Le plan a été présenté par un président américain flanqué à sa droite par le Premier ministre israélien, ce qui en dit long sur la crédibilité de la démarche. De surcroît, il a été présenté en avant-première au chef de l’opposition israélienne et de Washington, le ministre israélien de la Défense qu’Israël n’accepterait jamais un Etat palestinien indépendant.
Le plan lui-même a été dévoilé ce mardi 28 janvier à 17H GMT. Il accorde la totalité de Jérusalem à Israël en tant que capitale et affirme que les Palestiniens auront droit à une capitale à Jérusalem Est. En fait, il s’agit d’une capitale située à l’Est de Jérusalem et pas à Jérusalem Est.
Trump promet 50 milliards de dollars aux Palestiniens pour lesquels la pauvreté serait « réduite de moitié ». Autrement dit, ils resteront pauvres, mais le seront moins. Ces 50 milliards de dollars seront d’ailleurs en grande partie payés par des payés arabes!!
Quant au droit au retour, droit inaliénable, il passe à la trappe: « le problème des réfugiés sera réglé à l’extérieur d’Israël », a dit le grand manitou américain.
Bref, ni solution à deux Etats, ni respect du droit international, ni droit au retour. Il serait très étonnant que ce « plan » soit accepté.
« Une solution réaliste à deux Etats » ou comment jouer sur les mots
« Ma vision présente (…) une solution réaliste à deux Etats », a lancé M. Trump en donnant des garanties inédites à son « ami » Benjamin Netanyahu. Celui-ci a salué « une journée historique ».
Affichant son optimisme sur le devenir de ce projet « très détaillé » de 80 pages, le locataire de la Maison Blanche a estimé qu’il pouvait permettre de faire « un grand pas vers la paix ». Un plan de paix que le mouvement Hamas, premier à réagir dans le camp palestinien, a immédiatement rejeté.
Le futur Etat palestinien ne verrait le jour que sous plusieurs « conditions », dont « le rejet clair du terrorisme », a immédiatement souligné le milliardaire républicain, détaillant un projet qui avait été rejeté d’avance, avec force, par les Palestiniens.
Jérusalem restera « la capitale indivisible d’Israël », a-t-il par ailleurs assuré, restant évasif sur les moyens de concilier cette promesse avec la proposition qu’il a reprise à son compte de créer une capitale de l’Etat palestinien à Jérusalem-Est.
Le Premier ministre israélien a de son côté souligné que le plan de la Maison Blanche octroierait à Israël la souveraineté sur la vallée du Jourdain, vaste zone stratégique de la Cisjordanie occupée où l’armée israélienne vient de renforcer sa présence.
– « Votre dernière chance » –
Martelant sa conviction que les Palestiniens méritaient « une vie meilleur », M. Trump leur a aussi lancé une mise en garde. Il a annoncé avoir envoyé une lettre au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas l’exhortant à saisir « une chance historique », et peut-être « la dernière », d’obtenir un Etat indépendant.
« Je lui ai expliqué que le territoire prévu pour son nouvel Etat resterait ouvert et sans développement » de colonies israéliennes « pendant une période de quatre ans », a-t-il précisé.
L’ancien homme d’affaires de New York, qui se targue d’être un négociateur hors pair, avait confié au printemps 2017 à son gendre et conseiller Jared Kushner, novice en politique, l’épineuse tâche de concocter une proposition susceptible d’aboutir à « l’accord ultime » entre Israéliens et Palestiniens. L’objectif: réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué.
Mais la partie s’annonce très difficile.
Selon de hauts responsables palestiniens, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a refusé au cours des derniers mois les offres de dialogue du président américain et juge son plan « déjà mort ».
Donald #Trump présente son plan pour la paix pour le Moyen-Orient https://t.co/D9PoY2ujKq
— RT France (@RTenfrancais) January 28, 2020
Et le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, a appelé par avance la communauté internationale à boycotter le projet, contraire selon lui au droit international. « Ce n’est pas un plan de paix pour le Moyen-Orient », a-t-il martelé, jugeant que l’initiative visait avant tout à protéger « Trump de la destitution » et « Netanyahu de la prison ».
Signe que le calendrier est délicat, à un mois de nouvelles élections en Israël où Benjamin Netanyahu est aux prises avec une inculpation pour corruption, le locataire de la Maison Blanche a aussi reçu lundi son principal opposant, Benny Gantz.
– « Accord du siècle » –
Mais c’est avec « Bibi » qu’il a choisi d’apparaître devant les caméras, et le Premier ministre israélien, qui se rendra dès mercredi à Moscou pour informer le président russe Vladimir Poutine des détails du plan, n’a pas dissimulé son enthousiasme.
« Monsieur le président, votre accord du siècle est la chance du siècle », a-t-il lancé depuis la Maison Blanche.
Dimanche, Saëb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a indiqué à l’AFP qu’il se réservait le droit de se retirer des accords d’Oslo, qui encadrent leurs relations avec Israël.
Aux termes de l’accord intérimaire dit d’Oslo II de septembre 1995 entre l’OLP et Israël, la Cisjordanie avait été partagée en trois zones: A, sous contrôle civil et sécuritaire palestinien, B, sous contrôle civil palestinien et sécuritaire israélien, et C, sous contrôle civil et sécuritaire israélien.
Or le plan de Donald Trump « va transformer l’occupation temporaire en occupation permanente », a dénoncé Saëb Erekat.
Selon la Maison Banche, le projet propose un Etat palestinien « démilitarisé ».
Le projet américain avait aussi été rejeté par avance par le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d’habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie, où se limite l’autorité de Mahmoud Abbas.
Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a mis en garde contre une « nouvelle phase » de la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne. (Avec AFP)