Le projet de loi 03.25 sur les OPCVM, désormais adopté, a déjà été largement lu et commenté. Certes, investisseurs particuliers, institutionnels et professionnels de la gestion y ont trouvé des réponses juridiques, un élargissement des produits, des innovations attendues. Mais une autre question émerge : que va-t-il réellement se passer sur le terrain ?

Ce nouveau projet de loi ouvre la voie à une nouvelle génération de produits d’investissement au Maroc. Sa mise en œuvre s’accompagne de plusieurs étapes clés pour assurer son déploiement sur le terrain. Sofia Skiredj, vice-présidente de l’ASFIM et directrice générale de CFG Bank Asset Management, détaille les attentes du secteur et les leviers à mobiliser.

Une réforme structurante, pensée pour diversifier et encadrer

« La réforme introduite par le projet de loi 03.25 modernise en profondeur l’arsenal réglementaire des OPCVM au Maroc », rappelle Sofia Skiredj.

L’un des apports majeurs concerne l’élargissement de la palette de produits disponibles. « Ce qui permet aux investisseurs de mieux adapter leur allocation à leur profil de risque ou à leurs objectifs de rendement ».

La réforme vise aussi « à mieux protéger les porteurs de parts en imposant aux sociétés de gestion des règles plus strictes en matière de gouvernance et de gestion des risques ».

Cette évolution s’adresse autant aux institutionnels qu’aux particuliers. « Pour les institutionnels, cela signifie plus de sophistication, de flexibilité et de spécialisation dans les véhicules d’investissement ».

Pour les particuliers, la montée en gamme sera sans doute plus progressive. « Cela peut se traduire par un accès facilité à des produits mieux calibrés« , ajoute-t-elle.

Quels produits pourraient susciter une demande immédiate ?

Quatre catégories d’OPCVM se démarquent par leur potentiel de déclenchement rapide d’intérêt sur le marché, selon Sofia Skiredj.

« Les OPCVM dont les parts peuvent être libellées en devises ouvrent enfin la voie à l’investissement international à partir du Maroc, en permettant une cohérence entre la devise de souscription et celle des actifs sous-jacents. Ils répondent à une double attente : celle des institutionnels en quête de diversification géographique, et celle des MRE, qui souhaitent investir dans des produits marocains sans contrainte de change », explique-t-elle.

Les OPCVM dont les parts peuvent être libellées en devises ouvrent enfin la voie à l’investissement international à partir du Maroc, en permettant une cohérence entre la devise de souscription et celle des actifs sous-jacents.

Aussi, les OPCVM à règles de fonctionnement allégées (RFA) et les OPCVM dédiés, réservés aux investisseurs qualifiés ou institutionnels. « Ils offrent une grande souplesse en termes de stratégie et de gouvernance, et permettent de structurer des solutions sur mesure pour les trésoreries d’entreprise, les institutionnels, les family offices et les clients internationaux », précise-t-elle.

Sofia Skiredj cite également les OPCVM participatifs, alignés avec les principes de la finance islamique. « Ils constituent une innovation très attendue par les clients des banques participatives et les investisseurs soucieux de conformité éthique. Leur mise en œuvre devrait ouvrir une nouvelle classe d’actifs encore peu exploitée au Maroc ».

Enfin, bien que leur déploiement reste suspendu à des ajustements réglementaires, les ETF (Exchange Traded Funds), ou fonds indiciels cotés, constituent une nouvelle catégorie d’OPCVM dont les parts s’échangent en continu en bourse, à l’image des actions. Conçus pour répliquer un indice, ils suscitent déjà un vif intérêt.

« Ils répondent à une demande croissante pour des produits liquides, transparents et adaptés aux stratégies passives, même s’ils sont encore inapplicables faute de cadre opérationnel complet », observe-t-elle.

Un marché mobilisé, prêt à innover

Plusieurs sociétés de gestion manifestent déjà un intérêt concret pour les nouveaux produits introduits par la réforme.

Une première vague de demandes d’agrément pourrait voir le jour dans les mois à venir, à condition que le cadre soit rapidement complété.

La mise en œuvre concrète dépend encore de la publication des textes d’application du projet de loi 03-25, en particulier des circulaires de l’AMMC qui préciseront les modalités opérationnelles 

Au-delà des textes réglementaires, d’autres leviers seront déterminants. « La finalisation des textes, la mise à niveau des outils opérationnels et l’accompagnement des investisseurs sont les clés pour que cette réforme produise un effet réel sur la mobilisation de l’épargne », estime-t-elle.

Une offre plus technique qui doit rester lisible

Des outils pratiques et accessibles devront être mis en place pour y parvenir, l’objectif étant de garantir une compréhension simple et claire pour les investisseurs, quel que soit leur niveau de maîtrise des marchés.

« Des fiches produits synthétiques, des vidéos explicatives, des simulateurs de risque ou de performance ».

« Le régulateur, les sociétés de gestion, les distributeurs et l’ASFIM devront œuvrer de manière coordonnée pour bâtir une culture commune de l’investissement et vulgariser les innovations ». L’ASFIM, notamment, « compte jouer un rôle essentiel en matière de formation financière, de diffusion de contenu pédagogique et de sensibilisation du grand public ».

La digitalisation devra aussi intégrer une dimension de conseil. « Les canaux de distribution digitaux pourront intégrer des outils de conseil guidé ou de profilage pour orienter les investisseurs vers les produits adaptés », a expliqué Sofia Skiredj.

« L’objectif est clair : faire en sorte que les nouveaux produits, aussi techniques soient-ils, soient compréhensibles et accessibles à tous les investisseurs », a-t-elle résumé.

ETF : une évolution très attendue

« L’arrivée des ETF est une évolution structurante et très attendue, mais elle nécessite des teneurs de marché actifs et bien formés, une coordination étroite avec la Bourse de Casablanca et des mécanismes de valorisation intraday robustes », a expliqué Sofia Skiredj.

« La suite du cadre réglementaire est très attendue : les lois complémentaires et les circulaires de l’AMMC précisant les modalités de fonctionnement des teneurs de marché, les règles de cotation à la Bourse, etc., n’ont pas encore été publiées », conclut-elle.