À la mi-mars, le département de Amine Tahraoui avait initié une nouvelle approche dans l’attribution des marchés relatifs aux prestations de gardiennage et de propreté dans les établissements hospitaliers.

Ses rivaux politiques, notamment du côté du PJD, avaient commencé à crier au scandale en lui prêtant l’intention de résilier les marchés existants, et d’exposer ainsi les sociétés du secteur et leurs salariés à de graves répercussions sociales.

Sollicitées par Médias24, des sources autorisées au ministère de la Santé nous avaient dévoilé les dessous de la (véritable) décision de ce département. D’abord, il ne s’agissait nullement de la résiliation des marchés en cours, mais d’un regroupement de marchés arrivés à échéance afin de massifier les contrats et de parvenir à une meilleure exécution.

Par la suite, de nouveaux appels d’offres allaient être lancés avec de nouveaux critères de choix qui concernaient surtout l’élément humain : qualifications, niveau d’instruction et respect de la législation du travail, notamment en ce qui concerne les horaires de travail et le salaire minimal.

Quatre heures de travail par jour, la vie rêvée des agents de sécurité

S’il n’y a pas eu de nouveaux appels d’offres en la matière pour le moment, certaines délégations provinciales du ministère de la Santé ont opté, fin mars-début avril, pour des bons de commande couvrant de courtes périodes : deux à trois mois. « Nous sommes dans une sorte de phase de test pour évaluer l’aptitude des opérateurs du secteur, surtout au niveau local, à honorer ce genre de marchés », indique une source informée.

En effet, la nouvelle approche prônée par le département de Tahraoui ne semble pas arranger les opérateurs du secteur. L’écrasante majorité des bons de commande lancés la semaine dernière, par les délégations provinciales de la Santé, ont été déclarés infructueux. C’est le cas de la délégation provinciale de Chichaoua qui avait reçu pas moins de 41 devis, de celle de Oued Eddahab (21 devis rejetés), de celle d’Al Haouz (26 devis) ou encore de la délégation provinciale de Moulay Yacoub (39 devis recalés).

La raison invoquée par les maîtres d’ouvrage pour rejeter lesdits devis ? En général, il s’agit du non-respect de la législation du travail : les salaires des employés et les volumes horaires de travail.

Mais cela a fonctionné pour la délégation provinciale de Berrechid, qui vient d’attribuer deux marchés de gardiennage et de nettoyage pour deux mois, pour des montants respectifs de 214.000 et 194.000 DH, couvrant les prestations des deux mois. Il s’agit d’un total de 66 agents de sécurité qui seront déployés à l’hôpital provincial de Berrechid et à l’hôpital Arrazi dans la même ville. Chaque agent de sécurité devra travailler 4 heures par jour et 6j/7.

Le deuxième marché inclut 13 agents de nettoyage qui auront à travailler 5 à 6 heures par jour. Les agents de sécurité et de nettoyage ne devront pas être payés moins que le SMIG horaire qui est de 17,10 dirhams.

Contrôle et missions

Mais qu’est-ce qui est demandé à l’agent de sécurité travaillant dans un hôpital public ? Nous avons un début de réponse avec l’exemple de Berrechid. Ainsi, cet employé est appelé notamment à :

  • accueillir et orienter les usagers ;
  • surveiller les bâtiments ainsi que les véhicules, mobiliers et matériel ;
  • veiller à la tranquillité, à la quiétude des lieux qu’il est chargé de surveiller ;
  • procéder à des rondes de nuit pour vérifier l’absence d’intrus, la fermeture des portes et des fenêtres, la fermeture des robinets et l’extinction des lumières des couloirs principaux à l’heure fixée par l’administration ;
  • contrôler l’accès des véhicules ;
  • veiller au respect des heures de visite instituées par la direction de l’hôpital ;
  • intervenir (première intervention) en cas de début de sinistre (feu, inondation, etc.).

Le maître d’ouvrage, dans ce cas de figure, dispose de plusieurs moyens de contrôler le respect du cahier des charges par le prestataire. Dans le cas de Berrechid par exemple, le prestataire n’est rémunéré à l’issue du contrat qu’une fois qu’il a fourni tous les justificatifs attestant qu’il a bien fait bénéficier ses salariés de leurs droits (salaires, indemnités, couverture sociale, jours de congé…).

Dans certains bons de commande consultés par Médias24, les maîtres d’ouvrage insistent sur la moralité des agents de sécurité, et certains demandent un casier judiciaire. D’autres vont jusqu’à demander que les agents de sécurité disposent d’une formation aux premiers soins de secours.

Pour les agents de nettoyage, généralement des femmes, les maîtres d’ouvrage insistent sur une panoplie de matériels et de produits devant leur faciliter la tâche et assurer leur protection.

Avec ces nouveautés, c’est tout un secteur d’activité qui amorce sa transformation. Une transformation nécessaire, et ceux des acteurs qui n’arriveront pas à suivre en paieront les frais, comme dans n’importe quel secteur : on s’adapte, sinon on disparaît.