Bank Al-Maghrib (BAM), l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) et l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) viennent de publier le rapport sur la stabilité financière au titre de l’exercice 2017.

Ce rapport dresse, entre autres, la situation du marché des capitaux. Celle-ci s’avère stable dans sa globalité, malgré le recul du volume des levées de capitaux en 2017, la faible liquidité du marché casablancaiset sa cherté par rapport à d'autres places.

Dans le détail, les levées de capitaux sur le marché boursier sont de plus en plus faibles.

Evolution des émissions sur le marché boursier (En MDH)

Le marché primaire a été peu actif avec un volume de levées de capitaux de 1,4 milliard de DH, sous forme d’augmentations de capital, contre 2 milliards en 2016 et 7,8 milliards en 2011. 

En face, le marché secondaire reste marqué par un déficit de liquidité en raison essentiellement d’un faible flottant, malgré l’augmentation de 31% des titres traités en bourse qui sont passés de 217 millions en 2016 à 284 millions de titres échangés en 2017. 

Plus en détails, le ratio de liquidité reste faible, et ce malgré une légère tendance haussière sur les trois dernières années. Il s’est établi à 10,4% au titre de l’année 2017, contre 9,5% une année auparavant. 

Notons que le ratio de liquidité est calculé sur la base du taux de rotation des stocks par rapport à la capitalisation boursière totale.

Evolution du ratio de liquidité

Cette situation trouve son explication notamment dans la faiblesse du facteur flottant en bourse. La prépondérance des parts stratégiques détenues par des actionnaires stables (76% en 2017) limite le nombre de titres susceptibles, à court terme, d’être échangés en bourse.

La faiblesse de la liquidité de la bourse de Casablanca saute à l’œil encore plus quand elle est comparée à d’autres places boursières. La liquidité de la cote casablancaise est remarquablement inférieure à celle de l’Afrique du Sud et de l’Egypte, qui dégagent un ratio de liquidité de 38,4% et 39,2% respectivement. L’écart devient plus important quand elle est comparée avec d'autres bourses émergentes telles que le Brésil (73,6%) et la Turquie (168,6%). 

Un grand écart existe entre les prix de l’offre et ceux de la demande

S’agissant du ratio «titres offerts/titres demandés», celui-ci s’est établi à 115.1%, ce qui signifie que le nombre de titres offerts à la vente est supérieur au nombre de titres demandés à l’achat.

Pour leur part, les taux de satisfaction de l’offre et de la demande qui restent limités ont connu une légère amélioration en 2017, soit respectivement 36.7% et 42.2% contre 32.5% et 27.7% en 2016. Cette situation révèle que l’écart entre les prix de l’offre et ceux de la demande demeure important.

La volatilité des indices MASI et MADEX, elle, s'affiche à 10,66% et 11,22% en 2017, contre 9,84% et 10,20% en 2016. Néanmoins, comparé à d’autres places casablancaises, ce niveau de volatilité de la place casablancaise reste modéré.

Le PER de la Bourse de Casablanca est élevé

La valorisation des titres cotés à la bourse de Casablanca reste globalement élevée avec un PER à 19,7x, bien qu’en légère baisse par rapport à 2016 (20,3x).

Cette baisse s’explique par une masse bénéficiaire des entreprises cotées (+11%) qui a augmenté plus rapidement que la valorisation globale (+8%). Ainsi, 12% des valeurs cotées présentent une décote importante par rapport au PER du marché, et 4% des valeurs affichent une surcote importante.

La cherté de la place casablancaise peut s’expliquer par le contexte de taux d’intérêt toujours bas où les investisseurs sont à la recherche d’instruments financiers avec un meilleur rendement. Cette situation augmente ainsi le risque d’instabilité dans le marché boursier en particulier si le contexte de faiblesse des taux d’intérêts venait à changer de manière drastique.

Valorisation de la Bourse de Casablanca

Qu’en est-il de l’évolution des OPCVM ?

Selon le rapport, l’activité des sociétés de gestion d’OPCVM a connu une progression soutenue, marquée par une augmentation de l’actif net sous gestion de 10,7% en 2017 et de 10,6% en moyenne annuelle pendant les six dernières années pour atteindre 416 MMDH.

Evolution de l’actif net des OPCVM (En MDH)

70 OPCVM ont été créés sur les cinq dernières années dont plus de la moitié sont des fonds obligataires (36 fonds créés), suivis des fonds diversifiés et monétaires avec respectivement 14 et 13 fonds créés. Les fonds actions, eux, arrivent en dernier avec 7 fonds créés durant la période allant de 2013 à 2017.

En 2016, la collecte était orientée vers des catégories d’OPCVM avec une meilleure rentabilité mais sans une prise de risque importante (essentiellement les catégories OMLT). En 2017, la prise de risque a été plus marquée dans la mesure où l’on relève une progression des fonds actions et diversifiés en termes de souscriptions nettes. 

Les performances des fonds obligataires et monétaires sont ressorties en baisse par rapport à 2016, suite à une remontée des taux pendant l’année écoulée, essentiellement pour les maturités les plus longues.

Evolution des souscriptions nettes aux OPCVM

Le nombre des investisseurs ayant choisi les OPCVM a remarquablement augmenté durant les deux dernières années. Le nombre de porteurs de parts d’OPCVM s’est établi à 18.775 en 2017 contre 18.217 en 2016. 

Cette évolution est tributaire essentiellement aux catégories des personnes morales résidentes et personnes physiques résidentes dont le nombre est ressorti en hausse respectivement de 5,8% et 3,1%. Le nombre de personnes physiques et morales non résidentes, déjà limité, continue sur une tendance légèrement baissière.