Le chef d’état-major et vice-ministre algérien de la Défense, le général Ahmed Gaïd Salah, est décédé lundi des suites d’une crise cardiaque à l’âge de 79 ans, indique un communiqué de la présidence algérienne.
Ce décès intervient trois jours après l’investiture du nouveau président de l’Algérie, Abdelmajid Tebboune, et dans un contexte marqué par des tensions sociales et politiques dans le pays.
Le président Tebboune a décrété trois jours de deuil national et a chargé le général Saïd Chengriha, commandant des Forces terrestres, d’assurer l’intérim, annoncé une présentatrice de la télévision nationale Algérie 3, donnant lecture d’un communiqué de la présidence de la République.
Né le 13 janvier 1940, engagé dès l’âge de 17 ans au sein de l’Armée de libération nationale (ALN) combattant le pouvoir colonial français selon sa biographie officielle, Ahmed Gaïd Salah était l’un des derniers représentants au sein de l’armée des anciens combattants de la Guerre d’indépendance, un passé dont les dirigeants algériens ont longtemps tiré leur légitimité.
Nommé chef d’état-major de l’armée en 2004 par le président Bouteflika, il détient le record de longévité à ce poste.
Il fut un indéfectible soutien de M. Bouteflika tout au long de sa présidence, avant d’obtenir sa démission en avril pour tenter de calmer le mouvement (« Hirak ») de contestation populaire né un mois plus tôt de la volonté du président sortant de briguer un cinquième mandat. En mars 2019, c’est en effet Gaïd Salah qui demande l’application, contre l’ancien président, de l’article 102 de la constitution algérienne sur l’état d’empêchement, marquant la fin d’une présidence de deux décennies.
Mais le général Gaïd Salah était vite devenu très impopulaire au sein du mouvement en apparaissant comme le garant de la survie du « système » qui dirige l’Algérie depuis 1962 et dont le « Hirak » entend obtenir le démantèlement.
Son décès survient 11 jours après une présidentielle qu’il avait tenu à organiser le 12 décembre pour élire un successeur à M. Bouteflika, malgré l’opposition farouche du « Hirak » qui voyait ce scrutin comme une manoeuvre du « système » pour se régénérer.
Les généraux Gaïd Salah et Chengriha « ont des profils similaires » et sont tous deux issus des Aurès, région du nord-est de l’Algérie et terre de tribus chaouis (minorité berbérophone), souligne Moussaab Hammoudi, chercheur doctorant à l’Ecole des Hautes études en Sciences sociales (EHESS) de Paris.
Le général Chengriha « était déjà pressenti pour remplacer le général Gaïd Salah », poursuit le chercheur qui rappelle qu’en Algérie, c’est traditionnellement le chef des Forces terrestres qui succède au chef d’état-major.
Selon lui, le chef d’état-major par intérim « n’a pas les coups de sang de Gaïd Salah et est un peu plus posé« .
Difficile de savoir si le décès soudain du général Gaïd Salah aura une influence sur l’installation au pouvoir et la marge de manoeuvre du président Tebboune, qui était réputé proche du défunt.
« Il va falloir attendre les premiers pas des uns et des autres », selon M. Hammoudi, qui travaille sur l’autoritarisme en Algérie. « Beaucoup de scénarios sont possibles, mais tout sera fait pour qu’en apparence tout apparaisse normal », poursuit le chercheur, car « le principal souci du haut commandement militaire est de maintenir la façade civile« .
(Avec AFP)