Cette année, contrairement aux précédentes, la rumeur concernant l’annulation du rituel du sacrifice de Aïd al-Adha gagne en intensité. Si certains envisagent cette célébration comme une tradition religieuse essentielle, d’autres la perçoivent comme une lourde charge financière, surtout dans le contexte économique actuel.

Mais dans un cas comme dans l’autre, l’argument économique est là : le cheptel est durement éprouvé par les sécheresses successives, tirant déjà les prix vers le haut. Si plusieurs millions de têtes de bétail sont sacrifiées, le prix de la viande pourrait atteindre 200 DH le kilo. Et le cheptel ne sera, à ce rythme, jamais reconstitué.

« Les petits éleveurs sont les premiers à souffrir de cette incertitude »

Contacté par Médias24, un professionnel du secteur de l’élevage, requérant l’anonymat, nous explique que « malgré les rumeurs d’annulation, les préparatifs pour Aïd al-Adha avancent« .

« Malheureusement, les petits éleveurs sont les premiers à souffrir de cette situation« , souligne-t-il. « Beaucoup d’entre eux commencent à liquider leur troupeau à des prix très bas, par crainte de ne pas pouvoir le vendre à l’approche de l’Aïd ».

Les prix sont en baisse sur le marché, une baisse qui varie entre 800 et 1.000 DH par tête.

Notre interlocuteur, qui confirme que cette situation impacte profondément la filière, souligne que « les prix sont en baisse sur le marché, une baisse qui varie entre 800 et 1.000 DH par tête ».

« Une déclaration officielle permettrait d’apaiser la situation et de protéger les petits éleveurs qui, contrairement aux grandes structures, n’ont pas les fonds nécessaires pour prendre de tels risques », ajoute le professionnel.

« Ces ventes précipitées profitent principalement aux grands exploitants et aux intermédiaires disposant des moyens nécessaires pour stocker et engraisser le bétail avant la revente », déplore-t-il.

« On peut toutefois avancer que cette rumeur a un avantage et un inconvénient. Bien qu’elle ait contribué à la baisse des prix du cheptel, cette situation place néanmoins le petit éleveur, déjà fragilisé par les années successives de sécheresse, l’augmentation des prix des aliments et les crises successives dans le secteur agricole, dans une position délicate. Face à cette pression, il est contraint de se débarrasser de ses animaux de manière précipitée, laissant la place aux grandes entreprises d’élevage ».

« L’offre sera suffisante, mais le pouvoir d’achat est en baisse »

Notre interlocuteur assure par ailleurs que l’offre en bétail sera suffisante cette année, grâce à la production locale, mais aussi aux importations renforcées depuis le début de l’année en cours.

En effet, dans une déclaration à l’issue du Conseil de gouvernement tenu le 13 février dernier, le ministre de l’Agriculture avait déclaré qu’au 12 février, 21.800 bovins avaient été importés, ainsi que 124.000 ovins et 704.000 tonnes de viandes rouges.

« En revanche, je peux également assurer que le pouvoir d’achat du citoyen marocain est en baisse« , ajoute notre source. De nombreuses familles pourraient ainsi être contraintes de renoncer à l’achat du mouton cette année.

Entre tradition et contraintes économiques

S’il n’existe, à ce jour, aucune décision officielle dans ce sens, la rumeur d’annulation prend de l’ampleur.

En effet, à l’issue du Conseil de gouvernement du 13 février, le ministre de l’Agriculture avait été clair à ce sujet. « Mon rôle est de produire et de mettre sur le marché. Cette décision ne relève donc pas de mes prérogatives », avait répondu Ahmed El Bouari aux journalistes.

Du côté des consommateurs, interrogés par Médias24, les avis divergent quant à la nécessité de maintenir le rituel de l’Aïd. Toutefois, tous s’accordent sur la baisse du pouvoir d’achat, confirmant ainsi les propos de notre première source.

Certains défendent le caractère religieux de cette fête et affirment que son annulation ne devrait pas être envisagée, mais nombreux sont ceux qui plaident pour son annulation temporaire, mettant en avant la situation économique préoccupante.

Cette année, la situation est encore plus critique pour les familles.

« La célébration de l’Aïd est une Sunna, ce n’est pas une simple fête. Ceux qui peuvent acheter un mouton le feront, et ceux qui ne peuvent pas ne sont pas obligés », nous confie un consommateur.

« De nombreuses familles peinent déjà à subvenir à leurs besoins de base. L’an dernier, certains ont dû vendre leurs biens pour acheter un mouton. Cette année, la situation est encore plus critique », témoigne un autre consommateur.

Un autre point soulevé par les consommateurs est le prix du bétail, en constante augmentation. La sécheresse et la hausse des coûts de l’alimentation du cheptel sont pointées du doigt comme étant les principaux facteurs expliquant cette flambée des prix. Certains estiment pour leur part que, sans intervention de l’État pour réguler les prix, de nombreuses familles seront contraintes de renoncer à l’achat d’un mouton.

En tout état de cause, l’État marocain n’interdit jamais le sacrifice. Mais les plus hautes autorités religieuses peuvent lancer un appel ou décréter une orientation pour demander aux fidèles d’éviter volontairement de le faire.