement « de hauts fonctionnaires jusqu’à nouvel ordre ».

Le député ittihadi faisait allusion à l’absence du texte réglementaire des attributions de quatre nouveaux membres du gouvernement. Mais aussi au rôle qu’ils doivent jouer au sein de l’exécutif, avec cette question récurrente : à quoi servent alors les six secrétaires d’État ?

« C’est un vieux débat, et il est légitime de se poser la question pour savoir si on raisonne en termes de compétence et d’utilité ou alors selon une logique de rente », commente, pour Médias24, Ahmed El Bouz, professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques à l’Université Mohammed V de Rabat.

Une affaire d’égo ?

Les quatre ministres de tutelle concernés refuseraient-ils alors de signer les fameux arrêtés ? « Possible, et ce n’est pas nouveau, et parfois le retard de la publication de ces textes va au-delà de deux années », explique Ahmed El Bouz qui rappelle un antécédent qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque : Habib El Malki, ministre de l’Education nationale dans le gouvernement Abbas El Fassi, qui compliquait la tâche à Mohamed El Gahs, secrétaire d’État à la Jeunesse. Même si les deux étaient issus du même parti (USFP), cela n’avait pas arrangé les choses, et c’est El Fassi himself qui intervenait pour apaiser les esprits.

Bien avant, l’on se rappelle une situation similaire au sein du gouvernement Youssoufi I. Abdelkrim Benatiq était alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’Economie sociale, des petites et moyennes entreprises et de l’artisanat, qui n’était autre qu’Ahmed Lahlimi. Les deux hommes, pourtant issus tous les deux de l’USFP, ne pouvaient pas cohabiter. Abdelkrim Benatiq avait changé de poste lors du remaniement du 23 juillet 2001 en tant que secrétaire d’État au Commerce extérieur.

Pour Ahmed El Bouz, il s’agit là d’une polémique salutaire pour ouvrir un large débat sur l’architecture des gouvernements en général, et trancher cette histoire de secrétaires d’État une fois pour toutes.

« Il faut qu’on soit fixés de manière exacte sur le rôle des secrétaires d’État. Est-on en présence de simples auxiliaires de leurs ministres de tutelle ou de vrais décideurs responsables de véritables chantiers gouvernementaux ? », s’interroge encore le politologue.

Pour bientôt, inchallah !

« La polémique n’a pas lieu d’être, et il s’agit d’une question de temps », affirme une source au sein de la majorité gouvernementale, promettant les arrêtés d’attributions manquants dans les semaines, sinon les jours à venir.

« Les quatre responsables auxquels vous faites allusion ont fait et font l’objet d’une unanimité au sein de la majorité, et personne n’en conteste la compétence. Comme on ne saurait parler de divergences entre eux et leur ministre de tutelle », ajoute notre interlocuteur.

Pour rappel, et dans les derniers gouvernements, Saâd Dine El Otmani détient le record des secrétaires d’État avec 13 postes, contre 0 pour Benkirane, 7 pour El Fassi, 6 pour Jettou et 9 dans le gouvernement Youssoufi.

Aujjar et la gauche dans les institutions. Pour Nabil Benabdallah, une “sortie partisane” qui “n’avait pas lieu d’être” (1/2)

“Quels sont les raisons objectives pour choisir, au sein du même courant politique, les personnes dirigeant les institutions de gouvernance ?”, s’interroge Mohamed Aujjar (RNI), lors d’un événement organisé par la fondation Lafquih Titouani, le 12 novembre dernier.

Depuis, ses propos et questionnements font l’objet d’une polémique, surtout qu’ils portent sur des instances dont la nomination à la présidence relève d’une prérogative royale et que, en réalité, toutes les personnes à la tête de ces institutions ne sont pas affiliées au même courant politique.

Lors de son intervention, Mohamed Aujjar se dit “surpris” que “toutes les instances de gouvernance” soient “présidées par un seul courant politique”, à savoir “la gauche”. Il cite le “Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique” (CSEFRS) et le “Conseil économique, social et environnemental” (CESE).

Le premier est présidé par Habib El Malki et le second par Ahmed Réda Chami. D’après nos recherches, ils sont les seuls présidents d’institutions constitutionnelles à être ou à avoir été affiliés à l’USFP, parti de gauche, visé par Mohamed Aujjar.

C’est ce que nous confirme Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS. Contacté par Médias24, il estime que “ces propos sont malvenus” et ce, même si le PPS ne se sent pas concerné.

Qui préside réellement les institutions constitutionnelles ?

