Le géant britannique de la fintech Revolut, devenu en 2024 la société technologique privée la plus valorisée d’Europe, confirme à Médias24 évaluer activement le marché marocain et reconnaît être au tout début d’un processus d’exploration.

Cette réponse intervient alors que, ces dernières semaines, des informations non officielles faisaient état de premiers contacts avec des profils basés à Casablanca, apprend Médias24. Plusieurs candidats ont été approchés pour des postes.

Sollicité par Médias24, un porte-parole de l’entreprise a précisé que « Revolut continue d’explorer les opportunités de croissance sur de nouveaux marchés, dans le cadre de sa mission d’apporter l’application Revolut aux clients du monde entier. Le Maroc est un marché que nous évaluons et que nous jugeons attractif, avec le potentiel d’offrir une proposition de valeur unique aux clients à l’avenir. Toutefois, nous en sommes encore aux prémices du processus et nous n’avons pas d’autres informations à partager pour le moment ».

Il ne s’agit donc pas d’une annonce formelle d’implantation, mais d’une confirmation implicite d’un intérêt réel.

Revolut, une super-app bancaire née à Londres

Créée en 2015 à Londres, Revolut est une néobanque, c’est-à-dire une institution financière 100% digitale qui a commencé comme une application de change multidevises avant de devenir une plateforme bancaire mondiale couvrant l’ensemble des besoins financiers.

L’entreprise est aujourd’hui présente dans 42 pays, avec des effectifs regroupant près de 90 nationalités. Au 31 décembre 2024, Revolut comptait 52,5 millions de clients dans le monde, en hausse de 38% sur un an.

Elle est aujourd’hui l’application de finance personnelle la plus téléchargée dans 19 pays européens et figure dans le top 3 dans 26 pays. En 2024, elle a enregistré un bénéfice avant impôts de 1,1 milliard de livres sterling (+149%) pour un chiffre d’affaires de 3,1 milliards (+72%).

Revolut détient une licence bancaire dans 30 pays. Elle a obtenu une licence au Royaume-Uni (avec restrictions) en 2024, lancé une société de crédit directe au Brésil, obtenu une licence bancaire au Mexique et entamé un test en Inde. Sa stratégie d’expansion repose sur une entrée progressive : test de marché, partenariat local ou licence EMI, avant d’évoluer vers un statut bancaire complet.

L’application permet d’ouvrir des comptes multidevises, d’effectuer des paiements internationaux, de commander des cartes physiques ou virtuelles, et de suivre ses dépenses. Elle donne aussi accès à des comptes d’épargne rémunérés, à l’achat d’actions, d’ETF, d’obligations ou de cryptoactifs, ainsi qu’à un robo-advisor. Côté crédit, Revolut propose des prêts personnels, des cartes de crédit et teste une offre hypothécaire.

Les abonnés bénéficient également de fonctionnalités lifestyle, comme les eSIMs pour voyager, la réservation d’hébergement ou le programme de fidélité RevPoints, déjà actif dans 30 pays.

Revolut Business, la branche dédiée aux professionnels, connaît aussi une forte croissance. Elle propose des IBANs locaux, des outils de gestion des dépenses, des solutions d’encaissement, ainsi que des produits de trésorerie comme les fonds monétaires. L’offre est complétée par des services tels que BillPay ou Revolut Terminal, qui permettent aux entreprises de centraliser paiements, facturation et automatisation comptable.

Quelle forme pour une entrée de Revolut au Maroc ?

Plusieurs options s’offrent à Revolut si elle décide de se lancer sur le marché marocain. La plus souple consisterait à s’appuyer, dans un premier temps, sur un partenaire local. Cela pourrait prendre la forme d’une coopération technologique ou opérationnelle avec un acteur déjà agréé, afin de proposer une offre limitée : comptes de paiement, transferts, cartes ou opérations de change, tout en capitalisant sur sa marque et sa technologie.

Une autre possibilité serait de créer une entité locale et de solliciter une licence d’établissement de paiement auprès de Bank Al-Maghrib. Ce statut permet d’offrir une gamme étendue de services de paiement sans pour autant accéder aux activités bancaires traditionnelles comme l’octroi de crédit ou la gestion de l’épargne rémunérée. Il implique néanmoins un certain nombre de conditions, notamment en matière de capital, de gouvernance, de conformité et de sécurité opérationnelle.

Mais pour l’heure, aucune démarche officielle n’a été engagée. Interrogée par Médias24, Bank Al-Maghrib a été formelle : « Revolut n’a jamais contacté Bank Al-Maghrib ni déposé un dossier de demande d’agrément« .

Dans un horizon plus lointain, si le marché s’avère porteur, l’entreprise pourrait envisager une demande de licence bancaire complète. Ce statut lui permettrait d’opérer de manière autonome sur l’ensemble de ses activités : crédit, épargne, trading, voire assurance. Mais il s’agit d’un processus très encadré.

La stratégie d’expansion internationale de Revolut

Le rapport annuel 2024 de Revolut décrit une stratégie d’implantation par étapes. L’entreprise commence par des licences alternatives ou des partenariats, puis dépose une demande d’agrément bancaire si le potentiel est confirmé. Ce modèle lui permet de tester rapidement un marché tout en limitant les risques réglementaires.

Aux États-Unis, Revolut s’est lancée en partenariat avec Lead Bank, qui lui a permis de proposer des services de base avant d’engager une demande de licence complète. Son fondateur, Nik Storonsky, a toutefois reconnu que cette approche limitait la compétitivité sur un marché mature.

En Europe, Revolut a obtenu une licence bancaire en Lituanie en 2018. Ce statut lui donne accès au marché européen via le passeport bancaire. En Belgique, elle prévoit de migrer les IBANs vers des comptes locaux en mai 2025.

Dans d’autres pays comme le Brésil, l’Inde ou le Mexique, Revolut a adapté sa structure réglementaire pour opérer selon les spécificités locales.

Quels enjeux pour le Maroc ?

Au Maroc, l’application pourrait séduire rapidement une clientèle jeune et connectée, en quête de solutions simples, notamment les indépendants, les urbains mobiles et la diaspora. Elle introduirait un standard technologique élevé, susceptible de bousculer les acteurs en place, tant sur la tarification que sur l’expérience client. Son arrivée pourrait ainsi accélérer la transformation digitale du secteur.

Si elle applique sa logique d’expansion au Maroc, Revolut pourrait privilégier une implantation par étapes. Cette méthode lui permettrait de lancer une offre de base, de tester la réceptivité du marché et d’ajuster son modèle avant de viser un cadre plus structurant.