« L’aspect physique du sport ne peut pas vous mener au-delà de certaines limites. L’aspect mental doit prendre le relais, surtout lorsqu’il s’agit d’être le meilleur parmi les meilleurs ». La double championne olympique de gymnastique, Shannon Miller, résume parfaitement la difficulté de briller dans une compétition telle que les Jeux olympiques. Décrocher l’or est une prouesse nourrie par des années d’entraînement physique, technique, tactique, mais surtout par un mental renforcé.
En l’occurence, une capacité à gérer la pression dont a fait preuve Soufiane Bekkali, titré lors de la dernière édition des JO à Tokyo, à l’inverse de ses compatriotes. « Nous avons effectivement observé à plusieurs reprises que la pression des Jeux olympiques peut entraver les performances des athlètes marocains« , soulignait dans un précédent entretien Hassan Fekkak, directeur technique national du Comité national olympique marocain (CNOM).
Ainsi, pour atteindre les sommets d’une compétition d’un niveau aussi relevé que les Jeux olympiques de Paris, prévus du 26 juillet au 11 août 2024, il ne suffit pas d’être prêt physiquement, tactiquement et techniquement. Il faut l’être également mentalement.
La préparation mentale, l’un des quatre piliers de la haute performance
La compétition sportive est une situation anxiogène par excellence. D’où la nécessité d’avoir un parfait contrôle de soi, en faisant appel à plusieurs habiletés psychologiques. « Nous avons tous intrinsèquement ce relâchement qui nous permet d’accéder à une zone dite flow, désignant l’état de fonctionnement optimal tant recherché par les athlètes », assure le préparateur mental Rafik Benjelloun, à l’occasion d’une visioconférence sur le thème : « Comment booster votre mental et votre motivation ».
« En atteignant cet état », reprend-il, « ils sont intensément impliqués dans l’accomplissement de leur activité. Au summum de leur concentration, de leur engagement et de leur satisfaction personnelle pour atteindre un niveau de maîtrise qui allie aisance et plaisir ». Se préparer psychologiquement à être le meilleur, aide donc l’athlète à dépasser ses limites. Il s’agit d’un levier essentiel, constituant l’un des quatre piliers de la haute performance :
– la préparation physique ;
– la préparation tactique ;
– la préparation technique ;
– la préparation mentale.
« Les spécialités en préparation mentale distinguent entre plusieurs types d’habiletés mentales sollicitées par la pratique sportive, comme le contrôle de l’activation, la concentration, la confiance en soi, la motivation et la relaxation », précise dans une étude Abdellah Essiyedali, professeur au Centre régional des métiers de l’éducation et de la formation (CRMEF), à Rabat.
Toutefois, certains freins viennent parasiter cette aptitude et sanctionner la performance ; dont la peur de perdre et de stagner, mais aussi le manque de confiance en soi et d’autres émotions négatives, telles que la colère, la frustration et l’anxiété. « Lorsqu’un athlète est stressé, anxieux ou en colère, il n’arrive plus à réfléchir correctement du fait que son néocortex [la partie du cerveau responsable notamment de la réflexion, ndlr] n’est plus actif », souligne Rafik Benjelloun.
C’est l’une des explications des performances décevantes des athlètes marocains lors de l’édition nippone. Dès lors, comment y remédier pour atteindre la plénitude en termes de performances sportives ?
Se fixer un projet sportif en vue de surmonter les difficultés
Selon la littérature scientifique, il existe plusieurs techniques d’entraînement des habiletés mentales. Elles se déclinent comme suit :
– l’établissement de buts ;
– l’imagerie et la visualisation mentale ;
– la relaxation physique ;
– le contrôle des pensées.
« Ces méthodes doivent figurer dans les programmes d’entraînement mental, avec pour objectif le développement des habiletés fondamentales (motivation, conscience de soi, estime de soi et confiance), de performance (activation physique et mentale) et de facilitation (habileté interpersonnelle, gestion et organisation de la vie quotidienne) », précise Abdellah Essiyedali.
Un athlète olympique doit aussi se fixer un projet sportif afin de surmonter les difficultés qu’il rencontre lors de sa préparation et d’accepter de faire des sacrifices. « Il est préférable de choisir des objectifs de maîtrise et pas uniquement des aspirations en lien avec les résultats », préconise Rafik Benjelloun.
Le CNOM a organisé plusieurs formations destinées aux directeurs techniques nationaux (DTN) et aux entraîneurs, afin de renforcer le soutien psychologique des athlètes marocains en prévision des JO 2024. « Nous avons opté pour la mise à disposition de préparateurs mentaux pour les soixante sportifs faisant partie du programme olympique. Tous ont accepté cette proposition, exprimant un réel intérêt pour un accompagnement mental », assure Hassan Fekkak.
Mais, en cours de route, la donne a quelque peu changé. »Certains entraîneurs et DTN ont accueilli favorablement cette initiative, tandis que d’autres étaient sceptiques. Ces derniers tentent parfois de cumuler plusieurs rôles, comme celui d’entraîneur, de préparateur physique et mental, et même de soigneur, ce qui est une erreur », complète notre interlocuteur.
En outre, bien qu’ayant manifesté un intérêt au départ, seulement 15% des soixante athlètes se sont montrés réguliers et impliqués dans ce suivi mental. Cette réticence s’explique par le fait que le recours à des séances de préparation mentale est perçu comme une marque de faiblesse.
D’autres craignent également que le préparateur mental empiète sur leur vie privée. Un préjugé souvent infondé et qu’il convient de démystifier. Car, au bout du compte, il faut entraîner son esprit comme on entraîne son corps. D’autant que les Jeux en valent la chandelle.
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