Le souk Dallas de Hay Hassani se trouve aujourd’hui au cœur d’un chantier aussi délicat qu’ambitieux. Ce marché mythique de la ville de Casablanca n’a cessé de s’étendre ces dernières années, empiétant sur l’espace public. Stands improvisés, constructions précaires et marchandises déversées sur les trottoirs s’y sont progressivement installés.
Depuis quelques jours, une opération de libération du domaine public a été lancée par les autorités locales dans cette zone, notamment autour de la partie dédiée à la ferraille. Les machines de chantier ont pris place pour démanteler les installations bricolées. Le temps du laissez-faire semble ainsi révolu.
Une page d’histoire se tourne
Cette opération s’inscrit dans le cadre des préparatifs de deux évènements mondiaux : la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030. Elle fait également suite aux plaintes récurrentes des habitants du quartier qui dénoncent depuis plusieurs années l’occupation illégale de la voie publique, entravant l’accès aux trottoirs et provoquant l’accumulation quotidienne de déchets.

L’opération, qui se poursuit, ébranle ainsi tout un pan de l’économie locale, lequel se retrouve confronté à des exigences de régularité. En effet, contacté par Médias24, Tahar Youssfi, président de l’arrondissement de Hay Hassani, nous explique que « cette initiative s’inscrit dans une logique de réorganisation territoriale visant à créer un espace qui soit en adéquation avec l’identité de la région, tant sur le plan économique qu’environnemental. »
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Mais au-delà des constructions anarchiques, ce sont aussi des symboles du passé qui disparaissent. Le marché est surtout connu pour sa section dédiée à la ferraille, souvent pointée du doigt par les riverains en raison des nuisances qu’elle génère, notamment les incendies qui s’y déclenchent de temps à autre.
Mais outre ce volet, ce marché, qui abritait des vendeurs de fruits, était aussi le lieu de rendez-vous des mordus de la mode à petits prix.
Dans un coin de ce souk, des piles d’habits s’exposaient pêle-mêle depuis des années. Cette friperie drainait, chaque samedi, une clientèle diversifiée venue de différentes villes, pour dénicher les pépites déballées en temps réel. Les plus fidèles s’y rendaient même au cours de la semaine.
Et si pour certains, ce rendez-vous mêlait plaisir et bonnes affaires, pour les vendeurs de vêtements d’occasion, cette activité constituait une source de revenus, leur rapportant jusqu’à 2.000 DH les bons jours.
Après la libération du domaine public, place à l’assainissement du foncier
Une fois que les installations informelles seront retirées, que deviendra cet espace ? « Il faudra d’abord régulariser la situation foncière de ce terrain », nous répond Taher Youssfi. « Mais la première étape consiste en la finalisation de l’opération en cours », ajoute-t-il.
Ce dernier nous confie également qu’il s’agit de la seule zone de son arrondissement concernée par une telle opération, les autres interventions sur son territoire ayant porté sur la démolition des bidonvilles.
« Lors des discussions avec la commune de Casablanca, il a été convenu que les commerçants occupant le souk depuis de nombreuses années bénéficient d’un délai pour trouver des alternatives. Mais dans la pratique, les choses ont évolué autrement. Dès qu’un local est retiré, les autres suivent naturellement, en raison de la nature de ces installations », souligne-t-il.
Par la suite, les autorités entendent régulariser la situation foncière de ce terrain. « Il existe aujourd’hui des terrains appartenant à l’État et d’autres à des privés. Il est ainsi indispensable d’assainir l’état du foncier avant de pouvoir envisager un quelconque projet structurant », précise notre interlocuteur.
« À ce jour, aucun projet précis n’est envisagé sur cette parcelle. La commune prévoit, dans un premier temps, d’y aménager des passages afin de faciliter la circulation des riverains. Si l’arrondissement de Hay Hassani souhaite ultérieurement y développer un projet, il devra au préalable acquérir le terrain, une fois celui-ci assaini ».
Plusieurs étapes sont donc nécessaires avant d’envisager le développement de tout projet sur ce terrain.
« Le volet social doit être pris en considération »
Par ailleurs, bien que le président de l’arrondissement se dise favorable à cette opération ayant pour objectif d’embellir la métropole, il insiste sur le volet social, qu’il juge primordial. L’un des défis majeurs réside dans la gestion des ferrailleurs, nombreux dans le souk, qui appellent à la mise en œuvre d’alternatives.
Tahar Youssfi espère de son côté que ces métiers seront regroupés dans un espace unifié, situé en dehors du tissu urbain de Casablanca. Il appelle également à l’examen au cas par cas des dossiers des personnes concernées par cette opération de libération du domaine public, « afin d’éviter de nuire injustement aux personnes concernées. »
Si à ce jour aucun recensement officiel n’a été mené au niveau de ce souk, le nombre de personnes actives dépasse les 400, estime notre source. Il pourrait atteindre jusqu’à 700 individus.
Notons toutefois que cette opération de libération du domaine public en cours ne concerne pas uniquement Hay Hassani. Elle s’inscrit dans une dynamique nationale. « Il s’agit d’une orientation générale à l’échelle du Maroc. Casablanca n’y échappe pas, et encore moins l’arrondissement de Hay Hassani », conclut le président de l’arrondissement.
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