“Il se trouve qu’il y a deux ou trois semaines, trois institutions constitutionnelles étaient présidées par l’USFP. Il n’y en a plus que deux aujourd’hui. Au total, il y a 7 ou 8 institutions constitutionnelles et toutes ne sont pas dirigées par des gens de gauche. Le PPS en a eu une il y a trois ou quatre ans. Il s’agit de l’institution du Médiateur qui, aujourd’hui, est dirigée par une personne qui n’est pas de gauche”.

En effet, l’institution du Médiateur du Royaume est aujourd’hui placée entre les mains du magistrat Mohamed Benalilou, nommé à ce poste en décembre 2018. Le même mois, Bachir Rachdi est nommé à la tête de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC), tandis qu’Amina Bouayach est nommée présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH).

Idem pour Latifa Akharbach, présidente de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA).

En 2021, le Roi nomme Ahmed Rahhou à la tête du Conseil de la concurrence, tandis que Bank Al-Maghrib est dirigée, depuis 2003, par Abdellatif Jouahri.

Toutes ces personnalités n’ont aucune affiliation politique connue. Certains, comme Amina Bouayach (l’USFP), ont pris leur distance avec des formations politiques.

Les interrogations d’Aujjar

Pourtant, Mohamed Aujjar généralise. Il affirme que “toutes” les institutions de gouvernance sont dirigées par des personnes affiliées au courant politique de gauche.

Selon lui, il s’agit même d’une “situation qui pousse au questionnement. Que signifie le fait qu’un seul parti accapare la présidence de toutes les institutions ? Quand une personne a été de gauche toute sa vie, cela finit par déteindre sur ses idées etc. (…). Il faut garantir un équilibre des institutions. Le RNI, le PAM et le PI constituent la majorité et ne sont à la tête d’aucune institution. Est-ce que le timing des rapports publiés est ‘naturel” ? Comme celui publié au moment où le Chef du gouvernement présente le bilan de mi-mandat ?”.

Mohamed Aujjar nuance ses propos par la suite. Il précise qu’il ne discute pas de la nomination de ces présidents qui, rappelons-le, relève de la compétence du Roi, mais vise plutôt “les parties qui suggèrent des noms”. Celles-ci doivent, selon lui, “se remettre en question”.

Il clarifie davantage en indiquant que ses interrogations ne concernent pas le Haut Commissariat au Plan qui est une institution de “statistiques” et précise qu’il “ne dit pas que les institutions de gouvernance ou de la société civile doivent suivre le gouvernement. Au contraire, le gouvernement bénéficie des critiques et ouvre les débats avec les syndicats et autres”.

Or, les propos de Mohamed Aujjar soulèvent à leur tour des interrogations. Faut-il obligatoirement inclure des personnalités de la majorité pour assurer un équilibre au sein de ces institutions ? Une telle approche ne remet-elle pas en question l’indépendance de ces institutions constitutionnelles ?

“Ce débat n’a pas lieu d’être”

Pour Nabil Benabdallah, “tout cela est en train de polluer une situation politique qui l’est déjà suffisamment”. Selon lui, “ce débat n’a pas lieu d’être”. Et pour cause : “ces institutions sont nommées sur initiative royale. Sa Majesté a la totale aptitude pour désigner les profils qui vont donner les meilleurs résultats au niveau de ces instances”.

Nabil Benabdallah qualifie l’intervention de Mohamed Aujjar de “sortie partisane” et ”étroite” qui “n’avait pas lieu d’être”.

Et d’ajouter : “il considère que les institutions constitutionnelles devraient être en harmonie avec le gouvernement actuel. C’est grave de tenir ce genre de propos car ces institutions sont censées être indépendantes. Elles sont censées garder une distance et une autonomie par rapport à n’importe quel gouvernement, quel qu’il soit”.

“Confondre majorité et nomination au sein des instances constitutionnelles est vraiment déconseillé. Je pense que ces institutions doivent être présidées par les meilleures compétences, qu’elles soient de gauche, de droite, du centre ou même non affiliées politiquement, à partir du moment qu’il s’agit de compétences réelles qui peuvent apporter quelque chose au sein de ces instances”, conclut notre interlocuteur.

Si le débat semble être éminemment politique, il n’en demeure pas moins qu’il concerne des institutions constitutionnelles.

Qu’en pensent alors les constitutionnalistes ? Nadia Bernoussi, professeure de droit constitutionnel, nous livre son analyse dans la deuxième partie de cet article.